Mise au point et validation d’un outil d’évaluation de la santé sexuelle sous forme d’auto-questionnaires pour une application aux maladies métaboliques

25 mars 2013

Auteurs : F. Petit, A. Hubert-Buron, A. Mollet-Boudjemline, A. Sechepine, K. Milcent, C. Guyonnet, P. Labrune
Référence : Prog Urol, 2013, 3, 23, 210-218
But

Élaborer et valider auprès d’une population témoin une enquête sous forme d’auto-questionnaires en français pour évaluer la santé sexuelle d’hommes et de femmes adultes présentant une maladie métabolique.

Matériels et méthodes

Étude conduite avec quatre questionnaires spécifiques (environnement socio-familial [échelle MSPSS], estime de soi [échelle de Rosenberg], ressenti émotionnel [échelle de Sigmund et Snaith] et sexualité masculine [BISF-M] ou féminine [BISF-W]) traduits en langue française et proposés à 232 hommes et 260 femmes issus de la population générale.

Résultats

Cent onze hommes âgés de 18 à 56ans et 142 femmes âgées de 20 à 60ans ont répondus aux auto-questionnaires. L’analyse a mis en évidence de nombreux liens entre l’estime de soi, l’anxiété et la dépression et les différents domaines de la sexualité masculine, apportant une justification à leur évaluation commune. La comparaison entre les hommes et les femmes a confirmé les différences d’approche de la sexualité entre les deux sexes.

Conclusion

Les résultats de l’évaluation de notre population étaient concordants avec les données de la littérature, démontrant la validité et la fiabilité de notre questionnaire et de son approche multiparamétrique. Ces données nous permettrons par la suite d’utiliser cet outil multiparamétrique avec les patients ayant une maladie métabolique chronique.




 




Introduction


À l'heure actuelle, il n'existe pas de données disponibles sur l'impact des maladies métaboliques à révélation pédiatrique (notamment sur les glycogénoses hépatiques prises en charge dans notre centre de référence) sur la santé sexuelle à l'âge adulte. Pour évaluer cet impact de manière formalisée, nous avons choisi une approche par des auto-questionnaires.


Plusieurs questionnaires sont actuellement disponibles en France pour évaluer la sexualité féminine ou masculine mais ils sont souvent réduits à des aspects particuliers (notamment les troubles de l'érection chez les hommes). C'est pourquoi notre choix s'est porté vers des questionnaires prenant en compte non seulement les aspects physiologiques de la réponse sexuelle (désir, excitation, plaisir) mais également les aspects psychologiques (intérêt pour les activités sexuelles, épanouissement personnel, ressenti). Le « Brief Index of Sexual Functionning » (BISF) élaboré par Rosen et al. [1] a été retenu. Dans sa version originale, ce questionnaire était destiné à évaluer les troubles de la fonction sexuelle chez les femmes (BISF-W). Il a été validé en français par Baudelot-Berrogain et al. [2]. Une version masculine (BISF-M) a été développée par Panzeri et Raoli à l'université de Padoue [3], en langue italienne.


S'agissant de maladies métaboliques chroniques dont les effets psychosociaux sont démontrés (voir [4] pour les glycogénoses de type Ia et Ib), nous avons complété le BISF avec une évaluation de l'environnement socio-familial avec l'échelle MSPSS [5], une mesure de l'estime de soi avec l'échelle de Rosenberg [6] et la détermination du ressenti émotionnel avec l'échelle de Zigmund et Snaith.


Le but de cette étude était de mettre au point et de valider en français dans une population témoin un outil sous forme d'auto-questionnaires sur la santé sexuelle masculine et féminine. Les données obtenues nous ont permis de valider l'approche multiparamétrique de cet outil et de définir des valeurs de référence dans la population française pour la comparaison avec les données qui seront obtenues chez les patients suivis dans notre centre de référence.


Matériels et méthodes


Modalités de diffusion des questionnaires


L'ensemble des auto-questionnaires est disponible en Annexe A.


Les questionnaires ont été distribués entre janvier et juin 2011. Deux cent trente-deux questionnaires masculins et 260 questionnaires féminins ont été édités et distribués par et dans l'entourage de personnels hospitaliers. Le retour et l'analyse se sont faits de manière anonyme.


Statistiques


Afin d'évaluer la fiabilité des questionnaires, le coefficient α de Cronbach a été calculé selon la formule suivante :
α=j/j−1×1−∑isi2/sT2avec j le nombre total d'items qui composent le questionnaire, s i 2 la variance des réponses à chaque question et s T 2 la variance des réponses à l'ensemble du questionnaire.


Pour chaque questionnaire, les résultats ont été exprimés en moyenne, médiane, valeur minimale, valeur maximale et écart-type. Le test du t de Student a été utilisé pour comparer les résultats des hommes à ceux retrouvés dans la population féminine.


Les relations entre les résultats du questionnaire d'évaluation de la sexualité et les autres questionnaires ont été recherchées par les tests de corrélation de rang de Spearman pour les variables quantitatives et par le test du t de Student pour les variables qualitatives.


Les résultats ont été considérés comme significatifs pour un p <0,05.


Résultats


Population testée


Les caractéristiques de la population testée sont résumées dans le Tableau 1.


Questionnaire environnement socio-familial


Deux cent quarante-sept questionnaires sur 253 ont été retournés complets (97,6 %). Pour les six questionnaires incomplets, seule une réponse était manquante. Les principaux résultats sont disponibles dans le Tableau 2a. Les coefficients α de Cronbach calculés pour chacun des items et pour le score total ont montré une fiabilité satisfaisante du questionnaire.


Que se soit pour chaque item pris individuellement ou pour le score total MSPSS, il n'a pas été mis en évidence de différence significative entre les hommes et les femmes (famille p =0,5219, amis p =0,0753, personne spéciale p =0,0568, total p =0,0615). Dans la population masculine, de fortes corrélations entre chacun des trois items composant l'évaluation de l'environnement familial (Tableau 2b) ont été retrouvées, constituant une donnée globale « environnement socio-familial ».


Questionnaire estime de soi


Deux cent quarante-sept questionnaires sur 253 ont été retournés complets (97,6 %). Pour cinq questionnaires incomplets, seule une réponse était manquante et pour le sixième l'ensemble du questionnaire était manquant. Les principaux résultats sont disponibles dans le Tableau 3a. Le coefficient α de Cronbach calculé a montré une fiabilité satisfaisante du questionnaire.


L'estime de soi était significativement plus élevée dans la population masculine que dans la population féminine (p =0,037). L'estime de soi était corrélée positivement aux items de l'environnement socio-familial et négativement aux scores d'anxiété et de dépression (Tableau 3b). L'estime de soi était corrélée positivement à tous les items du questionnaire environnement socio-familial et négativement aux scores de d'anxiété et de dépression.


Questionnaire ressenti émotionnel


Deux cent quarante-neuf questionnaires 253 ont été retournés complets (98,4 %) (une réponse omise pour chaque questionnaire incomplet). Les résultats du questionnaire ressenti émotionnel sont disponibles dans le Tableau 4a selon les deux axes anxiété et dépression. Le coefficient α de Cronbach calculé a montré une fiabilité acceptable du questionnaire.


Le score d'anxiété était significativement plus élevé chez les femmes que chez les hommes (p <0,0001), contrairement au score de dépression pour lequel il n'a pas été mis en évidence de différence entre les deux groupes (p =0,428). Les scores d'anxiété et de dépression étaient fortement corrélés entre eux (r =0,347, p <0,001). Ils étaient également fortement corrélés négativement aux scores d'estime de soi et d'évaluation de l'apparence physique (r =−0,227, p =0,017 et r =−0,426, p <0,0001, respectivement). Si le score d'anxiété n'était corrélé qu'au domaine « problèmes affectant la sexualité », le score de dépression était corrélé à la totalité des domaines du questionnaire d'évaluation de la sexualité couvrant les différentes phases de la réponse sexuelle (sauf le domaine réceptivité, initiative) (Tableau 4b).


Questionnaire d'évaluation de la sexualité


Plusieurs questionnaires ont été retournés avec des réponses manquantes soit à une ou plusieurs questions, soit à un ou plusieurs items à l'intérieur d'une question. Un seul questionnaire n'a pas été pris en compte car il manquait près de 50 % des réponses. Les résultats du questionnaire évaluation de la sexualité sont disponibles dans le Tableau 5a selon les sept domaines décrits par Baudelot-Berrogain et al. [2]. Certains domaines étant constitués d'une seule question ou de questions comportant un score composite, le coefficient α de Cronbach n'a pu être calculé. Ce questionnaire a également été évalué selon les trois facteurs définis par Panzeri et Raoli [3] (Tableau 5b). Les coefficients α de Cronbach calculés ont montré une fiabilité satisfaisante du questionnaire.


Les scores des domaines D1 (p <0,0001), D2 (p =0,0005), D4 (p <0,0001) et D5 (p =0,0003) étaient significativement plus élevés dans la population masculine par rapport à la population féminine. En revanche, il n'a pas été mis en évidence de différence significative entre les deux groupes pour les scores D3 (p =0,0683), D6 (p =0,0871) et D7 (p =0,0229).


Les scores de ces trois facteurs étaient significativement plus élevés dans la population masculine que dans la population féminine, surtout pour le facteur « sexualité anale » (F1 moyenne 63,11 et p <0,0001, F2 moyenne 13,65 et p <0,0001, F3 moyenne 1,18 et p <0,0001).


Discussion


L'évaluation de la sexualité est confrontée à plusieurs difficultés. En effet, l'examen clinique, en dehors de situations particulières, n'apporte que des éléments limités. Les examens biologiques et radiologiques, bien qu'ayant une place importante dans l'évaluation de la santé génésique, n'explorent pas les éléments psychologiques de la sexualité. En pratique clinique quotidienne, le dialogue s'instaurant entre le clinicien et le patient est le plus souvent suffisant pour déterminer s'il existe un trouble et quel peut en être l'origine. En recherche clinique, cette relation a de nombreuses limites du fait même de la nature non formalisée de l'entretien. Dans ces situations, il est donc nécessaire d'avoir recours à des auto-questionnaires qui sont des outils précis, reproductibles et multidimensionnels. Nous avons choisi d'utiliser le questionnaire BISF élaboré par Rosen et al. [1] validé en français dans sa version féminine et de développer une version française masculine.


La plupart des études précédentes ayant utilisé le questionnaire d'évaluation de la sexualité féminine l'avaient cependant complété avec quelques questions sur la présence ou non de facteurs pouvant influencer l'activité sexuelle tels que :

l'âge, les antécédents chirurgicaux généraux et génito-urinaires, la parité, les problèmes de santé, les traitements médicamenteux dans l'étude de Baudelot-Berrogain et al. [2] ;
les mêmes critères avec une question sur le stress dans l'étude de Caremel et al. [7].


Nous avons complété le questionnaire d'évaluation de la sexualité avec un questionnaire d'évaluation de l'environnement socio-familial, un questionnaire de mesure de l'estime de soi et un questionnaire de mesure des états anxieux et dépressif. Bien que les personnes interrogées avaient la possibilité de répondre aux questionnaires dans l'ordre de leur choix, il a été décidé d'organiser le document dans un ordre précis, allant du questionnaire le plus simple (environnement socio-familial) au questionnaire le plus problématique sur le plan psychologique (évaluation de la sexualité). Parmi les quelques éléments de retour que nous avons eu des personnes interrogées, toutes ont indiqué que, globalement, les réponses aux trois premiers questionnaires n'avaient pas posé de difficulté majeure alors que le questionnaire d'évaluation de la sexualité avait amené à de nombreux questionnements du type : « je réponds mais je vais encore réfléchir si je rends le dossier ou pas ». En effet, le BISF permet une approche multidimensionnelle de la sexualité mais utilise des questions parfois très détaillées sur les pratiques sexuelles. Par ailleurs, les questions avaient toutes été formulées avec la restriction « au cours des quatre dernières semaines ». Si une période courte d'auto-évaluation permet une objectivation des réponses, elle ne permet cependant d'obtenir qu'une image à un instant « i » donné d'une population étudiée.


Concernant le questionnaire environnement socio-familial, il est apparu que les hommes semblaient accorder une place plus importante dans leur vie à une personne en particulier qu'à leur famille. Cette répartition des scores a également été retrouvée chez les femmes.


Tous les scores étaient corrélés entre eux, indiquant que l'environnement socio-familial constitue une donnée globale : lorsque les relations humaines sont bonnes avec un groupe, elles sont globalement bonnes avec les autres groupes.


Dans la population masculine, l'estime de soi était à 31,9, un score classé comme moyen selon l'échelle de Rosenberg. Les scores d'estime de soi étaient significativement plus élevés chez les hommes que chez les femmes (p =0,037) sans modification de la répartition entre les différentes classes, ce qui peut être expliqué par un des effets répertoriés de la testostérone sur le comportement [8]. Les scores d'estime de soi étaient positivement corrélés aux scores du questionnaire d'évaluation socio-familial indiquant l'importance que l'homme donne à sa propre image dans les relations. De même, les scores d'estime de soi étaient négativement corrélés aux scores d'anxiété et de dépression.


L'évaluation de l'anxiété et de la dépression a montré que notre population masculine avait un niveau d'anxiété modéré (score de 14,19) et une absence de dépression (score de 10,53). Le score d'anxiété était significativement plus élevé chez les femmes (score de 16,04, p <0,0001) alors qu'il n'y avait pas de différence concernant le score de dépression (score de 10,79, p =0,428).


L'anxiété ne semble pas affecter la sexualité masculine, en dehors d'un lien avec le domaine « problèmes affectant le couple » sans pour autant déterminer quel est le primum movens . En revanche, la dépression semble affecter la quasi-totalité des domaines du questionnaire d'évaluation de la sexualité masculine. Nous avons en effet retrouvé les impacts de la dépression déjà répertoriés sur la réponse sexuelle masculine : diminution subjective de l'excitation et de la satisfaction pouvant s'associer à une angoisse de performance (inductrice de troubles érectiles) et induire une conduite d'évitement de la relation sexuelle [9]. En revanche, la réceptivité et l'initiative, d'une part, et le plaisir et l'orgasme, d'autre part, ne semblaient pas affectés.


Le questionnaire sur la sexualité comporte 18 questions permettant une évaluation quantitative de la sexualité (les deux premières et les deux dernières questions n'apportant qu'une réponse qualitative). Il présente l'avantage, par rapport à de nombreux autres questionnaires développés notamment avec l'arrivée en thérapeutique des inducteurs de l'érection utilisables par voie orale, de couvrir l'ensemble des différentes composantes de la sexualité masculine : désir, excitation, orgasme et plaisir, satisfaction globale et problèmes affectant la sexualité. Cependant, les modalités de calcul des questions prennent nécessairement en compte des items qui ne sont pas pratiqués par tous, sans pour autant que l'on puisse parler de dysfonctionnement sexuel chez ces hommes, ce qui doit être pris en compte lors de comparaison de populations et ce d'autant plus que ces populations sont restreintes.


Dans notre population, nous avons retrouvé 3,6 % d'hommes en couple ne décrivant pas d'activité sexuelle (en tout cas pénétrative), ce qui constitue un taux plus élevé que celui retrouvé dans l'étude de Bajos et Bozon [10] qui était de 1,3 % mais qui concernait une période d'inactivité sexuelle plus longue (au moins un an) que notre étude (quatre dernières semaines). Il est intéressant de noter qu'aucun de ces hommes n'a décrit de conflit ou de problème de santé dans le couple pouvant être à l'origine de cette absence d'activité sexuelle. Le questionnaire s'est trouvé ici confronté à une de ses limites : les éléments retirés ne sont interprétables que s'il existe une activité sexuelle au sein du couple. En effet, aucune question n'explore le champ de l'absence d'activité sexuelle dans le couple. De même, le questionnaire ne permet pas d'explorer la population masculine sans partenaire sexuel et sans activité sexuelle à deux. Pour ces hommes, il est par exemple impossible de savoir si cet état de fait résultait d'une volonté personnelle, d'une incapacité ou autre. Il était également impossible de savoir s'ils étaient ou pas à la recherche d'un partenaire sexuel.


D'une manière générale, il est intéressant de constater que pour les neuf hommes en couple ou non déclarant ne pas avoir eu d'activité sexuelle au cours des quatre dernières semaines, il existait une inadéquation entre la réponse à cette question et les réponses à la question no 7 portant sur la fréquence des diverses activités sexuelles. En dehors d'un cas particulier, les huit hommes qui n'ont pas parlé d'activité sexuelle à deux, ont tous indiqué une activité masturbatoire solitaire durant cette période (de « une fois au cours des quatre dernières semaines » à « plusieurs fois par jour »). Cette observation pose le problème de la compréhension de la question sur l'activité sexuelle et, par là-même, de la définition que les hommes lui donnent. Il semble en effet que beaucoup d'hommes considèrent la sexualité à deux, voire même la sexualité pénétrative, comme la métonymie de la sexualité. Des résultats identiques ont été obtenus dans la population américaine âgée de 20 à 30ans [11]. Cela nous a amené à reformuler la question no 2 de la manière suivante : « Avez-vous eu une activité sexuelle au cours des quatre dernières semaines (seul ou non) ? ». Ainsi, et contrairement à la population féminine (quatre femmes sur 142), aucun homme n'a véritablement décrit d'absence totale d'activité sexuelle.


Les résultats des scores composites comparés à ceux obtenus dans la population féminine ont confirmé plusieurs éléments connus de la sexualité masculine :

les scores « pensées, désir », « excitation », « réceptivité et initiative » et « plaisir et orgasme » sont significativement plus élevés chez les hommes que chez les femmes (p <0,0001, p =0,0005, p <0,0001 et p =0,0003, respectivement) ;
les scores « fréquence de l'activité », « satisfaction relationnelle » et « problèmes affectant la sexualité » ne sont pas significativement différents (p =0,0683, p =0,0871 et p =0,0229, respectivement).


Les scores des différents domaines étaient globalement très corrélés entre eux (sauf « pensées, désir » et « réceptivité, initiative » et « pensées, désir » et « satisfaction relationnelle »). Ces résultats mettent en évidence la globalité de la réponse sexuelle masculine.


Pour les trois facteurs « sexualité de couple », « sexualité auto-érotique » et « sexualité anale », aucune corrélation n'a été retrouvée avec l'âge, contrairement à ce qui a été suggéré par les travaux de Leichliter et collaborateurs dans la population américaine pour les relations anales [12]. Nous avons en revanche retrouvé une corrélation entre le facteur « sexualité anale » et les deux autres facteurs, suggérant que la sexualité anale masculine (ici majoritairement hétérosexuelle) reste une pratique liée à une sexualité globalement plus importante sur le plan quantitatif. De même, une corrélation positive a été retrouvée entre les facteurs « sexualité de couple » et « sexualité auto-érotique », suggérant que ces deux pratiques ne sont pas exclusives l'une de l'autre.


Hommes ou femmes, les personnes interrogées étaient globalement plutôt satisfaites de leurs relations sexuelles et n'ont pas estimé que leur partenaire était moins satisfait qu'elles (p =0,054 pour les hommes et p =0,109 pour les femmes). Le niveau d'anxiété des hommes n'était pas corrélé avec le degré de satisfaction. En revanche, il était corrélé négativement au degré estimé de satisfaction de la ou du partenaire (r =−0,220, p =0,02), suggérant que l'insatisfaction de la ou du partenaire peut être une source d'anxiété pour l'homme. Il est intéressant de noter que, chez les femmes, le résultat était inversé. L'absence de corrélation entre anxiété et satisfaction du partenaire chez les femmes est peut-être en lien avec la plus grande facilité qu'ont les hommes à accéder à la satisfaction sexuelle que les femmes.


L'activité sexuelle était jugée plutôt importante pour les deux sexes (2,92 pour les hommes et 2,70 pour les femmes) mais les résultats était significativement plus élevés chez les hommes (p =0,03).


Conclusion


Au cours de ce travail, nous avons construit et validé un outil constitué d'auto-questionnaires pour l'évaluation de la santé sexuelle prenant en compte les aspects propres à la sexualité (questionnaire d'évaluation de la sexualité) et plusieurs éléments interférant sur celle-ci (l'environnement socio-familial, le niveau éducatif et la place de la religion, l'estime de soi, les niveaux d'anxiété et de dépression) permettant une approche multiparamétriques de la question sexuelle chez les adultes.


Les résultats obtenus dans la population témoin ont montré la cohérence de l'association de ces différents questionnaires et vont constituer des valeurs de référence pour l'évaluation de l'impact des maladies métaboliques à révélation pédiatriques chez les patients devenus adultes.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Annexe A. Matériel complémentaire


(72 Ko)
  



☆  Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Caractéristiques de la population testée.
  Hommes  Femmes 
Nombre de questionnaires émis   232  260 
Nombre de questionnaires retournés   111  142 
Taux de participation (%)   47,8  54,6 
Âge      
Moyenne  35,1  32,8 
Écart-type  9,5  10,3 
Médiane  34  30 
Minimum  18  20 
Maximum  56  60 
 
Niveau d'étude      
Primaire 
Collège 
Lycée  14 
Supérieur  93  135 
 
Diplôme      
Aucun 
CEP 
Brevet des collèges 
CAP, BEP 
Baccalauréat général  11  17 
Baccalauréat technologique ou professionnel  22 
Diplôme universitaire de 1er cycle  38  60 
Diplôme universitaire de 2e ou 3e cycle  47  34 
 
Place de la religion      
Très importante 
Importante  11  24 
Pas importante  95  116 
Pas de réponse   
 
Religion      
Aucune  45  50 
Bouddhiste 
Catholique  56  82 
Hindoue 
Juive 
Musulmane 
Orthodoxe chrétien 
Protestante 
Autre 
 
Partenaire sexuel(le)      
Oui  106  117 
Non  25 
 
Activité sexuelle      
Oui  102  120 
Non  22 



Légende :
CEP : certificat d'études primaires ; CAP : certificat d'aptitude professionnelle ; BEP : brevet d'études professionnelles.



Tableau 2a - Résultats du questionnaire environnement socio-familial.
  Famille  Amis  Personne spéciale  Total 
Hommes          
Moyenne  15,378  15,955  16,784  48,117 
Médiane  16  16  17  48 
Minimum  15 
Maximum  20  20  20  60 
Écart-type  3,744  3,318  3,566  8,162 
Coefficient α  0,885  0,912  0,916  0,891 
 
Femmes          
Moyenne  15,676  16,655  17,606  49,937 
Médiane  16  16  19  51 
Minimum  28 
Maximum  20  20  20  60 
Écart-type  3,556  2,775  3,146  6,916 
Coefficient α  0,895  0,905  0,923  0,870 



Légende :
Pour les items famille, amis et personne spéciale, les scores sont sur 20. Pour le total, le score est sur 60.



Tableau 2b - Corrélations entre les différents items du questionnaire environnement socio-familial.
  Famille  Amis  Personne spéciale  Score MSPSS 
Famille    r =0,445  r =0,455  r =0,789 
  p <0,0001  p <0,0001  p <0,0001 
 
Amis  r =0,445    r =0,327  r =0,720 
p <0,0001    p <0,0001  p <0,0001 
 
Personne spéciale  r =0,455  r =0,327    r =0,756 
p <0,0001  p =0,000    p <0,0001 
 
Score MSPSS  r =0,789  r =0,720  r =0,756   
p <0,0001  p <0,0001  p <0,0001   





Tableau 3a - Résultats du questionnaire estime de soi.
  Estime de soi 
Hommes    
Moyenne  31,891 
Médiane  32 
Minimum  17 
Maximum  40 
Écart-type  4,396 
Coefficient α  0,836 
 
Femmes    
Moyenne  30,336 
Médiane  31 
Minimum  16 
Maximum  40 
Écart-type  5,014 
Coefficient α  0,875 



Légende :
Le score de l'estime de soi est sur 40. L'interprétation des résultats est identique pour les hommes et les femmes avec une estime de soi très faible (inférieur à 25), une estime de soi faible (score compris entre 25 et 31), une estime de soi dans la moyenne (score compris entre 32 et 34), une estime de soi forte (score compris entre 35 et 39) et une estime de soi très forte (score supérieur à 39).



Tableau 3b - Corrélations entre l'estime de soi et les différents items des questionnaires environnement socio-familial et d'évaluation de l'anxiété et de la dépression.
  Estime de soi 
Famille  r =0,259 
p =0,006 
 
Amis  r =0,310 
p =0,001 
 
Personne spéciale  r =0,192 
p =0,044 
 
Anxiété  r =−0,227 
p =0,017 
 
Dépression  r =−0,426 
p <0,0001 





Tableau 4a - Résultats du questionnaire anxiété et dépression.
  Anxiété  Dépression 
Hommes      
Moyenne  14,189  10,532 
Médiane  14  10 
Minimum 
Maximum  24  18 
Écart-type  3,476  2,536 
Coefficient α  0,768  0,613 
 
Femmes      
Moyenne  16,042  10,789 
Médiane  15,5  10 
Minimum 
Maximum  25  25 
Écart-type  3,555  2,579 
Coefficient α  0,782  0,660 



Légende :
Les scores d'anxiété et de dépression sont sur 28. L'interprétation des résultats est identique pour les hommes et les femmes avec un état anxieux ou dépressif douteux (score compris entre 11 et 13) et un état anxieux ou dépressif certain (score au-delà de 13).



Tableau 4b - Corrélations entre les scores d'anxiété et de dépression et les sept domaines du questionnaire d'évaluation de la sexualité.
  Anxiété  Dépression 
Pensées, désir  r =0,020  r =−0,190 
p =0,834  p =0,046 
 
Excitation  r =−0,022  r =−0,360 
p =0,821  p =0,000 
 
Fréquence de l'activité  r =−0,017  r =−0,309 
p =0,863  p =0,001 
 
Réceptivité, initiative  r =−0,002  r =−0,076 
p =0,984  p =0,425 
 
Plaisir, orgasme  r =0,031  r =−0,192 
p =0,744  p =0,043 
 
Satisfaction relationnelle  r =−0,163  r =−0,349 
p =0,087  p =0,000 
 
Problèmes affectant la sexualité  r =0,259  r =0,366 
p =0,006  p <0,0001 





Tableau 5a - Résultats du questionnaire d'évaluation de la sexualité présentés selon les sept domaines définis par Baudelot-Berrogain et al. [2].
  D1  D2  D3  D4  D5  D6  D7  Total 
  0 à 12  0 à 12  0 à 12  0 à 15  0 à 12  0 à 12  0 à 16  −16 à 75 
Hommes                  
Moyenne  7,54  7,75  4,00  10,92  5,98  8,84  3,58  41,34 
Médiane  7,71  8,25  4,00  11,00  6,11  9,00  3,43  43,06 
Minimum  1,71  0,00  0,67  0,00  0,00  0,00  0,14  5,29 
Maximum  13,57  12,00  10,44  15,00  10,44  12,00  7,60  61,32 
Écart-type  2,095  2,588  1,708  3,826  2,092  2,492  1,607  11,497 
 
Femmes                  
Moyenne  5,46  6,49  3,58  7,77  4,97  8,27  4,09  32,49 
Médiane  5,43  7,50  3,63  9,00  5,50  9,00  3,63  36,08 
Minimum  0,71  0,00  0,00  0,00  0,00  2,00  0,65  −2,44 
Maximum  11,14  11,00  8,25  15,00  9,00  12,00  10,65  54,02 
Écart-type  1,911  3,046  1,968  4,240  2,433  2,706  1,989  13,480 



Légende :
Le domaine D1 regroupe les questions portant sur les pensées et le désir, le domaine D2 les questions portant sur l'excitation, le domaine D3 les questions portant sur la fréquence de l'activité, le domaine D4 les questions portant sur la réceptivité et l'initiative, le domaine D5 les questions portant le plaisir et l'orgasme, le domaine D6 les questions portant sur la satisfaction relationnelle et le domaine D7 les questions portant sur les problèmes affectant la sexualité.



Tableau 5b - Résultats du questionnaire d'évaluation de la sexualité présentés selon les trois facteurs définis par Panzeri et Raoli [3].
  F1  F2  F3 
  0 à 143  0 à 50  0 à 20 
Hommes        
Moyenne  75,65  19,51  3,55 
Médiane  79,00  20,00  1,00 
Minimum  0,00  4,00  0,00 
Maximum  117,00  55,00  20,00 
Écart-type  23,350  8,846  4,983 
Coefficient α  0,911  0,720  0,854 
 
Femmes        
Moyenne  63,11  13,65  1,18 
Médiane  69,00  12,00  0,00 
Minimum  2,00  0,00  0,00 
Maximum  117,00  36,00  14,00 
Écart-type  27,564  8,251  2,979 
Coefficient α  0,943  0,839  0,894 




Références



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