Mini-bandelettes pour le traitement de l’incontinence urinaire d’effort féminine : revue de la littérature

25 septembre 2013

Auteurs : D. Lizée, J.-N. Cornu, L. Peyrat, C. Ciofu, S. Beley, F. Haab
Référence : Prog Urol, 2013, 11, 23, 917-925
But

Effectuer une revue de la littérature concernant le traitement de l’incontinence urinaire d’effort (IUE) de la femme d’origine non neurologique par les mini-bandelettes sous-uréthrales.

Méthodes

Revue de la base de données Medline/Pubmed jusqu’en juin 2013. La bandelette TVT-Secur™ a été exclue, car ce dispositif n’est plus commercialisé.

Résultats

Les deux dispositifs les plus étudiés, hors TVT-Secur™, étaient Ajust™ et Mini-Arc™. Le Mini-Arc™ présentait des taux de succès entre 44 % et 91,4 % à un an. La bandelette Ajust™ était le dispositif dont les résultats étaient les plus homogènes avec une efficacité à moyen terme d’environ 80 %. Un faible taux de complications per- et postopératoires a été rapporté dans tous les cas. Deux études randomisées ont été publiées comparant mini-bandelette et bandelette traditionnelle avec un recul minimum de un an, ainsi qu’une méta-analyse. Ces différents travaux objectivaient des taux d’efficacité égaux ou inférieurs aux BSU traditionnelles.

Conclusion

Devant le faible recul, le niveau de preuve limité et l’hétérogénéité des données publiées, les mini-bandelettes doivent être évaluées dans le cadre de protocoles de recherche clinique.




 




Introduction


L'incontinence urinaire d'effort (IUE) chez la femme, d'après l'adaptation française de la terminologie actuelle de l'International Continence Society (ICS), est définie par une « fuite involontaire d'urine non précédée de besoin lors d'un effort physique, lors de la toux ou d'éternuements, quel qu'en soit le mécanisme : hypermobilité cervico-urétrale et/ou insuffisance sphinctérienne » [1]. Il s'agit d'une pathologie fréquente, touchant des millions de femmes dans le monde [2], dont le traitement est un enjeu de santé publique. Après échec des mesures conservatrices, les bandelettes sous-urétrales (BSU) (rétropubienne et transobturatrice) sont le traitement chirurgical de référence de l'IUE [3]. Après plus de dix ans de recul, leur taux de succès en première intention est évalué à 90 % [4].


Depuis quelques années, les mini-bandelettes à incision vaginale unique ont été proposées comme alternative thérapeutique aux BSU traditionnelles. Leur principe est d'obtenir un soutènement uréthral (en escomptant une efficacité comparable à une BSU traditionnelle) sans perforer l'espace rétropubien ni la face interne de la racine des cuisses avec de nombreux avantages potentiels :

diminution des complications peropératoires ;
une diminution de la douleur per- et postopératoire ;
l'absence d'incision cutanée ;
faciliter la pose sous anesthésie locale pure (chirurgie ambulatoire) ;
diminution du temps opératoire.


Le but de cet article était d'étudier, à travers une revue de la littérature, les données concernant l'efficacité et les complications des mini-bandelettes disponibles, afin d'évaluer leur place dans l'arsenal thérapeutique chirurgical de l'IUE.


Matériels et méthodes


Une revue de la littérature a été réalisée à partir de la base de données Pubmed/Medline (pubmed/). La recherche a été effectuée entre 1995 et juin 2013 inclus, avec les mots clés suivants : sling , mini-sling , ajust , mini-arc , Ophira , TFS , solyx , single incision sling , stress urinary incontinence sans restriction de langage. La bandelette TVT-Securâ„¢ a été exclue de cet article, car son utilisation a été stoppée en 2012 (arrêt de la commercialisation en France) [5]. Seules les publications en langue anglaise ou française ont été étudiées in extenso, pour les autres langues, seul l'abstract en anglais a été étudié. La littérature a été analysée pour ne retenir que les articles rapportant un essai thérapeutique ou une série de cas relatifs au traitement de l'IUE féminine grâce aux mini-bandelettes. Une synthèse a ensuite été réalisée pour chaque mini-bandelette en ne retenant que les articles présentant un recul de minimum un an pour l'évaluation de l'efficacité, conformément aux recommandations en vigueur [6]. La comparaison des mini-bandelettes avec les BSU classiques a été documentée en s'appuyant sur des articles présentant également un recul de un an minimum et sur les méta-analyses disponibles. Les présentations de congrès n'ont pas été étudiées.


Résultats


Sur les 185 ou articles ont été retrouvés dans PubMed, seuls 22 dont une méta-analyse présentaient un recul de minimum un an pour l'évaluation de l'efficacité et ont donc été retenus.


Bandelette AJUSTâ„¢


Efficacité


Trois études de cohortes prospectives mono- ou multicentriques ont été publiées, avec un recul d'au moins 12mois (Tableau 1). Abdel-Fattah et al. [7] et Naumann et al. [8], en utilisant le test à la toux négatif comme critère objectif principal, rapportaient un taux d'efficacité objective respectivement de 80 % (90 patientes) et 84,1 % (44 patientes). Le taux d'efficacité subjective pour Cornu et al. [9] sur une population de 95 patientes, après un suivi de 21mois était de 83 % avec comme critère de jugement l'absence de fuite décrite par la patiente. Ce taux diminuait à 78 % en ajoutant à ce critère l'absence de port de protection ou le port d'une protection de sécurité restant sèche. Abdel-Fattah et al. rapportaient un taux de satisfaction important (80 % des patients avec un score de 1 ou 2 sur l'échelle Patient Global Impression of Improvement [PGI-I]) [7]. Naumann et al., sur le critère subjectif d'« amélioration décrite par les patientes », ont mis en évidence des taux d'efficacité de 88,6 % [8].


Type d'anesthésie et temps opératoire


Les interventions étaient effectuées sous anesthésie locale ou générale. Dans les articles étudiés, les avantages possibles de l'anesthésie locale ont été mis en exergue : diminution des pertes sanguines peropératoire, du taux de rétention aiguë d'urine et des douleurs postopératoires [7, 8]. Les temps opératoires décrits variaient de dix à 30minutes.


Complications peropératoires


Les complications peropératoires étaient peu fréquentes : sur un total de 403 bandelettes Ajustâ„¢ posées, en élargissant les données de la littérature aux articles avec un recul inférieur à 12mois, les seules complications décrites étaient : un cas d'hématome nécessitant une reprise chirurgicale avec un abord local huit heures après la chirurgie, un hématome vaginal traité de façon conservatrice, un cas de perforation vaginale, traité en peropératoire par l'excision de la partie de la bandelette exposée [7, 8, 9, 10, 11]. Aucune perforation vésicale, ou plaie urétrale n'a été décrite. Dans deux études distinctes, trois kits défectueux au total ont abouti au retrait difficile de la mini-bandelette [7, 8].


Hyperactivité vésicale (HAV)


Les urgenturies de novo représentaient dans l'étude de Naumann et al., 7,9 % des patientes. Cette urgenturie de novo était invalidante une fois sur deux à 12mois malgré un traitement anticholinergique.


Les patientes présentant des urgenturies en préopératoire peuvent être guéries ou améliorées par la pose de la bandelette. Pour Abdel-Fattah et al. et Naumann et al., le taux de disparition des symptômes d'HAV en postopératoire était respectivement de 55 et 50 %. Dans les articles retenus, l'amélioration était notée dans 11, 11,7 % et 12 % des cas. Ces taux de disparition ou amélioration des symptômes d'HAV sont superposables à l'étude d'Abdel-Fattah et al. ciblée sur les BSU classiques transobturatrices [7, 8]. Un taux de stabilisation de 21 % et d'aggravation de 13 % des symptômes d'HAV est rapporté dans la série d'Abdel-Fattah et al.


Complications postopératoires


Les reprises mictionnelles étaient difficiles dans 1 % à 9 % des cas, nécessitant le plus souvent la pose d'une sonde vésicale pour 24heures. Ont été décrits deux cas de reprise chirurgicale pour RAU prolongée nécessitant un relâchement de la bandelette et une section de bandelette à j9 postopératoire [7, 11], et trois cas d'auto-sondages nécessaires jusqu'à trois mois.


Peu de douleurs postopératoires ont été rapportées : seule une patiente sur 51 s'est plainte de douleurs à j1 malgré la prescription d'antalgiques de niveau 1, dans l'article de Naumann et al. et aucun traitement antalgique n'est utilisé au retour au domicile pour 50 % des patientes dans l'étude de Cornu et al. [8, 9]. L'anesthésie locale permettrait de diminuer les douleurs postopératoires par rapport aux BSU traditionnelles [7]. Sur l'ensemble des séries disponibles, deux patientes avaient des douleurs de l'aine persistantes à 18mois.


Quatre cas d'exposition de bandelette ont été rapportés : précoce, avec une ablation de la bandelette à j14, ou plus à distance avec une excision partielle ou complète de la bandelette [7, 8, 9, 11]. Des antécédents chirurgicaux fragilisant la paroi vaginale ont été mis en cause [9]. Enfin, de rares cas de dyspareunies ont été rapportés : une patiente sur les 95 de la série de Cornu et al. et une patiente sur 111 dans la série de Meschia à six mois, ainsi que quelques épisodes d'infections urinaires.


Bandelette MINI-ARCâ„¢


Efficacité


Les données de la littérature sur les mini-bandelettes Mini-Arcâ„¢ étaient très hétérogènes (Tableau 2, [12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23]). Les études disponibles avec le plus long recul sont une série prospective multicentrique de 142 patientes suivies pendant 24mois [12] et la série actualisée à trois ans de Basu et Duckett comparant les résultats à trois ans de Mini-Arcâ„¢ contre TVT [24]. Pour la première, le taux de succès objectif (fuites à la toux) était de 84,5 % et 80,1 % des patientes avaient un pad-test sur une heure inférieur à 1g. Le taux de succès subjectif (question 3 du questionnaire Urinary Distress Inventory [UDI-6]) était de 92,9 %. Cependant, parmi la population initiale incluant 188 patientes, 23 ont été perdues de vue, 16 n'ont pas consenti à participer à l'étude et sept ont présenté un échec de la mini-bandelette nécessitant une réintervention avec implantation d'une BSU classique (cinq TOT et deux TVT). Ces limites n'étaient pas prises en compte dans les résultats finaux.


Pour la seconde, 38 patientes ont bénéficié de l'implantation d'une bandelette mini-invasive Mini-Arcâ„¢ et ont été comparées à 33 patientes opérées d'une bandelette TVT rétropubienne. Les taux d'échec des bandelette Mini-Arcâ„¢, définis par la récidive de symptômes d'IUE sur le questionnaire King's Health Questionnaire (KHQ) ou une réintervention étaient de 52,6 % pour la bandelette Mini-Arcâ„¢ et de 9 % pour la bandelette TVT. Le taux d'échec, dans le premier groupe a augmenté de 40,5 % à six mois à 52,6 % à trois ans ; dans le groupe TVT le taux d'échec a augmenté de 3 à 9 % entre ces deux mêmes évaluations postopératoires.


Moore et al., sur une série de 61 patientes avec un recul de 12mois, rapportaient un taux de succès subjectif de 91,4 %, succès défini par l'amélioration des UDI-6 scores et la résolution des symptômes d'IUE [21]. Jimenez Calvo et al. retrouvaient sur une série de 135 patientes avec un recul moyen de 16mois et demi, un taux de succès objectif similaire en évaluant la négativité du test d'effort à la toux [13].


En revanche, Deole et al., dans une série prospective monocentrique de 74 patientes incluses initialement avec un recul de 12mois, ne retrouvaient un taux de guérison objective (définie par un test de fuite à la toux négatif) que de 66 % sur les 59 patientes du suivi à un an [19].


Les résultats d'Hogewoning et al., dans une étude de 77 patientes dont 20 perdues de vue avec un recul de 12mois, étaient plus mauvais : le taux de succès rapporté, uniquement apprécié sur des critères subjectifs (questionnaire très complet basé sur les questionnaires validés) est de 44 % si le seul critère « persistance de fuites » était considéré et de 68 % si le critère « patiente satisfaite ou très satisfaite » était privilégié [17].


Le seul essai contrôlé randomisé, comparant le TVT-O, Mini-Arcâ„¢ et TVT-Securâ„¢, rapportait un taux d'efficacité prometteur à un an : 87 % pour les mini-bandelettes Mini-Arcâ„¢, versus 83 % pour les TVT-O classiques, les critères évaluant l'efficacité étant objectif (test à la toux négatif) et subjectif (pas de fuite d'urine et pas de protection) [23].


Enfin, dans l'article de Hogewoning et al., le seul facteur de risque d'échec dans la population étudiée était un IMC supérieur à 35kg/m2 [17].


Complications peropératoires


Les principales complications peropératoires décrites étaient des perforations vésicales (0 à 3 %), des perforations vaginales (0 à 2 %) et très exceptionnellement des complications hémorragiques (hématome peropératoire [16]).


HAV


Une urgenturie de novo était constatée chez 7,7 % des patientes à 12mois et chez 10 % des patientes à 24mois dans la série de Kennelly et al. [12]. Dans les autres séries, ce taux d'urgenturies de novo variait de 1 % à 36,8 % dans l'étude de Gauruder-Burmester et Popken [16], "The MiniArc Sling System in the Treatment of Female Stress Urinary Incontinence". La population initiale de cette étude (97 patientes), comportant 18,7 % de patientes atteintes d'incontinence urinaire mixte, était très hétérogène, 62 % des patientes ayant déjà été opérées d'IUE (colposuspension 36 %, injection péri-urétrale 18 %, BSU traditionnelle [6 %] ou de prolapsus [43 %]). Dans l'étude de Jimenez Calvo et al., sur les neuf patientes (6,6 %) atteintes d'urgenturies de novo, cinq ont décrit une disparition spontanée des symptômes en deux à six mois, alors que les quatre autres ont dû être traitées par des anticholinergiques [13].


Autres complications


Peu de complications à court ou moyen terme ont été rapportées. La majorité des retentions aiguës d'urines postopératoires (entre 1,6 et 5 %) étaient transitoires, expliquant le faible nombre de sections de bandelette (trois cas) [14, 21, 23].


Les autres complications, en dehors des épisodes d'infections urinaires rapportées à 4,8 % dans une série, étaient rares [12]. Même si les douleurs postopératoires immédiates observées après la pose de Mini-Arcâ„¢ étaient négligeables (EVA=1 à 24heures postopératoire dans l'article d'Oliveira et al.), deux cas de douleur persistante à l'aine sont publiés (respectivement à six mois et deux ans de suivi) [12, 23].


L'évaluation de la sexualité, rare dans les études disponibles, a été réalisée par Pickens et al. Sur une série de 108 patientes, les auteurs rapportaient 9 % d'inconfort occasionnel, 2 % d'inconfort fréquent et 40 % de femmes non sexuellement actives, selon le « Female Sexual Function Index » [14].


La bandelette OPHIRAâ„¢


L'article princeps sur les bandelettes mini-invasives OPHIRAâ„¢ a été publié en 2008 [25]. Il s'agissait d'une cohorte de 20 patientes. L'efficacité objective, définie par un Pad test négatif, était de 88 % à un an, le temps opératoire moyen était de neuf minutes et aucune complication per- ou postopératoire à court terme n'a été observée. Ces données n'ont pas été confirmées par des études indépendantes.


La bandelette MINI-TAPEâ„¢


Une étude prospective de 66 patientes a évalué les résultats de la mini-bandelette MINI-TAPEâ„¢ avec un recul de 24mois [26]. Les patientes présentant un prolapsus avec indication de traitement chirurgical, une hyperactivité détrusorienne, une débitmétrie objectivant des troubles de la vidange, un antécédent de chirurgie pour incontinence étaient exclues de l'étude. Toutes les interventions étaient effectuées sous anesthésie locale dont 18 % associées sédation intra veineuse, le temps moyen était de 23,5minutes. Les résultats à 24 mois étaient mauvais : 44 des 66 patientes étaient sorties de l'étude, l'efficacité du traitement évaluée par un critère objectif (Pad test d'une heure inférieur à 1g) associé à un critère subjectif (la patiente ne devait pas souhaiter de traitement supplémentaire pour l'incontinence), en intention de traiter était de seulement 10 %. Trente-huit pour cent des patientes avaient été réopérées pour la récidive d'IUE. Le taux de complications postopératoires était de 20 % avec en majorité des expositions de bandelette nécessitant dans ces cas un retrait du matériel [26].


La bandelette TFSâ„¢


Plusieurs travaux avec un recul supérieur à 12mois étaient disponibles concernant les bandelettes mini-invasives TFSâ„¢.


Deux cohortes prospectives ont étudié les résultats à trois ans et 16mois de 36 et 44 patientes respectivement. La première publiée par Petros et Richardson rapportait un taux d'efficacité subjective, définie par la réponse « non » à la question posée au téléphone « avez vous des fuites quand vous toussez ? », à 80 %. Les taux de complications n'était pas mentionné [27]. La seconde de Sekiguchi et al. retrouvait un taux de succès à 91 %, défini par l'absence de fuite à la toux, un test à la toux négatif et un Pad Test sur 24heures inférieur ou égal à 3g. À noter que 34,1 % des patientes de la population initiale présentaient une insuffisance sphinctérienne définie par un VLPP inferieur à 65cm d'eau et/ou une PCUM inférieur ou égal à 20cm d'eau. Cinq cas (11,4 %) de rétention aiguë d'urine résolutifs après 48heures de sondage vésical et 20 % d'urgenturie de novo, spontanément résolutives ont été rapportés [28].


Une étude prospective randomisée contrôlée comparant la bandelette mini-invasive TFSâ„¢ posée en « U » et une BSU classique transobturatrice TOT implantée selon la technique « out-in » a été publiée par Sivaslioglu et al. [29]. Sur les 40 patientes randomisées dans chaque groupe, les données de 36 patientes pour chaque bras étaient disponibles au dernier suivi (64mois en moyenne). Toutes les patientes étaient opérées sous rachianesthésie. Le critère d'évaluation principal était l'efficacité dite objective (test à la toux négatif et absence de récidive des fuites rapportée par la patiente) et subjective (absence de récidive des fuites rapportée par la patiente mais test à la toux positif). Le taux d'efficacité objective était significativement (p <0,05) plus important pour le groupe TFSâ„¢ : 83 % versus 75 % pour le groupe TOT. Les taux d'efficacité subjective étaient de 6 % pour le groupe TFS et 3 % pour le groupe TOT. Il existait une différence significative en termes de durée opératoire (6 vs 12minutes) et de douleurs à l'aine (0 vs 12 %) en faveur de la bandelette mini-invasive. Sur les quatre patientes (11 %) présentant un échec de la procédure après implantation d'une bandelette mini-invasive TFS, aucune n'a été réopérée et deux étaient traitées par anticholinergiques au dernier suivi. Sur les huit patientes (22 %) en échec de traitement après pose de TOT, deux ont été réopérées (hystérectomie totale et cervicopexie de Burch dans le même temps, et une traitée par section de bandelette puis pose d'un TVT rétropubien), trois traitées par anticholinergiques.


Pour les autres mini-bandelettes (NEEDLELESSâ„¢, DIVAâ„¢, SOLYXâ„¢, MINI-TAPEâ„¢) aucune donnée avec un recul supérieur ou égal à 12mois n'a été retrouvée.


Discussion


D'après les données de la littérature, les résultats des mini-bandelettes sont extrêmement variables et hétérogènes. Ces données peuvent s'expliquer d'abord par la différence des dispositifs eux-mêmes. Les mini-bandelettes sont toutes constituées de polypropylène et évitent un passage cutané, mais elles diffèrent par leur longueur, leur ergonomie, leur technique chirurgicale, le trajet en « U » (position rétropubienne) ou en « H » (position transobturatrice) donné au bras de la bandelette, leur système de fixation. Il en résulte probablement des taux d'efficacité et de complications différents, et une courbe d'apprentissage variant d'une bandelette à une autre [30]. De manière à homogénéiser les données disponibles sur les différents dispositifs (caractéristiques, études précliniques et cliniques), une norme Association française de normalisation (Afnor) a été publiée (norme NF S94-801). Ces informations gagneraient à une diffusion plus large auprès des utilisateurs [30].


À propos de l'efficacité du dispositif, la problématique de l'ancrage de la bandelette semble particulièrement importante. En effet, en l'absence de passage transcutané, la réduction du trajet intra-tissulaire de la bandelette et la seule force de friction de la bandelette pourraient être insuffisante. Certaines bandelettes sont donc dotées d'un système de fixation pour fiabiliser le soutènement de l'urèthre. À cet égard, les différentes études de cohortes prospectives utilisant les mini-bandelettes avec système de friction (NEEDLELESSâ„¢, MIVTâ„¢, SURGIMESHâ„¢, DIVAâ„¢) présentent des résultats non satisfaisants (et la plupart du temps avec un faible recul). Les différentes études de cohortes prospectives utilisant la mini-bandelette Mini-Arcâ„¢, la plus ancienne mini-bandelette avec ancrage retrouvent des résultats plus satisfaisants. Les résultats obtenus avec la mini-bandelette Ajustâ„¢ (seule mini-bandelette avec ancres et ajustement possible bidirectionnel) sont également prometteurs, mais de plus amples études sont nécessaires pour confirmer leur efficacité à moyen et long terme.


Les données de la littérature se résumaient principalement à des études de cohorte, et peu d'études comparatives. La seule méta-analyse comparant les mini-bandelettes et les BSU, retrouvait en 2011 neuf études (six avec TVT-Securâ„¢, deux avec Mini-arcâ„¢ et une avec Ophiraâ„¢) [31]. Les conclusions de ce travail allaient contre l'utilisation des mini-bandelettes, avec une diminution de l'efficacité objective et subjective comparé aux BSU, une augmentation du risque de ré intervention chirurgicale pour récidive, ainsi que du taux d'urgenturie de novo.


Les seuls points positifs en faveur des mini-bandelettes étaient la diminution de la durée opératoire et de la survenue de douleurs postopératoires précoces. Il n'existait pas de différences significatives pour la qualité de vie. Cette méta-analyse présentait cependant des limites importantes dues au faible nombre d'études disponibles (principe du garbage in, garbage out ), du mélange des différents types de bandelettes, de l'inclusion d'études de moins de 12mois, et de la prédominance des données concernant le TVT-Securâ„¢, actuellement abandonné. Par ailleurs, les études incluses comparent les mini-bandelettes aux BSU TVT-O, TOT, ou TVT, dont les résultats ne sont pas identiques. Cependant, le message principal de cette méta-analyse pointant l'absence de données suffisantes pour une large utilisation des mini-bandelettes en pratique clinique reste probablement d'actualité.


Conclusion


De nombreux types de mini-bandelettes se différenciant par leur ergonomie, leur spécificité d'ancrage et d'ajustement ont été l'objet d'études cliniques hétérogènes. Les données disponibles, rarement comparatives et portant majoritairement sur le court terme, ne permettaient pas d'établir la non-infériorité des mini-bandelettes sur les BSU traditionnelles. De telles données comparatives seraient précieuses afin d'établir des recommandations concernant l'usage des mini-bandelettes en pratique clinique.


Déclaration d'intérêts


J.-N. C. : research grants de GSK, consultant pour Bard, Bouchara Recordati, Biocompatibles UK, Takeda et Pfizer. F.H. : consultant et formateur pour Bard et AMS. D.L., L.P., C.C., S.B. déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Résumé des études, évaluant la mini-bandelette AJUSTâ„¢, avec un recul minimum de 12mois.
Référence  Année  n   Type d'étude  Suivi (mois)  Critère principal subjectif  Critère principal objectif  Efficacité subjective  Efficacité objective 
Cornu et al. [9] a  2012  95  Prospective
Monocentrique 
21  Pas de fuites décrites
+ pas de protection (ou 1 protection sèche) 
83 % 
Abdel-Fattah et al. [7 2011  90  Prospective
Multicentrique 
12  PGI-I 1 et 2  Test à la toux  80 %  82 % 
Naumann et al. [8 2012  52  Prospective
Multicentrique 
25  « amélioration »  Test à la toux  86,3 %  84,1 % 



Légende :
n : nombre de patientes ; PGI-I : Patient Global Impression of Improvement.

[a] 
L'efficacité a été évaluée en combinant des critères subjectifs (fuites signalées, questionnaires) et objectifs (test à la toux) indissociables.


Tableau 2 - Caractéristiques des études évaluant la mini-bandelette Mini-Arcâ„¢ avec un recul minimum de 12 mois.
Références  Année  n inclues  n suivies  Type d'étude  Suivi (mois)  Critère principal subjectif  Critère principal objectif  Efficacité subjective  Efficacité objective 
Kennelly et al. [12 2012  188  142  Cohorte prospective multicentrique  24  « très satisfaite »  Test à la toux négatif ou Pad test 1h<1 82,9 %  84 %
81,1 % 
 
Jimenez Calvo et al. [13 2010  135    Cohorte rétrospective  17  « très satisfaite » ou « satisfaite »  Test à la toux négatif  90 %  91,9 % 
 
Pickens et al. [14 2010  120  108  Cohorte prospective  12  UDI-6 question 3, et pas de fuite à l'effort  93,5 %     
 
Oliveira et al. [15 2011  119    Cohorte prospective  12  Améliorée : diminution>50 % des protections + « satisfaite »  Pas de fuite signaléea +pas de protection pour IUE  91 %  80 % 
 
Gauruder-Burmester et Popken [16 2009  97    Cohorte rétrospective  12  Amélioration QoL  Test à la toux négatif  69,1 %  77,8 % 
 
Hogewoning et al. [17 2012  77  57  Cohorte prospective  12  « très satisfaite » ou « satisfaite », EQ-5D, VAS, QoL, UDI IIQ, DDI, PI-Q3  Pas de fuite signaléea  68 %  44 % 
 
De Ridder et al. [18 2010  75  75  Cohorte prospective vs TVT-O  12  Diminution du nombre de protection>=1
IIQ-7, UDI-6, QoL-5, EVA 
Test à la toux négatif  NR  85 % 
 
Deole et al. [19 2010  74  59  Série de cas  12  ICIQ-SF  Test à la toux négatif  64 %  66 % 
 
Debodinance et Delporte [20 2010  72  68  Étude prospective mono centrique  12  Améliorée=rares fuites  Test à la toux négatif  90,6 %  69,1 % 
 
Moore et al. [21 2009  61  58  Étude rétrospective  12    Test à la toux négatif  91,4 %   
 
Sottner et al. [22 2010  38  33  Étude prospective mono centrique  19  « très satisfaite » ou « satisfaite »  Test à la toux négatif  + 20 % (96 %)  76,7 % 
 
Basu et Duckett [24 2013  38  35  ERC vs TVT retropubien  36  Pas de symptomes d'IUE décrits sur KHQ  Pas de réintervention    48,4 % 
 
Oliveira et al. [23 2011  30  30  ERC vs TVT-O vs TVT secur  12  Pas de protection utilisée+pas de fuite signalée  Test à la toux négatif  87 %   



Légende :
BFLUTS : bristol female lower urinary tract symptoms ; ERC : essai randomisé contrôlé ; I-QoL : qualité de vie relative à l'incontinence (incontinence - quality of life ) ; ICIQ : International consultation on Incontinence Questionnaire ; IIQ-7 : Incontinence Impact Questionnaire ; ISI : Incontinence Severity Index ; MESA-UI : medical epidemiological and social aspects of aging-urinary incontinence ; KHQ : King's Health Questionnaire ; N/A : non disponible (not available ) ; PFDI : Pelvic Floor Distress Inventory ; PFIQ : Pelvic Floor Incontinence Questionnaire ; PGI-I : Patient Global Impression of Improvement ; PGI-S : Patient Global Impression of Satisfaction ; PPUS : Patient's Perception of Urgency Severity ; SF : version courte (short form ) ; TOT : bandelette transobturatrice (transobturator tape ) ; UDI : urinary distress inventory ; EVA : échelle visuelle anatomique.

[a] 
Efficacité évaluée sur une association indissociable de critères objectifs et subjectifs ou efficacité objective évaluée sur un critère subjectif : absence de fuite.


Références



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