Métastase laryngée unique d'un carcinome rénal à cellules claires : cas clinique et revue de la littérature

25 avril 2012

Auteurs : P. Sarkis, F. Bou-Malhab, L. Mouaccadieh
Référence : Prog Urol, 2012, 5, 22, 307-309




 




Introduction


Les sites les plus fréquents des métastases du cancer rénal à cellules claires sont pulmonaires, osseux et hépatiques [1]. Les localisations secondaires dans la région de la tête et du cou sont rares [2, 3] et l’atteinte laryngée est exceptionnelle [2, 3, 4, 5].


Nous rapportons un cas de métastase laryngée unique apparue plusieurs mois après une néphrectomie radicale pour cancer rénal à cellules claires.


Cas clinique


Un homme de 70ans se présenta pour dysphonie et dyspnée progressive accompagnées d’un stridor. Huit mois auparavant, le patient avait subi une néphrectomie radicale droite pour cancer à cellules claires dont le stade était PT3a, N0, M0 avec un grade 2 de Furhman.


Une laryngoscopie réalisée mit en évidence une formation pédiculée naissant de la bande ventriculaire gauche se projetant dans le vestibule laryngé (Figure 1). Une excision complète au laser CO2  fut alors pratiquée. L’étude histologique avec immunohistochimie confirma la présence de cellules claires évoquant la nature métastatique de la lésion à partir de l’ancienne tumeur rénale déjà enlevée (Figure 2, Figure 3). Une tomodensitométrie thoracoabdominopelvienne n’a pas mis en évidence d’autres localisations secondaires. Un contrôle endoscopique du larynx pratiqué huit mois puis dix huit mois après ne montra pas de récidive (Figure 4), sans évidence radiologique de métastases à distance.


Figure 1
Figure 1. 

Laryngoscopie mettant en évidence une formation pédiculée naissant de la bande ventriculaire gauche et se projetant dans le vestibule laryngé.




Figure 2
Figure 2. 

Cellules claires (H&E grossissement×10).




Figure 3
Figure 3. 

Immunohistochimie : cytokeratine, EMA et vimentine.




Figure 4
Figure 4. 

Aspect normal du larynx 18 mois après la chirurgie.





Discussion


Dans les séries publiées, le cancer rénal à cellules claires représente 3 % de toutes les tumeurs malignes. Les métastases sont pulmonaires dans 50 à 60 % des cas, osseuses dans 30 à 40 % et hépatiques dans 30 à 40 % des cas [1]. La région de la tête et du cou est touchée dans 14–16 % des cas avec atteinte surtout de la glande thyroïde, du nez, du sinus paranasal et de la glande parotide [4]. Les métastases au larynx sont extrêmement rares [2, 3, 4]. Par ailleurs, les tumeurs métastasiques du larynx constituent seulement 0,09 à 0,40 % de toutes les tumeurs laryngées [3, 4].


La dissémination du cancer du rein dans la région de la tête et du cou peut se faire [4] par les circulations systémique, veineuse et lymphatique. Les anastomoses veineuses riches du système prévertébral, vertébral et épidural constituent une voie de dissémination connue des cellules tumorales. Ces veines qui n’ont pas de valves offrent une voie facile aux emboles néoplasiques avec une moindre résistance. L’augmentation de la pression intra-abdominale et thoracique entraînent un flux rétrograde à travers les plexus veineux prévertébral et vertébral. De cette façon, le cancer du rein peut se disséminer dans la région de la tête et du cou en court-circuitant la filtration capillaire pulmonaire. S’il n’y a pas de métastases au poumon et au foie, il est probable que les cellules tumorales ont migré à travers le plexus veineux de Batson ou le système lymphatique par le canal thoracique [2, 5]. L’atteinte laryngée rare paraît liée à la localisation terminale du larynx dans la circulation lymphatique et vasculaire.


Le traitement des métastases du cancer du rein doit être individualisé selon la localisation de la tumeur et l’état général du patient. L’excision des lésions métastatiques solitaires après néphrectomie résulte en une survie de 41 % à deux ans et 13 % à cinq ans, indépendamment du temps entre la néphrectomie et le diagnostic de la lésion secondaire [1].


Le traitement du cancer du rein métastatique a considérablement évolué au cours des cinq dernières années. Dans les formes de pronostic bon ou intermédiaire, trois options thérapeutiques sont possibles : le sunitinib, l’association IFN–bevacizumab et le pazopanib [1]. Dans les formes de mauvais pronostic, seul le temsirolimus a un niveau de preuve 1a. Le traitement adjuvant après l’excision d’une métastase unique n’est pas encore validé.


En conclusion, le potentiel de métastases au larynx du cancer rénal nécessite une considération de cette entité durant le bilan d’une néoplasie laryngée. Le pronostic après exérèse de ces lésions isolées paraît excellent.


Déclaration d’intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.



Références



Patard H.J., Baumert J., Correas M., et al. Recommandations en urooncologie Prog Urol 2010 ;  20 (Suppl. 4) : 319-339 [inter-ref]
Dee S.L., et al. Laryngeal metatasis 7years after radical nephrectomy Arch Pathol Lab Med 2000 ;  124 : 1833-1834
Morvan J.B., Veyrieres J.B., Mimouni O., et al. Localisations ORL atypiques des métastases du carcinome rénal à cellules claires : à propos de deux cas Annal Fr ORL CCF 2011 ;  128 : 107-109
Ishak A.I., Pauzi S.H., Massir N., See G.B. Multiple metastatic deposits in the head and neck region from a renal cell carcinoma Malaysian J Med Sci 2010 ;  17 (4) : 71-74
Nicolai P., Puxeddu R., Cappiello J., et al. Metastatic neoplasms to the larynx: report of three cases Laryngoscope 1996 ;  106 : 851-855 [cross-ref]






© 2011 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.