Mesures pelvimétriques prédictives de marges chirurgicales au décours d’une prostatectomie totale robot-assitée pour cancer prostatique

25 décembre 2018

Auteurs : C. Moureaux, D. Boucaud-Maitre, L. Brureau, G. Gourtaud, C. Senechal, V. Roux, P. Blanchet, R. Eyraud
Référence : Prog Urol, 2018, 16, 28, 906-914
Introduction

Les données anthropométriques rapportent que les bassins des sujets d’origine africaine sont plus étroits et que leur cavité pelvienne est profonde. L’objectif de cette étude était d’évaluer l’influence de mesures pelvimétriques (MP) sur le taux de marge chirurgicales (MCP) au décours d’une prostatectomie totale robot-assistée (PTRA) dans la population afro-caribéenne.

Matériel et méthodes

L’IRM pelvienne préopératoire de tous les patients opérés d’une PTRA au centre hospitalier universitaire de Guadeloupe entre janvier 2013 et décembre 2015 a été rétrospectivement analysée. La hauteur prostatique (HP), la profondeur apicale (PA) et la distance interépineuse (DIP) ont été mesurées, puis des index (index volumétrique prostatique [DIP/VP], index de profondeur apicale [DIP/PA]) et index de profondeur prostatique (DIP/[PA/HP]) ont été créés. Les MP et les index ont été comparés selon la présence ou l’absence de MCP en analyse uni et multivariée.

Résultats

Cent-soixante-dix-huit patients ont été inclus dans l’étude, parmi lesquels 60 (33,7 %) ont présenté des MCP. En analyse univariée, des différences significatives entre la présence ou l’absence de MCP étaient observées sur la PA (30,3±8,7mm versus 24,8±8,0mm, p <0,001), la HP (9,5±8,5mm versus 16,8±11,9mm, p <0,001) et la DIP (89,6±8,8mm versus 96,1±8,4mm) ainsi que les IPA et IPP. En analyse de régression logistique, la DIP (p <0,001) et la HP (p =0,02) étaient associées à une probabilité accrue de MCP, mais pas la PA ni les index.

Conclusion

Cette étude suggère que la DIP et la HP sont des facteurs prédictifs de MCP lors d’une PTRA chez les patients afro-caribéens. Ces mesures pourraient être utiles pour planifier l’orientation thérapeutique des patients atteints de cancer prostatique. Une étude prospective avec un effectif plus important, comparant la PTRA dans une population afro caribéenne et dans une population caucasienne, serait nécessaire.




 




Introduction


La prostatectomie totale est une modalité thérapeutique du cancer prostatique (CaP) localisé [1]. Une meilleure compréhension de l'anatomie prostatique et péri-prostatique associé aux avancées technologiques, notamment l'apport de la laparoscopie robot-assistée, ont contribué à un meilleur contrôle carcinologique tout en limitant les séquelles fonctionnelles.


Les sujets d'origine africaine présenteraient un bassin plus étroit et plus profond que les sujets d'origine caucasienne [2]. Or, travailler dans une cavité pelvienne étroite où la prostate est profonde peut entraîner des difficultés techniques pour l'opérateur manipulant les différents bras du robot. Ces difficultés peuvent générer des marges chirurgicales positives (MCP), dont plusieurs études ont montré que leur présence sur la pièce opératoire serait un facteur indépendant de récidive nécessitant des traitements adjuvants [3, 4].


Aussi, chez les sujets d'origine africaine, il a été observé que le taux de MCP serait plus élevé [5, 6].


Les autres facteurs de risques de récidive biologique identifiés après prostatectomie totale comprennent un PSA préopératoire>10ng/mL, la longueur des MCP>à 3mm [7, 8]. Enfin, le score de Gleason, le stade pathologique, le nombre de biopsies positives, l'envahissement extra prostatique et des vésicules séminales, seraient aussi associées au risque de réaliser des MCP en PTRA [9].


Ces éléments sont évaluables sur les données préopératoires cliniques et paracliniques ; en revanche, il n'existe aucune évaluation anatomique du risque de réaliser des marges chirurgicales positives.


L'objectif de cette étude était d'évaluer la corrélation entre les mesures pelvimétriques (MP) avec le taux global de MCP dans la population afro-caribéenne au décours d'une prostatectomie totale robot-assistée (PTRA).


Matériel et méthodes


Il s'agit d'une étude monocentrique, rétrospective menée de janvier 2013 à décembre 2015 dans le service d'urologie du CHU de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). Tous les patients ayant eu une imagerie par résonance magnétique (IRM) pelvienne préopératoire puis ayant bénéficié d'une PTRA ont été inclus.


Pour chaque patient, les données préopératoires suivantes ont été extraites : l'âge, le poids, le score ASA, le PSA initial, le stade pathologique clinique et IRM, le score de Gleason (SG) biopsique et le volume prostatique (VP) mesuré au cours de l'échographie transrectale. La longueur tumorale, le nombre de biopsie positive, l'envahissement éventuel du tissu adipeux péri prostatique et l'invasion péri nerveuse retrouvée sur les biopsies de prostate étaient également extraits. Les pertes sanguines peropératoire et le fait d'avoir pratiqué une préservation vasculonerveuse ou non ont été relevées. Enfin, en postopératoire, les données recueillies comprenaient le poids de la pièce, le stade histologique, le SG sur la pièce, et le statut des limites d'exérèse (MCP).


Toutes les procédures chirurgicales ont été réalisées selon la même technique (voie transpéritonéale assistée par robot DA VINCI Si 4 bras) par la même équipe chirurgicale.


L'analyse des pièces opératoires a été réalisée par l'équipe d'anatomopathologie de notre institution.


Elles ont été encrées et analysées selon le protocole de STANFORD [10].


La définition des MCP était anatomopathologique et était définie par la présence de cellules tumorales directement au contact de la limite d'exérèse chirurgicale encrée.


Si des MCP étaient retrouvées ; le nombre, la longueur totale et la localisation était relevés.


Les recommandations de l'ISUP 2005 ont permis de définir le score de Gleason (SG).


Le SG a été stratifié en 3 groupes (≤7(3+4), 7(4+3) et≥8). Une distinction a été faite entre les grades 7(3+4) et 7(4+3), ce dernier appartenant au groupe à au haut risque de la classification d'AMICO [1].


Les MP ont été effectuées de manière rétrospective par deux cliniciens. En cas de discordance, un troisième était chargé de les effectuer.


La profondeur de l'apex prostatique (profondeur apicale=PA) et la hauteur du bord supérieur de la prostate (hauteur prostatique=HP) par rapport à la ligne orthogonale tangente au bord supérieur de la symphyse pubienne (L) ont été mesurées en coupe axiale T2 sur l'IRM préopératoire, en fonction de la ligne orthogonale tangente au bord supérieur de la symphyse pubienne (L). Si la hauteur du bord supérieur de la prostate était plus basse que L, HP était mesuré négativement (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Profondeur apicale (PA) et Hauteur prostatique (HP). Ligne noire : L ; distance rouge : Profondeur apicale (PA) ; distance verte : Hauteur prostatique (HP).




Enfin, la longueur entre la pointe des épines ischiatiques (distance inter-épineuse=DIP) a été mesurée en coupe transversale T1 TSE (distance inter-épineuse=DIP) (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Distance inter épineuse (DIP).




À partir de ces mesures, les rapports suivants ont été définis ;

l'index pelvien développé par Hong et al. [11], renommé dans notre étude, index de profondeur apicale a été défini par DIP/PA. Par conséquent, il est bas si l'apex prostatique est profond dans un bassin étroit ;
l'index volumétrique prostatique (IVP) (DIP/VP) associe la largeur du bassin au VP ;
l'index de profondeur prostatique (IPP) était défini par le rapport DIP/(PA/HP). Il permet d'avoir une évaluation bidimensionnelle de la localisation de la prostate dans le pelvis. Il combine une évaluation de la profondeur de la glande avec la largeur du bassin.


Analyses statistique : les variables quantitatives étaient exprimées en moyenne±écart-type et en médiane, les variables catégorielles en fréquence et pourcentage. La comparaison entre les patients ayant eu ou non des MCP a été effectué par un test du Chi2 pour les variables qualitatives et par un test de Student pour les variables quantitatives. Le coefficient de corrélation de Spearman a été utilisé pour explorer les associations entre les MP. Un modèle de régression logistique univariée a été utilisé pour décrire la probabilité d'avoir eu des MCP ou non pour chacune des 3 MP (HP, PA et DIP). Une analyse par quartile a été effectuée et des odds-ratio comparant la présence ou non de MCP pour chacun des quartiles ont été calculés en prenant le premier quartile comme référence.


Puis 3 modèles de régression logistique multivariée ont été utilisés :

un premier modèle décrivant la probabilité d'avoir eu des MCP ou non incluant les 3 MP ;
un deuxième modèle décrivant la probabilité d'avoir eu des MCP ou non incluant les 3 MP et les 3 index ;
un troisième modèle décrivant la probabilité d'avoir eu des MCP ou non incluant les 3 MP et toutes les variables préopératoires dont l'analyse univariée avait montré un seuil de significativité inférieur à 20 %.


Les données manquantes n'ont pas été imputées.


Une valeur de p <0,05 a été considéré comme un indicateur de significativité.


Toutes les analyses ont été effectuées avec R v.3.0.2.


Résultats


De janvier 2013 à décembre 2015, 361 patients ont eu une PTRA au CHU de Guadeloupe. Parmi ces patients, une IRM préopératoire était disponible pour 178 d'entre eux, sur lesquels l'analyse de l'étude a été effectuée. Cent-dix-huit patients n'ont pas eu de MCP (66,3 %) et 60 en ont eu (33,7 %). Les MCP étaient multiples sur 40 % des pièces. Quarante-quatre pour cent étaient à l'apex, 27 % à la base et 29 % en situation postéro-latérale.


Comparaison des données opératoires


Les patients étaient âgés de 68,4±7,0 ans. Ils présentaient un volume prostatique moyen de 41,9±28,9 cc, un PSA d'une valeur moyenne de 8,9±5,3ng/mL et un SG biopsique≤7(3+4) pour 72,2 % des patients, égal à 7(4+3) pour 19,3 % des patients et≥8 pour 8,5 % des patients (en postopératoire, le SG sur la pièce était respectivement de 70,8 %, 24,7 % et 4,5 %) (Tableau 1, Tableau 2).


Parmi les 146 patients pour lesquels l'information était disponible, 106 patients (72,6 %) ont eu une préservation vasculonerveuse. La préservation vasculonerveuse était bilatérale pour 66 % et unilatérale chez 33 % des patients.


En postopératoire, le poids moyen de la pièce opératoire était de 43,8±27,4g.


Enfin, 145 (81 %) cancers de la prostate étaient classés pT2 et 33 (19 %) étaient classés pT3.


Les patients ayant eu des MCP étaient moins âgés que ceux n'en ayant pas eu (62,8±7,0 contre 65,1±6,9 ans, p =0,04). Plus de biopsies positives ont été observées chez les patients ayant eu des MCP (5,0±2,6 contre 4,0±3,0, p =0,031) et la longueur tumorale était plus grande (21,2±19,4mm contre 14,8±15,7, p =0,021). De plus, leur volume échographique prostatique était plus faible (36,0±16,8 versus 44,9±33,5 cc, p =0,051), bien que le résultat n'était pas statistiquement significatif (p =0,051).


En postopératoire, un volume tumoral élevé (18,6±13,7 % contre 12,3±12,1 %, p =0,012) et un faible poids de la pièce opératoire (37,1±17,9g contre 47,2±30,7g, p =0,021) étaient associés à un taux plus élevé de MCP.


Il n'y avait pas de différence entre les deux groupes en termes de poids initial, de PSA et de SG biopsique, de volume de saignement. De même, il n'y avait pas de différence sur le stade tumoral (pT2/pT3) ou sur le fait d'avoir pratiqué ou non une préservation vasculonerveuse entre les deux groupes.


Relation entre les mesures pelvimétriques et les marges chirurgicales


Les patients présentaient une PA moyenne de 26,7±8,6mm, une HP moyenne de 14,3±11,4mm et une DIP moyenne de 93,9±9,0mm. Une corrélation statistiquement significative était observée entre la HP et la PA (coefficient de corrélation=-0,66, p <0,001), tandis que la DIP n'était pas corrélée aux 2 autres paramètres.


Il était observé une différence significative sur la PA entre les patients ayant eu des MCP et ceux n'en n'ayant pas eu (30,3±8,7mm versus 24,8±8,0mm, p <0,001) (Tableau 3). Le modèle logistique montrait une augmentation statistiquement significative du taux de MCP avec la PA (p <0,001) : plus la PA était élevée, plus la probabilité d'avoir des MCP augmentait.


La HP des patients ayant eu des MCP était plus faible chez les patients ayant eu des MCP (9,5±8,5mm versus 16,8±11,9mm, p <0,001) (Tableau 3). Le modèle logistique montrait une augmentation statistiquement significative d'avoir des MCP quand la HP était basse (p <0,001) ; contrairement à la PA, plus la HP était basse, plus la probabilité d'avoir des MCP augmentait.


Enfin, les mêmes relations étaient constatées entre la HP et la DIP : les moyennes de DIP étaient statistiquement différentes (89,6±8,8mm pour les patients ayant eu des MCP contre 96,1±8,4mm pour ceux n'ayant pas eu de MCP) (Tableau 3) et la régression logistique significative (p <0,001) : plus la DIP était petite, plus la probabilité d'avoir des MCP augmentait.


L'analyse par quartile montrait que lorsque la DIP était élevée, comprise entre 115,9mm et 99,7mm, le pourcentage de MCP était de 18,2 % alors que ce pourcentage était de 56,8 % quand la valeur était inférieure à 86,8mm, soit un OR de 5,9 [IC95 % : 2,2-15,6] (Tableau 4).


En analyse multivariée (n =178) (régression logistique) incluant les 3 MP, la DIP (p <0,001, OR : 0,91 [0,87-0,95]) et la HP (p =0,02, OR : 0,94 [0,90-0,99]) étaient associées à une probabilité d'avoir des MCP mais pas la PA (Tableau 5).


Les moyennes entre les index (IPA et IPP), définis par les rapports entre les MP, étaient aussi statistiquement différentes entre les patients ayant eu des MCP et ceux n'en n'ayant pas (respectivement 3,4±1,5 contre 4,7±3,3, p =0,003 et 9,5±8,5 contre 16,8±11,9, p =0,008). Il n'y avait pas de différence concernant l'IVP.


Dans un modèle de régression logistique incluant les 3 MP et ces 3 index, seule la DIP apparaissait significativement associée à la probabilité d'avoir des MCP (p <0,001) (OR : 1,12 ; IC95 % :1,07-1,19) (Tableau 5).


Relation entre la présence de MCP ou non avec les mesures pelvimétriques et les données préopératoires par analyse logistique multivariée


En analyse multivariée incluant les MP et l'âge, le volume prostatique échographique, la longueur tumorale et le nombre de biopsies positives observées en préopératoire (variables dont la comparaison en analyse univariée montrait une différence avec un seuil de significativité<0,20), la DIP (p <0,001), l'âge (p =0,014) et la HP (p =0,044) étaient significativement associées à la probabilité d'avoir des MCP.


Discussion


Nous présentons la première série évaluant la corrélation entre les mesures pelvimétriques et le taux de marges chirurgicales lors de prostatectomie totale robot-assistée dans une population afro-caribéenne connue pour avoir un bassin étroit. Notre étude, menée chez 178 patients ayant subi une PTRA au CHU de Guadeloupe, suggère que la DIP et la HP pourraient être des variables indépendantes prédictives de MCP chez les patients afro-caribéens.


La seule autre étude ayant évalué les procédures robot-assistées [12] sur la prévalence des MCP, menée sur une série de 141 patients coréens, n'avait pas retrouvé de corrélation entre les MP et le taux de MCP. Les autres études disponibles ont évalué l'impact de MP sur les résultats carcinologiques et fonctionnels après PT, mais en utilisant des techniques chirurgicales différentes, à savoir la voie ouverte rétropubienne et la voie laparoscopique (souvent confondues), mais non robotique.


Dans notre population d'étude, le taux de MCP observé était de 33,7 % (soit 60 des 118 patients). Rabbani et al. avaient notamment mis en évidence un taux de MCP supérieur chez les patients afro-américains en comparaison aux caucasiens principalement en localisation apicale, suggérant un impact morphologique du bassin sur ce taux [7]. Il existerait en effet des différences morphologiques pelvimétriques selon l'ethnie. La classification de Turner, élaboré en 1885, classifiait le bassin en trois catégories : dolichopellic, mesatipellic et platipellic (>95, 90-95 et<90 respectivement) selon les valeurs du « Pelvic Brim Index » (100*[diamètre antéro-postérieur/diamètre transverse]) ; les bassins dolichopellics étant les plus étroits et les platipellics étant les plus larges [3]. En Guadeloupe, la population serait composée à 90 % de sujets originaire d'Afrique sub-saharienne [13] ayant un bassin mesatipellics [3].


L'analyse multivariée incluant les mesures pelvimétriques et les données préopératoires suggérait aussi que l'âge (p =0,014), tout comme la DIP (p <0,001) et la HP (p =0,044), était significativement associé à la probabilité d'avoir des MCP. Dans notre étude, bien que la différence ne soit pas statistiquement significative, il y avait plus de MCP sur les prostates de faible volume (36,0±16,8 versus 44,9±33,5 cc, p =0,051). Ces résultats étaient donc concordants avec les données retrouvées dans la littérature qui rapportent un taux de MCP supérieur sur les petites prostates [14, 15].


Ceci semble expliqué par le fait que les plans de dissections, notamment entre les faces latérales de la prostate et les muscles releveurs de l'anus, sont plus facilement distingués et la dissection facilitée par la pression du pneumopéritoine sur les prostates volumineuses retrouvées principalement chez les sujets âgés [16].


L'index pelvien, défini par le rapport entre la DIP et la PA, que nous avons nommé index de profondeur apicale (IPA), a été aussi utilisé dans 2 autres études. Hong et al. avaient rapporté un taux élevé de MCP de localisation globale chez les patients ayant un IPA bas [12], tandis que Matikainen et al. avaient montré des taux de MCP en situation apicale supérieurs chez les sujets afro-américains comparés aux sujets caucasiens quand l'IPA était bas [17]. Dans notre étude, il était effectivement observé une moyenne plus basse d'IPA chez les patients ayant eu des MCP (3,4±1,5 contre 4,7±3,3, p =0,003). Néanmoins, cet index n'apparaissait pas plus prédictif d'avoir des MCP que la DIP en analyse multivariée.


Nous avons aussi constaté une absence d'association entre la préservation vasculonerveuse et le taux de MCP. Pourtant, selon Preston et al. un risque de MCP avait été associé à la préservation bilatérale pour les tumeurs pT2 [18], tout comme l'augmentation des techniques de préservation intrafaciale [19] Dans notre série, la technique de dissection n'a pas été analysée car dans l'extrême majorité des cas, une dissection interfaciale était réalisée.


Enfin, dans notre série, le stade pathologique n'était pas associé au taux de MCP (p =0,24), contrairement aux données retrouvées dans la littérature [20] il était observé plus de MCP dans le stade pT3 (23,3 % contre 16,5 %). En effet Suardi et al. ont montré que les marges chirurgicales sont significativement plus élevées pour les cancers à haut risque (incluant les tumeurs T3) sur une série de 6194 patients. Cela reflète probablement un manque de puissance statistique due au faible effectif étudié sur ce stade (seulement 33 patients pT3).


Notre étude présente plusieurs limites. Les procédures chirurgicales ont été réalisées par la même équipe selon la même technique, comprenant 6 opérateurs. Une étude précédente avait rapporté un taux de MCP moindre sur les pièces de PT réalisées par voie ouverte par des chirurgiens avec une grande expérience (>1000 procédures) ; les résultats n'étaient pas significatifs pour les opérateurs avec une expérience intermédiaire et faible [21].


Dans notre étude, si les opérateurs avaient une expérience variable pour les procédures ouverte ou laparoscopique, ils avaient néanmoins la même expérience pour les procédures laparoscopiques robot-assistée puisque le robot chirurgical DA VINCI Si a été acquis en janvier 2013 (soit au début de la période d'inclusion de l'étude), ce qui limite potentiellement le biais inter-opérateur.


Les résultats fonctionnels (incontinence urinaire et fonction érectile) et la survie (spécifique et globale) en cas de MCP n'ont volontairement pas été analysés afin de se focaliser sur l'objectif principal de l'étude.


Dans les limites de la taille de notre série et du caractère rétrospectif de notre étude, nous avons pu montrer un impact de la morphologie étroite du pelvis et de la profondeur de la prostate sur le taux de MCP.


Conclusion


Notre étude suggère que la distance interépineuse (DIP) et la hauteur prostatique (HP), sont des variables indépendantes prédictives de MCP au décours d'une PTRA chez les patients afro-caribéens.


La largeur étroite du pelvis apparaît comme une limite à un geste carcinologique complet dans les procédures robot-assistées.


Ces résultats soulignent l'importance de mesures pelvimétriques dans la prise en charge curative robot-assistée du CaP et nécessiteraient d'être confirmés par une étude prospective de plus grande échelle comparant une série de sujets caucasiens à une série de sujets afro-caribéens.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Comparaison des données préopératoires entre les patients selon la présence de MCP.
Données préopératoires 
  Total  MCP +  MCP -  p -value 
Âge (années)  n =178  n =60  n =118   
Moyenne±ET  68,4±7,0  62,8±7,0  65,1±6,9  p =0,04 
Poids (kg)  n =166  n =56  n =110   
Moyenne±ET  77,1±12,7  77,2±12,3  77,1±13,0  p =0,960 
Volume prostatique initial (mg)  n =178  n =60  n =118   
Moyenne±ET  41,9±28,9  36,0±16,8  44,9±33,5  p =0,051 
PSA (ng/mL)  n =178  n =60  n =118   
Moyenne±ET  8,9±5,3  9,5±6,2  8,6±4,8  p =0,284 
Score de Gleason (biopsie)  n =176 (100 %)  n =58 (100 %)  n =118 (100 %)   
≤7 (3+4)  127 (72,2 %)  40 (69,0 %)  87 (73,2 %)  p =0,21 
7 (4+3)  34 (19,3 %)  12 (20,7 %)  22 (18,6 %)   
≥ 15 (8,5 %)  6 (10,3 %)  9 (7,6 %)   
Longueur tumorale  n =176  n =60  n =116  p =0,021 
Moyenne±ET  17,0±17,3  21,2±19,4  14,8±15,7   
Nombre de biopsies positives  n =176  n =60  n =116  p =0,031 
Moyenne±ET  4,4±2,9  5,0±2,6  4,0±3,0   
Envahissement du tissu adipeux péri prostatique et invasion péri nerveuse  n =177 (100 %)  n =60 (100 %)  n =117 (100 %)  p =0,212 
Oui  25 (14,1 %)  12 (20,0 %)  13 (11,1 %)   
Non  152 (85,9 %)  48 (80,0 %)  104 (88,9 %)   



Légende :
MCP : marge chirurgicale positive.



Tableau 2 - Comparaison des données per- et postopératoires entre les patients selon la présence de MCP.
Données peropératoires 
  Total  MCP +  MCP -  p -value 
Saignement (mL)  n =162  n =56  n =106  p =0,264 
Moyenne±ET  364,5±237,7  335,7±215,9  379,7±248,1   
Préserv. vasculonerveuse  n =146 (100 %)  n =47 (100 %)  n =91 (100 %)  p =0,982 
Oui  106 (72,6 %)  36 (76,6 %)  70 (76,9 %)   
Non  40 (27,4 %)  11 (23,4 %)  21 (23,1 %)   
Données postopératoires 
  Total  MCP  Pas de MCP  p -value 
Volume tumoral (%)  n =178  n =60  n =118  p =0,003 
Moyenne±ET  14,4±13,0  18,6±13,7  12,3±12,1   
Poids de la pièce (g)  n =177  n =59  n =118  p =0,021 
Moyenne±ET  43,8±27,4  37,1±17,9  47,2±30,7   
Score de Gleason (pièce)  n =178 (100 %)  n =60 (100 %)  n =118 (100 %)  p =0,125 
≤7 (3+4)  126 (70,8 %)  38 (63,3 %)  88 (74,6 %)   
7 (4+3)  44 (24,7 %)  17 (28,3 %)  27 (22,9 %)   
≥ 8 (4,5 %)  5 (8,3 %)  3 (2,5 %)   
Stade pathologique  n =178 (100 %)  n =60 (100 %)  n =118 (100 %)  p =0,24 
T2  145 (81,5 %)  46 (76,7 %)  99 (83,9 %)   
≥T3  33 (18,5 %)  14 (23,3 %)  19 (16,1 %)   



Légende :
MCP : marge chirurgicale positive.



Tableau 3 - Comparaison des moyennes des mesures pelvimétriques et des index entre les patients selon la présence de MCP.
  Total (n =178)  MCP (n =60)  Pas de MCP (n =118)  p -value 
Profondeur apicale (PA) (mm)         
Moyenne±ET  26,7±8,6  30,3±8,7  24,8±8,0  <0,001 
Hauteur prostatique (HP) (mm)         
Moyenne±ET  14,3±11,4  9,5±8,5  16,8±11,9  <0,001 
Distance interépineuse (DIP) (mm)         
Moyenne±ET  93,9±9,0  89,6±8,8  96,1±8,4  <0,001 
IPA (DIP/PA)         
Moyenne±ET  4,2±2,9  3,4±1,5  4,7±3,3  0,003 
IVP (DIP/VP)         
Moyenne±ET  14,3±11,4  9,5±8,5  16,8±11,9  0,360 
IPP (DIP/(PA/HP)         
Moyenne±ET  14,3±11,4  9,5±8,5  16,8±11,9  0,008 



Légende :
PA : profondeur apicale ; HP : hauteur prostatique ; DIP : distance interépineuse ; IPA : index de profondeur apicale ; IVP : index volumétrique prostatique ; VP : volume prostatique ; IPP : index de profondeur prostatique ; ET : écart type ; MCP : marge chirurgicale positive.



Tableau 4 - Comparaison des mesures pelvimétriques par quartile entre les patients selon la présence de MCP.
  Total  MCP-  MCP +  OR [IC95 %] 
Distance interépineuse (mm)         
Quartile 1 [115,9-99,7[  44  36 (81,8 %)  8 (18,2 %)  Ref 
Quartile 2 [99,7-93,9[  45  34 (75,6 %)  11 (24,4 %)  1,46 [0,52-4,05] 
Quartile 3 [93,9-86,8[  45  29 (64,4 %)  16 (35,6 %)  2,48 [0,93-6,61] 
Quartile 4 [86,8-70,2]  44  19 (43,2 %)  25 (56,8 %)  5,92 [2,24-15,63] 
Hauteur prostatique (mm)         
Quartile 1 [55,4-20,8[  44  38 (86,4 %)  6 (13,6 %)  Ref 
Quartile 2 [20,8-12,6[  45  35 (77,8 %)  10 (22,2 %)  1,81 [0,60-5,50] 
Quartile 3 [12,6-6,1[  45  23 (51,1 %)  22 (48,9 %)  6,06 [2,14,15,15-17] 
Quartile 4 [1-6,6-8,8-10]  44  22 (50,0 %)  22 (50,0 %)  6,33 [2,23-180][2,23-18,00] 
Profondeur apicale (mm)         
Quartile 1 [4,3-20,8[  44  37 (84,1 %)  7 (15,9 %)  Ref 
Quartile 2 [20,8-26,6[  45  33 (73,3 %)  12 (26,7 %)  1,92 [0,68-5,46] 
Quartile 3 [26,6-32,0[  45  28 (62,2 %)  17 (37,8 %)  3,21 [1,17-8,79] 
Quartile 4 [32,0-46,6]  44  20 (45,5 %)  24 (54,5 %)  6,34 [2,33-17,28] 



Légende :
MCP : marge chirurgicale positive.



Tableau 5 - Analyse logistique en univariée et en multivariée de la probabilité d'avoir des MCP ou non pour chacune des MP puis dans un modèle incluant les 3 MP.
  Analyse univariée 
Analyse multivariée 
  p -value  OR [IC 95 %]  p -value  OR [IC 95 %] 
Distance interépineuse (DIP) (mm)  <0,001  0,91 [0,87-0,95]  < 0,001  1,12 [1,07-1,19] 
Hauteur prostatique (HP) (mm)  <0,001  0,93 [0,90-0,96]  0,02  0,94 [0,90-0,99] 
Profondeur apicale (PA) (mm)  <0,001  1,09 [1,04-1,13]  0,19   




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