L’obésité est-elle un frein à la transplantation rénale ?

25 janvier 2015

Auteurs : M.L. Kamdoum Nanfack, Y. Bayoud, C. Marchand, I. Cholley, P. Leon, R. Fournier, T. Lassere, S. Larre
Référence : Prog Urol, 2015, 1, 25, 40-46
Introduction

La transplantation rénale (TR) est la prise en charge la plus adaptée de l’insuffisance rénale terminale. La proportion d’obèses augmente dans la population générale et chez les insuffisants rénaux. Il est important d’évaluer l’impact de l’obésité sur les complications chirurgicales de la TR. Le but de notre étude rétrospective était de signifier la corrélation entre l’obésité et la survenue de complications urologiques postopératoires au cours de la première année.

Patients et méthodes

Nous avons effectué une étude rétrospective de mars 1999 à décembre 2009. Nous avons réalisé une revue de dossiers de patients transplantés rénaux. Les reins étaient prélevés sur donneurs cadavériques. Les données recueillies étaient l’âge, le poids, la taille, l’IMC préopératoires ; la néphropathie causale, le tabagisme, l’HTA, le diabète, le traitement anticoagulant. Les données peropératoires comprenaient la durée opératoire (DO), l’ischémie froide. Les complications urologiques ont été recensées pendant la première année après la TR (sténoses anastomotiques vasculaires, sténose urétéro-vésicale, lymphorrhées, pyélonéphrites, hématome, abcès de paroi). L’analyse statistique a consisté en un test-t pour échantillons indépendants et une régression logistique uni- et multivariée pour la survenue de complications.

Résultats

Quatre cent vingt-deux patients ont été transplantés au total. Nous avons exclu 20 patients. L’IMC et la durée opératoire des patients ayant des complications étaient significativement différents de ceux des patients n’ayant pas de complications (p =0,016 et p =0,039, respectivement). Les obèses (n =48) avaient plus de diabète (12,5 % versus 3,7 % ; p =0,014), étaient plus souvent tabagiques (35,4 % versus 22 % ; p =0,012), avaient une DO plus longue (203,64minutes versus 182,46minutes ; p =0,006), et plus de complications (62,5 % versus 50,28 % ; p = 0,03) que les patients avec un IMC<30 (n =354). Après ajustement sur l’âge, tabac, DO, diabète et IMC a montré que seul l’IMC était un facteur prédictif indépendant de survenue de complications postopératoires avec p =0,048 et un RR=1,058 [IC 95 % : 1–1,119]. Cependant, il n’y avait pas plus de transplantectomie chez les obèses (p =0,911).

Conclusion

Notre étude a montré qu’il existe un risque important de complications chirurgicales après TR chez les obèses. Mais cela n’affecte pas la survie du greffon à court et à long termes.

Niveau de preuve

5.




 




Introduction


La prévalence de l'obésité augmente régulièrement dans la population des insuffisants rénaux chroniques à l'instar de ce qui est observé dans la population générale [1]. La transplantation rénale chez les patients obèses (IMC≥30kg/m2) est un sujet d'actualité pour lequel le débat est toujours en cours, puisque dans la littérature médicale certaines équipes leur contre-indiquent la transplantation rénale [2, 3, 4]. Certains auteurs imposent une perte de poids de 5 à 10 % chez les patients obèses avant la transplantation rénale. Ceci a eu pour corollaire un allongement des délais d'attente pour la transplantation rénale chez les patients obèses [5].


D'autres auteurs ont montré que les patients obèses en IRC terminale qui étaient transplantés rénaux avaient une meilleure survie que les patients obèses encore en attente sur la liste de transplantation [6, 7, 8]. Il existe donc une disparité dans les conclusions des différentes équipes sur l'influence de l'obésité sur la transplantation rénale.


Le but de notre étude était de rechercher la corrélation entre l'obésité et la survenue de complications urologiques postopératoires à un an, et d'évaluer la survie du greffon à moyen terme et à long termes.


Patients et méthodes


Sélection des patients


Notre étude a été menée dans le département d'urologie-andrologie et le service de transplantation rénale, au centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims. Nous avons réalisé un recueil de données rétrospectifde tous les patients transplantés rénaux de mars 1999 à décembre 2009. Toutes les transplantations étaient réalisées par des chirurgiens urologues du CHU. Les greffons provenaient de donneurs cadavériques. La transplantation était réalisée en extra-péritonéal en fosse iliaque. Du 1er mars 1999 au 31 décembre 2009, 422 patients ont été transplantés dans notre centre. Nous avons exclu 20 patients, car nous n'avions pas toutes les données nécessaires à l'analyse statistique. Nous avons donc analysé les données de 402 patients.


Données analysées


Les données analysées chez les receveurs étaient : le sexe, l'âge, la néphropathie causale, le type de dialyse (hémodialyse, dialyse péritonéale), la transplantation préemptive, la présence d'hypertension artérielle, de diabète, de tabagisme, de traitement anticoagulant et l'indice de masse corporelle (IMC) préopératoire. Les patients étaient ensuite répartis en 2 groupes selon l'IMC.


Les données peropératoires étaient la durée opératoire, la durée d'ischémie froide.


En postopératoire, nous avons analysé la delayed graft function (DGF), définie par la nécessité de dialyse pendant la première semaine post-transplantation. Les complications chirurgicales étaient vasculaires (thrombose des vaisseaux du greffon), pariétales (lymphorrhée ou lymphocèle, hématome, abcès de paroi), urologiques (sténose ou fuite de l'anastomose urétéro-vésicale, pyélonéphrite), la nécessité de transplantectomie. Nous avons recueilli le nombre de reprises chirurgicales. Les pyélonéphrites sur greffon étaient documentées par un examen bactériologique des urines. Les décès ont également été analysés. Toutes les complications, exceptées les pyélonéphrites, étaient documentées par une imagerie : échographie du greffon (montrant une dilatation des cavités), TDM (injectée ou non) confirmant la présence d'une collection (hématome, abcès ou lymphocèle). Ces imageries étaient orientées par la clinique (douleur, fièvre, écoulement séreux ou purulent de la cicatrice, modification des constantes, diminution de la diurèse) et la biologie (anémie, syndrome inflammatoire biologique, modification de créatininémie, hyperkaliémie). Nous avons recueilli le taux de créatininémie à 12 mois. Nous avons également étudié la survie du greffon à 1, 5 et 13ans.


Analyse statistique


L'analyse a été effectuée à l'aide du logiciel SPSS (SPSS 17, Chicago Illinois, États-Unis). Les différents tests utilisés étaient : un test-t pour échantillons indépendants, une régression logistique uni- et multivariée pour la survenue de complications, et des courbes de Kaplan-Meier pour la survie du greffon rénal avec un test de Mantel-Cox (log-rank). Pour analyser l'influence de la corpulence, nous avons stratifié la population en deux groupes en fonction de l'IMC (groupe 1 : IMC<30kg/m2, et groupe 2 : IMC≥30kg/m2) et analysé l'IMC comme une valeur continue (régression logistique). Le seuil de significativité a été fixé à p ≤0,05.


Résultats


Caractéristiques des patients


Au total, nous avons analysé les données de 402 patients. Il y avait 354 patients dans le groupe 1 et 48 patients dans le groupe 2.


Les caractéristiques initiales de notre population sont résumées dans le Tableau 1.


En comparant le groupe 1 au groupe 2, nous avons noté des différences statistiquement significatives. En effet, dans le groupe 2, il y avait : un âge moyen plus élevé, plus de néphropathie diabétique, plus de tabagisme, plus de traitement anticoagulant et une durée opératoire plus élevée (Tableau 1). Le temps moyen d'ischémie froide était de 19,8heures. Il était respectivement de 19,8heures dans le groupe 1, et de 18,7heures dans le groupe 2 sans différence significative (p =0,176). La durée moyenne d'hospitalisation était de 16,8±0,7jours sans différence significative (p =0,647).


Les complications au cours de la première année


Nous avons noté la présence d'au moins une complication chez 208 patients (51,7 % des patients), 14,1 % des patients ont fait plusieurs complications (14,6 % du groupe 2 versus 14,1 % du groupe 1). Les patients du groupe 2 avaient significativement plus de complications que les patients du groupe 1 (62,5 % versus 50,3 % ; p =0,03). Les patients du groupe 2 avaient plus de complications pariétales que les patients du groupe 1 (45,8 % versus 25,7 %). Cette différence était statistiquement significative (p =0,031). Les complications pariétales notées étaient : lymphorrhée (27,1 % versus 12,9 %), hématome de paroi (14,6 % versus 10,7 %), abcès de paroi (4,2 % versus 0,7 %). Il n'y avait pas de différence significative entre les deux groupes concernant les complications vasculaires (33,3 % versus 30,8 %). Il y avait proportionnellement plus de reprises chirurgicales dans le groupe 2 (n =7 ; 14,6 %) que dans le groupe 1 (n =39 ; 11,1 %). Mais nous n'avons pas trouvé de différence significative entre les deux groupes (Tableau 2).


La répartition des complications selon la classification de Clavien-Dindo était la suivante : 29,1 % Clavien II (27,5 % groupe 1 versus 37,5 % groupe 2), 0,9 % Clavien IIIa (1,2 % versus 0 %), 9,4 % Clavien IIIb (9,3 % versus 10,4 %), 16,2 % Clavien IVa (16,1 % versus 16,7 %), et 1,4 % Clavien V (1,2 % versus 2,1 %). Nous n'avons pas trouvé de différence significative en comparant les groupes selon cette classification.


La répartition des complications dans les deux groupes était stable selon l'année de transplantation : 49,4 % (47,6 % groupe 1 versus 71,4 %) de 1999 à 2001, 52,3 % (51,6 % versus 62,5 %) de 2002 à 2004, 51,2 % (50,4 % versus 55,5 %) de 2005 à 2007 et 52,6 % (49,2 % versus 66,7 %) de 2008 à 2009. En comparant les différentes caractéristiques entre le groupe des patients qui ont présenté des complications et le groupe de patients sans complications, nous avons trouvé que seul l'IMC et la durée opératoire montraient des différences significatives (respectivement, p =0,016 et p =0,039). L'analyse en régression logistique univariée a montré une corrélation statistiquement significative entre l'IMC élevé, une durée opératoire prolongée, et la survenue de complications postopératoires (respectivement, p =0,017 ; OR=1,055 ; IC 95 % : [1,010-1,103] et p =0,041 ; OR=1,005 ; IC 95 % : [1,000-1,010] ; Tableau 3). L'analyse multivariée comprenant âge, tabac, durée opératoire, diabète et IMC a montré que seul l'IMC était un facteur prédictif indépendant de survenue de complications postopératoires avec p =0,048 et un OR=1,058 (IC 95 % : [1-1,119] ; Tableau 4), soit un risque supplémentaire de 5,8 % pour chaque unité d'IMC. Dans notre étude, il y avait donc significativement plus de patients obèses dans la population des transplantés rénaux ayant eu des complications ; et inversement le fait d'être un patient obèse augmentait le risque d'avoir des complications.


Il n'y avait pas de différence significative entre les deux groupes concernant la DGF (20,8 % groupe 2 versus 16,4 % groupe 1) et les pyélonéphrites sur greffon (33,4 % versus 29,9 %).


La survie du greffon et des patients


À un an, nous avons noté 5 décès dans notre cohorte : 3 décès survenus en postopératoire immédiat (thrombose de la veine du greffon, trouble du rythme, choc hémorragique sur hématome de la loge), 2 décès au septième et huitième mois de causes inconnues. Nous avons eu à 1 an une survie globale de la population de 97,1 % : 96,9 % (4 décès) dans le groupe 1, et de 97,9 % dans le groupe 2 (1 décès), sans différence significative.


Il n'y avait pas plus de transplantectomie chez les patients obèses, par rapport aux non-obèses (2,1 % versus 3,1 %, log-rank : p =0,911). Le pourcentage de survie sans retour en dialyse à 1 an était de 96,9 % dans le groupe 1 et de 97,9 % dans le groupe 2, ceci sans différence significative (log-rank : p =0,825). Cette survie du greffon à 5ans était de 95,8 % dans le groupe 2. Elle était de 96,3 % dans le groupe 1. Il n'y avait pas de différence significative entre les deux groupes (log-rank : p =0,152). Ces résultats sont respectivement représentés sur la Figure 1a et b. Il n'y avait donc pas à moyen terme et à long terme d'impact de ces complications sur la survie du greffon. Ainsi, dans la population des patients obèses de notre étude, une fois la phase critique postopératoire passée, il n'y avait pas d'impact de l'IMC sur la survie du greffon.


Figure 1
Figure 1. 

a : courbe de Kaplan-Meier de survie sans retour à la dialyse à 1 an des groupes 1 et 2 ; b : courbe de Kaplan-Meier de survie sans retour à la dialyse des groupes 1 et 2.





Discussion


Notre étude a montré qu'il existe plus de complications postopératoires après transplantation rénale chez les patients obèses par rapport aux non-obèses. Ceci avec un nombre important de patients et un faible nombre de patients exclus. Ces résultats sont comparables à ceux de la littérature. En effet, dans l'étude de l'équipe de Marks, il existait plus de complications et un séjour plus long pour les transplantés rénaux en obésité morbide (IMC>35kg/m2), par rapport aux patients non obèses. Leur étude portait sur 247 patients. Ils ont trouvé plus d'infections pariétales profondes chez les patients en obésité morbide, comparativement aux patients non obèses (30 % versus 3 %) [8]. Dans notre étude, nous n'avons pas pu mettre en évidence des résultats concernant le groupe des patients en obésité morbide car nous n'avions que 7 patients dans ce groupe. Johnson et al. ont eu les mêmes résultats dans leur étude rétrospective sur 493 patients. Cependant, l'IMC n'a pas été retrouvé comme facteur prédictif indépendant de survenue de complications pariétales en analyse multivariée (p =0,11) [7]. Merion et al. ont aussi trouvé une différence significative entre le groupe des patients obèses et des patients non obèses dans la survenue de ces infections de paroi (17,5 % versus 6,3 % ; p =0,036). Il n'y avait pas d'impact sur la survie du greffon à moyen et à long termes, ainsi que sur la survie des patients à 3ans (90 % obèses versus 93 % non-obèses) [9]. L'impact de l'IMC sur la survenue des complications pariétales a également été démontré par l'équipe de Kuo, sur une série de 487 patients. L'IMC était un des facteurs prédictifs indépendants de complications pariétales (risque relatif=1,14) [10]. Dans la même logique, l'équipe de Lynch a montré que le risque de développer une infection pariétale postopératoire était en grande partie déterminé par l'IMC des receveurs (p <0,001) [11]. Singh et al. ont également mis en évidence le fait que l'obésité (IMC≥30kg/m2) était responsable d'un allongement de la durée opératoire de manière significative. Les désunions ou les infections de paroi superficielles avaient une incidence multipliée par deux chez les patients obèses (p =0,01). Les risques de lymphocèle ou d'hématome superficiel étaient également significativement augmentés (respectivement, p =0,02 et p =0,05). La durée moyenne d'hospitalisation initiale était, elle aussi, significativement plus allongée chez les patients obèses : 13,7±10,0jours versus 9,5±4,8jours (p =0,029). À moyen et long termes, le taux de créatininémie était plus élevé dans la population d'obèses, mais ce n'était pas significatif. Ils en ont conclu que les complications postopératoires de la transplantation rénale liées à l'obésité étaient des complications mineures [12]. En revanche, d'autres comme Modlin et al. n'ont pas montré de manière significative qu'il existait plus de complications dans les suites de la transplantation rénale chez les patients obèses, par rapport aux non-obèses [2].


Notre étude a montré qu'il n'y avait pas plus de transplantectomie, ni plus de retour en dialyse chez les patients obèses par rapport aux patients non obèses à moyen et à long termes. S'il est vrai qu'il existe une controverse sur l'influence de l'obésité des receveurs sur la survie des greffons, nos résultats sont dans la logique des études récentes de la littérature. En effet, malgré les complications postopératoires significativement plus élevées chez les patients obèses, les équipes de Kuo, Singh et Bardonnaud n'ont pas trouvé d'impact d'un IMC élevé sur la survie du greffon [9, 12, 13]. Yamamoto et al. ont réalisé une comparaison de l'évolution de la transplantation rénale chez 56 patients obèses et non obèses ayant reçu un rein d'un même donneur. Ils n'ont pas trouvé de différence significative entre les deux groupes pour la survie du greffon à court terme (à 1 an). Elle était de 92,9 % dans les deux groupes [14]. En analyse multivariée après ajustement pour les autres comorbidités, un IMC≥30kg/m2 n'apparaît pas être un facteur prédictif indépendant de mortalité à 1 et 5ans selon Chang et al. [15], avec une cohorte de 5684 patients. Selon ces auteurs, l'IMC devrait être pris en compte en fonction des autres facteurs de risque potentiellement présents chez le patient. La méta-analyse de Jindal et Zawada a retrouvé plusieurs études qui ont montré une survie similaire du greffon à 1, 3 et 5ans entre le groupe des patients obèses et celui des patients non obèses. Toutefois, une altération de la fonction rénale était observée à moyen terme chez les obèses et devenait significative à partir de 5ans post-transplantation [16]. Dans la revue de la littérature du comité de transplantation de l'Association française d'urologie, il y avait des études avec des résultats moins positifs [17]. Par exemple, l'équipe de Meier-Kriesche a étudié les effets d'un IMC>25kg/m2 à long terme sur le greffon rénal, dans une population de 405 patients. Ils ont identifié ce seuil d'IMC comme un facteur prédictif indépendant de diminution de la survie du greffon et du patient. Ils en ont conclu que l'obésité devait être un frein à l'inscription sur la liste de transplantation rénale. Cependant, ils n'ont pas ajusté leurs résultats pour les autres comorbidités des patients obèses [18]. Aalten et al. ont montré qu'à court terme la répartition des causes de perte de greffon était marquée par une fréquence accrue de non-fonctionnement primaire et de complications infectieuses chez les receveurs obèses, avec une cohorte de 2067 patients. La survie des patients obèses à 1 an, ainsi que celle de leurs greffons étaient significativement inférieures à celles du groupe des patients non obèses (respectivement 94 % versus 97 % ; p <0,01 ; et 86 % versus 92 % ; p <0,01). L'IMC était un facteur prédictif de décès des patients et d'altération du greffon [19]. Selon Armstrong et al., l'impact de l'obésité sur le greffon viendrait du risque cardiovasculaire et de l'hyper-filtration glomérulaire. L'obésité pré- et post-transplantation devrait donc être prise en charge de manière active comme facteur influençant le devenir du greffon, de la même manière qu'un facteur de risque cardiovasculaire [20].


Notre étude a quelques limites. Elle est rétrospective, s'étalant sur plusieurs années avec plusieurs chirurgiens juniors et seniors. Notre cohorte est de taille moyenne si on compare avec les séries de la littérature sur le sujet. Nous n'avons pas étudié le traitement immunosuppresseur des patients et notamment des inhibiteurs de mTOR. Ces traitements peuvent influencer le risque de complications chirurgicales et surtout pariétales. L'utilisation de l'IMC comme seul critère de définition de l'obésité constitue probablement une limite. L'IMC ne prend pas en compte le rapport masse grasse sur masse maigre et s'avère moins bien corrélé à la morbimortalité. En prenant en compte ces autres critères dans la population de patients avec un IMC élevé, nous pourrions faire ressortir le sous-groupe réellement à risque, et ainsi axer une prise en charge pré- et post-transplantation rénale encore mieux ciblée.


Conclusion


Nous avons montré que l'obésité (IMC≥30kg/m2) est un facteur prédictif indépendant de survenue de complications précoces de la transplantation rénale. Mais cela n'influe pas sur la survie du greffon après 1 et 5ans. L'obésité n'est donc pas une contre-indication à la transplantation rénale. Toutefois, il convient d'informer les patients obèses du risque de complications postopératoires et de lutter activement contre cette obésité en pré- et post-transplantation afin d'éviter les complications chirurgicales. La prise en charge du patient obèse dans la transplantation rénale doit être pluridisciplinaire en pré- et post-transplantation.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Caractéristiques initiales de la cohorte.
IMC (kg/m2 Groupe 1<30 (n =354)  Groupe 2≥30 (n =48)    p  
  n (%)  n (%)  Total   
Sexe  
Homme  213 (60,2)  32 (66,7)  245   
 
Âge moyen ± DS (années)   47,1±13,4  51,9±10,8    0,017* 
 
HTA   236 (66,7)  38 (79,2)  274  0,104 
 
Tabac   78 (22,0)  17 (35,4)  95  0,012* 
 
Anticoagulant   32 (9,0)  14 (29,2)  46  0,0001* 
 
Néphropathies causales          
Glomérulopathie  109 (30,8)  12 (25)  121  0,261 
Néphropathie diabétique  13 (3,7)  6 (12,5)  19  0,014* 
Néphropathie tubulo-interstitielle  35 (9,9)  6 (12,5)  41  0,834 
Polykystose  72 (20,3)  7 (14,6)  79  0,388 
Malformation  46 (12,9)  4 (8,3)  50  0,447 
Vascularite  25 (7,1)  1 (2,1)  26  NA 
Pathologie vasculaire  25 (7,1)  10 (20,8)  35  NA 
Indéterminée  29 (8,2)  2 (4,2)  31  0,574 
 
Type de dialyse          
Hémodialyse  288 (81,4)  34 (70,8)  322   
Dialyse péritonéale  49 (13,8)  10 (20,8)  59   
 
Transplantation préemptive   17 (4,8)  4 (8,3)  21   
 
Durée opératoire   182,46  203,64    0,006* 
 
Complications   178 (50,28)  30 (62,5)  208  0,03* 
 
Créatininémie à 12 mois (moyenne) ± DS   125,17±37,20  135,84±53,03    0,094 



Légende :
* : p statistiquement significatif.



Tableau 2 - Complications au cours de la première année.
IMC (kg/m2 Groupe 1<30
n =354 (%) 
Groupe 2≥30
n =48 (%) 
Total
n =402 (%) 
p  
Au moins une complication   178 (50,3)  30 (62,5)  208 (51,74)  0,03* 
 
Plusieurs complications   50 (14,12)  7 (14,67)  57 (14,17)  NS 
 
Reprise chirurgicale   39 (11,02)  7 (14,58)  46 (11,44)  NS 
 
Complications pariétales   91 (25,71)  22 (45,83)  113 (28,01)  0,031* 
Lymphorrhée  46 (12,99)  13 (27,08)  59 (14,67)   
Hématome pariétal  38 (10,73)  7 (14,58)  45 (11,20)   
Abcès paroi  7 (0,73)  2 (4,17)  9 (2,24)   
 
Complications vasculaires   109 (30,79)  15 (33,3)  124 (30,84)  NS 
Thrombose vasculaire  9 (2,54)  2 (4,17)  11 (2,73)   
Sténose anastomose vasculaire  100 (28,25)  13 (29,15)  113 (28,11)   
 
Complications urologiques   119 (33,6)  17 (35,42)  136 (33,8)  NS 
Sténose anastomose urétéro-vésicale  10 (2,83)  1 (2,08)  11 (2,74)   
Fuite anastomose urétéro-vésicale  3 (0,84)  0 (0)  3 (0,84)   
Pyélonéphrite sur greffon  106 (29,94)  16 (33,4)  122 (30,35)  NS 
 
DGF   58 (16,38)  10 (20,83)  68 (33,68)  NS 



Légende :
* : p statistiquement significatif.



Tableau 3 - Régression logistique univariée pour rechercher une corrélation statistique pour la survenue de complications postopératoires.
  p   OR  IC 95 % 
Âge du receveur (an)  0,612  0,996  0,982-1,011 
IMC (kg/m2 0,017*  1,055  1,010-1,103 
Néphropathie diabétique  0,477  1,446  0,523-3,997 
Tabac  0,147  1,442  0,879-2,363 
Durée opératoire (minutes)  0,041*  1,005  1,000-1,010 
Traitement anticoagulant  0,298  1,413  0,737-2,712 



Légende :
* : p statistiquement significatif ; OR : odds ratio ; IC : intervalle de confiance.



Tableau 4 - Régression logistique multivariée. IMC seul facteur prédictif indépendant de survenue de complications.
  p   OR  IC 95 % 
Âge du receveur (an)  0,742  0,997  0,979-1,015 
IMC  0,048*  1,058  1,000-1,119 
Néphropathie diabétique  0,526  1,485  0,438-5,041 
Tabac  0,578  1,163  0,682-1,983 
Durée opératoire (minutes)  0,145  1,004  0,999-1,009 



Légende :
* : p statistiquement significatif ; OR : odds ratio ; IC : intervalle de confiance.


Références



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Armstrong K.A., Campbell S.B., Hawley C.M., Johnson D.W., Isbel N.M. Impact of obesity on renal transplant outcomes Nephrology (Carlton) 2005 ;  10 (4) : 405-413 [cross-ref]
Meier-Kriesche H.-U., Arndorfer J.A., Kaplan B. The impact of body mass index on renal transplant outcomes: a significant independent risk factor for graft failure and patient death Transplantation 2002 ;  73 (1) : 70-74 [cross-ref]
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