Lithiase urinaire et radioprotection

06 décembre 2008

Mots clés : Lithiase urinaire, Radioprotection
Auteurs : C. Saussine, E. Lechevallier, O. Traxer
Référence : Prog Urol, 2008, 18, 12, 868-874

La radioactivité correspond à la production de rayonnements α, β et γ capables d’interagir avec la matière en provoquant une ionisation. L’homme est soumis à une radioactivité naturelle et à une radioactivité liée aux activités humaines dont les activités médicales. Le risque lié à la radioactivité dépend de la dose reçue ou dose biologique ou équivalent de dose (ED) exprimé en sievert (Sv) ou plutôt en millisievert (mSv) compte tenu du faible niveau des doses. La dose biologique moyenne liée à l’irradiation naturelle est pour l’homme de 2 à 3mSv/an. Dans le cadre de la lithiase urinaire, l’irradiation concerne le patient au moment du diagnostic et répond à un guide du bon usage des examens d’imagerie médicale établi en 2005 par la Société française de radiologie. L’irradiation concerne aussi le patient et le chirurgien au moment du traitement. L’objet de la radioprotection est de protéger les personnes de la radioactivité et son application est soumise à différents décrets visant à définir des normes. Parmi celles-ci, la plus générale concerne la somme des doses efficaces reçues par exposition externe et interne qui ne doit pas dépasser 20mSv sur 12 mois consécutifs. Pour obéir à ces normes, seront rappelées des notions essentielles et les règles de bonnes pratiques à respecter.

La lithiase urinaire est une pathologie dont le diagnostic fait appel à des moyens d’imagerie utilisant des rayonnements ionisants et dont le traitement par lithotritie extracorporelle ou endoscopie fait volontiers appel au repérage radioscopique. Ainsi, le patient est doublement exposé lors du diagnostic et du traitement alors que le chirurgien urologue ne le sera que lors du traitement. Certains principes généraux concernant la radioactivité seront rappelés avant d’aborder l’exposition du patient aux rayonnements ionisants lors de la phase diagnostique de la lithiase urinaire puis le cas du chirurgien et du patient soumis à ces mêmes rayonnements lors des différents traitements. Les mesures de radioprotection recommandées seront ensuite passées en revue.

Rappel sur des principes généraux de la radioactivité

La radioactivité est un phénomène qui se produit au plus profond des atomes, dans son noyau. Certains noyaux atomiques instables sont la source de rayonnements, désignés par les trois premières lettres de l’alphabet grec : alpha (a), bêta (b) et gamma (g). Ces rayonnements sont des particules émises par des noyaux avec une grande énergie. Elles ont été identifiées respectivement à des noyaux d’hélium (rayons a), à des électrons ou positons (rayons b) et à des photons de grande énergie (rayons g). Les rayonnements α, β et γ produits par la radioactivité sont des rayonnements ionisants qui interagissent avec la matière en provoquant une ionisation, c’est-à-dire une action qui consiste à enlever ou ajouter des charges à un atome ou une molécule. L’irradiation d’un organisme entraîne des effets qui peuvent être plus ou moins néfastes pour la santé, selon les doses de radiation reçues et le type de rayonnement concerné.
L’homme vit dans un milieu naturellement radioactif et peut-être soumis à une radioactivité due aux activités humaines médicales ou industrielles.
L’exposition des populations à la radioactivité se répartit en une exposition à la radioactivité naturelle qui provient de l’activité du radon, gaz radioactif qui se dégage en permanence du sol (37 %), des matériaux terrestres (12 %), des rayonnements cosmiques (10 %), des corps humains (9 %) et en une exposition à la radioactivité due aux activités humaines qui provient des retombées atmosphériques des essais aériens, de l’industrie… (3 %) et des examens radiologiques (29 %).
L’objet de la radioprotection est de protéger les personnes de la radioactivité.
Pour protéger, il faut connaître le risque, c’est-à-dire évaluer la dose de radioactivité reçue. Il convient pour cela de distinguer :
  • l’activité proprement dite exprimée en becquerels (Bq) correspondant à l’intensité d’émissions d’une source de rayonnements. Un Bq=1 désintégration par seconde. Ces désintégrations s’accompagnent de l’émission de rayonnements. Exemples d’activité :
    • croûte terrestre : 2000Bq/kg,
    • eau de mer : 12Bq/l,
    • lait : 80Bq/l,
    • corps humain : 4000Bq,
    • engrais phosphatiques : 5000Bq/kg ;
    • le dépôt d’énergie ou dose reçue ou quantité d’énergie absorbée par unité de masse exprimée en grays (Gy). 1 Gy=100rad ;
    • surtout la dose biologique ou équivalent de dose (ED) exprimée en sievert (Sv) ou plutôt en millisievert (mSv) compte tenu du faible niveau des doses.
Un mSv=0,1 rem=1rad. La dose biologique moyenne liée à l’irradiation naturelle est pour l’homme de 2 à 3mSv/an.

La connaissance des effets des rayonnements en fonction de la dose détermine le risque encouru

Pour des ED supérieurs à 1 Sv (expositions accidentelles, bombes atomiques) on peut observer des effets immédiats à type de brûlures, cataracte, voire décès…).
Pour des ED de quelques centaines de mSv on observe des effets à long terme (leucémie, cancers) de quelques années à plusieurs dizaines d’années.
Pour des ED inférieurs à 200 mSv, il est admis qu’aucun effet n’a pu être mis en évidence. Mais la commission internationale sur la radioprotection a déterminé en 1991 qu’il y avait un risque de cancer mortel de 5 % pour un ED de 1Sv. Par extrapolation linéaire Katz estime que le risque de cancer mortel est de 0,05 % (un sur 2000) pour un ED de 10mSv.

L’exposition du patient lors du diagnostic

Le guide du bon usage des examens d’imagerie médicale a été établi en 2005 pour la mise en pratique du principe de justification à l’exposition aux rayonnements ionisants. Ce guide est consultable sur le site de la Société française de radiologie (www.sfrnet.org/sitewebpub.nsf).
Selon ce guide différentes situations cliniques concernant la lithiase urinaire ont été retenues. Pour chaque situation clinique sont listés les examens d’imagerie possibles, échographie, abdomen sans préparation (ASP), urographie intraveineuse (UIV), scanner abdominal (TDM), uroscanner (uro-TDM) avec leur recommandation et son grade, des commentaires et la classe de dose efficace. Le reprend ces situations cliniques selon ce guide.
Tableau 1 : Recommandations selon le guide du bon usage des examens d’imagerie médicale (sans les commentaires).
Problème clinique Examen Recommandation (grade) Doses
Hématurie macroscopique Échographie et ASP Indiqué (B) 0 + II
UIV Indiqué (B) II
Uro-TDM Indiqué (B) III
Suspicion de colique néphrétique Échographie et ASP Indiqué (B) 0 + II
TDM Indiqué (B) III
UIV Non indiqué initialement (B) II
Calcul rénal en l’absence de colique néphrétique ASP Indiqué (B) II
  Uro-TDM ou UIV Examen spécialisé (B) III ou II
  Échographie après ASP Non indiqué initialement (B) 0
Le grade B correspond à une présomption scientifique (études de niveau de preuve intermédiaire). Les doses sont classées selon la dose efficace à laquelle est soumis le patient lors de l’examen. L’échographie est de classe 0 : intervalle de dose=0mSv. L’ASP et l’UIV sont de classe II : intervalle de dose=1–5 mSv. La TDM est de classe III : intervalle de dose=5–10mSv.
Selon la littérature médicale, l’urographie intraveineuse (UIV) expose le patient à des ED variant de 3 à 4mSv. [1–3]. Il a cependant été montré dans une étude irlandaise que selon le nombre d’images prises, la technique d’acquisition ou le poids du patient, les doses reçues par unité de surface par un patient lors d’une UIV pouvaient varier jusqu’à un facteur 58. Dans le diagnostic des douleurs aiguës du flanc, l’UIV est devenue un examen de seconde intention (cf. guide de recommandations). Le couple ASP–échographie est le plus utilisé en première intention car économique et facile d’accès. En l’absence de diagnostic à l’issue du couple ASP–échographie, l’UIV tend actuellement à être remplacée par le scanner non injecté qui est parfois aussi utilisé en première intention. Pfister et al. et Thompson et al. ont, par exemple, montré que le scanner non injecté était plus adapté, efficace, plus rapide, moins cher et moins morbide que l’UIV dans la prise en charge des douleurs aiguës du flanc. De plus, cet examen a une capacité diagnostique supérieure notamment pour les autres pathologies rénales ou extrarénales.
L’urétéropyélographie rétrograde (UPR) expose le patient à un ED de 4mSv mais n’est actuellement plus utilisée pour le diagnostic. Sa place reste limitée en première partie des traitements endoscopiques.
Le résume les ED reçus lors des examens diagnostics indiqués en première intention pour l’exploration d’une douleur aiguë du flanc à savoir le couple ASP–échographie et le scanner.
Tableau 2 : ED reçus lors d’examens pour diagnostic d’une douleur du flanc (d’après Katz et al. ).
Type d’examen Paramètres ED (mSv)
ASP + échographie ASP classique et échographie de l’appareil urinaire 0,7
Scanner unibarette ; protocole conventionnel 200 mA ; 120 kVp ; pitch, 1 ; épaisseur de coupe de 5 mm 6,5
Scanner multibarette ; protocole conventionnel 200 mA ; 120 kVp ; pitch, 0,75 ; épaisseur de coupe de 5 mm 8,6
Scanner multibarette ; protocole doses réduites 70 mA ; 120 kVp ; pitch, 2 ; épaisseur de coupe de 5 mm 1,5
Toutes les études s’accordent pour considérer que le scanner est plus performant que le couple ASP–échographie pour mettre en évidence des calculs urinaires lors du bilan d’une douleur aiguë du flanc. Ainsi, par exemple, pour Catalano et al. le couple ASP–échographie et le scanner ont respectivement une sensibilité de 77,1 % versus 92,4 %, une spécificité de 92,7 % versus 96,4 %, une valeur prédictive positive de 95,3 % versus 98 %, une valeur prédictive négative de 68 % versus 93,7 % et une performance de 82,5 % versus 93,7 %.
Cependant, ces meilleures performances du scanner par rapport au couple ASP–échographie sont à mettre en balance avec une irradiation environ dix fois supérieure avec les protocoles conventionnels. Pour certains patients qui font des coliques néphrétiques fréquentes, l’utilisation systématique du scanner peut les exposer sur quelques années à la répétition de ces examens. Ainsi, dans l’étude de Katz et al. , sur une période d’environ six ans, parmi les 4562 patients ayant eu un scanner pour le bilan d’une douleur du flanc, 176 (4 %) en ont eu trois ou plus, le maximum étant de 18. La répétition de ces scanners expose ces patients à des ED pouvant varier de 20 à 154mSv.
Des études récentes [5,7] ont montré que les calculs non diagnostiqués par le couple ASP–échographie s’éliminaient toujours spontanément. C’est pourquoi, en raison de la valeur prédictive négative acceptable du couple ASP–échographie, Katz et al. proposent de réserver le scanner dans les coliques néphrétiques pour les cas où le couple ASP–échographie ne mettrait pas en évidence de calcul et ce afin de limiter l’irradiation des patients.
Une alternative pour limiter l’irradiation des patients est d’utiliser des protocoles de scanner utilisant des doses réduites [8–12]. Avec ces protocoles les ED reçues par les patients sont de l’ordre de 1,5mSv () et pour des performances comparables. Ainsi, dans l’étude de Hamm, la sensibilité est de 96 % et la spécificité de 97 % pour la détection des calculs rénaux . Cet auteur recommande cependant pour les patients obèses (IMC supérieur à 31kg/m2) d’utiliser un protocole conventionnel.
L’IRM est au même titre que l’échographie un moyen d’imagerie qui n’utilise pas les radiations ionisantes. Dans une étude comparant l’uro-IRM au scanner sans injection, Sudah et al. retrouvent une sensibilité (94–100 %) et une spécificité (100 %) comparables. Jung et al. ont exploré 72 patients avec un calcul urétéral par une urographie intraveineuse et une uro-IRM. Le diagnostic n’a été fait correctement que pour 49 patients avec l’UIV contre 64 patients avec l’uro-IRM, principalement en raison de reins non sécrétants. L’IRM ne permet cependant pas de visualiser directement le calcul qui réalise une lacune au même titre qu’un caillot sanguin, qu’un débris papillaire ou qu’une tumeur de la voie excrétrice. De plus l’IRM reste pénalisée par sa faible disponibilité, son coût et la durée de l’examen. L’IRM ne peut donc pas encore concurrencer le scanner dans l’exploration des douleurs aiguës du flanc et sera réservée aux femmes enceintes et à certains enfants capables de supporter l’examen afin de leur éviter toute irradiation.

L’exposition du chirurgien et du patient lors du traitement des calculs urinaires

La lithotritie extracorporelle (LEC) ou les traitements endoscopiques des calculs urinaires par urétéroscopie (URS) ou néphrolithotomie percutanée (NLPC) font souvent appel à la radioscopie ou fluoroscopie pour repérer les calculs et/ou guider les procédures. Pour la LEC il est possible sur certaines machines de n’utiliser que le repérage échographique. Pour la ponction qui est le temps le plus irradiant de la NLPC, il est possible également d’utiliser le repérage échographique pour limiter l’irradiation.
L’urologue est exposé aux rayonnements ionisants de par sa position proche de la source constituée par l’appareil de radioscopie. Cette source génère un faisceau primaire qui n’est pas le plus dangereux. L’urologue est en effet beaucoup plus irradié par le rayonnement diffusé par le patient.
Des exemples d’irradiation lors de NLPC sont donnés dans le .
Tableau 3 : Exemples d’irradiation du patient et du chirurgien lors de NLPC dans diverses séries anciennes de la littérature.
Zone irradiée Gonades d’un patient homme Gonades d’une patiente femme Peau en regard rein Cou de l’urologue
Bush. J Urol 1984 1,6 mSv 5,8 mSv 0,25 Sv 0,1 mSv
Zone irradiée du chirurgien Main gauche Main droite Poitrine Cou
Pfab. Urologe A 1986 0,1 à 4,7 mSv 0,1 à 1 mSv < 0,01 mSv < 0,01 mSv
Dans une étude plus récente, Kumari et al. ont montré que l’ED moyen du patient était de 0,56mSv et celui des mains de l’urologue de 0,28mSV.
L’endoscopie urétérale expose également le chirurgien à une irradiation. Hellawell et al. ont ainsi mesuré l’irradiation du chirurgien, de son assistant et de l’instrumentiste. Le chirurgien est le plus irradié et les doses reçues sont données dans le .
Tableau 4 : ED reçues par le chirurgien lors d’endoscopies urétérales .
Zone irradiée Jambe Pied Œil Main
Dose reçue (μGy) 11,6 ± 2,7 6,4 ± 1,8 1,9 ± 0,5 2,7 ± 0,7
En se basant sur 50 interventions annuelles, Hellawell et al. ont calculé que la dose reçue annuellement par le chirurgien représenterait 0,12 % de la dose annuelle limite autorisée pour les travailleurs par les organismes internationaux de radioprotection.
Pour la LEC différentes études ont été menées pour calculer les ED reçues par les patients. Les résultats sont rapportés dans le .
Tableau 5 : ED reçus par les patients lors de LEC avec repérage radioscopique.
Références ED rein (mSv) ED uretère proximal (mSv) ED uretère distal (mSv)
Huda. Br J Radiol 1989 0,75    
Perisinakis. Health Phys 2002   Homme = 1,71
Femme = 1,82
Homme = 0,76
Femme = 1,62
Sandilos. Health Phys 2006 1,63    
Le risque de cancer létal et d’anomalie génétique induits par l’irradiation liée à la LEC et transmis aux deux générations suivantes serait selon Huda et al. de cinq à 11 sur un million. Pour Perisinakis et al. le risque de cancer létal induit par l’irradiation liée à la LEC serait de 140 et de 85 par million respectivement pour une LEC de l’uretère proximal et distal. Le risque d’anomalie génétique induite par l’irradiation liée à la LEC serait pour le même auteur de 2,5 et 24,4 par million respectivement pour une LEC de l’uretère proximal et distal.
L’irradiation des patients traités par LEC provient également des différents ASP réalisés lors du suivi. Talati suggère de ne faire que des demi-ASP englobant le rein, l’uretère et la vessie sur un hémicorps. Il a démontré que cela réduisait l’ED reçu par le patient de 2,28mSV en moyenne.

La radioprotection

Organisation de la radioprotection

En 1957 a été signé un traité instituant la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom). Ce traité prévoit à l’article (2.b) l’établissement de normes de sécurité uniformes pour la protection sanitaire de la population et des travailleurs. La radioprotection des personnes fait partie des obligations légales depuis l’ordonnance 2001-270 du 28 mars 2001 qui a transposé en droit français la directive 97/43 Euratom.
Différents décrets ont précisé l’application de ces normes.

Décret no 2003-270 du 24 mars 2003 relatif à la protection des personnes exposées à des rayonnements ionisants à des fins médicales ou médicolégales

Certains extraits de ce décret sont les suivants :
  • ce décret s’applique aux :
  • personnes exposées aux rayonnements ionisants à des fins médicales, à titre diagnostique ou thérapeutique, ou dans le cadre de la surveillance médicale professionnelle, ou d’un dépistage organisé d’une maladie déterminée,
  • volontaires participant à des programmes de recherche biomédicales,
  • personnes exposées lors de procédures médicolégales.

Le principe de justification des expositions aux rayonnements ionisants

Toute exposition d’une personne à des rayonnements ionisants doit faire l’objet d’une analyse préalable permettant de s’assurer que cette exposition présente un « avantage médical direct » suffisant au regard du risque qu’elle peut présenter et qu’aucune autre technique d’efficacité comparable comportant de moindres risques ou dépourvue d’un tel risque n’est disponible.
La justification d’une exposition aux rayonnements ionisants à des fins médicales s’appuie sur les recommandations de l’Anaes et sur l’avis d’expert.
Dans le cas où une exposition n’est habituellement pas justifiée mais où elle paraît cependant nécessaire pour un patient, le médecin prescripteur (urologue par exemple) et le médecin réalisateur de l’acte (radiologue) indiquent les motifs la justifiant dans la demande et le compte rendu d’examen. En cas de désaccord entre le praticien demandeur et le praticien réalisateur, la décision appartient à ce dernier.
Les examens de radioscopie effectués au moyen d’appareils sans intensification d’image ou de technique équivalente sont interdits.

Le principe d’optimisation lors d’exposition aux rayonnements ionisants

Pour l’application de ce principe tout doit être mis en œuvre « pour maintenir la dose de rayonnement au niveau le plus faible raisonnablement possible pour ne pas dépasser les niveaux de référence diagnostiques ».
Toute personne utilisant les rayonnements ionisants à des fins médicales doit faire appel à une personne spécialisée en radiophysique médicale, en dosimétrie, en optimisation, en assurance de qualité, et en radioprotection des personnes exposées.
Lorsque l’exposition aux rayonnements ionisants concerne une femme en âge de procréer, les médecins demandeur et réalisateur doivent rechercher s’il existe un éventuel état de grossesse. Si la femme est enceinte ou allaitante, une attention particulière doit être accordée par chacun à la justification de l’acte.
Aucun acte exposant aux rayonnements ionisants ne peut être pratiqué sans un échange préalable d’informations écrites entre le demandeur et le réalisateur de l’acte.
Des guides de procédure de réalisation des actes exposant aux rayonnements ionisants sont publiés et mis à jour en fonction de l’état de la science. Ces guides contiennent notamment les niveaux de référence diagnostiques.
À la suite de la parution de ce décret, le guide du bon usage des examens d’imagerie médicale a été établi en 2005, notamment par la Société française de radiologie pour la mise en pratique du principe de justification. Il est destiné à tous les professionnels de santé habilités à demander ou réaliser des examens d’imagerie médicale. Ce guide est consultable sur le site internet de la Société française de radiologie (www.sfrnet.org/sitewebpub.nsf).

Décret no  2003-296 du 31 mars 2003 relatif à la protection des travailleurs contre les dangers des rayonnements ionisants

Certains extraits de ce décret sont les suivants :
  • la somme des doses efficaces reçues par exposition externe et interne ne doit pas dépasser 20 mSv sur 12 mois consécutifs ;
  • les limites de doses équivalentes pour les différentes parties du corps exposées sont les suivantes :
    • pour les mains, les avant-bras, les pieds et les chevilles l’exposition reçue au cours de 12 mois consécutifs ne doit pas dépasser 500mSv,
    • pour la peau, l’exposition reçue au cours de 12 mois consécutifs ne doit pas dépasser 500mSv. Cette limite s’applique à la dose moyenne sur toute surface de 1cm2, quelle que soit la surface exposée,
    • pour le cristallin l’exposition reçue au cours de 12 mois consécutifs ne doit pas dépasser 150mSv.
En cas de grossesse, les dispositions sont prises pour que l’exposition, dans son emploi, de la femme enceinte soit telle que l’exposition de l’enfant à naître, pendant le temps qui s’écoule entre la déclaration de la grossesse et le moment de l’accouchement, soit aussi faible que raisonnablement possible, et en tout état de cause en dessous de 1mSv.
Les travailleurs susceptibles d’intervenir en zone surveillée ou en zone contrôlée bénéficient d’une formation à la radioprotection organisée par le chef d’établissement. Cette formation porte sur les risques liés à l’exposition aux rayonnements ionisants, les procédures générales de radioprotection mises en œuvre dans l’établissement ainsi que sur les règles de prévention et de protection. La formation doit être renouvelée périodiquement au moins tous les trois ans.
Chaque travailleur appelé à intervenir en zone surveillée ou en zone contrôlée fait l’objet d’un suivi dosimétrique assuré par des mesures individuelles de l’exposition externe, appelées dosimétrie passive.

La radioprotection en pratique pour l’urologue

Notions essentielles pour se protéger de l’irradiation  :
  • la durée d’exposition : plus l’utilisateur de la radioscopie travaille vite, moins il est exposé ;
  • la distance par rapport à la source : plus l’utilisateur est loin de la source, moins il est exposé ;
  • les écrans aux rayonnements ionisants : les paravents, les tabliers plombés, les lunettes, les caches-thyroïdes, les murs sont autant de protection contre les rayonnements X.

De ces notions découlent des règles de bonnes pratiques

Les règles de bonne pratique au bloc opératoire  :
  • bien positionner l’arceau de scopie. Pour cela il faut :
  • placer la source sous le patient et l’amplificateur au-dessus de lui,
  • placer l’amplificateur au plus près du patient pour mieux capter le rayonnement diffusé,
  • éloigner la source primaire de la peau du patient,
  • respecter les distances. L’exposition est inversement proportionnelle au carré de la distance (doubler la distance diminue l’exposition par quatre, la tripler diminue l’exposition par neuf), tec...) ;
  • Porter des protections :
  • le tablier de plomb : la réduction de dose obtenue avec un tablier de plomb est en moyenne de 97 % pour des examens standard effectués à 70–80kV (URS, NLPC, néphrostomie percutanée). Le tablier court communément appelé « jupette » ne fait pas office de tablier de plomb. Son rôle est complémentaire de ce dernier pour assurer une protection de 100 % des gonades. Le stockage des tabliers de plomb doit se faire sur des supports en mode vertical pour ne pas les endommager. En effet, le stockage horizontal des tabliers de plomb, en tas ou roulés en boule va endommager les lames de plomb qui assure la protection et celle-ci ne se fera plus aussi efficacement souvent à l’insu de l’opérateur,
  • les lunettes. Le cristallin est très sensible et la dose reçue sur 12 mois ne doit pas dépasser 150mSv (cf. décret no  2003-296 ci-dessus). L’atténuation de la dose reçue variera selon le modèle de lunettes mais peut atteindre 90 % à 125kV,
  • le protège-thyroïde. Il est recommandé mais n’atténue que partiellement l’irradiation. On admet que la radiosensibilité de la thyroïde est faible, voire nulle,
  • les gants plombés. Ils réduisent l’irradiation de 20 à 40 % selon les modèles mais réduisent aussi les performances manuelles du chirurgien. Il faut se méfier de la fausse sécurité qu’ils suscitent et toujours respecter la règle d’or de la radioprotection : retirer ses mains du champ d’irradiation.
  • différents dispositifs de radioprotection, spécifiques aux techniques endo-urologiques et destinés à l’urologue ont été décrits dans la littérature médicale. Giblin et al. ont ainsi décrit un drap fluoroscopique qui permet pendant les procédures endourologiques de réduire de 70 fois l’irradiation secondaire diffusée par le patient. Plus récemment Yang et al. ont décrit une protection utilisable pour les NLPC permettant de réduire l’irradiation en moyenne de 96,1 % à une distance de 25cm et de 71,2 % à 50cm de la source ;
  • Réduire la durée d’exposition à la scopie : plus courte est la durée d’exposition, plus faible est l’ED reçue. Pour cela il faut :
  • donner la pédale de commande de la scopie à l’opérateur qui coordonnera mieux le déclenchement de l’irradiation avec son besoin,
  • privilégier la scopie intermittente par pression successive sur la pédale,
  • utiliser les alarmes de verrouillage de la scopie (toutes les cinq minutes) pour prendre conscience du temps d’irradiation,
  • utiliser un système avec capture de la dernière image,
  • magnifier les images de scopie en jouant sur le contraste et la luminosité de l’image et en travaillant en ambiance sombre,
  • réduire le faisceau d’irradiation primaire par collimation pour limiter l’irradiation à la cible définie,
  • porter son dosimètre sous le tablier de plomb (dans la poche de poitrine) tous les jours. Le suivi de l’irradiation sera ainsi possible pour dépister les irradiations trop importantes liées à de mauvaises pratiques ou à une protection défaillante. La présence d’un dosimètre de salle est également obligatoire,
  • contrôler régulièrement l’appareil de scopie utilisé. Ce contrôle fait partie des tâches dévolues à la personne responsable de la radioprotection au sein de l’établissement. Ainsi, une révision de l’amplificateur de brillance doit être faite tous les trois ans.
La radioprotection est l’affaire de toute l’équipe médicale et paramédicale qui prend en charge un patient pour une lithiase urinaire. Le respect des règles de bonne pratique au quotidien permettra de limiter l’exposition du patient et du médecin à la radioactivité induite par les moyens de diagnostic et de traitement de la lithiase urinaire.