L’IRM 3 Tesla multi-paramétrique dans le staging du cancer prostatique en pratique courante

25 mars 2014

Auteurs : J.P. Largeron, F. Galonnier, N. Védrine, A. Alfidja, L. Boyer, B. Pereira, J.P. Boiteux, J.L. Kemeny, L. Guy
Référence : Prog Urol, 2014, 3, 24, 145-153
But de l’étude

Déterminer la capacité de détection d’un adénocarcinome prostatique par une IRM 3Tesla multi-paramétrique avec antenne externe pelvienne, en comparaison de l’anatomopathologie chez des patients ayant subi d’une prostatectomie radicale.

Matériel et méthodes

Étude prospective de 30 mois, incluant 74 patients ayant tous un adénocarcinome prostatique diagnostiqué sur biopsies prostatiques, et tous éligibles à une prostatectomie radicale. Ils ont tous subi une IRM 3Tesla avec antenne externe pelvienne en séquences multi-paramétriques, comportant des séquences morphologiques et des séquences fonctionnelles de type perfusion et diffusion (avec calcul du coefficient apparent de diffusion). La glande prostatique était divisée en octants (8 zones), et trois critères précis ont été recherchés suivant ces zones (capacité de détection, capacité d’estimation du contact capsulaire (CC) et de l’effraction extra-capsulaire [EEC]). Une analyse a été réalisée en comparaison des pièces de prostatectomies radicales.

Résultats

Cinq cent quatre-vingt-douze octants ont été étudiés avec 124 tumeurs significatives (volume ≥0,1cm3). Pour la capacité générale de détection tumorale, l’IRM 3T avait une sensibilité, spécificité, VPP et VPN respectives de 72,3 %, 87,4 %, 83,2 % et 78,5 %. Cette imagerie avait un fort pouvoir prédictif négatif dans l’estimation du CC et de l’EEC avec des spécificités et des VPN respectives à 96,4 % et 95,4 % pour le CC, et 97,5 et 97,7 % pour l’EEC.

Conclusion

L’IRM 3Tesla multi-paramétrique nous est apparue être une technique d’imagerie fiable dans la détection du cancer prostatique en pratique courante et régulière. Avec un pouvoir prédictif négatif encourageant, l’estimation par une IRM 3T du CC et de l’EEC est à approfondir.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


À ce jour, la stratégie thérapeutique de prise en charge d'un adénocarcinome prostatique est dépendante de son stade (localisé ou localement avancé) [1]. Les critères les plus couramment utilisés pour sa classification pronostique sont principalement la classification de D'Amico, basée sur le toucher rectal, le PSA total sérique et le score de Gleason biopsique, mais aussi les tables de PARTIN. Néanmoins, l'association de ces différents paramètres a une faible valeur prédictive pour l'estimation de la localisation et du volume tumoral, ainsi que de l'effraction extra-capsulaire (EEC) [2]. Depuis quelques années, l'IRM prostatique semble améliorer la cartographie tumorale. Dernièrement, l'utilisation d'aimants 3 Tesla combinés à des séquences multi-paramétriques semble encore augmenter ses performances dans la localisation tumorale et sa prédiction de l'EEC [3, 4, 5].


Notre objectif était d'analyser les résultats d'une IRM 3 Tesla multi-paramétrique sur trois critères (localisation, contact capsulaire [CC] et EEC) en comparaison des données anatomopathologiques des pièces opératoires.


Population et méthode


Population étudiée


Soixante-quatorze patients consécutifs ayant un adénocarcinome de la prostate confirmé sur biopsies randomisées (12 biopsies) et candidats à une prostatectomie radicale, ont été inclus. L'âge moyen était de 60,35ans, avec une médiane de 60,5 (48-72) ans. La moyenne du PSA était de 8,17ng/mL, avec une médiane de 6,51 (2,38-20) ng/mL. La moyenne du Gleason biopsique était 6,78, avec une médiane de 6 (6-9). La classification de D'Amico retrouvait respectivement 9 (12,16 %), 53 (71,62 %) et 12 (16,22 %) patients, avec un risque faible, intermédiaire et élevé. Les critères d'exclusion étaient les suivants :

contre-indication à l'IRM ;
traitement antérieur prostatique (chirurgie, radiothérapie ou hormonothérapie) ;
localisations secondaires osseuses ou ganglionnaires sur le bilan d'extension.


Tous les patients ont subi une prostatectomie radicale par chirurgie rétropubienne ou laparoscopique, selon les préférences de chaque chirurgien. Le délai moyen entre l'IRM et la chirurgie était de 45,75jours (1-200) avec un délai médian de 30jours. Un curage ganglionnaire positif en extemporané excluait automatiquement le patient de l'étude. Les critères des patients sont détaillés dans le Tableau 1.


Caractéristiques IRM


Toutes les IRM étaient faites avec un aimant 3 Tesla (Signa MR750, General Electric), couplée à une antenne externe pelvienne en réseau phasé de 32 canaux. Aucune injection de Glucagon pour diminuer le transit n'a été faite. Elles comportaient des séquences morphologiques T1 et fast spin echo (FSE) T2 en coupes axiales de 2mm, puis sagittales et coronales de 2,5mm.


Ensuite, étaient réalisées des séquences de diffusion de type single shot SE-echo planar imaging (SS EPI) en coupes axiales de 3mm en b1000 et b2000. Une cartographie du coefficient apparent de diffusion (ADC) complétait la séquence avec le logiciel spécifique de la machine (FUNCTOOL®). Enfin, des séquences de perfusion (LAVA 3D) étaient réalisées après injection de gadolinium en coupes axiales de 3mm. Il était réalisé 11 phases de 11 secondes débutant avec l'injection du produit, effectuée par un injecteur automatique au débit de 2mL/s. Une cartographie couleur et les estimations semi-quantitatives étaient réalisées par le logiciel FUNCTOOL®.


Le temps minimum entre la biopsie et l'IRM devait être de 4 semaines, pour diminuer les artéfacts hémorragiques post-biopsies (moyenne 68,22jours (31-193), médiane 66jours). Le radiologue connaissait le diagnostic d'adénocarcinome prostatique ainsi que le taux de PSA total mais il n'avait pas connaissance du score de Gleason biopsique et de l'emplacement des biopsies prostatiques positives.


Caractéristiques pathologiques


Les pièces opératoires étaient encrées pour permettre une bonne orientation, fixées au formol et inclues en paraffine. L'analyse était réalisée en utilisant la technique de Stanford.


Les anatomopathologistes ne connaissaient pas les résultats de l'IRM. Seuls les volumes des tumeurs supérieures ou égales à 0,1cm3 ont été pris en compte. Toutes les tumeurs dont le volume était douteux ont été ré-analysés pour inclusion ou non. Un contact ou une invasion capsulaire et une EEC ont été systématiquement recherchés dans toutes les zones où les tumeurs ont été détectées. Un EEC était définie comme « établie » et comptabilisée, lorsque l'épaisseur était supérieure ou égale à 1mm. L'analyse anatomopathologique était considérée comme l'examen de référence pour la comparaison avec les IRM.


Comparaison IRM-anatomopathologie


La glande prostatique a été divisée en huit zones (ou octants) pour assurer une bonne superposition des résultats (Tableau 2). Une analyse par octant et région (quatre régions, chacune contenant deux octants : base, apex, médium antérieur et postérieur) a été réalisée par un seul radiologue. Ce radiologue référent avait une expérience de 2ans dans l'IRM génito-urinaire. Les lames d'anatomopathologie ont été examinées par 3 pathologistes avec un seul référent qui a relu toutes les pièces opératoires qui posaient problème. Pour chaque tumeur, un contact ou une invasion capsulaire, et une estimation de l'EEC (ou des vésicules séminales) ont été recherchées dans tous les octants tumoraux. Les critères pour évaluer chaque paramètre étaient similaires et sont définis dans le Tableau 2.


Dans un premier temps, la capacité diagnostique de l'IRM était basée sur une analyse par octants de manière générale, puis stratifiée suivant les quatre grandes régions. Si un octant était discordant dans une région, cette dernière était alors considérée comme fausse.


Dans, un deuxième temps, la capacité diagnostique était considérée par régions. De fait, toute tumeur visualisée dans une région était considérée comme positive si l'analyse anatomopathologique la confirmait dans cette dernière, indépendamment de l'octant concerné.


Analyse statistique


L'analyse statistique a été réalisée sous le logiciel Stata (version 10 ; Stata-Corp, College Station, Texas, États-Unis). Afin de comparer les résultats obtenus par IRM et ceux de l'histopathologie, les valeurs intrinsèques diagnostiques de l'IRM (sensibilité [SE], spécificité [SP], valeurs prédictives positive [VPP] et négative [VPN]) ont été calculées et présentées avec des intervalles de confiance associés à 95 %. Ces valeurs ont été calculées en considérant :

l'individu statistique patient (tous octants confondus) ;
puis l'individu octant.


Dans ce dernier cas, le recours à des modèles marginaux (fonction lien logit ) estimés par équations d'estimation généralisées (GEE) a été proposé afin de prendre en compte la variabilité inter/intra-patient (octants pour un même patient). Les comparaisons concernant SE et SP entre les quatre grandes régions (apex, base, médium antérieur, médium postérieur) ont été réalisées en utilisant le test de McNemar pour échantillons appariés. Enfin, en complément de ces analyses, le coefficient kappa a été calculé pour mesurer le degré de concordance. Tous les tests statistiques ont été considérés pour un risque d'erreur de première espèce de 5 % (bilatéral) avec si nécessaire une correction de ce risque dû aux corrections multiples.


Résultats


Résultats anatomopathologiques


Sur les 74 pièces de prostatectomies radicales, 592 octants totaux ont été étudiés, avec 124 tumeurs significatives retenues. Elles envahissaient un total de 274 octants (46,28 % des octants totaux), 29 d'entre eux ayant un contact capsulaire (4,9 % des octants totaux et 10,6 % des octants tumoraux) et 22 une EEC significative (supérieure ou égale à 1mm) (3,7 % des octants totaux et 8 % des octants tumoraux). Les résultats pathologiques par octants et régions sont colligés dans le Tableau 3. C'est le médium postérieur qui était majoritairement envahi par les tumeurs, avec par conséquent plus d'octants de cette région avec un contact capsulaire et une EEC.


Résultats IRM


Pour chaque critère analysé, SE, SP, VPP et VPN ont été calculées. Les résultats statistiques sont reportés dans les Tableau 4, Tableau 5.


Capacité diagnostique par octants


Pour la capacité générale de détection tumorale, l'IRM 3Tesla multi-paramétrique avait une sensibilité, spécificité, VPP et VPN respectives de 72,3 %, 87,4 %, 83,2 % et 78,5 %, ce qui représentait un staging correct de plus de 3 octants sur 4 en moyenne (Tableau 4 et Figure 1). Cependant la sensibilité de détection des octants à l'apex était significativement inférieure aux trois autres régions (p <0,05).


Figure 1
Figure 1. 

Représentation graphique des couples sensibilité-spécificité en fonction des octants (Tableau 4). Vert : détection ; bleu : contact capsulaire ; rouge : effraction extra-capsulaire.




Pour l'estimation du contact capsulaire et de l'EEC, il était retrouvé un fort pouvoir prédictif négatif, avec respectivement une spécificité et une VPN générales à 96,4 % et 95,4 % pour le premier critère et 97,5 % et 97,7 % pour le deuxième critère. Ces résultats se reflétaient pour les quatre régions (minimum de 97,9 % de spécificité et de 95,1 % de VPN pour le CC, et de 96,4 % de spécificité et de 95,7 % de VPN pour l'EEC). Il était encore noté une sensibilité diminuée significativement (p <0,05) à l'apex (12,5 %) pour l'estimation du CC. Pour l'estimation de l'EEC, il était mis en évidence des sensibilités significativement (p <0,05) meilleures en base (50 %) et au médium postérieur (45,5 %).


La Figure 1 basée sur les couples sensibilité-spécificité de chaque critère étudié, illustre les données sus-citées.


Capacité diagnostique par régions


La capacité de localisation par l'IRM 3T apparaissait très élevée avec des couples sensibilités-spécificités oscillants respectivement entre 73,5 % et 89,5 %, et 76 et 100 % pour les quatre régions (Tableau 5 et Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Représentation graphique des couples sensibilité-spécificité en fonction des régions (Tableau 5). Vert : détection ; bleu : contact capsulaire ; rouge : effraction extra-capsulaire.




Il était encore retrouvé un fort pouvoir prédictif négatif pour l'évaluation du CC et de l'EEC (spécificités avec un minimum de 97 % pour le CC et de 92,3 % pour l'EEC, mais aussi VPN avec un minimum de 89,6 % pour le CC et de 93,8 % pour l'EEC). Pour ces deux critères, la sensibilité était faible, mais difficilement interprétable du fait du peu d'octants concernés (de 28,6 % à 100 % pour le CC et de 0 % à 55,6 % pour l'EEC). Le médium antérieur avait peu d'octants avec un CC et une EEC (respectivement 2 octants et 1 octant), d'où des résultats avec peu de valeur clinique (100 % en estimation de CC et 0 % en estimation d'EEC).


La Figure 2, basée sur les couples sensibilité-spécificité de chaque critère, illustre là-aussi les données sus-citées.


Discussion


Une cartographie tumorale prostatique précise pourrait permettre une approche diagnostique et thérapeutique approfondie [6] : diagnostique par la réalisation de biopsies ciblées comme proposé par plusieurs études récentes [7, 8], et thérapeutique par une stratégie appropriée, notamment avec l'avènement de la surveillance active ou des thérapies focales [6, 8]. Si la chirurgie est préférée, une bonne cartographie de la tumeur pourrait aussi éviter des marges positives, qui sont un facteur de pronostic défavorable impactant la récidive biochimique et la survie spécifique [9]. En effet, la procédure pourrait s'adapter suivant la cartographie tumorale (préservation vasculo-nerveuse, excision large de la graisse péri-prostatique).


Nos données ont mis en évidence que la détection d'une tumeur prostatique de volume supérieur ou égal à 0,1cm3 (5mm d'axe moyen) par une IRM 3T multi-paramétrique avec antenne externe pelvienne, est fiable en pratique régulière et courante. Les résultats ont été perfectibles à l'apex, où la sensibilité était significativement inférieure aux trois autres régions (60 %). Mais, cette zone est connue comme d'analyse difficile en IRM ; plusieurs études récentes ont rapporté le même résultat, indépendamment de l'aimant utilisé [6, 10]. Nos résultats se sont surtout appuyés sur l'association des différentes séquences fonctionnelles : la perfusion est démontrée comme sensible et spécifique, tandis que la diffusion (avec cartographie ADC) a semblé apporter un gain de sensibilité sur des IRM 1,5T [6]. Ces séquences nous ont paru encore plus potentialisées par une IRM 3T [11, 12, 13], du fait d'un gain en résolution spatiale et temporelle.


À notre connaissance, peu d'études ont évalué l'impact des séquences multi-paramétriques combinées en comparaison des pièces opératoires, que ce soit avec une IRM 1,5Tesla [14, 15, 16] ou 3Tesla [4, 5]. La principale a porté sur une IRM 1,5Tesla [14] et avait une méthodologie sensiblement équivalente à la nôtre, mettant en évidence des résultats encourageants en zone périphérique (sensibilité 80 %, spécificité 97 %), et perfectibles en zone transitionnelle (sensibilité 53 %, spécificité 83 %). Mais elle concernait un plus faible nombre de patients, utilisait une antenne endorectale, avait un volume tumoral d'inclusion plus élevé (≥0,2cm3) et utilisait une approche quantitative pour les séquences de perfusion (plus complexes que des estimations semi-quantitatives). Dans deux études récentes [4, 5], les auteurs ont travaillé sur une IRM 3T avec séquences multi-paramétriques, mais ils utilisaient une méthodologie substantiellement différente, de part une antenne endorectale, une prostate divisé en six [4] ou trente [5] zones, mais aussi l'utilisation de séquences spectrophotométriques. Leurs résultats ont mis en évidence l'intérêt de l'association des différentes séquences fonctionnelles en comparaison de ces dernières utilisées seules [5]. Comme nous, ces travaux ont aussi conclu à un réel gain des différentes séquences fonctionnelles combinées sur une IRM 3T.


L'infiltration de la capsule constitue un facteur de risque important de récidive biochimique et de marge chirurgicale positive [17]. À notre connaissance, aucun travail n'a évalué la capacité de détection d'un contact capsulaire par des séquences multi-paramétriques, avec une IRM 1,5T ou 3T. Nakashima et al. [18] évoquaient l'intérêt d'un tel travail, de par de nombreux « faux positifs » d'EEC en IRM, correspondant uniquement à une infiltration capsulaire et non à une extension extra-capsulaire anatomopathologique. Dans notre étude, seulement 10,3 % des octants tumoraux avaient un contact ou une infiltration capsulaire. Notre capacité diagnostique est limitée avec des sensibilités largement perfectibles (de 10 % à 100 % en analyse par octants et de 28,6 % à 100 % en analyse par régions) suivant les critères IRM instaurées (longueur tumorale de 1cm en sous-capsulaire à l'IRM : Tableau 2), mais les fortes spécificités et VPN entrevues nous sont apparues encourageantes. Nous avons entrevu ici un véritable pouvoir prédictif négatif avec les critères définis dans cette étude. Ainsi, l'absence de tumeur en sous-capsulaire sur au moins 1cm en IRM multi-paramétrique, nous a semblé être un critère fiable pour affirmer que la tumeur n'infiltrait pas la capsule. L'estimation du CC était là-encore plus difficile à l'apex, du fait d'une région anatomique connue comme confinée et d'épaisseur faible.


Récemment, certaines études ont suggéré qu'une IRM 3T améliorait la détection d'une EEC au millimètre [5, 10, 19, 20], en raison d'une meilleure homogénéité du signal IRM [10] et/ou avec la contribution des séquences fonctionnelles [5, 19, 20]. Deux d'entre elles [5, 19] étaient sensiblement similaire à la nôtre dans leur pouvoir prédictif négatif (spécificités et VPN respectivement à 92 % et 91 % pour Bloch et al. [19] et à 80 % et 97 % pour Turkbey et al. [5]), mais leur sensibilités étaient largement meilleures (respectivement 89 % [19] et 78,2 % [5]). Ces excellents résultats pouvaient s'expliquer par l'expertise approfondie de ces centres sur l'IRM prostatique, avec de nombreux travaux à ce jour dans ce domaine. Notre objectif dans la présente étude était d'évaluer si ces résultats pouvaient être reproductibles dans la pratique courante régulière, avec une capacité de détection d'EEC au millimètre. Le fort pouvoir prédictif négatif nous apparaît encourageant (spécificités et VPN élevées quelle que soit l'analyse par octant ou régions), mais sa contribution diagnostique est faible avec des sensibilités et des VPP perfectibles.


Notre étude a plusieurs limites : d'une part, la zone de transition n'a pas été individualisée de façon indépendante, le médium antérieur contenant une partie de zone périphérique. Il est donc difficile de tirer une conclusion sur cette dernière. Deuxièmement, nous n'avons pas inclus des séquences spectrophotométriques qui pourraient être en mesure d'accroître encore la performance des facteurs étudiés, comme certaines études récentes l'ont démontré [4, 5]. De plus, nous n'avons pas utilisé d'antenne endorectale qui aurait pu accroître notre capacité diagnostique, même si cette dernière est discutée [6] pour le surcoût engendré, l'inconfort apporté au patient et l'inhomogénéité de la glande prostatique à son contact. Enfin, les séquences de perfusion n'ont pas été réalisées en séquences quantitatives, plus précises mais aussi plus complexes, et donc difficiles à mettre en application en pratique courante.


Conclusion


L'IRM 3Tesla multi-paramétrique avec antenne externe pelvienne nous est apparue être une technique d'imagerie fiable et reproductible en pratique courante et régulière, pour la détection et la caractérisation des tumeurs prostatiques de volume supérieur à 0,1cm3. L'estimation du CC et de l'EEC a besoin d'être clarifiée, même si la valeur prédictive négative de ces critères nous semble encourageante. Les données apportées par cette imagerie semblent utiles dans la stratégie diagnostique et/ou thérapeutique du cancer prostatique localisé ou localement avancé.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Caractéristiques de la population.
Critères  Modalités  Patients
n =74 
Âge  Médiane (SD)
Moyenne 
60,5 (5,63)
60,35 (48-72) 
 
Poids  Médiane (SD)
Moyenne 
82 (12,18)
80,95 (60-118) 
 
BMI en kg/m2  Médiane (SD)
Moyenne 
26,65 (3,29)
26,79 (21,01-35,2) 
 
Toucher rectal (%)  T1C
T2A
T2B
T2C 
52 (70,27 %)
10 (13,51 %)
8 (10,81 %)
4 (5,41) 
 
PSA total en ng/mL  Médiane (SD)
Moyenne 
6,51 (3,98)
8,17 (2,38-20) 
 
Gleason biopsique  Médiane
Moyenne 
6
6,78 (6-9) 
 
Délai biopsies-IRM en jours  Médiane (SD)
Moyenne 
66 (23,70)
68,22 (31-196) 
 
Score D'Amico  BP
PI
MP 
9 (12,16 %)
53 (71,62 %)
12 (16,22 %) 
 
Délai IRM-chirurgie en jours  Médiane (SD)
Moyenne 
30 (52,46)
45,75 (1-200) 
 
Technique chirurgicale  Laparoscopie
Rétropubienne 
42 (56,75 %)
32 (43,25 %) 
 
Marges chirurgicales  R0
R1 
58 (78,37 %)
16 (21,63 %) 
 
Nombre de tumeurs anatomopathologiques par patients  0
1
2
3
4
2 (2,7 %)
31 (41,9 %)
33 (44,6 %)
6 (8,1 %)
1 (1,3 %)
1 (1,3 %) 
 
Classification anatomopathologique  pT2a
pT2b
pT2c
pT3a
pT3b
pT4 
11 (14,86 %)
7 (9,46 %)
33 (44,6 %)
13 (17,6 %)
9 (12,16 %)
1 (1,35 %) 
 
Volume prostatique anatomopathologique (cm3 Moyenne
Min-Max 
46,2
23-125 



Légende :
SD : standard deviation .



Tableau 2 - Caractérisation des critères étudiés.
  Interprétabilité  Détection  Contact capsulaire  Effraction extra-capsulaire 
Radiologue  Bon : aucun des critères cités ci-dessous
Intermédiaire : hémorragies post-biopsies dans moins de 50 % de la glande prostatique
Mauvaise : hémorragies post-biopsies dans plus de 50 % de la glande prostatique et/ou zone transitionnelle laminant la zone périphérique 
Tumeur de volume≥0,1cm3 (5mm d'axe moyen)
5mm de longueur d'extension minimale dans un octant si chevauchement tumoral sur 2 octants 
Invasion capsulaire directement visualisée
Longueur tumorale en sous-capsulaire directement visible sur une longueur ≥1cm 
EEC directement visible
Critères radiologiques directs et indirects d'estimation de l'EEC couramment utilisés par les radiologues 
 
Anatomopathologiste  Technique de Stanford
Fixation 48H an solution AFA
Section des vésicules séminales, de la base et de l'apex, puis coupes verticales
Coupes prostatiques médiales transversales 
Tumeurs d'axe moyen de 5mm et/ou de volume≥0,1cm3

5mm d'extension minimale dans un octant par une tumeur si chevauchement sur 2 octants 
Invasion ou contact visualisé dans tout octant tumoral  EEC « établie » en anatomopathologie, et d'épaisseur≥1mm 
 
Caractérisation de la glande prostatique 

 
Apex
Médium
Base 
8 zones ou octants
Analyse tumorale des mêmes octants par le radiologue et l'anatomopathologiste 
 





Tableau 3 - Résultats tumoraux anatomopathologiques par octants et régions.
  Détection tumorale  Contact capsulaire  Effraction extra-capsulaire 
Apex  Octant 1 : 37 (50 %)
Octant 2 : 43 (58,11 %) 
Octant 1 : 4 (5,4 %)
Octant 2 : 4 (5,4 %) 
Octant 1 : 1 (1,37 %)
Octant 2 : 3 (4,05 %) 
 
Médium antérieur  Octant 3 : 19 (25,68 %)
Octant 4 : 19 (25,68 %) 
Octant 3 : 0 (0 %)
Octant 4 : 2 (2,7 %) 
Octant 3 : 1 (1,35 %)
Octant 4 : 0 (0 %) 
 
Médium postérieur  Octant 5 : 51 (68,92 %)
Octant 6 : 52 (70,27 %) 
Octant 5 : 8 (10,81 %)
Octant 6 : 5 (6,76 %) 
Octant 5 : 7 (9,46 %)
Octant 6 : 4 (5,41 %) 
 
Base  Octant 7 : 27 (36,49 %)
Octant 8 : 26 (35,14 %) 
Octant 7 : 2 (2,7 %)
Octant 8 : 4 (5,4 %) 
Octant 7 : 3 (4,05 %)
Octant 8 : 3 (4,05 %) 





Tableau 4 - Capacité diagnostique de l'IRM par octant.
Paramètre  Kappa  Concordance (%)  SE (%)
(95 % CI) 
SP (%)
(95 % CI) 
VPP (%)
(95 % CI) 
VPN (%)
(95 % CI) 
Capacité détection  
Total  0,60  80  72,3
66,6-77,5 
87,4
83,3-90,9 
83,2
77,8-87,7 
78,5
73,9-82,7 
Base  0,59  80  75,5
61,7-86,2 
84,2
75,3-90,9 
72,7
59-83,9 
86
77,3-92,3 
Apex  0,44  73  60
48,4-70,8 
85,3
74,6-92,7 
82,8
70,6-91,4 
64,4
53,7-74,3 
Médium antérieur  0,75  88  84,2
68,7-94 
92,7
86,2-96,8 
80
64,4-90,9 
94,4
88,3-97,9 
Médium postérieur  0,54  80  75,5
66-83,5 
84,4
70,5-93,5 
91,7
83,6-96,6 
60,3
47,2-72,4 
 
Contact capsulaire  
Total  0,08  53  10,3
2,2-27,4 
96,4
94,6-97,8 
13
2,8-33,6 
95,4
93,4-97 
Base  0,38  66  33,3
4,3-77,7 
98,6
95-99,8 
50
6,8-93,2 
97,2
93-99,2 
Apex  0,13  55  12,5
0,3-52,7 
97,9
93,9-99,6 
25
0,6-80,6 
95,1
90,2-98 
Médium antérieur  0,8  90  100
15,8-100 
99,3
96,2-100 
66,7
9,4-99,2 
100
97,5-100 
Médium postérieur  0,47  68  38,5
13,9-68,4 
98,5
94,8-99,8 
71,4
29-96,3 
94,3
89,1-97,5 
 
Effraction extra-capsulaire  
Total  0,38  69  40,9
20,7-63,6 
97,5
95,9-98,6 
39,1
19,7-61,5 
97,7
96,1-98,8 
Base  0,44  74  50
11,8-88,2 
97,2
92,9-99,2 
42,9
9,9-81,6 
97,9
93,9-99,6 
Apex  0,23  61  25
0,6-80,6 
97,9
94-99,6 
25
0,6-80,6 
97,9
94-99,6 
Médium antérieur  0,09  49  10
0-97,5 
98,6
95,2-99,8 
10
0-84,2 
99,3
96,2-100 
Médium postérieur  0,43  71  45,5
16,7-76,6 
96,4
91,7-98,8 
50
18,7-81,3 
95,7
90,8-98,4 



Légende :
SE : sensibilité ; SP : spécificité ; VPP : valeur prédictive positive ; VPN : valeur prédictive négative.



Tableau 5 - Capacité diagnostique par régions.
Paramètre  Kappa  Concordance (%)  SE (%)
(95 % CI) 
SP (%)
(95 % CI) 
VPP (%)
(95 % CI) 
VPN (%)
(95 % CI) 
Capacité détection  
Base  0,73  86  89,5
75,2-97,1 
83,3
67,2-93,6 
85
70,2-94,3 
88,2
72,5-96,7 
Apex  0,46  75  73,5
58,9-85,1 
76
59,4-90,6 
85,7
71,5-94,6 
59,4
40,6-76,3 
Médium antérieur  0,74  87  85,7
67,3-96 
89,1
76,4-96,4 
82,8
64,2-94,2 
91,1
78,8-97,5 
Médium postérieur  0,48  93  85,1
74,3-92,6 
100
54,1-100 
100
93,7-100 
37,5
15,2-64,6 
 
Contact capsulaire  
Base  0,41  69  40
5,3-85,3 
97,1
89,9-99,6 
50
6,8-96,2 
95,7
88-99,1 
Apex  0,32  63  28,6
3,7-71 
97
89,6-99,6 
50
6,8-93,2 
92,9
84,1-97,6 
Médium antérieur  0,79  99  100
15,8-100 
98,6
92,5-100 
66,7
9,4-99,2 
100
94,9-100 
Médium postérieur  0,46  69  41,7
15,2-72,3 
96,8
88,8-99,6 
71,4
29-96,3 
89,6
79,7-95,7 
 
Effraction extra-capsulaire  
Base  0,41  72  50
11,8-88,2 
94,1
85,6-98,4 
42,9
9,9-81,6 
95,5
87,5-99,1 
Apex  0,25  65  33,3
0,8-90,6 
95,7
88-99,1 
25
0,6-80,6 
97,1
89,9-99,6 
Médium antérieur  0,01  49  0
0-97,5 
97,3
90,5-99,7 
0
0-84,2 
98,6
92,5-100 
Médium postérieur  0,46  74  55,6
21,2-86,3 
92,3
83-97,5 
50
18,7-81,3 
93,8
84,8-98,3 



Légende :
SE : sensibilité ; SP : spécificité ; VPP : valeur prédictive positive ; VPN : valeur prédictive négative.


Références



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