Limite du Pad-Test Court et des questionnaires dans l'évaluation de l'incontinence urinaire post-prostatectomie

25 avril 2011

Auteurs : J. Drai, R. Caremel, M. Bubenheim, C. Pfister, P. Grise
Référence : Prog Urol, 2011, 4, 21, 270-276
But

Étude clinique comparant l’évaluation de l’incontinence urinaire post-prostatectomie (IUPP) chez l’homme par le Pad-Test Court (PTC) avec celle par les questionnaires ICIQ et SF36.

Patients

De juin 2006 à novembre 2008, 16 patients ayant une IUPP faible à modérée étaient opérés par bandelette sous-urétrale type I-Stop® TOMS. L’incontinence était évaluée en analysant trois paramètres : PTC, ICIQ et SF36. Cette évaluation était faite à deux reprises : avant chirurgie (j0) et à 90 jours postopératoires (j90). L’association entre deux méthodes d’évaluation était appréciée avec le coefficient de Kendall et une association était considérée significative si le test d’indépendance reposant sur ce même coefficient donnait une valeur p inférieure à 0,05.

Résultats

Les changements entre j0 et j90 par rapport au PTC ne paraissaient pas être liés (p  > 0,05) aux changements observés a l’aide des questionnaires, à savoir le ICIQ et le SF36. De même à j0, aucune association significative n’était trouvée (p  > 0,05) entre les résultats du PTC et les scores obtenus aux questionnaires ICIQ et SF36. Toutefois, à j90, un lien significatif (p  < 0,05) était trouvé entre les résultats du PTC et les scores aux questionnaires ICIQ et SF36.

Conclusion

L’absence d’association entre les deux types d’évaluation en préopératoire confirme les recommandations d’une double évaluation, objective et subjective. Le PTC était facile à réaliser mais, dans la population considérée qui était atteinte d’une IUPP faible à modérée, il existait une faible variabilité et un manque de précision dans la détection des fuites. Cela fait proposer de réaliser dans cette population préférentiellement un Pad-Test long, de 24 heures, afin de prendre mieux en compte des fuites exprimées sur une durée plus longue.




 




Introduction


Une des complications de la prostatectomie totale est l'incontinence urinaire (IU), pouvant affecter de façon dramatique la qualité de vie des patients. Son incidence varie selon les études de 10 à 87 % [1, 2]. Cette variation s'explique d'abord par le moment choisi pour évaluer l'incontinence urinaire post-prostatectomie (IUPP). On constate, en effet, dans certaines études que le taux d'IUPP décroit avec le temps, passant de 50 % à trois mois, puis 33 % à six mois, et enfin 20 % à 12 mois [3, 4]. Ces variations s'expliquent également par les différentes définitions que les auteurs attribuent à l'IUPP, ainsi que l'utilisation de méthodes d'évaluation de cette incontinence très disparates. Pour sa part, l'International Consultation on Incontinence (ICI) définit l'incontinence urinaire comme the complaint of any involontary leakage of urine , et suggère dans ses dernières recommandations de recherche, d'étudier les méthodes d'évaluation de l'incontinence urinaire de l'homme [5]. L'évaluation est difficile et il est recommandé d'associer une analyse subjective par des questionnaires validés et une objective par un Pad-Test, en plus du bilan habituel comprenant interrogatoire, examen clinique et bilan paraclinique. Il existe de nombreux questionnaires et le Pad-Test a quant à lui été validé en version courte et longue. Cette évaluation s'avère nécessaire à la sélection des patients, à la fois pour valider une indication chirurgicale et, le cas échéant, pour préciser le type d'intervention (sphincter artificiel ou traitement mini-invasif). Elle permet également d'évaluer les patients après traitement, et ainsi d'analyser leur efficacité ou non.


Nous présentons ici les résultats d'une analyse comparative de l'évaluation de l'IUPP dans une série de 16 hommes entre celle, objective, faite par un Pad-Test Court (PTC) versus celle, subjective, faite par les questionnaires ICIQ et SF36 [6, 7, 8]. Le PTC utilisé était celui décrit par Hann [6]. Le but était de mettre en évidence un lien entre les deux types d'évaluation à deux périodes, avant et après pose de bandelette sous-urétrale.


Patients et méthodes


Il s'agit d'une étude monocentrique portant sur 16 patients de sexe masculin inclus dans la période entre juin 2006 et novembre 2008, par analyse secondaire d'une étude prospective multicentrique qui avait comme objectif principal d'étudier les résultats de la bandelette I-Stop [9].Leur âge était compris entre 63 et 78 ans, avec un âge moyen de 69 ans. Tous avaient été opérés d'une prostatectomie totale depuis plus de six mois et présentaient une IUPP pour laquelle ils ont été opérés par mise en place d'une bandelette sous-urétrale de type transobturatrice I-Stop® TOMS [10]. Le délai moyen entre les deux interventions était de 26 mois. Une évaluation de leur IUPP était effectuée et permettait de préciser la sévérité de l'IU : minime, modérée ou sévère. Seuls les patients ayant une IUPP considérée comme minime à modérée étaient inclus et traités par mise en place d'une bandelette. Cette évaluation était faite à deux reprises : avant chirurgie (j0) et à 90 jours postopératoires (j90). Elle consistait à recueillir trois paramètres : PTC, ICIQ et SF36.


Les critères d'inclusions étaient :

une rééducation urinaire toujours proposée au malade qui l'avait soit refusée pour raison personnelle, soit effectuée mais en gardant néanmoins une incontinence au décours ;
une incontinence urinaire d'effort post-prostatectomie et un questionnaire ICIQ avec un score compris entre 4 et 16 (inclus) ;
un dosage des PSA considéré comme témoin de l'absence de néoplasie en évolution ;
une absence de radiothérapie prostatique ;
une absence de maladie neurologique pouvant entraîner une incontinence urinaire ou gêner l'évaluation ;
une absence de sténose uréthrale ou anastomotique objectivée par uréthrocystoscopie ou uréthrographie ;
une absence de détrusor hyperactif avec fuites contemporaines de contractions désinhibées ;
une absence de rétention chronique d'urines ;
une absence d'infection urinaire en cours.


L'intervention chirurgicale réalisée a consisté en la mise en place d'une bandelette sous-urétrale transobturatrice I-Stop® TOMS.


Les évaluations à j0 puis j90 étaient faites lors d'une consultation dans le service, avec le recueil de trois groupes de données :

poids des pertes en grammes obtenu après PTC, réalisé selon les recommandations de l'ICS, décrit par Hahn et résumé (Encadré 1) [6] ;
score du questionnaire ICIQ (Annexes 1 et 2), questionnant les patients sur l'importance de leurs fuites et également sur le retentissement de ces fuites sur leur qualité de vie, à travers trois questions dont chaque réponse fait attribuer un certain nombre de points, dont la somme peut aller de 0 (pas d'incontinence) à 21 (score maximum). Arbitrairement, les patients inclus n'avaient pas de score supérieur à 16 pour sélectionner les IU de niveau faible à modérée et exclure les sévères ;
score du questionnaire SF36 (Annexes 1 et 2), score spécifique de l'incontinence urinaire et comportant cinq questions sur l'IU et sur la qualité de vie. La somme totale des points obtenus varie de 0 (incontinence maximum) à 500 (incontinence nulle).


Encadré 1

Pad-Test court selon Hann [6] – méthode de réalisation


Test débuté sans que le patient ait uriné.
Vessie vidée puis remplie à 200 ml.
Mise en place d'un système absorbant préalablement pesé.
Exécution des exercices suivants: passer de la position debout à assise dix fois, tousser vigoureusement dix fois, courir sur place pendant une minute, se baisser pour ramasser cinq petits objets posés au sol, se laver les mains à l'eau froide pendant une minute.
Système absorbant retiré et pesé.
On obtient donc une donnée principale, à savoir le poids des pertes en gramme et correspondant à la soustraction du poids initial au poids final de la couche.



Le but de l'étude était de comparer les résultats obtenus par le PTC avec l'auto-évaluation du patient par les questionnaires ICIQ et SF36, et de comparer ces données à deux périodes : préopératoire et postopératoire.


Méthode statistique


Les réponses aux questionnaires donnent lieu à des scores, aussi le degré d'association entre deux variables était estimé par le coefficient de Kendall, &tgr;b [11]. Le test qui est fondé sur ce même coefficient était utilisé afin de savoir aussi si l'hypothèse de l'indépendance de deux variables peut être rejetée en admettant une erreur de première espèce de 5 %. Cette étude étant exploratoire, aucun ajustement pour tests multiple n'était prévu. En supposant que l'ordre d'importance du changement entre deux moments est préservé lorsque la différence entre scores pour un même patient est calculée, le coefficient de Kendall servait également pour estimer l'association et tester l'hypothèse d'indépendance entre l'évolution des scores et celle observée à travers les PTC. Tous ces calculs étaient faits en utilisant la version 9.1 du logiciel SAS.


Résultats


Les 16 patients ont pu être évalués à j0 et à j90 avec réalisation du PTC et des questionnaires ICIQ et SF36 (Tableau 1).


On constate que quatre patients sur 16 n'ont pas eu une évolution dans le sens d'une diminution du poids d'urine perdue.


Les résultats du PTC (Figure 1)


A j0, il a été constaté que 19 % des patients (3/16) avaient plus de 20 grammes de pertes objectivées et que quatre d'entres eux n'avaient aucune perte.


A j90, deux patients sur 16 étaient au-dessus de la barre des 20 grammes et six d'entre eux n'avaient aucune perte.


Figure 1
Figure 1. 

Résultat du Pad-Test Court en préopératoire (j0) et à trois mois postopératoires (j90)




Les résultats des questionnaires (Figure 2, Figure 3)


Les scores médians retrouvés pour l'ICIQ et le SF36 allaient tous les deux dans le sens d'une amélioration entre avant et après chirurgie de bandelette sous-urétrale. Le score médian de l'ICIQ était en effet de 13 à j0 puis de 7 à j90, et celui du SF36 est de 92 à j0 puis de 217 à j90.


Figure 2
Figure 2. 

Résultat du questionnaire ICIQ à j0 et à j90




Figure 3
Figure 3. 

Résultat du questionnaire SF36 à j0 et à j90




Pour l'ICIQ, le score maximum de 0 n'était jamais atteint à j0 et était mis en évidence chez cinq patients sur 16 (soit 31 %) à j90.


De même pour le SF36, on ne constatait aucun score maximum atteint à j0 puis également 5 (31 %) à j90.


L'existence d'un lien entre le PTC et les questionnaires à j0 ?


On ne mettait pas en évidence de lien entre le PTC et les questionnaires, que ce soit l'ICIQ ou le SF36. En effet, p est supérieur à 0,05 pour le test d'indépendance basé sur le taux de kendall.


L'existence d'un lien entre le PTC et les questionnaires à j90 ? (Figure 4, Figure 5)


On démontrait un lien entre le PTC et les questionnaires, que ce soit l'ICIQ ou le SF36 avec p inférieur à 0,05 pour le test d'indépendance basé sur le taux de Kendall.


Figure 4
Figure 4. 

Analyse du lien entre Pad-Test Court et ICIQ à j90 : il est observé un lien entre les deux valeurs lors de l'évaluation à j90




Figure 5
Figure 5. 

Analyse du lien entre Pad-Test Court et SF36 à j90 : il est observé un lien entre les deux valeurs lors de l'évaluation à j90




L'existence d'un lien entre l'évolution (de j0 à j90) des valeurs du PTC et des questionnaires ?


On ne mettait pas en évidence de lien entre l'évolution des valeurs du PTC et des questionnaires, que ce soit l'ICIQ ou le SF36, avec p supérieur à 0,05 pour le test d'indépendance basé sur le taux de Kendall.


Discussion


Cette étude prospective avait pour objectif de retrouver un lien entre les analyses subjectives des questionnaires, et objective du Pad-Test court, dans l'évaluation des patients souffrant d'une IUPP. Cela permettrait de mieux percevoir les éventuelles limites du Pad-Test court. Notre série avait la particularité d'étudier la population masculine. En effet, la plupart des séries relatives aux moyens d'évaluation de l'IU sont soit strictement féminines, soit mixtes.


L'ensemble des 16 patients ont réalisé entièrement les questionnaires et le Pad-Test. Leurs réalisations nous sont apparus simples, rapides en durant environ une heure lors d'une consultation, et bien acceptés par les patients. Certaines études avaient en effet mis en évidence une limite du Pad-Test court en termes de faisabilité. La limite évoquée est qu'un certain nombre de patients n'avaient pas tous la capacité physique de terminer la série d'exercices imposés par l'épreuve. Selon les séries, cette limite était évaluée à environ 10 % des patients [12, 13].


Les options thérapeutiques face à l'IUPP sont nombreuses et des recommandations ont notamment été élaborées par l'ICS [14]. Il est ainsi établi qu'un traitement conservateur doit être préféré initialement sur une période pouvant aller de six à 12 mois. Le traitement chirurgical est proposé dans un second temps et s'adapte au degré et au type d'incontinence constatés. Ainsi, le traitement de référence de l'incontinence urinaire sévère par insuffisance sphinctérienne repose sur le sphincter artificiel. Dans les cas où l'incontinence est plus modérée, la bandelette sous-urétrale constitue une alternative du fait de son caractère simple et peu invasif. C'est dans le respect de ces principes que les critères d'inclusion des patients traités par chirurgie de bandelette ont été établis dans notre étude (prostatectomie depuis plus de six mois, score ICIQ entre 4 et 16, etc). La définition de la sévérité de l'IUPP n'est pas actuellement clairement établie. Il est pourtant important de disposer de critères objectifs pour bien sélectionner les options thérapeutiques.


L'évaluation postopératoire est également très importante. Le taux de succès de la bandelette sous-urétrale varie dans la littérature de 50 à 80 % [15]. Ces taux de succès semblent être confirmés dans notre série mais dépendent du critère que l'on choisit pour valider ou invalider un succès. Faut-il un score maximum aux questionnaires ou une simple amélioration de ces derniers après chirurgie ? Faut-il un poids des pertes nul au PTC ? Faut-il les deux à la fois ou bien encore satisfaire à d'autres critères ?


Ces interrogations illustrent la nécessité des travaux portant sur les outils d'évaluation de l'incontinence urinaire, non seulement pour poser le diagnostic, mais aussi afin d'analyser les résultats et les comparer avec les autres résultats connus.


En préopératoire, les évaluations de l'incontinence faites par le PTC d'une part, et les questionnaires d'autre part (ICIQ tout comme SF36), s'avéraient sans lien l'une avec l'autre dans notre série. Ce résultat s'explique sans doute par un défaut de sensibilité du PTC. En effet, le PTC n'objectivait pas de fuites chez des patients s'en plaignant néanmoins aux questionnaires. Pour exemple, quatre patients sur 16 étaient parfaitement « secs » à j0. Cette constatation doit être pondérée par deux biais. D'abord, notre série était constituée d'un petit nombre de patients. De plus, la population étudiée avait une incontinence non sévère selon les critères de stamey puisque les patients inclus devaient avoir un score ICIQ inférieure ou égal à 16. Une incontinence plus importante aurait sans doute contribué à augmenter le poids des pertes dans les protections et ainsi améliorer la sensibilité du PTC. Cette observation va dans le sens d'autres publications dont celle de Mouritsen où l'incontinence urinaire est d'autant mieux détectée par le PTC qu'elle est sévère [16].


A 90 jours postopératoire par en revanche, un lien était statistiquement établi entre les évaluations subjectives et objectives. Ce lien du PTC avec divers questionnaires est également démontré au travers de diverses études dont, plus particulièrement, celles de Kralj avec le stress urinary incontinence et le urge incontinence , de Aslan avec le symptom severety index , et enfin de Ward avec le Saint-Georges Urinary Incontinence Score [17, 18, 19]. Dans la publication de Walsh et Mills, on note néanmoins une absence de corrélation entre pad-test court et l'impression subjective de satisfaction du patient après chirurgie de sphincter artificiel [20]. Les évaluations subjectives utilisées sont nombreuses et rendent la lecture de ces résultats difficiles. Ces questionnaires peuvent explorer deux aspects de l'IU du patient : d'une part l'importance des fuites exprimées, d'autre part la qualité de vie. Le choix du SF36 et de l'ICIQ se justifie par l'exploration de ces deux aspects au sein d'un même score et également par le fait qu'ils aient été utilisés dans plusieurs publications de référence [7].


Plus généralement, le PTC s'avérait limité par une faible variabilité de la mesure. Dans notre série, on constatait effectivement, qu'il s'agisse de l'évaluation à j0 où celle faite à j90, que les valeurs obtenues étaient faibles. Ainsi, 81 % des patients (13/16) à j0 et 88 % (14/16) à j90, avaient un poids des pertes compris dans une fourchette limitée allant de 0 à 20 grammes. Cette faible variabilité pose le problème de la pertinence du PTC dans l'analyse des résultats puisqu'il n'est pas en mesure de prouver une amélioration de l'incontinence [21]. Mais, là encore, ce défaut est en partie lié au biais de sélection induit par l'inclusion de patients avec une incontinence strictement faible à modérée. Les Pad-Test courts décrits dans la littérature diffèrent essentiellement par leur durée (10, 20, 40, 60 ou 120minutes), le volume vésical en début d'épreuve, et l'intensité des exercices imposés. Selon les paramètres choisis, le pad-test différera essentiellement en termes de sensibilité, reproductibilité et fiabilité. La faible variabilité de la mesure constatée ici fait ainsi apparaitre le PTC comme manquant de fiabilité pour l'analyse des résultats dans notre population, comparativement au SF36 et à l'ICIQ.


Dans cette population, l'épreuve nous est apparue trop courte en durée pour dépister les sphincters « fatigables ». Des Pad-Tests plus longs (24 ou 48 heures) auraient sans doute permis de mettre en évidence la fuite dont les patients se plaignent aux questionnaires, et chez qui le PTC les laisse secs ou quasiment secs [12, 22]. En effet, cette fuite survient le plus souvent en fin de journée lors de certains efforts et ne peut pas être reproduite lors d'un effort bref. Selon l'ICS, dans une population néanmoins féminine, le PTC met en évidence une incontinence quotidienne chez seulement 48 % des patientes quand le Pad-Test de 48 heures le détecte chez 81 % de la même population. Toujours selon l'ICS, le PTC objective une incontinence chez 66 % des patients s'en plaignant aux questionnaires contre 90 % au Pad-Test 24 heures.


Concernant l'évolution de l'incontinence entre j0 et j90, nous avons démontré dans notre série l'absence de lien entre les évaluations objectives (PTC) et subjectives (ICIQ et SF36). Ces résultats confirment les recommandations selon lesquelles une évaluation double de l'IUPP, à la fois par un Pad-Test et par un questionnaire validé, est nécessaire car elles ne mesurent pas les mêmes aspects de l'incontinence [23]. Le premier s'attache à objectiver la fuite quand le second aborde la question du retentissement fonctionnel, difficile à évaluer car de l'ordre du confort psychologique et social. Dès lors, la question qui se pose est de déterminer quel Pad-Test utiliser dans cette évaluation. Le Pad-Test court est apparu dans notre série limité en deux points. Le premier est son défaut de sensibilité. Le second est constitué par son manque de fiabilité dans l'analyse des résultats avec une variabilité de la mesure trop faible. Il faut rajouter à ces deux premiers inconvénients la limite de faisabilité rencontrée chez certains patients et une reproductibilité discutable [13, 17, 24]. Dans ces conditions, un Pad-Test plus long de 24 heures se montre plus avantageux. En effet, l'absence d'exercices imposés le rend faisable pour un plus grand nombre. Le poids des pertes est plus conséquent, augmentant ainsi la variabilité de la mesure, et avec pour traduction une analyse pertinente des résultats. Par ailleurs, la durée de 24 heures apparaît plus sensible car elle prend mieux en compte le mode réel de survenue des fuites, en allant démasquer les sphincters fatigables.


Fischer a rapporté que le pad test de 24 heures préopératoire discrimine de façon significative les échecs ou succès des patients opérés de bandelette invance pour IUPP. De plus, il observe une corrélation avec la modification de taux du score ICIQ [25].


Conclusion


L'absence de corrélation retrouvée entre les deux types d'évaluation, que ce soit en pré-opératoire ou dans l'évolution entre avant et après chirurgie, confirme les recommandations d'une double évaluation, objective et subjective. Le PTC était facile à réaliser mais avait une faible variabilité de la mesure et un manque de précision dans la détection des fuites. Toutefois, il y a un biais de sélection dans la population recrutée qui avait une IUPP faible à modérée selon les critères de Stamey. Dans le contexte particulier de l'incontinence urinaire postprostatectomie, nos constatations suggèrent d'abandonner le Pad-Test court au profit d'un Pad-Test long, de 24 heures par exemple. Ce dernier devrait être le standard dans la pratique clinique et dans le cadre des protocoles de recherche.


La limite de notre étude est de ne pas rapporter d'évaluation des questionnaires et du pad test selon le taux de succès de la chirurgie de bandelette. Cela n'était pas dans les objectifs recherchés, et pourrait faire l'objet d'autres études.


Conflit d'intérêt


Aucun.



Annexes 1 et 2. Matériel complémentaire


Annexe 1 : Questionnaire ICIQ

(648 Ko)
  

Annexe 2 : Questionnaire SF36

(1.03 Mo)
  


 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Résultats bruts de l'étude.
Patient  Âge  Pad-Test Court (en grammes)  SF-36 (0–500)  ICIQ (16–0)       
    j0  j90  Score à j0  Score à j90  Score à j0  Score à j90 
65  33  167  16  10 
72  167  500  10 
67  133  500  11 
68  83  500  13 
67  84  133  217  11 
63  54  83  500  13 
67  20  33  167  16 
78  33  500  16 
71  120  185  92  150  16  13 
10  66  217  242  16  13 
11  65  133  384  12 
12  65  12  14  167  217  16 
13  84  16  142  167  11  13 
14  64  59  58  133  15  14 
15  72  33  83  15  15 
16  71  167  334  11 




Références



Gray M., Petroni G.R., Theodorescu D. Urinary function after radical prostatectomy: a comparaison of the retropubic and perineal approaches Urology 1999 ;  53 : 881-890 [cross-ref]
Hautmann R.E., Sauter T.W., Wenderoth U.K. Radical retropubic prostatectomy: morbidity and urinary incontinence in 418 consecutive cases Urology 1994 ;  43 : 47-51 [cross-ref]
Weldon V.E., Tavel F.R., Neuwirth H. Continence, potency and morbidity after radical perineal prostatectomy J Urol 1997 ;  43 : 47-51
Scott G., O'leary S.M. Management considerations of urinary incontinence and erectile dysfunction after local therapy for prostate cancer Prostate Cancer Principle and Practice Baltimore: Lippincott-Williams and Wilkins (2002). 
218-223
Abrams P et al. Initial assesment of urinary incontinence in adult male and female patients. Incontinence, 4th ed. 2009, International Consultation on Incontinence, p. 334.
Hahn I., Fall M. Objective quantication of sress urinary incontinence: a short reproductible, provocative Pad-test Neurourol Urodynam 1991 ;  10 : 475-481 [cross-ref]
Abrams P, Avery K, Gardener N, Donovan J. ICIQ Advisory Board. The International Consultation on Incontinence Modular Questionnaire: www.iciq.net/. J Urol 2006;175(3 Pt 1):1063–6. Discussion 1066.
Litwin M.S., Lubeck D.P., Henning J.M., Carroll P.R. Differences in urologist and patient assessments of health related quality of life in men with prostate cancer: results of the CaPSURE database J Urol 1998 ;  159 (6) : 1988-1992 [cross-ref]
Grise P., Geraud M., Geraud M., Lienhart J., Le Portz B., Bubenheim M., et al. Transobturator male sling TOMS for the treatment of stress post-prostatectomy incontinence, initial experience and results with one year's experience Int Braz J Urol 2009 ;  35 (6) : 706-713[discussion 714-5].
Grise P. Incontinence after prostatectomy. The Transobturator I-STOPâ„¢ male sling as a new treatment option. Eur Renal Genito-Urinary Dis 2006;2:69–70.
Kendall M, Gibbons JD. Rank correlation methods. 5th ed. London (GB): Edward Arnold; 1990.
Jørgensen L., Lose G., Andersen J.T. One hour pad-weighing test for objective assessment of female urinary incontinence Obstet Gynecol 1987 ;  69 : 39-41
Klarskov P., Hald T. Reproducibility and reliability of urinary incontinence assessment with a 60min test Scand J Urol Nephrol 1984 ;  18 : 293-298 [cross-ref]
Herschorn S., Bruschini H., Comiter C., Grise P., Hanus T., Kirschner-Hermanns R., et al. Surgical treatment of stress incontinence in men. Committee of the International Consultation on Incontinence Neurourol Urodyn 2010 ;  29 (1) : 179-190[Review].
 [cross-ref]
Mouracade P., Saussine C. Prise en charge de l'incontinence urinaire postprostatectomie totale. EMC 18-207-D-31 2009 ;
Mouritsen L., Berild G., Hertz J. Comparison of different methods for quantification of urinary leakeage in incontinent women Neurourol Urodyn 1989 ;  8 : 579-587
Kralj D. Comparative study of pad tests-reliability and repetitiveness Neurourol Urodyn 1989 ;  8 : 305-306
Aslan E., Beji N., Coskun A., Yalcin O. An assessment of the importance of pad testing in stress urinary incontinence and the effects of incontinence on the life quality of women Int Urogynecol J 2003 ;  14 : 316-320 [cross-ref]
Ward K.L., Hilton P. A prospective multicenter randomized trial of tension-free vaginal tape and colposuspension for primary urodynamic stress incontinence: two-year follow-up Am J Obstet Gynecol 2004 ;  190 : 324-331 [cross-ref]
Walsh JB, Mills GL. Measurement of urinary loss in elderly incontinent patients. A simple and accurate method. Lancet 1981;I:1130–1.
Christensen S.J., Colstrup H., Hertz J.B., Lenstrup C., Frimodt-Møller C. Inter- and intra- departmental variations of the perineal pad weighing test Neurourol Urodyn 1986 ;  5 : 23-28 [cross-ref]
Thind P., Gerstenberg T.C. One-hour ward test vs 24-hour home pad weighing test in the diagnosis of urinary incontinence Neurourol Urodyn 1991 ;  10 : 241-245 [cross-ref]
Devonec M., Saussine C., Fourmarier M., Azzouzi A., Ballereau C., Desgranchamps F., et al. Prise en charge d'une incontinence urinaire masculine après prostatectomie radicale (CTMH AFU 2006-5/5). Prévention de l'incontinence et recommandations du CTMH Prog Urol 2008 ;  18 : 89-94 [inter-ref]
Lose G., Gammelgaard J., Jørgensen T.J. The One-Hour Pad Weighing Test: reproducibility and the correlation between the test result, the start volume in the bladder, and the diuresis Neurourol Urodyn 1986 ;  5 : 17-21 [cross-ref]
Fischer M.C., Huckabay C., Nitti V.W. The male perineal sling: assessment and prediction of outcome J Urol 2007 ;  177 (4) : 1414-1418 [cross-ref]






© 2010 
Publié par Elsevier Masson SAS.