L’état des lieux des troubles fonctionnels pelvi-périnéaux au Maroc

05 juin 2021

Auteurs : H. Arabi
Référence : Prog Urol, 2021, 7, 31, 444




 



Au Maroc, comme ailleurs, la population est exposée aux troubles urinaires et pelvi-périnéaux. Cependant, la vulnérabilité à cause de la pauvreté pourrait compromettre la vie d'un patient, en particulier en neuro-urologie. Abritant l'université la plus ancienne au monde, le Maroc comprend pourtant un nombre restreint de praticiens. Pour une population de plus de 34 millions d'habitants, il y a seulement 397 urologues, 80 médecins de médecine physique et réadaptation (MPR), 210 neurologues, 1359 gynéco-obstétriciens et 891 chirurgiens en colo-proctologie (index_2019.html). La plupart sont localisés sur l'axe Kénitra-Casablanca. Au niveau national, il existe seulement une dizaine de centres d'urodynamique et cinq centres pratiquant les manométries ano-rectales. Ces explorations sont pourtant primordiales pour comprendre les mécanismes physiopathologiques responsables et proposer des traitements adaptés [1]. Concernant la recherche en pelvi-périnéologie, seule une poignée de praticiens marocains s'y intéressent. Exceptionnels étaient les articles d'équipes marocaines publiés en pelvi-périnéologie avant 2001 [2, 3]. Depuis, seulement 22 thèses de Médecine ont été soutenues dans cette thématique et 39 publications originaires du Maroc ont été répertoriées. Après enquête auprès des professionnels de santé impliqués dans la recherche en pelvi-périnéologie au Maroc, nous avons établi que le taux d'acceptation des soumissions n'était que de 41 %. Parmi les thèses de médecine soutenues, seulement 9 % d'entre elles ont été publiées. La moitié des thèses concernait une étude de neuro-urologie. D'autres particularités méritent d'être soulignées. Le regard de la société marocaine sur la sphère génitale demeure imprégné de gêne et de méfiance. Les croyances culturelles et la religion pèsent lourd. Les patients n'osent parler ou consulter que quand les répercussions deviennent nettes. Les patients refusent fréquemment l'examen périnéal invasif, ce refus étant sous-tendu par la pudeur et la discrétion. Le tabou entourant la sphère génitale serait universel [4], mais il l'est encore plus dans notre contexte national. En raison du nombre restreint des centres d'exploration, les patients parcourent de longues distances pour se faire soigner. S'ils ne peuvent consulter dans un centre spécialisé, ils seront pris en charge près de chez eux par des médecins non spécialisés, ne proposant souvent que des traitements empiriques. Les patients sont régulièrement démunis, sans mutuelle ou assurance. Ceux du régime d'assistance médicale« RAMED » sont souvent sous-diagnostiqués et mal-suivis; en effet, ils ne peuvent pas accéder aux soins onéreux (médicaments au long cours, actes de kinésithérapie, chirurgie, sondes de sondage intermittent...etc.). L'instauration au Maroc de diplômes universitaires en pelvi-périnéologie et urodynamique seraient une aubaine pour consolider les acquis des professionnels de santé déjà impliqués. D'autres efforts seront à fournir concernant le nombre des centres d'explorations, le partage des expériences entre les équipes de recherche et l'enseignement et la diffusion des méthodes de recherche.


Déclaration de liens d'intérêts


L'auteur déclare ne pas avoir de liens d'intérêts.



Références



Bharucha A.E. Pro: anorectal testing is useful in fecal incontinence Am J Gastroenterol 2006 ;  101 : 2679-2681 [cross-ref]
Benchekroun A., Essakalli N., Faik M., Marzouk M., Hachimi M., Abakka T. Continent urostomy with hydraulic ileal valve in 136 patients: 13 years of experience J Urol 1989 ;  142 (1) : 46-51 [cross-ref]
Mikou F., Abbassi O., Benjelloun A., Matar N., El Mansouri A. Prévalence de l'incontinence urinaire chez la femme marocaine. À propos de 1000 cas [Prevalence of urinary incontinence in Moroccan women. Report of 1000 cases] Ann Urol 2001 ;  35 (5) : 280-289 [inter-ref]
Deffieux X. Incontinence: une maladie taboue comme une autre? [Incontinence: A tabooed disease like another one?] Prog Urol 2019 ;  29 (7) : 347-348 [inter-ref]






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