Les tumeurs rares du rein et le rôle de la biologie moléculaire

25 juillet 2009

Auteurs : E.M. Compérat, P. Camparo
Référence : Prog Urol, 2009, 7, 19, 479-480




 



À l’instar de la cancérologie moderne, la pathologie tumorale rénale subit une double mutation, diagnostique et thérapeutique. La série rapportée dans ce numéro par l’équipe de Long et al. illustre cette transformation et est intéressante à plus d’un titre.

Ce sarcome est une tumeur exceptionnelle dans sa localisation rénale. Le nombre de cas décrits dans cet article constituerait en soit un motif suffisant à rappeler la clinique et la prise en charge de ces tumeurs rares du rein. Mais ce travail souligne également le rôle croissant de la biologie moléculaire dans le diagnostic et la prise en charge des tumeurs malignes du rein.

Les synovialosarcomes sont des tumeurs mésenchymateuses bien connues des pathologistes. Ils sont classiquement décrits chez des patients jeunes, dans des localisations para-articulaires. Ils sont considérés comme des tumeurs de haut grade. Leur survie à cinq ans est de 75 à 80 % lorsque la prise en charge thérapeutique est précoce et adaptée [1].

Macroscopiquement, ces lésions peuvent être volumineuses, solides et partiellement nécrotiques présentant parfois quelques aspects kystiques. Deux types histologiques sont décrits :

monophasique exclusivement constitué d’éléments fusiformes ;
biphasique, associant au contingent fusiforme un contingent épithélial à différenciation glandulaire.

Des formes indifférencies, notamment rhabdoïdes, ont également été rapportées [2].

Le diagnostic différentiel se fait avec un carcinome dans une forme sarcomatoïde et les autres tumeurs mésenchymateuses rénales [3]. L’analyse immunohistochimique oriente fortement le diagnostic avec une expression des cytokératines EMA et AE1/AE3 par le contingent épithélial et de façon hétérogène par le contingent fusiforme, et une expression quasi constante de Bcl2 et CD56, même dans les formes peu différenciées [2].

Mais c’est la mise en évidence d’une translocation t (X ;18)(p11.2 ;q11.2) qui caractérise la maladie et signe de façon formelle le diagnostic. En effet, tout comme les translocations EWS-FL11 et PAX3-FKHR qui sont décrites dans les sarcomes d’Ewing, les Peripheral Neuro Ectodermic Tumor (PNET) ou le rhabdomyosarcome alvéolaire parfois observés dans le rein, la translocation t (X ;18)(p11.2 ;q11.2) est spécifique du synovialosarcome et constitue donc le marqueur de la maladie. Elle peut être mise en évidence par des techniques de biologie moléculaire – RT–PCR ou Fish – à partir de prélèvement inclus en paraffine avec une spécificité de 100 % et une sensibilité variant de 91 % (RT–PCR) à 100 % (Fish) [4].

Cette translocation associe le gène SYT (aussi dénommé SS18) situé en 18p11.2 et le gène SSX1 (Xp11.23) ou SSX2 (Xp11.22) [5]. Les différents partenaires de cette protéine de fusion sont d’expression nucléaire et ont des fonctions de coactivateurs transcriptionnels. Elle modifierait par ces actions les voies de régulation du cycle cellulaire telle Pi3K/Akt [6].

L’analyse des mécanismes moléculaires induits par l’apparition d’une protéine de fusion SYT–SSX anormale explique en partie les comportements et des aspects histologiques des synovialosarcomes [7]. Mais alors que les premiers travaux semblaient démontrer que la nature de la translocation pouvait avoir une valeur pronostique, des publications plus récentes montrent en fait que le grade histologique, le stade tumoral, le compte mitotique et la présence de nécrose constituent les seuls facteurs prédictifs hautement significatifs de l’évolution de la maladie [8].

Le traitement de cette tumeur inhabituelle reste essentiellement chirurgical, l’exérèse complète et large de la lésion éventuellement complétée par la radiothérapie constituant un des éléments primordiaux de la survie à moyen et long termes. Certains travaux laissent espérer la mise en place de traitements plus spécifiques [9].

Ainsi donc, la biologie moléculaire vient-elle parfois au secours du clinicien. La mise en évidence d’anomalies génétiques spécifiques par des moyens simples et fiables permet aujourd’hui d’affirmer la nature exacte d’un nombre croissant de tumeurs rénales certes rares – sarcome d’Ewing, PNET, rhabdomyosarcome alvéolaire, carcinome à translocation TFE/MiTF et synovialosarcome – mais pour lesquelles une prise en charge adaptée est primordiale. Le synovialosarcome constitue peut-être cet autre exemple de la réussite conjointe de la clinique et de la biologie moléculaire.



 Commentaire de l’article : Long J-A, El Maati D, Saada-Sebag G, Cyprien J, Pasquier D, Thuillier C, Terrier N, Boillot B, Descotes J-L, Rambeaud J-J. Synovialosarcome primitif rénal : une tumeur kystique chez des patients jeunes.




Références



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