Les cancers urologiques dans le département de l'Hérault: quatorze ans d'enregistrement continu

12 septembre 2003

Mots clés : Épidémiologie, Registre, Tumeur, urologie, prostate, vessie.
Auteurs : TRETARRE B., REBILLARD X., DAURES J.P., IBORRA F., ARCOU., CRISAP-LR.
Référence : Prog Urol, 2003, 13, 394-403
But: Le but de cette étude est de présenter les particularités de la cancérologie urologique dans l'Hérault à partir des données du registre des tumeurs de ce département. Méthodologie: A partir de la base de données du Registre des Tumeurs de l'Hérault, nous avons analysé l'évolution de toutes les données urologiques sur 14 ans, de 1987 à 2000. Pour chaque localisation cancéreuse, nous avons calculé, entre autre, les tendances chronologiques de l'incidence et de la mortalité, les risques d'avoir un cancer avant 75 ans, les estimations régionales. Nous avons positionné aussi chaque localisation par rapport aux données françaises, européennes et mondiales.
Résultats : En quatorze ans, nous avons recensé 9 556 cancers urologiques : 8 779 chez l'homme et 777 chez la femme.
Les cancers urologiques représentent 30,1% des cancers masculins, et 3,6% des cancers féminins.
La probabilité, pour un homme, d'être atteint d'un cancer génital avant 75 ans est de 12,6%. Pour les cancers des voies urinaires, cette probabilité est de 3,2% chez l'homme et de 0,8% chez la femme.
Conclusion : En quatorze ans, l'incidence du cancer de la prostate a plus que triplé, alors que la mortalité est restée stable. Dans les deux sexes, l'incidence des cancers du rein est aussi en augmentation, alors que celle des cancers de la vessie diminue. L'incidence des cancers du pénis, des testicules et des voies excrétrices supérieures reste stable dans le temps.

Un registre des tumeurs assure le recueil continu et exhaustif de données nominatives sur les cas de cancers dans une population géographiquement définie (le plus souvent un département), à des fins de recherche et de santé publique. Les registres ont ainsi un rôle de surveillance de la maladie cancéreuse, mais sont aussi, à part entière, des organismes de recherche épidémiologique et leur contribution à la lutte contre le cancer est essentielle.

Le registre des tumeurs de l'Hérault couvre un département de plus de 900 000 habitants et recense tous les nouveaux cas de cancers du département depuis 1985. C'est le seul registre français situé sur le pourtour méditerranéen.

Il travaille de façon régulière avec tous les urologues, oncologues et pathologistes de la région au sein de l'ARCOU (Association Régionale de Recherche et de Consensus en Onco-Urologie-Languedoc Roussillon*) et dans le cadre du réseau régional de cancérologie OncoLR. La cancérologie représentant un domaine d'activité important en urologie, il est intéressant de présenter cette étude épidémiologique sur l'Hérault.

Ce travail sert de base à la mise en place d'un enregistrement exhaustif des tumeurs urologiques pour toute la région Languedoc-Roussillon.

Notre objectif est de présenter l'évolution de l'incidence et de la mortalité sur 14 ans (de 1987 à 2000) dans l'Hérault pour chaque cancer urologique, et d'établir des comparaisons avec les autres départements français et les autres pays.

Matériel et méthode

Le registre des tumeurs de l'Hérault fonctionne avec l'autorisation de la CNIL, sous la forme d'une association de loi 1901. Il a obtenu sa qualification par le Comité National des Registres en 1987.

Il enregistre, chaque année, près de 4 800 nouveaux cas de cancers invasifs dans le département (900 000habitants).

Sont exclus des statistiques du registre, tous les cas de cancers survenant chez des personnes n'habitant pas l'Hérault, les récidives ou les métastases d'un cancer révélé antérieurement à l'année prise en compte, ainsi que les carcinomes basocellulaires de la peau. Les cancers in situ sont enregistrés à part, mais ne font pas partie des résultats publiés par les registres. Les pTa de vessie ne sont enregistrés que pour les cancers incidents de 1999 et 2000, et sont aussi présentés indépendamment des cancers invasifs.

Les anatomo-pathologistes constituent la principale source de renseignements du registre et signalent tous les cas de cancers diagnostiqués. Les autres sources sont les cabinets de radiothérapie, le Centre Régional de Lutte Contre le Cancer et les services de soins spécialisés. Les sources sont croisées (2,6 sources par dossier) et des études de cohérences sont effectuées.

Tous les médecins de l'Hérault collaborent activement au travail du registre et reçoivent régulièrement, en retour, les statistiques concernant le cancer dans le département. Les derniers travaux publiés portent sur quatorze ans d'enregistrement : de 1987 à 1996 [1], 1997 à 1998 [2] et 1999 à 2000 [3].

Pour cette étude, nous avons extrait de la base de données du registre tous les cancers urologiques diagnostiqués entre le 1er janvier 1987 et le 31 décembre 2000. Nous avons inclus les cas de cancers de la prostate, des testicules et de la verge, ainsi que les cancers de la vessie, du rein et des voies excrétrices supérieures dans les deux sexes. Seuls les cancers invasifs sont pris en compte. Les cancers in situ et les tumeurs non invasives (pTa) de la vessie ne sont présentés que pour l'année 2000.

A partir de ces quatorze ans d'enregistrement, nous avons calculé le nombre total de cas incidents, les taux d'incidence bruts annuels (pour 100 000), la fréquence relative, le sex ratio, les âges moyens au moment du diagnostic, les taux standardisés sur la population française, européenne et mondiale, les risques d'avoir un cancer urologique avant 75 ans (ou taux d'incidence cumulé**), les tendances chronologiques de l'incidence et de la mortalité (tests de tendance linéaire seulement). Nous positionnons aussi chaque localisation cancéreuse par rapport aux données françaises, européennes et mondiales.

L'analyse statistique a été réalisée sur les logiciels Statview et Excel.

Les données de mortalité proviennent du service SC8 de l'INSERM qui reçoit tous les certificats de décès français [12]. Les décès de l'année 2000 ne sont pas publiées à ce jour.

Les estimations françaises proviennent de FRANCIM, et sont calculées à partir des données de tous les registres de cancers français, mises en commun dans le Service de Biostatistiques du Centre Hospitalier Universitaire de Lyon Sud. Elles s'appuient sur une modélisation distincte de l'incidence et de la mortalité observées au cours de la période 1988-1997 par un modèle âge-cohorte dans lequel les effets de l'âge et de la cohorte ont été lissés. L'incidence pour la France est estimée à partir de la mortalité nationale lissée et du rapport incidence/ mortalité issu des départements couverts par un registre, appliqué à la mortalité de la France entière. Cette méthode repose sur l'hypothèse que le rapport incidence/mortalité observé dans les départements couverts par un registre de cancers est représentatif de la situation nationale.

Dix huit urologues exercent dans l'Hérault, soit 1 pour 49 800 habitants. Ils sont répartis dans les différents établissements et secteurs de soins :

- 2 cabinets privés : un à Montpellier de 5 urologues et un à Béziers de 3 urologues,

- 1 service dans un établissement mutualiste (PSPH) à Montpellier avec 3 urologues,

- 1 service au CHU avec 5 urologues dont 2 CCA,

- 1 service dans 2 CHG : un urologue à Sète et un à Béziers.

Résultats

Le cancer dans l'Hérault : généralités

En quatorze ans, 49 686 nouveaux cas de cancer ont été enregistrés dans l'Hérault (hommes : 56%, femmes : 44%).

En 2000, dernière année validée et publiée par le registre, le nombre de nouveaux cas de cancers était de 4 768. Cela représente, en taux d'incidence brute :

- 621 nouveaux cas annuels pour 100 000 hommes : Prostate 174.2/100 000 ; poumon 78.4/100 000 ; colon-rectum 67.4/100 000 et peau 55.1/100 000.

- 429 nouveaux cas annuels pour 100 000 femmes : Sein 154.7/100 000 ; colon-rectum 57.7/100 000 ; utérus 33.3/100 000.

En moyenne, sur la totalité des cancers enregistrés chaque année dans l'Hérault, 20,2% concernent la sphère digestive (961 cas), 16,5% des cancers génitaux masculins (deuxième position avec 788 cas), 15,7% sont des cancers du sein féminins (749 cas), 8,7% des cancers du poumon (416 cas), 8,2% des cancers de la peau (390 cas), 7,3% des cancers hématologiques (349 cas), et 6,4% des cancers urinaires (septième cancer en fréquence avec 303 cas) (Figure 1).

Figure 1 : Répartition des cancers dans l'Hérault en 2000 (hommes + femmes).

Les cancers urologiques représentent 22,9% de la totalité des cancers.

Les cancers urologiques dans l'Hérault

De 1987 à 2000, le registre des tumeurs de l'Hérault a recensé 5 780 cancers de la prostate, 211 cancers du testicule, 67 cancers de la verge, 743 cancers du rein chez l'homme et 368 chez la femme, 1 795 cancers invasifs de la vessie chez l'homme et 371 chez la femme, ainsi que 152 cancers des voies excrétrices supérieures chez l'homme et 33 chez la femme.

Le Tableau I présente les résultats de l'année 2000 des principales localisations urologiques : le nombre de nouveaux cas, les taux bruts annuels, le nombre de décès, le rapport incidence/mortalité, les fréquences relatives, l'âge moyen au moment du diagnostic, le sex ratio.

Pour permettre des comparaisons entre départements français ou entre pays, nous fournissons aussi des taux d'incidence standardisés sur la population française, européenne et mondiale. Seule cette technique permet de comparer des incidences entre des populations différentes, en faisant abstraction de l'âge.

Incidences en fonction de l'âge

Les cancers des organes génitaux chez l'homme sont rares avant 50 ans, et l'incidence croït rapidement à partir de 55 ans, pour atteindre un pic entre 80 et 84 ans (Figure 2).

Figure 2 : Incidence du cancer des organes génitaux et urinaires en fonction de l'age chez l'homme dans l'Hérault.

96% de ces tumeurs sont des cancers de la prostate. Avant l'âge de 50 ans, on retrouve essentiellement des cancers du testicule.

Les cancers des organes urinaires sont également rares avant 50 ans dans les deux sexes. L'incidence croït ensuite progressivement jusqu'à 85 ans. Ensuite, on observe un décrochage qui s'explique par le fait que la preuve histologique d'un cancer est rarement recherchée chez les personnes âgées (Figures 2 et 3). Les cancers urinaires sont beaucoup plus fréquents chez les hommes que chez les femmes ; le sex-ratio est de 3,5.

Figure 3 : Incidence du cancer des organes urinaires en fonction de l'age chez la femme dans l'Hérault.

Probabilité d'avoir un cancer urologique dans l'Hérault

En 2000, la probabilité, pour un homme, d'être atteint d'un cancer génital avant 75 ans est de 12,6% ; cela représente un homme sur 8. Cette probabilité est de 3,2% pour les cancers des voies urinaires, soit un homme sur 31.

Pour les femmes, la probabilité d'être atteinte d'un cancer urinaire avant 75 ans est de 0,8%, cela représente une femme sur 153. A titre de comparaison la probabilité d'être atteinte d'un cancer du sein est de 11,3% (soit une femme sur 9).

Mais les cancers génitaux masculins (et notamment ceux de la prostate) ayant une incidence en constante augmentation et concernant plutôt les sujets âgés, il est intéressant de calculer ce risque en plaçant la limite d'âge à 85 ans.

Dans ces conditions, la probabilité de présenter un cancer génital pour un homme durant sa vie est de 22,8%, soit plus d'un homme sur 5.

Pour les cancers urinaires, cette probabilité est de 7,3% chez les hommes (un homme sur 14) et de 1,4% chez les femmes (une femme sur 71).

Au total, chez les hommes, la probabilité d'avoir un cancer urologique (génital ou urinaire) avant 85 ans, est de 30,1%, soit près d'un homme sur 3.

Mortalité

De 1987 à 1999, dans l'Hérault, 1 883 décès par cancer génital ont été enregistrés et 1 284 décès par cancer urinaire chez les hommes. Ceci donne respectivement des taux spécifiques annuels de 35,7 et de 24,29 décès pour 100 000 hommes. Durant cette période, le rapport mortalité/incidence global est de 37,5% pour les cancers génitaux et de 52,3% pour les cancers urinaires masculins.

Chez les femmes, 462 décès par cancer urinaire ont été répertoriés de 1987 à 1999. Le taux brut annuel est de 8 décès pour 100 000 femmes, et le rapport mortalité/ incidence est de 65,3%.

Le cancer de la prostate

Le cancer de la prostate représente, à lui seul, 27,5% des cancers masculins. Depuis 1995, il est devenu plus fréquent que le cancer du poumon chez l'homme, et depuis 2000, il a même dépassé le cancer du sein et devient désormais le cancer le plus fréquent dans l'Hérault, tous sexes confondus. Son incidence, en constante augmentation, a triplé en quatorze ans, puisqu'elle est passée de 55,1 à 174,2 pour 100 000 hommes. L'augmentation annuelle du taux d'incidence depuis 1987 est de 10%. Par contre, sa mortalité est restée stable dans le temps, aux alentours de 38 pour 100 000 hommes (Figure 4).

Figure 4 : Evolution du cancer de la prostate sur 14 ans dans l'Hérault.

Elle représente 12,3% des décès par cancer chez l'homme. Le rapport mortalité/ incidence est passé de 50,3% à 24.9,% de 1987 à 1999. Le mode de découverte s'est totalement modifié depuis l'apparition du dosage du PSA. Désormais, plus de la moitié de ces tumeurs sont découvertes à un stade localisé et non sous forme d'emblée évoluée.

En 14 ans, nous avons enregistré 5 780 cas incidents de cancer de la prostate dans l'Hérault.

Pour l'année 2000, dernière année publiée par le registre, le nombre de nouveaux cas était de 762 dans l'Hérault, avec 167 décès en 1999.

C'est un cancer de l'homme âgé ; l'âge moyen au diagnostic est de 72 ans, contre 67,5 ans pour l'ensemble des cancers masculins (Figure 5).

Figure 5 : Le cancer de la prostate en fonction de l'age dans l'Hérault.

De 50 à 59 ans, il représente 16% de la totalité des cancers masculins, puis sa fréquence augmente : 32% de 60 à 69 ans, 38% de 70 à 79 ans et 28% après 80 ans.

En utilisant les données de 2000, la probabilité d'avoir un cancer de la prostate avant 75 ans pour un homme est de 12,3% (soit un homme sur 8). Avant 85 ans, cette probabilité est de 22,4%.

D'un point de vue histologique, les adénocarcinomes représentent 99,24% de ces cancers.

Le cancer du testicule

Le cancer du testicule est une tumeur rare qui représente 0,7% des cancers masculins. C'est un cancer de l'homme jeune ; l'âge moyen au diagnostic est de 32 ans.

En 14 ans, nous avons enregistré 211 cas incidents dans l'Hérault, dont 20 en 2000.

Les décès sont désormais rares grâce à l'amélioration des traitements. La survie à 5 ans s'établit généralement autour des 80%.

La probabilité pour un homme d'avoir un cancer du testicule avant 75 ans est de 0,32%, soit un homme sur 312.

La courbe d'incidence est restée stable de 1987 à 2000 dans l'Hérault, oscillant entre 1,8 et 4,9 cas annuels pour 100 000 hommes (Figure 6).

Figure 6 : Evolution de l'incidence du cancer du testicule sur 14 ans dans l'Hérault.

Les cas s'observent dès le plus jeune âge chez l'enfant, puis l'on voit leur nombre augmenter en fonction de l'âge pour atteindre un pic entre 30 et 34 ans. Les cas incidents se font ensuite de plus en plus rares et après un léger plateau de 55 à 74 ans, on n'en observe plus aucun.

Au niveau histologique, 49,6% des tumeurs sont des séminomes, 21,7% des carcinomes embryonnaires, 17,8% des tératocarcinomes, 3,9% des tumeurs germinales mixtes, 3,1% des tumeurs vitellines, 3,1% des choriocarcinomes, et nous avons aussi enregistré un cas de sarcome botryoide.

Le cancer du pénis

Nous avons enregistré 67 cancers du pénis en 14 ans, dans l'Hérault, dont 5 en 2000.

Ils représentent 0,2% des cancers masculins.

Ce sont essentiellement des carcinomes épidermoides ou des carcinomes verruqueux. Nous avons enregistré une maladie de Paget en 14 ans.

La probabilité d'avoir un cancer de la verge pour un homme avant 75 ans est de 0,02%, ce qui représente un homme sur 5000.

L'âge moyen au moment du diagnostic est de 75 ans.

En 14 ans, nous avons observé 4 cas chez des personnes de moins de 45 ans. A partir de cet âge, les taux d'incidence augmentent pour atteindre un pic entre 75 et 79 ans.

La courbe d'incidence est restée stable en 14 ans dans l'Hérault, oscillant entre 0.5 et 1.9 cas annuels pour 100 000 hommes.

Le cancer de la vessie

Dans l'Hérault, comme au niveau national, le cancer de la vessie est le quatrième cancer masculin et le treizième cancer féminin (en excluant les cancers de la peau hors mélanome).

Les chiffres publiés par les différents registres ne concernent que les cancers invasifs de vessie. Les carcinomes de stade pTa et in situ ne sont pas inclus dans les statistiques habituelles.

Nous avons enregistré, en 14 ans, 1 795 cas incidents de cancers infiltrants chez l'homme, et 371 cas incidents chez la femme, dont respectivement 141 et 32 cas, en 2000.

Il représente 5,2% des cancers masculins et 1,6% des cancers féminins.

Parallèlement, 1 106 décès par cancer de la vessie ont été déclarés de 1987 à 1999 : 868 chez l'homme et 238 chez la femme. En 1999, la mortalité par cancer de la vessie a représenté 49% des cas incidents chez l'homme et 87,5% chez la femme.

Par ailleurs, respectivement chez l'homme et chez la femme, 59,2% et 49,2 % des cancers des voies urinaires sont des cancers de la vessie.

La probabilité d'avoir un cancer de la vessie avant 75 ans est de 1,8% chez l'homme (soit un homme sur 56) et de 0,3% chez la femme (soit une femme sur 333). Cette probabilité est de 4,4% avant 85 ans chez l'homme, et de 0,6% chez la femme.

C'est un cancer essentiellement masculin ; sur 14 ans, le sex ratio est de 4,8.

Il survient chez la femme à un âge beaucoup plus tardif ; l'âge moyen féminin au moment du diagnostic est de 75 ans, contre 70 ans chez l'homme. Ce qui peut expliquer que la mortalité par cancer de la vessie soit supérieure chez les femmes.

Dans les deux sexes, nous avons enregistré une diminution significative de l'incidence sur 14 ans, alors que la mortalité est restée stable (Figure 7).

Figure 7 : Evolution de l'incidence du cancer de la vessie sur 14 ans dans l'Hérault.

L'incidence commence à croïtre dés l'âge de 35 ans, et augmente rapidement en fonction de l'âge (Figure 8).

Figure 8 : Incidence du cancer de la vessie en fonction de l'age dans l'Hérault.

Le type histologique le plus fréquent est le carcinome urothélial qui représente 95% des cas. Nous avons aussi enregistré quelques carcinomes épidermoides (34 chez l'homme et 15 chez la femme) et un léiomyosarcome.

Dans l'Hérault, sur les 412 nouveaux cancers de la vessie de l'année 2000, 41,5% étaient des cancers invasifs, 3,3% des cancers in situ isolés et 55,2% des pTa (25,7% grade1 et 29,5% grade 2 ou 3).

Le cancer du rein

Dans l'Hérault, le cancer du rein est le neuvième cancer masculin et le quatorzième cancer féminin.

1.182 cas ont été recensés en 14 ans : 814 chez l'homme et 368 chez la femme. Il représente 2,8% des cancers chez l'homme et 1,5% des cancers chez la femme.

Par ailleurs, 640 malades sont décédés d'un cancer du rein de 1987 à 1999 : 416 hommes et 224 femmes.

Le rapport mortalité/incidence du cancer du rein est de 58,8% en 1999.

En 2000, nous avons enregistré 77 cas masculins et 25 cas féminins. 16% avaient des métastases au moment du diagnostic. La grande majorité étaient des cancers localisés (46% de pT1N0M0 et 13% de pT2N0M0).

La probabilité d'avoir un cancer du rein avant 75 ans est de 1,2% chez l'homme (soit un homme sur 83) et de 0,3% chez la femme (soit une femme sur 302).

On peut l'observer dès le plus jeune âge (essentiellement des néphroblastomes). Puis les taux d'incidence s'accroissent rapidement à partir de 35 ans, pour atteindre un pic maximal entre 65 et 80 ans. La courbe d'incidence s'infléchit alors.

La majorité de ces cancers sont des adénocarcinomes à cellules claires.

Globalement, l'âge moyen de survenue est d'environ 64 ans, avec une médiane à 67 ans.

Chez les hommes, dans l' Hérault, comme en France, il est noté une augmentation significative des taux d'incidence ces quatorze dernières années (Figure 9).

Figure 9 : Evolution de l'incidence du cancer du rein sur 14 ans dans l'Hérault.

Discussion

Nous pouvons estimer le nombre de cas attendu dans chaque département du Languedoc-Roussillon, en appliquant directement à leurs chiffres de population, les taux spécifiques par âge observés dans l'Hérault en 1999 et 2000 (Tableau II).

Plus généralement, nous connaissons l'impact de la maladie cancéreuse en France, en Europe et même dans le Monde, grâce aux données de morbidité des registres de cancers et des données de mortalité de l'INSERM [4, 5, 7-10].

Les différents registres mettent en commun leurs données et travaillent ensemble sur différentes études. Ils sont regroupés en réseau au niveau français ( réseau FRANCIM) et au niveau européen ( réseau EUROCIM). Les bases de données des registres mondiaux sont regroupées au Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), à Lyon. Elles figurent dans le livre 'Cancer Incidence in Five Continent' mis à jour régulièrement [9, 10].

Pour les comparaisons d'incidence entre les différents registres français , nous utilisons des taux standardisés sur la population mondiale, publiés par le réseau FRANCIM [7, 8].

En France, nous estimons à 66 873 le nombre de nouveaux cas de cancers urologiques diagnostiqués en 2000 (56 101 hommes et 4 772 femmes). Parallèlement, ces cancers sont responsables de 18 169 décès (15 784 hommes et 2 385 femmes). Les cancers urologiques représentent 34,8% des cancers masculins et 4,1% des cancers féminins [11] (Tableau III).

Le cancer de la prostate

Au niveau mondial, le cancer de la prostate arrive en quatrième position après le cancer du poumon, de l'estomac et du colon-rectum. Son incidence est maximale aux Etats-Unis, en Finlande et en Suède [5, 9, 10]. Le taux d'incidence français se situe au dessus de la moyenne des pays de l'Union européenne , mais n'arrive qu'en huitième position après la Finlande, la Suède, les Pays-Bas, la Belgique, l'Irlande, l'Allemagne et l'Autriche. La Grèce présente l'incidence la plus faible, trois fois moins élevée qu'en France [4, 9, 10].

Durant l'année 2000, le réseau FRANCIM a estimé à 40 309 le nombre de nouveaux cas de cancer de la prostate diagnostiqués en France (141,4 pour 100 000 hommes) pour 10 004 décès (35,1 pour 100 000 hommes). En 1995, nous avions 27 513 nouveaux cas et 9 575 décès (Tableau III).

Toujours en France, les dernières données publiées par le réseau FRANCIM situaient l'Hérault en septième position sur les huit départements couverts par un registre, le premier étant le Bas-Rhin [7, 8, 11]. Mais ces données ne laissaient pas prévoir la fulgurante ascension de l'incidence du cancer de la prostate dans l'Hérault depuis 1998 (+51%). De ce fait, les taux réels d'incidence de l'Hérault en 2000 (taux d'incidence standardisés sur la population française :148 pour 100 000) sont supérieurs aux taux estimés par FRANCIM pour la France entière, toujours en 2000.

Chez les hommes atteints d'un cancer localisé de la prostate, la survie globale dépend non seulement de l'évolution tumorale, mais aussi de la présence et de la sévérité de pathologie(s) associée(s). Aussi le risque de mortalité du patient est plus lié à d'éventuelles pathologies associées qu'au cancer de la prostate lui même, notamment chez les personnes âgées de 70 ans et plus [6].

Il existe peu de travaux français sur la survie des cancers de la prostate. Une étude réalisée par le registre du Bas-Rhin sur des tumeurs diagnostiquées entre 1975 et 1979, a montré des taux de survie relative de 59,6% à 5 ans et de 33,8% à 10 ans chez les hommes de moins de 65 ans. Il est de 41,5% à 5 ans et de 22,8% à 10 ans chez les hommes de plus de 65 ans [12].

L'Enquête Permanente Cancer (EPC) des Centres de Lutte Contre le Cancer a donné des taux de survie relative à 5 ans pour les cancers de la prostate diagnostiqués entre 1975 et 1989 de 68% pour les T2NxM0, de 57% pour les T3NxM0 et de 15 à 20% pour les cancers métastatiques osseux ou viscéral [15].

L'importance de l'augmentation de l'incidence du cancer de la prostate est associée au développement des techniques diagnostiques, mais aussi à l'augmentation de l'espérance de vie, car il s'agit d'un cancer du sujet âgé.

La perte d'espérance de vie due à ce cancer reste faible et ne représente que 0,8% des années potentielles de vie perdues entre 0 et 75 ans (14).

Le cancer du testicule

Les taux français se situent en dessous de la moyenne des pays de l'Union Européenne. L'incidence est maximale au Danemark (même au niveau mondial), avec des taux supérieurs au double de la moyenne européenne. La Finlande et la Grèce présentent les incidences les plus faibles [4, 9, 10].

Durant l'année 2000, il y aurait eu 1 500 nouveaux cas de cancer du testicule en France pour 100 décès (Tableau III).

L'incidence de l'Hérault se situe en dessous de la moyenne française. Sur les huit registres français, elle est en dernière position. C'est dans le Haut-Rhin et dans le Bas-Rhin que l'on observe le plus de cas (plus du double de l'Hérault) [7, 8, 11].

Le cancer de la vessie

Le cancer de la vessie est le septième cancer masculin dans le monde et n'est pas classé parmi les quinze premiers chez la femme. Les pays où l'on observe le plus de cas incidents sont essentiellement des pays européens (Danemark, Italie, Espagne, Angleterre et Suède arrivant en tête devant les Etats-Unis puis la France) [5, 9, 10].

Parmi les pays de l'Union européenne, la France est bien en dessous de la moyenne [4, 9, 10].

En 2000, les estimations françaises donnent 8 986 nouveaux cas diagnostiqués chez l'homme (31,5 pour 100 000) et 3 451 chez la femme (5,9 pour 100 000), pour 1 785 décès masculins (12,1 pour 100 000) et 1 107 décès féminins (3,7 pour 100 000) (Tableau III).

L'Hérault se situe en dessous de la moyenne française. C'est dans le Bas-Rhin que l'incidence est la plus élevée [7, 8, 11 ).

Le cancer du rein

Dans le monde, le cancer du rein est le douzième cancer masculin et le quinzième cancer féminin, mais il existe d'importantes variations géographiques. L'incidence est forte en Amérique du Nord, en Europe occidentale, dans les pays Scandinaves et en Australie et par contre faible en Asie ou en Afrique [5, 9, 10].

Parmi les pays de l'Union européenne, les taux sont les plus élevés en Allemagne, en Finlande et en Italie, et les plus bas au Portugal et en Espagne. La France se situe un peu en dessous de la moyenne générale [4].

En France, on aurait diagnostiqué 5 306 nouveaux cancers du rein chez l'homme en 2000 (18,6 pour 100 000), et 2 329 chez la femme (9,9 pour 100 000). Parallèlement, 2 987 hommes (8,2 pour 100 000) et 1 278 femmes ( 4,2 pour 100 000) sont décédés d'un cancer du rein en 2000 (Tableau III).

Au niveau national, l'Alsace arrive en tête et le Tarn présente les taux les plus bas. L'Hérault est en cinquième position (sur les huit registres français), avec des taux toutefois inférieurs à la moyenne nationale [7, 8, 11].

Conclusion

Nous avons souhaité mettre en évidence la richesse des données épidémiologiques que peut fournir un Registre de cancers et l'importance de l'enquête permanente à long terme. Notre but, au-delà de la présentation annuelle de l'épidémiologie des cancers urologiques de l'Hérault, est de fournir une base de référence à toute étude spécifique des cancers de l'appareil uro-génital. Il est tout aussi intéressant pour les cliniciens et les épidémiologistes de pouvoir situer la place relative des différentes localisations cancéreuses et leur évolution dans le temps ou le territoire départemental (par canton).

La qualité d'un Registre repose essentiellement sur son exhaustivité qui ne peut être optimale que grâce à la participation de nombreux intervenants. Dans l'Hérault, le registre retire de nombreux avantages de la dynamique des urologues et des pathologistes. Il développe avec eux un projet d'amélioration de la qualité du recueil des données en mettant en place un enregistrement histologique des tumeurs urologiques dans toute la région. Cette perspective d'un recueil optimisé et automatisé en urologie dans le Languedoc-Roussillon participe à l'amélioration continue des modalités de recueil et de la qualité du Registre, et permet de valider les méthodes de projection régionales issues du registre de l'Hérault. * L'ARCOU (Association Régionale de Recherche et de Consensus en Onco-Urologie) regroupe depuis 1993 les urologues, oncologues médicaux, radiothérapeutes, anatomo-pathologistes et épidémiologistes du Languedoc-Roussilon, concernés par l'Uro-Oncologie et exerçant dans des structures publiques, PSPH ou privées.

Ses objectifs initiaux visaient à définir des pratiques régionales consensuelles (référentiel des pratiques cliniques validé, protocoles thérapeutiques, de soins et de recherche clinique ou épidémiologique, etc...).

L'ARCOU participe actuellement à la mise en place du réseau régional de cancérologie 'OncolLR' pour l'urologie (refonte du référentiel des pratiques, organisation des UCP régionales en urologie, recueil, centralisation informatique exhaustive et accessibilité des données cliniques) et développe, au niveau de la région des principes d'évaluation des pratiques cliniques en cancérologie urologique.

** Le taux d'incidence cumulé donne une approximation du risque d'être atteint d'un cancer donné avant un âge choisi, généralement 75 ans. On peut calculer ce risque sur toute la vie (en fixant la limite d'âge à 85 ans).

Pour calculer le risque cumulé entre les âges t1 et t2 ( R[t1,t2], sous l'hypothèse d'être toujours en vie à l'instant t1 et en l'absence de cause compétitive de décès, il faut appliquer la formule suivante :

R[t1,t2] = 1-exp[-t2 I(t)dt ] avec I(t) = taux d'incidence instantané à l'âge t.

t1



RÉFÉRENCES

Références

1. DAURES J.P., TRETARRE B., MATHIEU-DAUDE H. : Dix ans de cancer dans l'Hérault : 1987-1996. Registre des Tumeurs de l'Hérault. Février 2000.

2. DAURES J.P., TRETARRE B., MATHIEU-DAUDE H. : Le cancer dans l'Hérault : 1997-1998. Registre des Tumeurs de l'Hérault. Février 2001.

3. DAURES J.P., TRETARRE B., MATHIEU-DAUDE H. : Le cancer dans l'Hérault : 1999-2000. Registre des Tumeurs de l'Hérault. Mars 2003.

4. EUCAN 95 Data Base. Version 2.0. IARC 1999.

5. FERLAY J., PARKIN D.M., PISANI P. : GLOBOCAN Data Base : Cancer Incidence and Mortality Worldwide. IARC 1999.

6. GROSCLAUDE P., MENEGOZ F., SCHAFFER P., MACE-LESECH J., ARVEUX P., LE MAB G., SOULIE M., VILLERS. A. : Dépistage du cancer de la prostate (II) : Le cancer de la prostate est-il un problème de santé publique ? Actualisation des chiffres d'incidence et de mortalité en France de 1982 à 1990. Progrès en urologie, 1997 ; 7 : 647-654.

7. MENEGOZ F., CHERIE-CHALLINE L., RESEAU FRANCIM. : Le cancer en France : incidence et mortalité. Situation en 1995. Evolution entre 1975 et 1995. Documentation française. Déc. 1999.

8. MENEGOZ F., BLACK R.J., ARVEUX P. : Cancer Incidence and mortality in France in 1975-1995. Eur. J. of Cancer Prevention, 1997; 6 : 442-466.

9. PARKIN D.M., WHELAN S.L., FERLAY J., RAYMOND L., YOUNG J. : Cancer Incidence in Five Continents. Vol VII. IARC Scientific Publications, 1997, N° 143.

10. PARKIN D.M., WHELAN S.L., FERLAY J., RAYMOND L., YOUNG J. : Cancer Incidence in Five Continents. Vol VIII. IARC Scientific Publications , 2003, N° 155.

11. REMONTET L., ESTEVE J., BOUVIER A.M., GROSCLAUDE P., LAUNOY G., MENEGOZ F., EXBRAYAT C., TRETARRE B., CARLI P.M., GUIZARD A.V., TROUSSARD X., BERCELLI P., COLONNA M., HALNA J.M., HEDELIN G., MACELESEC'H J., PENG J., BUEMI A., VELTEN M., JOUGLA E., ARVEUX P., LE BODIC L., MICHEL E., SAUVAGE M., SCHVARTZ C., FAIVRE J. : Incidence et mortalité par cancer en France de 1978 à 2000. Rev. Epidemiol. Sante Publique, 2003 ; 51 : 3-30.

12. SCHAFFER P. : Survie. 1992. Registre des Tumeurs du Bas-Rhin.

13. SC8 INSERM : Données sur les causes de décès en France. sc8@vesinet.inserm.fr.

14. SOULIE M., VILLERS A., RICHAUD P., PRAPOTNICH D., RUFFION A., GROSCLAUDE P. : La morbidité et son impact sur l'espérance de vie: évaluation et prise en compte dans la décision thérapeutique du cancer localisé de la prostate. Progrès en Urologie, 2001; 11 : 1195-1204.

15. Enquête Permanente Cancer 1975-1989. Survie à long terme des malades traités pour cancer. Paris. Ligue Nationale Contre le Cancer et Fédération des Centres de Lutte Contre le Cancer.