Les biomarqueurs émergents du diagnostic, du staging et du pronostic du cancer de la prostate

25 janvier 2011

Auteurs : C.R.E. Mazzola, T. Ghoneim, S.F. Shariat
Référence : Prog Urol, 2011, 1, 21, 1-10




 




Introduction


Le prostate-specific antigen (PSA) a été découvert il y a 40 ans. À l’époque, la mortalité du cancer de la prostate était importante et le PSA, dans le cadre du dépistage individuel, a révolutionné la façon dont ce cancer était diagnostiqué et traité. Deux grandes études ont été réalisées depuis : l’European Randomized Study for Prostate Cancer (ERSPC) et l’étude Prostate Lung Colorectal and Ovarian (PLCO), afin d’évaluer l’intérêt potentiel d’un dépistage de masse du cancer de la prostate en termes de réduction de la mortalité spécifique. Les résultats de ces deux études se sont révélés discordants. L’étude PLCO réalisée sur une durée de dix ans n’a pas mis en évidence de différence en termes de mortalité d’une procédure de dépistage de masse combinant dosage du PSA et toucher rectal ; en revanche, l’ERSPC réalisée sur une durée de neuf ans a rapporté qu’un dépistage reposant sur la seule donnée du dosage du PSA sans toucher rectal était associé à une réduction de 20 % de la mortalité spécifique du cancer de la prostate. Cette réduction de 20 % de la mortalité spécifique se faisait néanmoins à un prix élevé : pour prévenir un décès par cancer de la prostate, 1410 hommes devaient être dépistés et 48 hommes traités, occasionnant un sur-traitement de 47 hommes par décès évité. Compte tenu des résultats discordants de ces deux études, l’Association française des urologues ne recommande pas à l’heure actuelle de dépistage systématique du cancer de la prostate. La vulgarisation des connaissances médicales amène néanmoins de nombreux patients à requérir un dosage régulier de leur PSA dans le cadre d’un dépistage individuel, malgré ses limites et malgré le fait que son utilisation erronée soit également pourvoyeuse de situations de sur-diagnostic et de sur-traitement.


De nouveaux biomarqueurs sont en cours d’étude pour aider/supplanter le PSA dans le dépistage et la prise en charge du cancer de la prostate. Dans cet article, nous allons discuter des différents biomarqueurs les plus prometteurs à l’heure actuelle dans cet usage.


Biomarqueurs émergents du cancer de la prostate


Formes dérivées du PSA


Une façon d’améliorer la valeur informative du PSA a été de créer des outils dérivés du PSA : le taux de PSA en fonction de l’âge, la vélocité du PSA et la densité du PSA (taux de PSA/volume prostatique). En outre, des améliorations dans la mesure des isoformes du PSA ont permis la mesure du PSA libre (FPSA) [1] et de son rapport au PSA total [2]. Le PSA libre existe lui-même sous trois isoformes distinctes dans le sérum : le proPSA, le BPSA et le PSA libre intact [2]. La première de ces trois isoformes, est une pré-pro-protéine de 261 acides aminés dont le clivage par la human kallilcrein-related peptidase 2 de l’homme (hK2) produit la forme mature du PSA de 237 acides aminés. Certaines études ont montré que des taux élevés de proPSA sont associés au cancer de la prostate (pCa). Des ratios élevés proPSA/PSA libre ont également été rapportés comme associés à des caractéristiques histopathologiques agressives et à une diminution de la survie sans récidive biologique après prostatectomie radicale [3, 4]. Un nouvel outil automatisé intégrant le dosage du proPSA et le ratio de PSA libre dans un réseau neuronal artificiel a ainsi permis de détecter les pCa et les cancers les plus agressifs avec une précision plus élevée que le PSA total ou le pourcentage de PSA libre [5]. Et dans une cohorte prospective récente d’hommes enrôlés dans des protocoles de surveillance active pour le pCa, les taux de proPSA sériques et tissulaires au moment du diagnostic étaient associés à la nécessité de traitements ultérieurs [6]. Les auteurs ont émis l’hypothèse que l’augmentation du rapport proPSA sérique/PSA libre pourrait être due à une augmentation de la production de proPSA par les cellules « précancéreuses » (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Sous-formes du prostate-specific antigen (PSA) et interactions. Les formes actives du PSA et de la kallicrein-related peptidase 2 (hK2) sont montrées en rouge, les formes inactives sont en bleu ou en vert. Dans la prostate, le clivage du proPSA et du prohK2 (porteurs d’un macaron gris) produit les formes catalytiques matures (PSA et hK2). hK2 pourrait être une des protéases responsables de cette maturation. Le PSA et hK2 sont libérés à forte concentration dans le fluide prostatique puis dans le fluide séminal et à faible concentration dans le sang. Les formes du PSA présentes dans le fluide prostatique sont : le PSA actif, le PSA nu et le PSA complexé à l’inhibiteur de la protéine C (encodé par SERPINA 2), un inhibiteur de protéase. Les proportions utilisées dans la figure indiquent la relative abondance de chaque forme. Dans le fluide séminal, le PSA actif serait responsable de la liquéfaction du fluide séminal par la protéolyse des protéines de gel (SEMG1 et SEMG2, qui sont secrétées essentiellement par les vésicules séminales, bien que SEMG2 soit aussi secrétée en petites quantités par l’épididyme). Le sang contient une variété de formes du PSA : les formes libres du PSA (nu, intact et le proPSA) et le PSA complexé. La forme la plus abondante dans le sang est le PSA complexé à l’⍺1-antichymotrypsine (ACT) ; les formes complexées à l’⍺2-macroglobuline (A2M) ou l’⍺1-inhibiteur de protéase (API) représenteraient une part inférieure ou égale à 1–2 % du PSA sanguin. A2M enveloppe le PSA, masquant les épitopes reconnus par les kits commerciaux de dosage du PSA et par conséquent rendant cette forme invisible par les tests de dosage. Les taux de PSA dans le fluide séminal sont de l’ordre de 0,5–3,0mg/mL (environ 106 fois plus élevés que dans le sang) et les taux de hK2 dans le fluide séminal sont de l’ordre de 2–12mg/mL (environ 104 fois plus élevés que dans le sang).

(Reproduit avec permission, tiré de : Prostate-specific antigen and prostate cancer : prediction, detection and monitoring, par Hans Lilja, David Ulmert et Andrew J. Vickers, Nature Reviews 2008;8 :268–78).




Le BPSA est l’isoforme du PSA associé à l’hypertrophie bénigne de prostate (HBP). Il est formé par le clivage interne du PSA libre entre Lys182 et Ser183. C’est un marqueur prometteur de l’HBP qui pourrait aider à distinguer le pCa de l’HBP.


La human kallicrein-related peptidase 2


L’hK2 (aussi connue sous le nom de human kallicrein-related peptidase 2) est une sérine protéase de la même famille de gènes que le PSA. Comme le PSA, avec lequel elle présente une homologie de 80 %, elle est secrétée par la prostate de façon spécifique. En dépit de leurs similitudes structurelles, l’hK2 et le PSA diffèrent dans leur activité enzymatique. Les taux de hK2 dans les tissus prostatiques, le sperme et le sérum sont ainsi inférieurs à 2 % des taux de PSA, même si l’expression des ARNm de hK2 n’atteint que 50 % des taux d’expression des ARNm du PSA total. De la même façon que le PSA, l’hK2 sérique est présente sous deux formes dans le sang : l’une liée à différents inhibiteurs de protéase et l’autre (prépondérante) libre dans la circulation. Plusieurs études ont montré que, lorsqu’il est utilisé conjointement avec le PSA libre et total, le taux d’hK2 sérique permet d’améliorer sa valeur prédictive positive dans le dépistage du pCa [7]. Il a également été suggéré que hK2 pouvait être associée a un grade de Gleason plus haut, une extension extracapsulaire et un taux plus élevé de récidive biologique chez les patients traités par prostatectomie radicale [8]. Toutefois, cette constatation n’a pas été validée par d’autres auteurs.


L’early prostate cancer antigen (EPCA)


L’EPCA est une protéine de la matrice nucléaire dont l’expression est liée au processus de la carcinogenèse prostatique. Dhir et al. ont montré que la mesure des anticorps anti-EPCA sur les échantillons biopsiques prostatiques négatifs permettait de prédire la positivation des biopsies prostatiques du patient cinq ans plus tard [9]. Les analyses immuno-histochimiques ont révélé une sensibilité et une spécificité de plus de 80 % de la technique pour la détection du pCa [9]. Par la suite, le même groupe a élaboré un test Elisa pour mesurer l’EPCA dans le plasma comme marqueur pour la détection précoce du pCa. La sensibilité de ce test EPCA chez les patients présentant un pCa était de 92 % et la spécificité était de 94 % [10]. L’EPCA a également permis de faire la différence entre cancers localisés et cancers métastatiques avec une aire sous la courbe (AUC) de 0,89 [10]. De larges études multicentriques sont attendues pour confirmer ces données prometteuses.


L’activation du plasminogène urokinase (uPA)


L’activation de l’uPA présente un intérêt dans la recherche de biomarqueurs du pCa car elle intervient dans différentes phases du développement tumoral, et plus particulièrement dans la dégradation de la matrice extracellulaire lors de la progression tumorale. Le précurseur inactif de la sérine protéase uPA se lie à un récepteur de la surface cellulaire soluble et spécifique (uPAR), ce qui induit la transformation du plasminogène en plasmine. La plasmine dégrade par la suite un large éventail de protéines de la matrice extracellulaire via l’activation d’une cascade de protéases. Steuber et al. ont récemment montré que la présence d’uPAR sur des biopsies prostatiques de patients présentant une élévation du PSA permettait de prédire de façon statistiquement significative la présence d’un pCa [11]. Les études immuno-histochimiques réalisées sur des pièces de prostatectomie radicale ont révélé que la surexpression à la fois de uPA et de son inhibiteur (PAI-1) était associée à un taux accru de récidive biologique [12].


Au niveau sérique, de la même façon, chez les patients présentant un taux de PSA supérieur à 2ng/mL, les taux de récepteurs solubles uPAR et de PSA libre avant biopsie de la prostate ont permis d’améliorer la précision des modèles de régression pour la prédiction du pCa [11].


uPA et uPAR pourraient aussi avoir une valeur pronostique. Une augmentation des concentrations des différentes formes de uPA est associée à un mauvais pronostic dans différents cancers [12]. Dans le cancer de la prostate, des taux élevés d’uPA et d’uPAR circulants ont été retrouvés de façon statistiquement significative associés à un stade avancé de la maladie et à la présence de métastases osseuses. Dans une étude de 423 patients traités par prostatectomie radicale, le taux d’uPA plasmatique préopératoire était un puissant prédicteur de la récidive biologique [13]. L’uPA et l’uPAR préopératoires ont ainsi été associés à la récidive biologique et au développement de métastases à distance, suggérant une association avec une maladie métastatique occulte au moment de la thérapie locale. En outre, une élévation des taux plasmatiques d’uPA et d’uPAR chez les patients présentant un pCa semble être en partie causée par une libération locale à partir de la prostate. De grandes études multi-institutionnelles sont actuellement en cours pour valider le rôle potentiel de l’uPA et de l’uPAR comme marqueurs du pCa métastatique (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Probabilités de survie sans récidive chez 230 patients consécutifs traités par prostatectomie radicale pour cancer de prostate cliniquement localisé selon l’expression combinée de uPA et PAI-1 (n =31 pour expression altérée de uPA et PAI-1 ; n =93 pour expression non altérée de uPA et PAI-1 ; n =59 pour expression altérée seule de uPA ; n =47 pour expression altérée seule de PAI-1).

(Reproduit avec permission, tiré de : Predictive value of the differential expression of the urokinase plasminogen activation axis in radical prostatectomy patients, par Amit Gupta, Yair Lotan, Raheela Ashfaq, Claus G. Roehrborn, Ganesh V. Raj, Corinne C. Aragaki, et al. Eur Urol 2009 May;55(5):1124–33).




Le transforming growth factor-beta 1 (TGFβ-1) et l’Interleukine-6 (IL-6)


Le TGFβ-1 est un facteur de croissance impliqué dans la régulation de plusieurs mécanismes cellulaires dont la prolifération, la réponse immunitaire, la différenciation et l’angiogenèse. Le TGFβ-1 favorise la progression des cellules dans les modèles de pCa et son expression locale a été associée à la présence d’un plus haut grade tumoral et à la présence de métastases chez les patients présentant un pCa [14]. Plusieurs études ont montré que des taux élevés de TGFβ-1 circulants sont associés à la progression du pCa ainsi qu’à la présence de métastases occultes ou documentées et à la progression biologique du cancer [14] (Figure 3).


Figure 3
Figure 3. 

Graphe représentant les taux de TGF-β1 chez des patients sains, chez des patients traités par prostatectomie radicale (stratifiés par statut de progression à 48 heures) et chez des patients présentant des métastases ganglionnaires ou osseuses de leur cancer de la prostate. Abréviations : OC : confiné à l’organe ; ECE : extension extracapsulaire ; SVI : invasion des vésicules séminales ; LN mets : métastases ganglionnaires ; Bone mets : métastases osseuses.

(Reproduit avec permission, tiré de : Preoperative plasma levels of transforming growth factor beta1 (TGF-b1) strongly predict progression in patients undergoing radical prostatectomy, par Shahrokh F. Shariat, Moshe Shalev, Andres Menesses-Diaz, Isaac Yi Kim, Michael W. Kattan, Thomas M. Wheeler, et al. Journal of Clinical Oncology 2001 June 1;19(11):2856–64).




L’IL-6 est une cytokine ayant des effets variables sur les mécanismes immunitaires et hématopoïétiques. Des études réalisées in vitro et in vivo ont montré que l’IL-6 et son récepteur (IL-6R) étaient exprimés dans le pCa. Plusieurs auteurs ont rapporté que des taux sériques élevés d’IL-6 et d’IL-6R étaient associés à une évolution métastatique de la maladie et au développement de son hormono-réfraction, et ont suggéré que l’IL-6 pourrait prédire la progression et la survie des patients porteurs d’un pCa [15].


Sur la base de ces constatations, Kattan et al. ont développé et validé de façon interne un modèle pronostique incorporant le TGFβ-1 et l’IL-6R dans un nomogramme visant à prédire la récidive biologique après prostatectomie radicale (Figure 4). Cette combinaison de marqueurs sériques aux paramètres cliniques classiques a ainsi permis d’améliorer la valeur prédictive du nomogramme de 75 à 84 %. Une étude réalisée sur une cohorte prospective indépendante de 423 patients traités par prostatectomie radicale a permis la validation externe de ce nomogramme préopératoire prédictif de la récidive biologique en estimant sa précision à 87,9 % contre 71,1 % pour le nomogramme standard (p <0,001) [13].


Figure 4
Figure 4. 

A. Nomogramme prédictif de la survie sans récidive biochimique à cinq ans pour 423 patients consécutifs traités par prostatectomie radicale et curage ganglionnaire bilatéral pour cancer de la prostate cliniquement localisé. B. Courbe de calibration du nomogramme.

(Reproduit avec permission, tiré de : Improved prediction of disease relapse after radical prostatectomy through a panel of preoperative blood-based biomarkers, par Shahrokh F. Shariat, Jose A. Karam, Jochen Walz, Claus G. Roehrborn, Francesco Montorsi, Vitaly Margulis, et al. Clin Cancer Res 2008;14:3785–91).




L’Endoglin


L’Endoglin ou CD 105 est une glycoprotéine transmembranaire de 90 acides aminés qui est généralement exprimée par les cellules endothéliales vasculaires. Fonctionnellement, c’est un co-récepteur des transforming growth factors β1 (TGF-β1) et β3 (TGF-β3), qui module la réponse cellulaire au TGF-β dans les étapes précoces de la prolifération des cellules endothéliales. Son rôle essentiel dans l’angiogenèse a incité les enquêteurs à évaluer le rôle de l’Endoglin dans la progression du cancer. Dans le pCa, l’Endoglin est préférentiellement trouvée sur les néo-vaisseaux et une analyse immuno-histochimique a mis en évidence une association entre l’expression de l’Endoglin et la progression de la maladie [16]. Les taux urinaires d’Endoglin permettraient de distinguer les patients porteurs d’un pCa des patients sains et pourraient aider à la stratification de la maladie [17, 18]. Ainsi, les taux plasmatiques d’Endoglin préopératoires sont-ils associés à la présence de métastases aux ganglions lymphatiques régionaux [17, 18] et à des caractéristiques reconnues d’agressivité du pCa telles que la présence de marges chirurgicales, un plus haut score de Gleason, ou un plus haut taux de récidive biologique après prostatectomie radicale [18]. L’utilisation du taux plasmatique d’Endoglin préopératoire pourrait aider à décider si, et avec quelle extension, il est nécessaire de réaliser un curage ganglionnaire chez un patient en particulier, ainsi que l’identification préopératoire des patients à risque de progression de la maladie. D’autres investigations sont nécessaires pour valider l’Endoglin comme biomarqueur sérique utile chez les hommes présentant un pCa et pour élucider le rôle de ce biomarqueur dans la progression du pCa.


Le prostate cancer antigen 3 (PCA3)


Le PCA3, aussi appelé DD3, est un ARN non codant produit presque exclusivement par la prostate et hautement surexprimé par les tissus prostatiques cancéreux, y compris par les métastases, par rapport aux tissus présentant une HBP. Plusieurs tests permettent de mesurer le PCA3mRNA dans les urines. Le seul test disponible dans le commerce (Gen-Probe™) utilise une technique d’amplification médiée par la transcription et se réalise sur des échantillons d’urine après massage prostatique [19]. Un score PCA3 est obtenu en normalisant la concentration d’ARNm du gène PCA3 sur celle du PSA. Une étude quantitative de l’expression des gènes a montré que 95 % des patients présentant un pCa avaient des taux élevés de PCA3 avant la chirurgie. Le PCA3 présente une plus grande sensibilité et spécificité que le PSA pour le pCa. En 2004, un nouveau test reposant sur une nouvelle séquence d’acides nucléiques permettant la détection simultanée des ARNm du PCA3 et du PSA a été rapporté comme ayant une spécificité plus élevée que le PSA pour la détection du pCa. L’aire sous la courbe (AUC) était de 0,746 pour le PCA3 avec une sensibilité de 69 % et une spécificité de 79 %, tandis que le PSA avait une spécificité de 28 % dans le même groupe de patients pour détecter le pCa [19, 20]. Une autre étude, plus récente, a évalué l’AUC du dosage urinaire de PCA3 pour la détection du pCa chez des patients avant biopsie prostatiques à 0,66 comparativement à 0,57 pour le PSA en utilisant un score seuil de PCA3 de 58 [21]. Et dans une étude portant sur 233 patients ayant subi des biopsies répétées, après un premier résultat biopsique négatif, le résultat du test PCA3 avait une AUC de 0,68, une sensibilité diagnostique et une spécificité de 58 % et 72 %, respectivement [22].


L’analyse du taux de PCA3 a donc le potentiel d’améliorer la spécificité diagnostique du PSA chez des patients sélectionnés. Plusieurs études de validation ont confirmé le rôle important de ce biomarqueur, bien que la nécessité de réalisation d’un massage prostatique puisse limiter la large acceptation de la méthode par les patients. Chez les patients ayant eu une première série de biopsies négatives et pour lequel un pCa est suspecté, le PCA3 pourrait aider à décider de la nécessité de réaliser une seconde série de biopsies.


Les auto-anticorps spécifiques du cancer de la prostate et l’⍺-méthylacyl-CoA racémase (AMACR)


Des auto-anticorps, tels que ceux détectés dans le cas des maladies auto-immunes, peuvent être produits par les patients atteints de cancer en réponse à des antigènes associés aux tumeurs et surexprimés dans les cellules cancéreuses. L’AMACR est une enzyme impliquée dans le métabolisme des graisses, qui a une forte expression dans les tissus du pCa [23]. L’immunomarquage utilisant des anticorps monoclonaux dirigés contre AMACR est souvent utilisé pour le diagnostic du pCa compte tenu de sa haute précision diagnostique (sensibilité de 97 % et spécificité de 92 %) [23]. Une réponse humorale aux auto-anticorps connexes anti-AMACR peut aussi être détectée dans le sérum des patients présentant un pCa par amplification avec des anticorps de haute affinité et des cellules T. Une étude récente a montré qu’ils pouvaient aider à distinguer les patients porteurs d’un pCa des patients sains avec plus de précision que le PSA. D’autres auto-anticorps dirigés contre d’autres antigènes exprimés dans le pCa (Huntington-interaction protein 1, protasomes) ont aussi été détectés et il a été rapporté que leur combinaison pourrait améliorer la performance du dépistage, atteignant une spécificité de 97 % [24]. Récemment, en utilisant une technique appelée Immunomics , Wang et al. ont analysé la réponse humorale globale contre les antigènes tumoraux spécifiques du pCa et ont ainsi pu identifier de multiples antigènes [25]. Avec ce panel d’auto-anticorps, ils ont pu détecter les pCa avec une sensibilité de 81,6 % et une spécificité de 88,2 %, ce qui était plus précis que le PSA seul. Des études complémentaires sont nécessaires pour valider cette technique complexe et évaluer la valeur pronostique potentielle des auto-anticorps dans le pCa.


Les fusions de gènes TMPRSS2:ERG et TMPRSS2:ETV1


Des réarrangements de gènes ont été impliqués dans la carcinogenèse, en particulier dans les hémopathies malignes. Une telle réorganisation implique les gènes des facteurs de transcription ERG (v-ets virus oncogène érythroblastose E26 homolog [aviaire]) (21q22.2) et ETV1 (STE variante 1) (7p21.1) et le gène codant pour la sérine-protéase TMPRSS2 enchâssée dans la membrane (TMPRSS2 [protéase transmembranaire, sérine 2], situé à 21q22.3). Il a en effet été évalué que ce réarrangement se produisait dans 80 % des pCa [26]. Les produits de fusion de ces gènes ont été observés chez 42 % des patients présentant un pCa, chez 20 % des patients porteurs de néoplasie intra-épithéliale prostatique (PIN) et rarement dans l’HBP. En outre, de hauts niveaux d’expression des gènes ETV1 et ERG ont été constatés chez les patients présentant un pCa métastatique. La détection des transcrits TMPRSS2:ERG par PCR quantitative dans les urines après massage prostatique pourrait aider au diagnostic du pCa. Laxman et al. ont détecté des transcrits TMPRSS2:ERG chez 42 % des hommes présentant un pCa. Par la suite, dans une étude prospective de 234 hommes hospitalisés pour réalisation de biopsies, Laxman et al. ont rapporté qu’un panel de quatre biomarqueurs de transcription urinaires (comprenant TMPRSS2:ERG, SPINK1, PCA3 et GOLPH2) a dépassé les performances du PSA sérique et de PCA3 pour prédire la présence de pCa. Une autre étude de TMPRSS2:ERG dans les urines récoltées après massage prostatique a fait état d’une sensibilité de 37 %, ce qui est conforme à la prévalence dans la population de la fusion de gène TMPRSS2:ERG.


Les études des fusions du gène ERG portant sur des résultats cliniques ont rapporté des résultats contradictoires possiblement dus à des différences dans les populations d’étude utilisées ou à l’utilisation de critère d’évaluation de substitution. Toutefois, ce que l’on a vu de façon plus cohérente est que la fusion TMPRSS2:ERG par délétion, en particulier en présence d’une addition au niveau de l’ERG, est associée à un moins bon pronostic. Dans une cohorte de 445 patients porteurs d’un pCa, Attard et al. ont trouvé que les hommes qui présentaient une fusion TMPRSS2:ERG par délétion avait un taux de survie spécifique du pCa et une survie globale bien inférieurs par rapport aux hommes sans réarrangement TMPRSS2:ERG. En outre, la survie était encore plus mauvaise chez les hommes présentant une fusion TMPRSS2:ERG par délétion associée à deux copies ou plus de la région 3’ du gène ERG [27]. De même, dans une série de patients traités par prostatectomie radicale, la fusion TMPRSS2:ERG par délétion était associée à un stade plus avancé du pCa et à des métastases ganglionnaires pelviennes [28]. Des études prospectives sont nécessaires pour valider ces résultats et continuer à élucider l’association entre le statut de ces fusions de gènes et l’évolution clinique (Figure 5).


Figure 5
Figure 5. 

Le fort promoteur transcriptionnel androgéno-dépendant du gène TMPRSS2 fusionne avec le gène ERG pour former un gène de fusion TMPRSS2-ERG androgéno-dépendant (au milieu).

(Reproduit avec permission, tiré de : Urine biomarkers in prostate cancer, par Guillaume Ploussard et Alexandre de la Taille. Nat Rev Urol 2009;6:429–39).





Conclusion


De nouveaux et nombreux biomarqueurs «  prometteurs » ont vu le jour dans une tentative d’améliorer le dépistage, le diagnostic et le traitement du pCa. Néanmoins, parmi ces marqueurs biologiques, très peu atteindront le stade de la commercialisation et entreront un jour dans la pratique clinique courante. Le cahier des charges à remplir pour un biomarqueur est très strict et une collaboration intégrée des chercheurs, des cliniciens et des entreprises biomédicales sur le même modèle qui prévaut dans la recherche pharmaceutique permettrait sans doute de rendre sa recherche plus organisée et plus efficace (Figure 6).


Figure 6
Figure 6. 

Modification de la structure des phases de découverte, évaluation et validation des biomarqueurs.




Cela s’avère d’autant plus nécessaire que l’on s’oriente de plus en plus, non pas vers la recherche d’un biomarqueur unique capable à lui seul d’aider à la prise de décision clinique et thérapeutique, mais vers la recherche de la juste combinaison d’un panel de biomarqueurs [29, 30].


Conflits d’intérêts


L’auteur certifie qu’il n’a aucun conflit d’intérêt à déclarer.



Remerciements


Bourses : The Sidney Kimmel Center for Prostate and Urologic Cancers. NIH T32 training grant. Fondation pour la recherche médicale.



Références



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