Le délai thérapeutique en urologie oncologique

25 juillet 2008

Auteurs : M. Rouprêt
Référence : Prog Urol, 2008, 7, 18, 426-427




 



L'article proposé ici par le sous-comité rein du Comité de cancérologie de l'AFU est très intéressant puisqu'il concerne la prise en charge des carcinomes à cellules rénales et, plus généralement, le problème des délais en onco-urologie [1]. Chacun connaît actuellement la place privilégiée attribué au système de santé français dans le classement de l'organisation mondiale de la santé. Or, lorsque l'on juge la qualité des soins, on juge également leur célérité. En France, il n'existe pas à ce jour de « liste d'attente » officielle pour les patients susceptibles d'être opérés, contrairement à d'autres pays d'Europe (Royaume-Uni) où des problème concrets d'organisation et d'accès aux soins se posent [2, 3]. Cependant les données évoluent car, avec le vieillissement de la population, de plus en plus de cancers urologiques sont détectés de façon fortuite ou, au décours d'une manifestation clinique [4, 5, 6].

Cet article met donc l'accent sur la nécessaire réorganisation des soins. Si le plan cancer a permis de réorienter la politique nationale de santé publique vers la prise en charge prioritaire des tumeurs malignes, il n'en reste pas moins que l'urologue doit savoir faire des choix. La cinétique de progression tumorale est totalement différente d'un organe à l'autre (rein, voie excrétrice supérieure, prostate, vessie, verge, testicule...). Il incombe donc à l'urologue de hiérarchiser les priorités au mieux, en fonction du bilan d'extension à distance et de l'agressivité supposée de la tumeur primitive [4, 5, 7]. Pour cela, les urologues disposent de plus en plus d'outils : imagerie, imagerie moléculaire, marqueurs sériques, tissulaires ou moléculaires, anatomopathologie... La mise en place des réunions de concertation pluridisciplinaire a largement contribué à l'uniformisation de la prise en charge des malades sur le territoire national. Pour autant, le nombre d'urologues est stable et la part de leur activité consacré à l'urologie fonctionnelle se trouve inéluctablement plus limitée. Les délais d'attente sont donc reportés vers d'autres patients, jugés, à tort ou à raison, moins urgents.

Concernant les carcinomes à cellules rénales, les délais d'attente ne semblent pas avoir une incidence majeure, à la lecture de cet article, d'un point de vue strictement carcinologique sur la prise en charge du malade [1]. Néanmoins, l'impact psychologique entre le diagnostic d'annonce de la maladie et l'intervention chirurgicale (ou l'initiation du traitement), souvent considérée comme le début de la résilience, ne doit pas être sous-estimé [2, 8].

Ces notions de « délai thérapeutique » n'ont été abordées ni dans les récentes recommandations du Comité de cancérologie de l'AFU, guide de bonne pratique à l'usage de chacun d'entre nous, ni dans celle de l'EAU ou de l'AUA [6, 9]. Par conséquent, il serait probablement intéressant à l'avenir de se pencher sur les délais de prise en charge optimale des patients (si tant est qu'ils existent ou puissent être établis) en fonction de la topographie dans l'arbre urinaire et bien entendu de l'agressivité potentielle de la tumeur diagnostiquée.



 Commentaire de l'article : Neuzillet Y, Correas JM, Escudier B, De Fromont M, Lang H, Long JA, et al. Quelle peut-être la durée du délai entre le diagnostic et le traitement chirurgical du cancer du rein ? Prog Urol 2008;18:197–203.




Références



Neuzillet Y., Correas J.M., Escudier B., De Fromont M., Lang H., Long J.A., et al. Quelle peut-être la durée du délai entre le diagnostic et le traitement chirurgical du cancer du rein ? Prog Urol 2008 ;  18 : 197-203 [inter-ref]
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