Le cancer des organes génitaux externes de l’homme dans le département de l’Hérault: résultats de 30 ans d’enregistrement du registre des tumeurs de l’Hérault (1987–2016)

12 avril 2021

Auteurs : M. Zarka, B. Tretarre, X. Rebillard, T. Murez, J.P. Daures, D. Azria, I. Serre, D. Brel, A.S. Ramay, R. Reis Borges, A. Gevorgyan, M. Hutin, S. Marchal, N. Korahanis, F. Iborra, R. Thuret, tous les acteurs de l’onco-urologie de l’Hérault
Référence : Prog Urol, 2021, 5, 31, 282-292
Objectif

L’objectif de cette étude est de présenter l’évolution des données d’incidence et de mortalité du cancer des organes génitaux externes de l’homme dans l’Hérault à partir des données du Registre des tumeurs de l’Hérault (RTH) sur une période de 30 ans.

Matériel et méthodes

À partir de la base de données du RTH, nous avons étudié l’évolution des tumeurs germinales du testicule (TGT) et du cancer du pénis (CP) sur 30 ans (de 1987 à 2016). Nous avons analysé les données d’incidence et de mortalité de ces tumeurs. Nous avons comparé ces résultats aux données françaises, européennes et mondiales.

Résultats

En 30 ans d’enregistrement nous avons recensé 725 cas de TGT et 175 cas de CP. Le taux standardisé sur la population mondiale (TSM) d’incidence des TGT a doublé entre 1987 et 2016 (4,2/100 000 en 1987 et 9,3/100 000 en 2016). Il a été multiplié par 2,63 dans la population des patients de 30 à 44 ans. On observe une baisse du taux de mortalité avec un TSM à 0,8/100 000 en 1987, et 0,4/100 000 en 2016. Le TSM d’incidence des CP est stable entre 1987 et 2016 (TSM entre 0,4 et 0,9/100 000). La mortalité est stable avec un TSM entre 0,1 et 0,3/100 000 entre 1987 et 2016.

Conclusion

L’incidence des TGT a fortement augmenté dans l’Hérault durant les 30 dernières années alors que l’on observe une diminution de la mortalité. La proportion des tumeurs germinales séminomateuses augmente ; elle est passée de 53 % à 60 % en 30 ans dans l’Hérault. L’incidence et la mortalité du CP étaient stables dans l’Hérault durant les 30 dernières années.




 




Introduction


Le registre des tumeurs de l'Hérault (RTH) est un registre général créé en 1983. Il recense tous les nouveaux cas de cancer des personnes résidant dans l'Hérault (France). Les données collectées sont épidémiologiques.


Il a un rôle majeur dans l'évaluation des stratégies de dépistage, des actions de prévention ainsi que dans la mise en place d'études spécifiques en cancérologie au niveau régional et national. Les derniers travaux publiés en 2003 sur l'urologie portaient sur 14 ans d'enregistrement (1987 à 2000) : le RTH recensait alors 211 tumeurs germinales du testicule (TGT) et 67 cancers du pénis (CP) [1].


Notre objectif est d'actualiser les données d'incidence et de mortalité de ces deux cancers sur 30 ans (1987 à 2016) dans l'Hérault, et d'établir une comparaison aux données nationales, européennes et mondiales.


Matériels et méthodes


Le RTH est soumis à l'autorisation de la CNIL, de statut association loi 1901. Il a obtenu sa qualification par le Comité National des Registres depuis 1987.


Il enregistre chaque année près de 7500 nouveaux cas de cancers dans l'Hérault. Les données recueillies par le registre sont épidémiologiques : socio-démographiques, date du diagnostic, caractéristiques tumorales (histologie, topographie, stade, grade, marqueurs...) et données thérapeutiques synthétiques.


Population de l'Hérault


La population de l'Hérault était de 1 176 145 habitants en janvier 2020 sur un territoire de 6224Km2 rural et urbain [2].


Recueil des données


Les sources de signalement des cas potentiels au registre sont :

les départements d'information médicale de toutes les structures publiques, privées, libérales ou d'intérêt collectif, qui adressent chaque année les listings PMSI (Programme médicalisation systèmes d'INformation) des patients traités pour un cancer ;
les caisses d'assurance maladie qui transmettent les inscriptions des patients en affections longues durées pour cancer ;
le réseau onco-occitanie qui fournit les données des réunions de concertations pluridisciplinaires ;
les pathologistes de l'Hérault qui transmettent les comptes rendus histologiques des cancers ;
les cabinets d'urologie, de radiothérapie et d'oncologie qui fournissent la liste des patients traités par chirurgie, radiothérapie et/ou chimiothérapie.


Les sources sont croisées (3,3 sources par cas en 2016) et des études de cohérence sont effectuées tout au long de l'année au fur et à mesure de la saisie, puis au moment des exploitations statistiques, à partir de logiciels développés spécifiquement par le registre. Il y a un décalage incompressible de deux ans entre le moment du diagnostic et la disponibilité de statistiques exhaustives. Tous les médecins de l'Hérault collaborent au travail du registre et reçoivent un retour d'information.


Critères d'inclusion


Nous avons extrait de la base de données du registre toutes les TGT et les CP diagnostiqués entre le 1er janvier 1987 et le 31 décembre 2016 chez les personnes résidant dans l'Hérault au diagnostic.


Critères d'exclusion


Sont exclus les cancers survenant chez des personnes n'habitant pas l'Hérault au moment diagnostic, les récidives secondaires ou les métastases d'un cancer révélé antérieurement à l'année prise en compte, les carcinomes in situ du pénis et les néoplasies intra tubulaire du testicule.


Analyse des données


Nous avons calculé le nombre de cas incidents, les taux d'incidence et de mortalité (pour 100 000) bruts annuels, les taux standardisés sur la population mondiale (TSM), l'âge moyen au diagnostic, et la proportion des différentes formes histologiques. Nous avons comparé ces chiffres aux données françaises, européennes et mondiales. Le délai avant analyse de ces données répond aux objectifs réglementaires des registres sur l'incidence et la mortalité, les derniers résultats disponibles datant de 2018.


Les estimations françaises sont publiées à partir des données FRANCIM (réseau français des registres de cancer) en collaboration avec Santé publique France et l'Institut national du cancer (INCa). Elles sont calculées à partir des données des registres généraux de cancers français réunies dans une base commune gérée par le service de biostatistiques des hospices civils de Lyon. Les dernières statistiques françaises ont été publiées en 2019 et estiment l'incidence et la mortalité nationales en 2018 [3]. Des données d'incidence et de mortalité régionales et départementales françaises ont été publiées en 2019 [4]. Les données de mortalité proviennent du service SC8 de l'inserm (CepiDC) qui reçoit tous les certificats de décès français.


Les estimations mondiales pour l'année 2018 sont publiées à partir des données GLOBOCAN de l'International agency for research on cancer (IARC) de l'Organisation Mondiale de la santé (OMS) [5, 6].


L'analyse statistique a été réalisée sur Excel et le logiciel R.


Résultats


Tumeurs germinales du testicule : Incidence et mortalité


Incidence


En 30 le RTH a enregistré 725 cas de TGT. En 2016, les TGT étaient le 16e cancer solide chez l'homme. Le nombre de nouveaux cas de TGT a été multiplié par 2,85 en 30 ans (334 cas en 1987-1988, 97 cas en 2015-2016). Le TSM d'incidence des TGT dans l'Hérault a doublé entre 1987 et 2016 (4,2/100 000 en 1987 et 9,3/100 000 en 2016). Le Tableau 1 et la Figure 1 montrent l'évolution sur 30 ans de l'incidence (TSM) dans l'Hérault.


Figure 1
Figure 1. 

Évolution sur 30 ans des taux d'incidence et de mortalité des TGT dans l'Hérault standardisés sur la population mondiale (TSM pour 100 000).




Incidence en fonction de l'âge


Les TGT sont rares avant 15 ans et peu fréquentes après 45 ans. On observe une augmentation de l'incidence à partir de 15 ans avec un pic entre 30 et 44 ans.


Dans la population des patients de 30 à 44 ans le taux d'incidence a été multiplié par 2,65 entre 1987 et 2016. Chez les 15-29 ans le taux d'incidence a été multiplié par 2,63 en 30 ans. L'âge moyen au diagnostic de TGT est stable : 34 ans en 1987, 38 ans en 2000 et 36 ans en 2016. L'âge médian entre 1987 et 2016 était de 34 ans. L'évolution des taux d'incidence standardisés des TGT selon la tranche d'âge est présentée dans le Tableau 1 et la Figure 2.


Figure 2
Figure 2. 

Évolution sur 30 ans des taux d'incidence des TGT par tranche d'âge dans l'Hérault standardisés sur la population mondiale (TSM pour 100 000).




Mortalité


Ces 30 dernières années, 53 patients domiciliés dans l'Hérault sont décédés d'une TGT. Le nombre de décès chez les patients atteints de TGT est stable chaque année, avec une diminution du taux de mortalité (TSM 0,8/100 000 en 1987-1988, et 0,4/100 000 en 2015-2016). Le Tableau 1 et la Figure 1 montrent l'évolution sur 30 ans de l'incidence et de la mortalité (TSM) dans l'Hérault.


Données anatomopathologiques


Jusque dans les années 2000, la classification TNM n'était pas systématiquement intégrée aux données du registre, il manque donc des informations. La tendance pour les TGT montre depuis 2000 une augmentation de la proportion des tumeurs germinales séminomateuses (TGS) par rapport aux tumeurs germinales non séminomateuses (TGNS). Les TGS représentaient 53 % des TGT en 1987-1988, et 60 % en 2015-2016. Les données anatomopathologiques des TGT sont dans le Tableau 2.


Cancer du pénis : incidence et mortalité


Incidence


En 30 ans, le RTH a enregistré 175 cas de CP. En 2016, le CP était le 20e cancer solide chez l'homme. Le nombre de nouveaux cas de CP varie entre 6 et 17 par an. Le TSM d'incidence des CP dans l'Hérault montre une stabilité depuis 30 ans, avec des TSM entre 0,4 et 0,9/100 000, en dehors de 1987-1988 où le TSM était plus élevé (1,1/100 000). L'évolution de l'incidence des CP dans l'Hérault sur 30 ans est rapportée dans le Tableau 3 et la Figure 3.


Figure 3
Figure 3. 

Évolution sur 30 ans des taux d'incidence et de mortalité du CP dans l'Hérault standardisés sur la population mondiale (TSM pour 100 000).




Incidence en fonction de l'âge


Le CP est rare et son incidence augmente avec l'âge : le taux d'incidence brut moyen sur 30 ans pour les 75 ans et plus est de 8,5/100 000 ; pour les 60-74 ans il est de 3,3/100 000. L'âge moyen au diagnostic augmente : 70 ans en 1987, 72 ans en 2000 et 74 ans en 2016. L'âge médian entre 1987 et 2016 était de 73 ans. L'évolution des taux bruts d'incidence des CP par année selon la tranche d'âge est présentée dans le Tableau 2 et la Figure 4.


Figure 4
Figure 4. 

Évolution des taux d'incidence bruts de CP par tranche d'âge sur 30 ans dans l'Hérault (pour 100 000).




Mortalité


Ces 30 dernières années, 40 patients domiciliés dans l'Hérault sont décédés d'un CP. Le nombre de décès chez les patients atteints d'un CP est stable avec un taux brut entre 0,1 et 0,3 décès pour 100 000 entre 1987 et 2016. Les données de mortalité du CP sont dans le Tableau 2 et la Figure 3.


Données anatomopathologiques


Pour les CP, on observe une majorité de carcinomes épidermoïdes (90 %) ; quelques carcinomes verruqueux (4 %) et d'autres histologies très rares. Jusque dans les années 2000, la classification TNM et les données concernant la prise en charge n'étaient pas systématiquement intégrées au registre. Il manque donc des informations.


Discussion


Tumeurs germinales du testicule : comparaison aux données françaises, européennes et mondiales


Les TGT étaient le 13e cancer solide en France en 2018 [7]. Selon le réseau FRANCIM, le nombre de nouveaux cas en France métropolitaine en 2018 était estimé à 2769. Le nombre de décès dû aux TGT était de 86 cas en 2018 [3].


Le TSM d'incidence a augmenté de 2,6 % par an entre 1990 et 2018, passant de 4,3/100 000 en 1990 à 8,7/100 000 en 2018 (Figure 5) [3]. L'analyse par âge montre que l'incidence est la plus élevée dans la tranche des 30-34 ans [3]. La mortalité a diminué de moitié entre 1990 et 2018, passant d'un taux de 0,4/100 000 au début des années 1990 à 0,2/100 000 en 2018. Les données par âge montrent une diminution de la mortalité quel que soit l'âge (Figure 5). L'analyse par département montre des disparités sur le territoire français entre 2007 et 2016. Le rapport d'incidence standardisée (SIR) est supérieur de 10 % par rapport à la moyenne nationale en Bretagne, dans le Grand-Est et la Bourgogne-Franche-Comté [4] ; l'incidence est plus faible en Île-de-France et dans le sud-est [4]. Les rapports de mortalité standardisée (SMR) montrent une mortalité plus élevée en Hauts-de-France, en Bretagne, en Vendée-Charente-Maritime, et du Puy-de-Dôme aux Ardennes et au Haut-Rhin ; la mortalité est plus faible en Île-de-France et dans le sud du pays [4]. L'évolution des données d'incidence et de mortalité sur 30 ans dans l'Hérault suit les projections nationales de 2018 présentées par FRANCIM. Dans le monde en 2018, on dénombrait 71 105 nouveaux cas de TGT, et 9507 décès [6]. Les variations géographiques sont importantes. En Europe, l'incidence est plus forte en Europe de l'Ouest (TSM 9,7/100 000) et du Nord (TSM 7,4/100 000) qu'en Europe du Sud (TSM 6,7/100000), Centrale et de l'Est (TSM 3,5/100000). Dans le monde, elle est élevée en Australie (TSM 7,2/100 000), en Amérique (TSM 4,2 à 5,1/100 000). Elle est faible en Asie (TSM 0,8/100 000) et en Afrique (TSM 0,2 à 0,7/100 000) [6]. La répartition de la mortalité du cancer du testicule en 2018 n'est pas superposable à la répartition de l'incidence. Les taux de mortalité sont plus élevés en Europe de l'Est (TSM 0,5/100 000), en Amérique Centrale (TSM 0,7/100 000) et du Sud (TSM 0,5/100 000) et en Afrique Centrale (TSM 0,3/100 000) [6].


Figure 5
Figure 5. 

Évolution de l'incidence et de la mortalité par âge selon l'année en France Métropolitaine pour les TGT (données FRANCIM).




Les TGT sont des tumeurs rares pour lesquelles on observe une augmentation de l'incidence au niveau international, associée, dans les pays avec un système de soin moderne, à une baisse de la mortalité [8, 9, 10]. Cette augmentation de l'incidence semble ralentir dans les pays à forte incidence, alors qu'elle progresse dans les pays à faible incidence [11]. Dans une projection d'incidence publiée en 2014 se basant sur des registres européens et le modèle de projection NORDPRED, Le Cornet estimait à 24 % l'augmentation d'incidence entre 2005 et 2025 en Europe, avec un plateau (+1-2 % par an) dans les pays avec la plus forte incidence (Danemark, Allemagne, Autriche, Suisse, Angleterre) et une forte augmentation (+7 % par an) dans les pays avec une plus faible incidence (Espagne, Slovénie, Croatie) [12]. Des différences ethniques ont été mises en évidence. Aux États-Unis, la dernière publication du SEER montre que l'incidence est plus élevée chez les blancs (TSM 7,1/100 000) [13]. La plus forte augmentation d'incidence était chez les hispaniques (+2,94 % par an entre 1992 et 2011) [14]. L'augmentation de l'incidence de ce cancer ne peut être expliquée ni par l'amélioration des procédures diagnostiques ni par le vieillissement de la population. Peu de facteurs de risque intrinsèques ont été identifiés en dehors des antécédents de cryptorchidie et des antécédents personnels ou familiaux de TGT. Plusieurs facteurs de risque environnementaux et professionnels constituent des voies de recherche, comme l'exposition aux pesticides et aux perturbateurs endocriniens [7, 9, 15, 16]. Skakkebæk a défini, en 2001, le syndrome de dysgénésie testiculaire (associant, à divers degrés, infertilité, hypospade, cryptorchidie et TGT) comme plusieurs manifestations d'une même entité résultant de la perturbation du développement gonadique du fÅ“tus par des perturbateurs endocriniens [16, 17]. Des études sur animaux suggèrent que les perturbateurs endocriniens pourraient, dans certains cas, n'impacter que la génération suivante [16]. Des études ont tenté de montrer une association entre différents facteurs environnementaux et l'augmentation du risque de TGT mais cela reste difficile à établir, eu égard aux biais inhérents aux études rétrospectives. Le Cornet a montré une augmentation significative du risque de TGT (OR=1 :53 ; 95 % CI : 1,08, 2,17) chez les enfants de femmes exposées dans l'année avant la grossesse au benzène et au toluène (solvants aromatiques hydrocarbonés) dans les pays nordiques (Suède, Norvège, Finlande) [18]. Au contraire, aucun lien n'a pu être mis en évidence avec l'exposition à des pesticides [19]. Les variations régionales d'incidence en France, comme celles observées en Allemagne par Brandt (TSM 2,3/100 000 pour les TGNS dans le Nord-Est du pays, et <1,2/100 000 dans le reste du pays) [20], pourraient être dues à des facteurs de risque environnementaux répartis de manière non uniforme sur le territoire [16]. Au niveau de la distribution par type histologique, on observe une augmentation de la proportion de TGS en France. Les TGS représentaient 50 % des TGT dans les années 1990-94. Elles en représentent 59 % dans la période 2010-2015 [3]. La même évolution est mise en évidence dans le RTH. Cette observation est retrouvée dans la littérature internationale depuis 1980 ; les TGS représentent aujourd'hui la majorité des TGT [21, 22]. Dans une étude portant sur 2482 patients, Ruf notait cette évolution (TGS passées de 31 % des TGT avant 1990 à 56 % en 2010 en Allemagne) et proposait comme hypothèse l'existence de voies pathogéniques distinctes pour les TGS et les TGNS, à partir d'un même précurseur histologique, sous la pression de facteurs environnementaux [21]. La compréhension de ces changements histologiques reste une piste de recherches futures pour la compréhension de cette pathologie et de ses facteurs de risque héréditaires (génétiques et non génétiques) et environnementaux.


Cancer du pénis : comparaison aux données françaises, européennes et mondiales


Le CP était le 20e cancer solide en France en 2018. Selon FRANCIM, le nombre de nouveaux cas de CP en France métropolitaine en 2018 était de 449 [3]. On observe une augmentation du nombre de cas liée à l'accroissement et au vieillissement de la population mais le TSM d'incidence des CP est stable (0,7/100000) [3]. L'analyse par âge montre que l'incidence augmente de façon linéaire à partir de 50 ans (Figure 6) [3]. Les données d'incidence du RTH sont comparables aux données FRANCIM. Dans le monde en 2018, on dénombrait 34 475 nouveaux cas de CP, et 15 138 décès [5]. Les variations géographiques sont importantes ; l'incidence est plus forte en Amérique Latine (TSM 1,5/100 000), en Afrique Sub-Saharienne (TSM 1,4/100 000), en Inde et en Asie (TSM 1,3/100 000) [5]. La mortalité du CP en 2018 suit la même répartition. Le taux de mortalité est le plus élevé en Asie du Sud (TSM 0,9/100 000) [5].


Figure 6
Figure 6. 

Taux d'incidence du CP selon la classe d'âge en France en 2018 (données FRANCIM).




Le CP est un cancer rare, que l'on rencontre plus fréquemment du fait du vieillissement de la population malgré une incidence et une mortalité stable en France. Au niveau mondial, il est plus fréquent dans les pays les moins développés. Les principaux facteurs de risque connus sont l'HPV (Human Papilloma Virus) (HPV-16, HPV-6 et HPV-18), la macération (phimosis, défaut d'hygiène) et le tabac [23]. L'HPV serait impliqué dans 33 % des CP [24]. Les données relatives à l'incidence et à la prévalence de l'HPV en France ne sont pas disponibles. La circoncision aurait un rôle protecteur par une diminution du risque de contamination par l'HPV [25]. Des études menées en Israël, pays ayant pour coutume de réaliser une circoncision chez les nourrissons, confirment une faible incidence des CP (TSM 0,1/100 000) [26]. Les pays à forte incidence (Brésil, Afrique du Sud, Inde)(TSM 1,3-1,5/100 000) [5] ne pratiquent pas la circoncision. Un vaccin existe contre l'HPV (Types 6, 11, 16, 18), initialement recommandé en France uniquement chez les filles en prévention du cancer du col de l'utérus. La généralisation aux hommes est débattue mais certains pays comme les États-Unis, le Canada ou l'Australie l'ont incorporé à leur calendrier vaccinal chez les garçons [27]. La HAS a émis en Décembre 2019 un avis favorable à cette généralisation en France [28]. La mortalité du CP est stable, avec un taux de survie à 5 ans de 65 % en France, en lien avec un retard diagnostique lié à la consultation tardive des patients [29].


Limites de l'étude


Notre analyse présente des limites par l'absence de données complètes sur l'exposition aux facteurs de risque et les modalités de traitement de ces cancers. Cela tient aux objectifs des registres généraux qui sont la production de données d'incidence et de mortalité, et non la trajectoire de soin des patients. Ceci a justifié la création d'un registre spécialisé en onco-urologie avec un recueil de données beaucoup plus étendu : RHESOU (Registre de l'Hérault spécialisé en onco-urologie).


Conclusion


Le but de notre étude est de présenter une mise à jour des données épidémiologiques des TGT et du CP dans le département de l'Hérault.


L'incidence des TGT a fortement augmenté dans l'Hérault durant les 30 dernières années alors que l'on observe une baisse de la mortalité.


La proportion des TGS augmente ; elle est passée de 53 % à 60 % en 30 ans dans l'Hérault.


L'incidence et la mortalité du CP étaient stables dans l'Hérault durant les 30 dernières années.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.



Remerciements


Nous remercions l'ensemble de l'équipe du RTH et les médecins de l'Hérault et leurs équipes ayant contribué au recueil et à l'analyse des données.




Tableau 1 - Incidence et mortalité des tumeurs germinales du testicule selon l'année dans l'Hérault.
Années/2 ans  Nb cas  Incidence : Taux brutsa  Incidence : TSMb  Nb décès  Mortalité : TSMb  Incidence TSMb par tranche d'âge 
            0-14  15-29  30-44  45-59  60-74  >75 
1987-1988  34  4,6  4,2  0,8  0,6  4,9  10,6  4,5  2,1   
1989-1990  22  2,9  2,5  0,1    3,8  1,6  2,7   
1991-1992  20  2,6  2,5  0,6  0,8  4,9  4,7  0,7   
1993-1994  22  2,7  2,6  0,3    4,7  5,8  1,6   
1995-1996  32  3,9  3,6  0,2    7,1  6,3  2,8  2,9   
1997-1998  36  4,3  0,5    8,4  6,2  5,3  1,9 
1999-2000  47  5,4  5,4  0,3  1,5  9,7  10,5  3,6  1,1   
2001-2002  37  4,1  3,8  0,2    7,5  3,7  0,8  3,1 
2003-2004  52  5,6  5,4  0,2    9,7  13,6  3,1  2,9 
2005-2006  57  5,7  0,3    8,7  16,5  0,6  1,6 
2007-2008  58  5,9  5,5  0,5    6,5  14,8  5,9  3,3   
2009-2010  71  7,1  6,8  0,2    8,8  18,1  8,5  1,6 
2011-2012  65  6,3    9,2  16,3  4,5  1,3   
2013-2014  75  0,3  0,6  8,6  18,9  6,8  2,5  1,4 
2015-2016  97  9,3  0,4  0,6  12,9  28,1  4,7  1,6   



[a] 
Pour 100 000 hommes.
[b] 
TSM : Taux standardisés sur la population mondiale pour 100 000 hommes.


Tableau 2 - Types histologiques des tumeurs germinales du testicule (TGT) sur 30 ans, dans l'Hérault.
Années/2 ans  TGS  TGNS  TGS/TGT 
1987-1988  18  16  0,53 
1989-1990  12  11  0,52 
1991-1992  13  0,35 
1993-1994  15  0,32 
1995-1996  14  18  0,44 
1997-1998  18  18  0,50 
1999-2000  19  28  0,40 
2001-2002  19  18  0,51 
2003-2004  28  24  0,54 
2005-2006  30  28  0,52 
2007-2008  33  25  0,57 
2009-2010  33  38  0,46 
2011-2012  36  30  0,55 
2013-2014  41  33  0,55 
2015-2016  58  39  0,60 



Légende :
TGS : tumeur germinale séminomateuse ; TGNS : tumeur germinale non séminomateuse.



Tableau 3 - Incidence et mortalité du cancer du pénis selon l'année dans l'Hérault.
Années/2 ans  Nb cas  Incidence : Taux brutsa  Incidence : TSMb  Nb décès  Mortalité : TSMb  Taux d'incidence brut par tranche d'âge 
            15-29  30-44  45-59  60-74  >75 
1987-1988  14  1,9  1,1  0,2  1,7  8,1  9,5 
1989-1990  11  1,4  0,8  0,8  5,8 
1991-1992  0,8  0,5  0,2  0,5  0,6  2,7  2,3 
1993-1994  12  1,5  0,9  0,2  0,6  2,3  2,5  11,7 
1995-1996  1,1  0,8  0,2  0,6  2,1  2,5  4,3 
1997-1998  0,9  0,5  0,3  0,6  0,7  3,4  3,9 
1999-2000  0,8  0,4  0,1  0,6  1,7  7,3 
2001-2002  13  1,5  0,7  0,2  1,7  3,3  10,3 
2003-2004  15  1,6  0,7  0,1  0,5  0,6  3,2  14,5 
2005-2006  11  1,2  0,6  0,2  0,5  0,5  3,9  6,1 
2007-2008  16  1,6  0,9  0,1  0,5  1,6  3,6  10,1 
2009-2010  17  1,7  0,7  0,2  0,5  2,7  16,9 
2011-2012  12  1,2  0,5  0,1  1,5  1,3  9,5 
2013-2014  0,7  0,4  0,1  1,7  3,5 
2015-2016  15  1,4  0,6  0,1  3,4  8,2 



[a] 
Pour 100 000 hommes
[b] 
TSM : Taux standardisés sur la population mondiale pour 100 000 hommes


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