L’application d’un programme de réhabilitation précoce (ERAS) améliore-t-elle les résultats périopératoires après cystectomie ?

25 mai 2018

Auteurs : A. Baldini, H. Fassi Fehri, Y. Cerantola, F. Bayle, E. Ravier, P.Y. Belot, N. Arnouil, M. Colombel, L. Badet
Référence : Prog Urol, 2018, 6, 28, 351-358
Objectif

Évaluer la faisabilité et l’impact de l’implémentation d’un programme ERAS après cystectomie radicale pour cancer de vessie.

Matériels et méthodes

Étude rétrospective observationnelle comparant un groupe témoin pré-ERAS regroupant les cystectomies opérées pour cancer de vessie de janvier 2013 à décembre 2015 avec une procédure classique, et un groupe interventionnel ERAS bénéficiant d’un programme de réhabilitation précoce pré-, per- et postopératoire à partir de février 2016. Le critère de jugement principal était la durée de séjour. Les critères secondaires étaient le taux de complications majeures (Clavien3B), le taux de réadmissions, la durée de séjour aux soins continus, le taux d’iléus et la compliance au protocole.

Résultats

Les 2 groupes étaient comparables en termes de données démographiques. Au total, 97 patients ont été inclus, 56 patients pré-ERAS et 41 patients ERAS. La compliance totale a été de 65,8 %. La médiane de séjour était de 19j. vs 14j (p  : 0,021) en faveur du groupe ERAS. Le taux des complications majeures (Clavien3B) était de 23,2 % pour le groupe témoin et de 12,1 % pour le groupe ERAS (p  : NS). Le taux de reposes de sonde naso-gastrique était plus élevé dans le groupe témoin (39,3 % vs 21,9 % ; p  : NS). Le taux de réadmission a été de 7,1 % dans le groupe témoin et de 14,6 % dans le groupe ERAS (p  : NS).

Conclusion

L’optimisation de la prise en charge périopératoire des cystectomies radicales pour cancer de vessie par l’application d’un programme de réhabilitation précoce a permis de réduire de façon significative la durée de séjour et a tendance à améliorer le taux de complications graves ainsi que le taux d’iléus postopératoires.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


La cystectomie radicale est une chirurgie considérée de manière traditionnelle comme une chirurgie majeure, dotée d'une morbi-mortalité non négligeable.


Durant les 30 dernières années, les progrès réalisés à la fois sur le plan de la technique opératoire et sur l'émergence de centres experts ont rendu plus sûre cette chirurgie avec une mortalité inférieure à 5 % [1, 2, 3]. Cependant, la morbidité reste élevée et varie de 30 à 60 % selon les études avec une durée moyenne de séjour (DMS) variant entre 8 et 22 jours [3, 4, 5].


Le programme enhanced recovery after surgery (ERAS), est une approche multimodale regroupant plusieurs interventions dans la période pré-, per- et postopératoire visant une réduction du stress chirurgical, des complications périopératoires et de la durée de séjour.


Son efficacité a été démontrée initialement en chirurgie colorectale : 3 essais cliniques randomisés rapportaient une diminution significative des complications postopératoires de 50 % et une réduction de la DMS de 2,5 jours [6, 7, 8]. En 2013, la société ERAS publiait les recommandations en chirurgie urologique pour la cystectomie radicale.


Le taux de complications graves (Clavien≥3B) [9] après cystectomie radicale en France reste élevé. Les suites postopératoires des patients opérés d'une cystectomie sont conditionnées en grande partie par l'état général des patients et la sévérité de leurs comorbidités, témoignant de l'avantage que pourrait apporter un tel programme sur la morbi-mortalité de nos patients.


L'implémentation du programme ERAS en urologie implique une modification des pratiques qui nécessite l'adhésion de l'ensemble des intervenants (chirurgiens, anesthésistes, cadres infirmières, infirmières, secrétaires) dans le chemin clinique du patient. De la consultation préopératoire à la sortie du service, le but est de permettre une réduction de la durée de séjour et des complications majeures par rapport à une prise en charge classique.


L'objectif principal de cette étude a été ainsi d'évaluer l'impact de l'implémentation du programme ERAS sur la durée de séjour après cystectomie radicale dans un centre de chirurgie hospitalo-universitaire.


Les objectifs secondaires ont été d'évaluer les complications majeures (>Clavien 3A), le taux de réinterventions, le taux d'iléus postopératoires et le taux de reposes de SNG, le taux de réadmissions et la compliance aux items ERAS.


Matériels et méthodes


Type d'étude


Il s'agissait d'une étude rétrospective, monocentrique, contrôlée de type avant/après comparant les résultats postopératoires d'une série prospective de patients suivant le nouveau programme de réhabilitation précoce instauré dans le service depuis février 2016 (ERAS) et d'un groupe témoin pré-ERAS composé de patients opérés dans le service du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015.


Les données rétrospectives disponibles du groupe témoin ont été recueillies par un seul opérateur en utilisant les données démographiques de la base PMSI, les données informatiques (Cristalnet ; Easily ; IPOP) et le dossier médical papier pour le recueil des différentes variables.


Étaient inclus dans l'étude l'ensemble des cystectomies radicales avec curage ganglionnaire et dérivations urinaires, non continentes de type Bricker ou continentes par la réalisation de néovessie selon Hautmann, pour cancer de vessie en respectant les recommandations de l'Association française d'urologie (AFU) et de l'European Association of Urology (EAU) [10, 11].


Étaient exclus les patients ayant eu une cystectomie pour vessie neurologique ou autre cause dans le but d'homogénéiser au maximum les groupes et limiter les biais de sélection.


La comparaison de ces 2 groupes portait sur l'exposition ou l'absence d'exposition des patients au programme ERAS.


L'analyse et les conclusions présentées portaient sur les résultats observés de février 2016 à mai 2017. Tous les cas consécutifs ont été inclus dans l'étude, aucun critère d'exclusion n'existant à la pratique de ce programme.


Les données ont été collectées de manière manuscrite sur la version papier de la data base, anonymisées, puis saisies dans une base de données dédiée de format Microsoft Access.


Le protocole ERAS et l'ensemble de cette étude ont été approuvés par la CNIL, l'autorité française de contrôle en matière de protection des données personnelles.


Une information orale, claire et appropriée a été donnée à tous les patients inclus, après remise d'une fiche d'information détaillée sur la chirurgie et le déroulement du programme ERAS.


Description du protocole


Les différents items sont présentés sur la Figure 1.


Figure 1
Figure 1. 

Vingt-deux items du protocole enhanced recovery after surgery (ERAS) (www.erassociety.org/).




Les patients témoins ne bénéficiaient pas de protocole particulier.


La compliance préopératoire au programme ERAS était définie par une information claire et écrite, donnée par le chirurgien et l'infirmière coordinatrice d'ERAS, une évaluation nutritionnelle réalisée en consultation d'anesthésie au moyen du score NRS 2002, validé pour le dépistage de la dénutrition [12] et dont le score conditionnait une renutrition, soit parentérale soit entérale, une supplémentation orale, une immunonutrition ou une alimentation normale, un arrêt de l'intoxication alcoolo tabagique éventuelle, une absence de préparation digestive orale en préopératoire, une prise de solution carbohydratée hors contre indication, de 800mL à j−1 et de 400mL 2 heures avant l'induction, une absence de pré médication, une thrombo-prophylaxie par bas de contention et une antibio-prophylaxie intraveineuse avant l'induction, puis par une nouvelle injection après 2 heures d'intervention.


En peropératoire, les patients bénéficiaient d'une prophylaxie anti-nauséeuse à la fin de l'intervention, d'une rachi anesthésie thoracique à visée antalgique postopératoire en cas de chirurgie ouverte, la rachi anesthésie lombaire ou la péridurale n'étant pas considérées comme compliantes, des opioïdes de courte durée d'action comme le remifentanyl et une prévention de l'hypothermie. Les cystectomies étaient réalisées par 2 chirurgiens expérimentés de l'équipe du service.


La SNG était retirée à j1. Le drainage du site opératoire et la pose de sondes urétérales ont été recommandés.


En postopératoire, le programme était composé de la prévention des nausées et des vomissements, de la prévention de la douleur et de l'iléus paralytique postopératoire. Des laxatifs et/ou de chewing gum ont été utilisés de façon systématique, ainsi qu'une hydratation périopératoire à j0 de moins de 3,5L. L'hydratation IV était arrêtée à j5. Les patients étaient mobilisés dès j0 puis d'au moins 4h à j1 et d'au moins 6h à partir de j2. Enfin, une réalimentation orale rapide était instaurée avec un apport calorique quotidien de 300kcal à J0 et de 600kcal à j1.


Les drains étaient retirés à partir de j3 et les sondes urétérales à partir de j8. Lorsqu'une néovessie était réalisée, la sonde à demeure était retirée à j12.


L'ensemble de ces items était notifié en fonction de leur observance dans une base de données informatique fournie par la société ERAS permettant un audit permanent de nos pratiques.


La compliance totale était donc définie par le nombre d'items qui étaient respectées lors de la prise en charge de nos patients dans le service. Nous étions non compliants soit par nécessité (exemple : solutions carbohydratées contre indiquées en cas de diabète), ou en fonction de la clinique (exemple : pas d'arrêts de l'hydratation postopératoire à j5 en cas de repose de sonde naso-gastrique).


Critères de jugement


Le critère de jugement principal était la durée de séjour postopératoire.


Les critères secondaires étaient le taux de complications graves postopératoires à j30 selon la classification de Clavien, avec des complications supérieures à Clavien 3A [9], le taux de reprises chirurgicales à j30, le taux de réadmissions à j30, la durée de séjour en soins continus, le taux d'iléus paralytiques postopératoires et l'adhésion au protocole.


Statistiques


Les variables qualitatives ont été comparées à l'aide du test Chi2 ou du test d'exact de Fisher lorsque les effectifs théoriques étaient inférieurs à 5. Les variables quantitatives ont été comparées à l'aide du test de Student ou du test de Mann-Whitney-Wilcoxon selon les conditions d'applications.


Résultats


L'étude a été menée de façon rétrospective du 1er janvier 2013 au 1er mai 2017. La cohorte était composée de 97 patients, 56 dans le groupe témoin et 41 dans le groupe ERAS.


Les 2 groupes étaient comparables et leurs caractéristiques sont résumées dans le Tableau 1, hormis la proportion de femmes plus élevée dans le groupe ERAS statistiquement significatif (p =0,004), et le taux de chimiothérapie préopératoire (p =0,02).


Il existait une diminution de la durée médiane de séjour de 19 jours dans le groupe témoin à 14 jours dans le groupe ERAS (p =0,021) (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Durée médiane de séjour avant et après enhanced recovery after surgery (ERAS).




La réadmission était de 7,1 % dans le groupe témoin versus 14,6 % (6 patients) dans le groupe ERAS (NS). La cause de ces réadmissions étaient principalement infectieuses (2 infections urinaires, 1 abcès de paroi, 1 abcès profond), mais nous avons observé également une thrombose veineuse profonde et une hospitalisation pour des vomissements.


Le Tableau 2 résume les résultats sur les critères de jugement secondaires. Nous avons observé notamment une tendance à une diminution des complications majeures (Clavien>3A) dans le groupe ERAS, passant de 23,2 % dans le groupe pré-ERAS à 12,1 % dans le groupe ERAS (p =0,1) et à une diminution de repose de sonde naso-gastrique traduisant un iléus postopératoire (39,3 % versus 21,9 % ; p =0,07).


Il existait une tendance à un saignement moins important dans le groupe ERAS, avec des pertes sanguines moyennes estimées de 810mL contre 1114mL (p=0,06), avec une diminution statistiquement significative du total de perfusion peropératoire de 5634mL à 4736mL (p =0,008), par utilisation régulière du doppler Å“sophagien (Tableau 3).


Le programme ERAS avait tendance à diminuer : le recours aux antalgiques intra veineux (douleur contrôlée par antalgiques oraux passant de j8 à j5 avec p =0,004), la date de reprise des gaz (p =0,02) et des selles (NS), et la date de reprise d'une alimentation orale tolérée, passant de 9 à 6 jours (NS) (Tableau 4).


Enfin le Tableau 5 montre la compliance de l'ensemble de l'équipe médicale et paramédicale aux items ERAS. La compliance totale était de 65,8 %. La procédure classique pré-ERAS remplissait sans le savoir 46,2 % des items ERAS, principalement en ce qui concerne les items pré- et peropératoires. La compliance concernant la mobilisation et la réalimentation des patients étaient très faible dans le groupe pré-ERAS.


Discussion


En urologie, les protocoles de réhabilitation précoce peuvent être appliqués à des chirurgies majeures. La cystectomie radicale s'applique à des patients le plus souvent âgés avec de nombreuses comorbidités, en particulier avec un risque d'insuffisance rénale préopératoire par obstruction et dont l'âge moyen augmente, de 62 ans en France [13] en 2008 à 70 ans en 2014. Le stress chirurgical est important pour le patient et la durée de séjour est élevée. La marge de progression sur la prise en charge périopératoire est donc importante en particulier sur les complications digestives de type iléus [3, 14, 15].


Notre étude confirme la faisabilité de la mise en place d'un programme de réhabilitation rapide après chirurgie avec une adhésion et une observance du protocole de 65,8 %. Cette compliance a été calculée sur la base urologique de ERAS, qui possède des critères stricts et probablement non adaptés à la réalité. Les recommandations HAS sur la réhabilitation précoce après cystectomie seront composées d'items plus souples permettant d'augmenter cette valeur de compliance.


Sa mise en place a permis une réduction de la durée de séjour médiane de 5 jours, inférieure à la durée de séjour nationale (Tableau 6). L'expérience de l'équipe chirurgicale est un facteur important [16] car un centre est jugé expert s'il fait plus de 50 cystectomies par an, alors qu'un centre réalisant moins de 15 procédures par an constitue un facteur de risque indépendant de mortalité.


D'autre part, sa mise en place a permis une réduction de la morbidité en l'espace de 4 mois avec une diminution des complications majeures (Clavien>3A) de moitié. Les complications graves étaient des complications facilement identifiables aussi bien en rétrospectif qu'en prospectif et ainsi peu soumises au risque de biais de recueil de données. À l'inverse, le recueil rétrospectif de toutes les complications s'exposait à un risque de sous-évaluation, notamment au niveau des complications infectieuses ou digestives.


Enfin, le taux de repose de sonde naso-gastrique a été pour nous un critère objectif fiable et reproductible afin d'analyser le taux d'iléus postopératoire. Il est inférieur dans le groupe ERAS. Il s'agit d'une complication majeure, principal facteur de maintien en hospitalisation [17]. La mobilisation et la renutrition précoce constituent deux facteurs primordiaux pour la reprise du transit postopératoire.


Tous ces résultats sont en accord avec la littérature [5, 18, 19, 20, 21].


Il est important de distinguer les résultats des équipes européennes américaines. Les résultats les plus spectaculaires sont probablement ceux de l'équipe de Daneshmand en Californie, où l'implémentation d'un programme de réhabilitation permettait une diminution de la durée de séjour de 8 à 4 jours postopératoires (p <0,001) [5]. Leur protocole incluait l'utilisation d'Alvimopan, un antagoniste périphérique des morphiniques dont l'autorisation est refusée en Europe, et qui a montré un avantage non négligeable dans le taux d'iléus postopératoire de chirurgies lourdes [17]. Son utilisation en France pourrait réduire nos complications et nos durées de séjour de façon encore plus significative. D'autre part, les cultures médico-sociales différentes avec notamment des difficultés d'accès en France aux services de soins de suite et de réadaptation (SSR) constitue un biais à nos résultats comparativement aux études américaines. Le taux de réadmission dans notre série était sensiblement plus bas que dans les séries présentant les meilleures durées de séjour, avec des taux pouvant atteindre 20 à 30 % [5, 18].


En Europe, la plus grosse série à notre connaissance est celle de Pang et al. [21], comparant 393 patients bénéficiant d'un programme ERAS contre 60 patients avec une procédure classique, permettant de réduire la durée médiane de séjour de 18 à 8 jours. Les auteurs décrivaient une courbe d'apprentissage nécessaire à la mise en place d'un tel programme. Un protocole de réhabilitation précoce se doit d'être implémenté par une équipe composée de chirurgien, d'anesthésiste et d'infirmières coordinatrices permettant de faire le relais entre l'équipe chirurgicale et paramédicale. L'ensemble de l'équipe se doit de travailler dans le même sens vers des objectifs communs.


La randomisation d'un tel programme est difficile à mettre en place, et il existe à notre connaissance qu'une seule étude ayant comparé de façon randomisée un protocole ERAS avec une procédure classique [22]. Il s'agissait d'une situation dans laquelle les résultats ne sont pas dus aux facteurs expérimentaux mais au fait que les patients ainsi que les équipes médicale et paramédicale ont conscience de participer à une expérience dans laquelle ils sont testés, se traduisant par une meilleure motivation et une modification des pratiques en particulier dans le groupe témoin, et pouvant donc entraîner un biais de confusion (effet Hawthorne).


Les facteurs d'amélioration sont nombreux. D'un point de vue antalgique, l'utilisation de cathéters de paroi para-incisionnels, sans utilisation de péridurale constituent un facteur de progression nécessitant une étude clinique approfondie. Il n'existe pas à notre connaissance d'étude comparant ces deux procédés analgésiques mais les équipes utilisant des cathéters de paroi rapportent un contrôle de la douleur très intéressant [5, 21]. Ils pourraient permettre la réduction de la vasoplégie que l'on voit classiquement avec l'utilisation de la péri durale, avec une action sur la reprise du transit. Enfin, la mobilisation précoce serait s'autant plus facilité.


Cette étude observationnelle présentait de nombreux biais. Liés à son caractère rétrospectif concernant le groupe témoin, quelques paramètres n'ont pas pu être collectés et influencent potentiellement les résultats finaux. Ce biais a pu être limité par l'effectif ayant bénéficié d'une procédure classique (56 patients) et par le recueil prospectif des paramètres du groupe ERAS. D'autre part, la base de données est une base prospective, standardisée et contrôlée par un système d'audit.


Le défaut de compliance peut être lié, d'une part, à une définition trop stricte des items ERAS, avec notamment des objectifs de mobilisation et de réalimentation postopératoires inadaptés. La mobilisation précoce requiert un patient en bon état général, motivé et informé au préalable du programme de mobilisation et de réalimentation. Elle nécessite également un personnel paramédical (infirmières, aides soignantes, kinésithérapeutes...) en nombre suffisant, organisé et sensibilisé à ce changement de pratique. L'implémentation a nécessité une organisation de service exemplaire, basée sur une excellente communication et un respect des protocoles mis en place. Ces notions sont indispensables pour le bon fonctionnement d'un tel programme.


Conclusion


L'implémentation d'un programme de réhabilitation précoce après une chirurgie aussi complexe que la cystectomie radicale pour cancer de vessie a permis d'observer de premiers résultats intéressants avec une diminution des complications majeures postopératoires (Clavien>3A) et une diminution de la durée médiane de séjour de deux jours par rapport au groupe avant implémentation du programme ERAS.


La mise en place d'un tel protocole requiert une organisation de service performante afin que l'ensemble des équipes médicales et paramédicales travaillent dans la même direction, ce qui est primordial pour améliorer la compliance envers tous les items du protocole qui n'est actuellement que de 63 %.


Une étude comparative « avant/après » et « ici/ailleurs » avec une cohorte plus importante devra être réalisée dans les prochains mois dans le but de valider ces résultats qui semblent montrer un impact favorable dans la prise en charge des patients cystectomisés.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques cliniques et démographiques des patients avant et après implémentation du programme ERAS.
Caractéristiques cliniques  Pré-ERAS (n =56)  ERAS (n =41)  p  
Genre homme (%)  88 %  68 %  0,004 
Âge moyen  70  67  NS 
Âge médian  71  69  NS 
Âge>70 ans  55 %  49 %  NS 
ASA 1-2  41,1 %  36,5 %  NS 
ASA 3-4  58,9 %  63,5 %  NS 
Poids moyen  75  75  NS 
Perte de poids moyen en 6 mois  −1,3  −1,5  NS 
IMC  25  26  NS 
Support nutritionnel préopératoire  9 %  29 %  0,009 
Tabagisme actif  35,7 %  31,7 %  NS 
Immunodépression  25 %  29 %  NS 
Diabète  33,9 %  27 %  NS 
Pathologies cardiaques  30,3 %  26,9 %  NS 
Pathologies respiratoires  21,4 %  12,1 %  NS 
Antécédents chirurgicaux et/ou de radiothérapie  57,1 %  58,5 %  NS 
Chimiothérapie néoadjuvante  17,8 %  29,3 %  0,02 
Créatinine moyenne préopératoire (μmol/L)  152  103  NS 
Dérivation urinaire non continente type Bricker  71,4 %  75,6 %  NS 
Laparoscopie ou robot  25 %  24,4 %  NS 
Rachi anesthésie ou péridurale  67,8 %  68,2 %  NS 
T3-T4  60,7 %  48,7 %  NS 
N+  25 %  34,1 %  NS 



Légende :
ERAS : enhanced recovery after surgery ; NS : non significatif.



Tableau 2 - Évaluation des complications des patients opérés avant et après implémentation du programme ERAS.
Résultats  Pré-ERAS (n =56)  ERAS (n =41)  p  
Durée de séjour moyenne (jours)  23,1  20,8  NS 
Durée de séjour médiane (jours)  19  14  0,021 
Décès (n 2 (3,5 %)  1 (2,4 %)  NS 
Réadmission  7,1 %  14,6 %  NS 
Clavien>ou=3B  23,2 %  12,1 %  NS 
Nombre de nuit en USC ou réanimation (nuits)  5,1  5,1  NS 
Reprise chirurgicale  10,7 %  7,3 %  NS 
Urinome/fistule  8,9 %  9,7 %  NS 
Pneumonie  7,1 %  12,1 %  NS 
Insuffisance respiratoire  3,5 %  2,4 %  NS 
Insuffisance rénale  16 %  26,9 %  NS 
Eviscération  3,8 %  0 %  NS 
Complications infectieuses  41,1 %  39 %  NS 
Infection urinaire  16 %  19,5 %  NS 
Abcès intrapéritonéal  7,1 %  12,1 %  NS 
Iléus paralytique  39,2 %  31,7 %  NS 
Repose de SNG  39,3 %  21,9 %  0,07 
TVP ou embolie pulmonaire  1,8 %  0 %  NS 



Légende :
ERAS : enhanced recovery after surgery ; NS : non significatif.



Tableau 3 - Évaluation peropératoire avant et après implémentation du programme ERAS.
Résultats  Pré-ERAS (n =56)  ERAS (n =41)  p  
Pertes sanguines (mL)  1114  810  NS 0,06 
Temps d'intervention (min)  328  318  NS 
Doppler Å“sophagien  14,2 %  75,6 %  0,001 
Volume cristalloïdes peropératoire (mL)  4590  4160  NS 0,07 
Volume colloïdes peropératoire (mL)  636,6  312,1  0,007 
Volume transfusion (mL)  407,6  364,1  NS 
Total perfusion peropératoire (mL)  5634,4  4736,1  0,008 



Légende :
ERAS : enhanced recovery after surgery ; NS : non significatif.



Tableau 4 - Évaluation des suites postopératoires précoces avant et après implémentation du programme ERAS.
Résultats  Pré-ERAS (n =56)  ERAS (n =41)  p  
SNG postopératoire  84 %  88 %  NS 
Chewing gum postopératoire  0 %  39 %  0,001 
Jour de reprise des gaz (jours)  4,6  0,02 
Jour de reprise des selles (jours)  NS 0,07 
Jour d'une reprise d'alimentation tolérée (jours)  NS 
Douleur contrôlée par antalgiques oraux (jours)  0,004 



Légende :
ERAS : enhanced recovery after surgery ; NS : non significatif.



Tableau 5 - Compliance pré-, per- et postopératoire selon les items ERAS.
Compliance ERAS  Pré-ERAS (n =56)  ERAS (n =41) 
Préopératoire  43,6 %  83,5 % 
Peropératoire  70 %  70,5 % 
Postopératoire  33,8 %  47,5 % 
Total  46,2 %  65,8 % 



Légende :
ERAS : enhanced recovery after surgery .



Tableau 6 - Caractéristiques démographiques des patients opérés d'un cancer de vessie en France en 2014.
Moyennes nationales  France 2014 (n =4222) 
Âge moyen  70 
Âge médian  71 
Durée de séjour moyenne (jours)  20,6 
Durée de séjour médiane (jours)  18 
Décès (n 120 (2,8 %) 




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