La protéine C-réactive à j4 postopératoire, un marqueur fiable du risque de complications après cystectomie

25 avril 2018

Auteurs : M. Trabelssi, R. Thuret, S. Droupy, P. Costa, X. Rebillard, G. Poinas
Référence : Prog Urol, 2018, 5, 28, 282-290
Objectif

Le dosage de la protéine C-réactive (CRP) à j4 postopératoire est recommandé en chirurgie digestive pour prédire le risque de complications. Le but de notre étude était d’analyser pour la première fois en urologie, la relation entre une CRP postopératoire élevée et l’existence de complications en postopératoire des cystectomies pour cancer.

Patients et méthode

Il s’agit d’une étude multicentrique, analysant de façon rétrospective les données cliniques et biologiques de 313 patients traités par cystectomie pour cancer entre janvier 2013 et juillet 2016. Les complications postopératoires et les différents facteurs de risques de complications ont été analysés pour valider l’utilité du dosage de la CRP en postopératoire.

Résultats

Trois cents treize (313) patients inclus, 278 (89 %) hommes, 35 (11 %) femmes (moyenne d’âge 68,1±9,2 ans). Parmi les patients, 57,5 % ont eu une dérivation urinaire par urétérostomie cutanée trans-iléale de type Bricker, 30,5 % par néovessie orthotopique et 11,5 % par urétérostomies cutanées. Nous avions 26,5 % de complications de grade2 selon la classification de Clavien–Dindo. Un tiers des complications postopératoires des cystectomies était d’ordre infectieux ou inflammatoire. Parmi les patients sans complication, 93,7 % avaient une CRP inférieure à 150mg/L à j4 postopératoire. En analyse multivariée, seul le taux de la CRP à j4 était prédictif du risque de complication (p <0,001). Une CRP>150mg/L à j4 postopératoire est fortement associée à un risque de complication postopératoire (OR=81,42 ; IC95 % [25,6–258,3] ; p <0,001). Ainsi la CRP à j4 est un marqueur fiable pour exclure l’existence de complications infectieuses avec une valeur prédictive négative de 0,94.

Conclusions

La CRP à j4 avec un seuil à 150mg/L permettrait de prédire de façon fiable le risque de complications postopératoires après cystectomie. Un monitorage de la CRP postopératoire pourrait aider à l’adaptation des protocoles de réhabilitation en postopératoire de cystectomie mais également à la prise en charge précoce de complications.




 




Introduction


Le cancer de la vessie en France est au 4e rang des incidences de cancer et au 2e rang des cancers urologiques, après le cancer de la prostate [1].


La cystectomie est selon les recommandations nationales et internationales, le traitement de référence des tumeurs de vessie infiltrant le muscle, en l'absence de métastase [2, 3]. Dans certaines tumeurs de vessie non infiltrant le muscle vésical, après échec des traitements conservateurs (BCG-thérapie) ou pour des tumeurs à haut risque de progression, la cystectomie est également proposée.


La morbidité périopératoire de la cystectomie est lourde, elle varie de 49 % à 68 % et la mortalité varie de 1,5 % à 6,9 %, selon la littérature [4, 5]. La réduction de la morbi-mortalité de la cystectomie est un objectif de toutes les équipes chirurgicales réalisant ce geste.


Pour la chirurgie colorectale, des études ont montré que les complications postopératoires avaient un impact négatif sur la survie, à la fois à court et long terme [6], elles rallongeaient la durée du séjour en hospitalisation, augmentaient le coût de la prise en charge, influaient le taux de récidive locale et la survie globale [7, 8, 9]. La détection précoce des complications postopératoires après une chirurgie abdominale est délicate. Il est difficile de distinguer la symptomatologie inflammatoire normale liée au traumatisme chirurgical, d'une complication. Depuis quelques années les marqueurs de l'inflammation comme la protéine C-réactive (CRP) ou la procalcitonine (PCT) ont largement été utilisés comme facteurs de détection précoce de complications infectieuses ou digestives [10, 11]. Le dosage de la CRP en postopératoire est largement proposé en chirurgie viscérale (chirurgie de l'Å“sophage, chirurgie bariatrique, chirurgie pancréatique, chirurgie colique et rectale), en chirurgie cardiothoracique et en neurochirurgie pour prédire le risque de complications [12, 13, 14, 15, 16].


En cas d'inflammation, la CRP est synthétisée à la sixième heure pour atteindre son pic 48h après le début de l'inflammation.


En urologie le dosage de la CRP postopératoire n'a jamais été évalué, en tant que facteur prédictif des complications postopératoires.


L'objectif de notre étude était d'analyser la relation entre un taux de protéine C-réactive (CRP) élevé en postopératoire et l'existence de complications infectieuses et de complications sévères dans les suites des cystectomies pour cancer.


Patients et méthode


Il s'agit d'une étude originale, multicentrique et rétrospective sur trois centres : les services d'urologie du CHU de Nîmes, du CHU de Montpellier et de la clinique mutualiste Beau-Soleil de Montpellier. Tous les dossiers des patients ayant été opérés d'une cystectomie totale pour cancer durant une période de 43 mois, entre janvier 2013 et juillet 2016, ont été revus et analysés tant sur le plan clinique que biologique.


Nous avons exclu les cystectomies pour vessie neurologique (30 patients), ainsi que les dossiers où il manquait des données fondamentales (28 patients).


Les hommes ont tous été opérés d'une cystoprostatectomie totale avec un curage ganglionnaire pelvien étendu bilatéral. Les femmes ont eu une pelvectomie antérieure avec un curage ganglionnaire pelvien étendu bilatéral ou une cystectomie radicale avec un curage ganglionnaire pelvien étendu bilatéral en cas d'antécédent d'hystérectomie.


La chirurgie a été soit réalisée par laparotomie sous ombilicale, soit par laparoscopie robot-assistée.


Les patients inclus ont eu une dérivation urinaire soit de type néovessie orthotopique (Studer, plastie en Z, plastie en W, Hautmann, Foch, en fonction des opérateurs), soit une dérivation urinaire par urétérostomie cutanée trans-iléale de type Bricker soit des urétérostomies cutanées.


L'attitude périopératoire n'était pas standardisée et dépendait des protocoles en vigueur dans chaque établissement.


Les données cliniques documentées concernaient : l'âge, le sexe, le score American Society of Anesthesiologists (ASA), les antécédents de chirurgie abdominale, l'indice de masse corporelle (IMC), les complications post opératoires précoces gradées de 0 (aucune complication) à 5 (décès) selon la classification de Clavien-Dindo [17], la nécessité de transfusion de concentrés de globules rouges, les résultats anatomopathologiques des pièces opératoires, la réalisation d'une chimiothérapie néoadjuvante, la mesure de la durée d'hospitalisation en nombre de jours.


Ces données recueillis, sont des facteurs connus comme influençant les résultats postopératoires de la cystectomie totale [18].


La CRP a été recueillie de j1 à j12 postopératoire.


Les complications chirurgicales « significatives » ont été définies pour un grade supérieur ou égal à 2 de la classification de Clavien-Dindo.


La transfusion de concentrés de globules rouges (inférieure à 2) sans décompensation cardiorespiratoire n'a pas été considérée comme une complication dans notre étude.


Une analyse descriptive a été réalisée sur l'ensemble des paramètres de l'étude, avec une description pour les variables quantitatives : de leur moyenne et de leur écart-type, pour les variables qualitatives : de leur effectif et leur fréquence en pourcentage.


Pour la comparaison des variables entre les sujets ayant eu des complications ou non, nous avons utilisé pour les variables qualitatives un test du Chi2 ou de Fischer. Pour les variables quantitatives nous avons utilisé un test de Wilcoxon (la distribution des variables n'étant pas normale). Afin d'étudier les facteurs pronostiques de la survenue d'une complication, en analyse multivariée, nous avons utilisé une régression logistique avec une procédure de sélection des variables par la méthode pas à pas (stepwise ). Le seuil de significativité a été fixé à 0,05.


Le traitement des données a été assuré en utilisant le logiciel SAS version 9.4.


Résultats


Au total, 313 patients ont été inclus dans l'étude, 150 patients ont été opérés au CHU de Nîmes, 113 au CHU de Montpellier et 50 à la clinique Beau-Soleil de Montpellier.


Les caractéristiques de la population sont résumées dans le Tableau 1.


Quatre-vingt-neuf pour cent (278) des patients étaient des hommes et la moyenne d'âge de la population était de 68,1 ans (±9,2).


Dans notre population 36,1 % des patients avaient un poids normal (IMC compris entre 18,5-25kg/m2) et 60,3 % souffraient de surpoids ou d'obésité.


Un peu plus d'un patient sur deux avait un score ASA égal à 2.


Cinquante-deux pour cent des patients n'avaient aucun antécédent de chirurgie abdominale, 15 % avaient bénéficié d'une appendicectomie.


Dix-neuf pour cent des patients ont été traités par chimiothérapie néoadjuvante.


Le Tableau 2 donne un aperçu détaillé des résultats chirurgicaux et périopératoires.


Les cystectomies ont été réalisées par laparotomie dans 92 % des cas. Parmi les patients, 57,5 % ont eu une dérivation urinaire par urétérostomie cutanée trans-iléale de type Bricker, 30,5 % des patients ont eu une néovessie orthotopique et 11,5 % des urétérostomies cutanées. La durée moyenne de l'hospitalisation postopératoire était de 17±8 jours. Des complications postopératoires (≥grade 2 Clavien-Dindo) se sont produites chez 26,5 % des patients. Notre population compte cinq décès.


Quatre dossiers (1,3 %) avaient des données manquantes sur les complications.


Les résultats anatomopathologiques postopératoires sont consignés dans le Tableau 3. Vingt pour cent des patients avaient des ganglions atteints, 8,3 % des patients avaient des marges positives. Nous avons retrouvé 23,4 % de tumeurs de prostate sur pièce de cystoprostatectomie.


Les infections urinaires et le retard de reprise du transit constituaient les complications les plus fréquentes, avec respectivement 13 % et 15 % des complications. Environ un tiers (32 %) des complications postopératoires des cystectomies, était d'ordre infectieux ou inflammatoire (Tableau 4). Les épisodes de vomissements, les abcès de paroi, le syndrome occlusif mécanique, les éviscérations constituaient chacun 5 % des complications (Tableau 5).


Un peu moins de 2 patients sur 3 ayant une complication postopératoire avaient eu une dérivation de type Bricker. Sept pour cent des patients ayant eu une néovessie orthotopique se sont compliqués. Les complications de grade 4 à 5, de la classification Clavien-Dindo, intéressaient le même nombre de patients quel que soit le type de dérivation urinaire (Tableau 6).


Au total, pour 26,8 % (84) des patients nous avons extrapolés des données de CRP à j4 ou j5, lorsque l'une d'entre elle était manquante. Nous avons considéré que si une CRP à j4 ou j5 était inférieure à 100mg/L, l'autre valeur manquante (j4 ou j5) était inférieure à 150mg/L.


La cinétique de la médiane de CRP en postopératoire présentait une ascension rapide à j1 et j2. Le taux de CRP augmente après l'intervention chirurgicale chez tous les patients jusqu'à j2, indépendamment de l'apparition d'une complication. Ce taux de CRP est suivi d'un pallier pour les patients ayant une complication et d'une décroissance pour les patients indemnes (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Évolution de la médiane des taux de protéine C-réactive (CRP).




Les patients sans complication avaient des valeurs de CRP élevées à j2 postopératoire, les valeurs diminuaient ensuite de façon continue jusqu'à J8 postopératoire. Les patients ayant des complications atteignaient leur pic de CRP un jour plus tard à j3 postopératoire. Les valeurs de CRP des patients présentant des complications postopératoires étaient nettement plus élevées que les valeurs des patients sans complication de j3 à j12 postopératoire.


Quatre-vingt-trois patients (26,5 %) avaient présenté des complications après cystectomie contre 226 sans complication. Le groupe complication avait une moyenne d'âge de 69 ans (±7,6) contre 67,8 ans (±9,7) pour le groupe sans complication (p =0,63). Pour les deux groupes, les patients avaient majoritairement (60 %) un score ASA à 2 (p =0,18) et une dérivation urinaire de type Bricker (p =0,38).


La durée moyenne de séjour des patients ayant eu une complication postopératoire est de 23,5±11,1 jours contre 14,7±4,9 jours chez les patients sans complication postopératoire.


Dans le groupe complication, 38 patients avaient une CRP supérieure à 150mg/L à j4 postopératoire. Sept patients avaient un taux de CRP inférieur à 150mg/L à j4 postopératoire. Le taux de CRP de j6 à j12 postopératoire était supérieur à 150mg/L chez 54 patients et inférieur à 150mg/L chez 80 patients.


Dans le groupe non complication, 6 patients avaient une CRP supérieure à 150mg/L à j4 postopératoire et 1 patient avait une CRP supérieure à 150mg/L à j5 postopératoire. Quatre-vingt-dix patients avaient un taux de CRP inférieur à 150mg/L à j4 postopératoire et 87 patients avaient une CRP inférieure à 150mg/L à j5 postopératoire. Le taux de CRP de j6 à j12 postopératoire était supérieur à 150mg/L chez 17 patients et inférieur à 150mg/L chez 192 patients.


En analyse multivariée, seule la CRP à J4 ou J5 permet de prédire le risque de complication supérieure ou égale à 2 selon la classification de Clavien-Dindo (Tableau 7).


Pour déterminer le degré de prédiction de la CRP à j4 avec un seuil de 150mg/L, une modélisation de la survenue de complication a été réalisée par régression logistique. Ainsi une CRP supérieure à 150mg/L à j4 entraîne un risque de complication multiplié (odds ratio [OR]) par 81,42 (IC95 % [25,6-258,3] ; p <0,001). Pour ce seuil la sensibilité est de 0,86 et la spécificité de 0,93. Sa valeur prédictive positive (VPP) est de 0,84 (IC95 % [0,74-0,95]) et la valeur prédictive négative (VPN) de 0,94 (IC95 % [0,89-0,98]). L'aire sous la courbe ROC est de 0,89 (IC95 % [0,82-0,99]).


L'aire sous la courbe (AUC) ROC pour un seuil de CRP à 110mg/L à j4 postopératoire est de 0,83 (IC95 % [0,74-0,92]) ; pour un seuil de CRP de 130mg/L, l'AUC est de 0,86 (IC95 % [0,77-0,94]) ; et pour un seuil de CRP à 170mg/L l'AUC est de 0,85 (IC95 % [0,75-0,95]).


La valeur de seuil optimale pour un taux de CRP postopératoire était de 150mg/L, sur la base des données de nos patients.


Discussion


Le dosage postopératoire de la CRP est un excellent marqueur de l'inflammation et un très bon marqueur prédictif des complications infectieuses intra-abdominales postopératoires [17, 19] à ce titre elle n'est pas prédictive d'un état anémique ou hémorragique. La détection précoce des complications infectieuses postopératoires est importante pour réduire la morbi-mortalité chirurgicale. Dans la littérature on retrouve un seuil de CRP, à j3 ou j4 après une chirurgie colorectale, fixé entre 123mg/L et 190mg/L au-delà duquel le risque de complications est accru [20, 21].


Le taux de CRP postopératoire à j3 ou j4 évalué en postopératoire de chirurgie digestive, possède une valeur prédictive positive variant de 0,19 à 0,86 et une valeur prédictive négative variant entre 0,89 et 0,97 selon les séries dans la littérature [22, 23, 24, 25]. Notre recherche bibliographique n'a retrouvé aucune étude de ce même type pour l'urologie. Il s'agit donc de la première étude qui analyse la CRP comme facteur prédictif de complication pour la cystectomie. Dans notre étude nous retrouvons également que la CRP est un marqueur fiable pour la chirurgie urologique. Ainsi pour le seuil de CRP à 150mg/L à j4 postopératoire, la valeur prédictive négative (VPN) du test est à 0,94 et la valeur prédictive positive (VPP) est à 0,84. De même l'odds ratio est à 81,42 ; IC95 % [25,6-258,3] ; p <0,001.


Le taux de CRP augmente après l'intervention chirurgicale chez tous les patients à j2, indépendamment de l'apparition de complication tardive. Ce taux de CRP est suivi d'un pallier pour les patients ayant une complication et d'une décroissance pour les patients indemnes de complication. Les patients qui ont des complications infectieuses postopératoires ont des taux de CRP nettement plus élevés [26].


Une augmentation de la CRP à j4 postopératoire est fortement associée à une complication d'une chirurgie majeure. Certaines recommandations la rendent nécessaire pour envisager une sortie précoce de l'hôpital, notamment dans des protocole de récupération améliorée après chirurgie [20, 21, 27]. Il faut noter également que la CRP à j5 supérieure à 150mg/L est également un excellent marqueur du risque de complications mais il est plus tardif (odds ratio à 197,1 ; IC95 % [25-999] ; p <0,001). Or, il paraît utile de pouvoir diagnostiquer précocement certaines complications.


Un patient présentant une CRP supérieure à 150mg/L à j4, même en absence de signe clinique, doit faire suspecter un foyer septique (pulmonaire, urinaire, intra-abdominal, pariétal, lié à un cathéter) ou une embolie pulmonaire [28]. De nombreuses études prospectives et méta-analyses ont montré qu'une CRP négative (<150mg/L), après une chirurgie digestive, permet une sortie plus rapide de l'hôpital [15, 20, 21]. Le dosage de la CRP postopératoire permettrait donc de justifier la réalisation plus précoce d'un bilan d'imagerie et/ou bactériologique et permet ainsi : d'anticiper le diagnostic des complications, de diminuer le délai entre le diagnostic et une éventuelle reprise chirurgicale ou la mise en place d'un traitement médical adapté.


Il existe d'autres marqueurs de l'inflammation qui peuvent être dosés : la PCT, l'interleukine-6 (IL6) [29] mais ceux-ci sont plus coûteux que la CRP (2,43€, selon la nomenclature des actes de biologie médicale, le code est 1804 et sa cotation est B9) et n'ont pas montré de supériorité dans la détection précoce de complication dans les chirurgies majeures abdominales [28, 30]. Par ailleurs, le taux d'albumine sérique a également été étudié, et une concentration sérique<25g/L à j3 postopératoire est associée à une augmentation du risque de développer des complications infectieuses après chirurgie colorectale pour cancer [24].


Dans notre étude rétrospective, nous n'avons pas inclus dans nos analyses l'effet centre, l'expérience des chirurgiens, les durées opératoires et les complications peropératoires.


Notre analyse des complications postopératoires, a permis de mettre en évidence une durée d'hospitalisation de 17±8 jours, ce qui est conforme à la durée moyenne de séjour en France qui était de 21,1 jours pour les patients bénéficiant d'une néovessie orthotopique contre 20,3 jours pour les patients ayant une dérivation cutanée type Bricker (données de l'observatoire national de la démographie et des données en urologie, pour 2014). Des complications postopératoires (≥grade 2 Clavien-Dindo) se sont produites chez 28,3 % des patients, ce qui est inférieur aux taux décrits dans les différentes séries publiées.


Novara et al. rapportent un taux de complications de 49 % dans les cystectomies par laparotomie, ne tenant pas compte des transfusions dont le taux était de 67 % [4]. Shabsigh et al. rapportent un taux de complications de 64 % sans tenir compte du taux de transfusions de 66 %.


Nous avons mis en évidence que la CRP est un marqueur à forte valeur prédictive négative qui permet d'envisager des suites opératoires simples, et d'adapter au mieux le protocole de réhabilitation postopératoire. Ainsi, cela permet une meilleure gestion de la reprise alimentaire, ou en cas de CRP élevée à j4, de discuter la mise en place d'une nutrition parentérale.


Il sera nécessaire de réaliser d'autres études notamment prospectives et à grande échelle pour confirmer l'utilité de ce test.


Conclusion


Il existe une association claire entre le syndrome de réponse inflammatoire systémique postopératoire et le risque de complications chez les patients opérés d'une cystectomie pour cancer. Un suivi du taux de CRP réalisé par son dosage quotidien entre j2 et j5 postopératoire permet au mieux d'apprécier le risque de complications. Pour un seuil de CRP fixé à 150mg/L à j4 postopératoire, la sensibilité (0,86) et la spécificité (0,93), sont excellentes et permettraient un diagnostic précoce de complication et une adaptation du protocole de réhabilitation postopératoire.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques de la population.
Sexe  Homme  278  89 % 
Femme  35  11 % 
Âge (ans)  Moyenne  68,1  9,2 
Poids  IMC (kg/m2) moyenne  25,8  4,4 
IMC (kg/m2)<18,5 : dénutrition ou maigreur  10  3,6 % 
IMC (kg/m2) 18,5-25 : normal  101  36,1 % 
IMC (kg/m2) 25-30 : surpoids  119  42,5 % 
IMC (kg/m2)>30 : obésité  50  17,8 % 
Score ASA  ASA 1-2  193  61,6 % 
ASA 3-4  86  27,5 % 
Données manquantes  34  10,9 % 
Antécédents  Chirurgie urologique  25  7 % 
Chirurgie viscérale et digestive  84  25 % 
Chirurgie vasculaire (abord abdominal)  1 % 
Chirurgie gynécologique  12  4 % 
Radiothérapie pelvienne  1 % 
Aucun antécédent chirurgical abdominal  177  52 % 
Données manquantes pour les antécédents  34  10 % 



Légende :
Valeurs n (%) ou moyenne (écart-type). IMC : indice de masse corporelle.



Tableau 2 - Caractéristiques opératoires et postopératoires.
Chirurgie et type de dérivation  Chirurgie ouverte  287  92 % 
Chirurgie laparoscopique robot-assistée  26  8 % 
Bricker  180  57,5 % 
Urétérostomie cutanée  36  11,5 % 
Néovessie orthotopique  95  30,5 % 
Aucune dérivation urinaire  0,5 % 
Durée d'hospitalisation (jours)  médiane  15  12-19 
Chimiothérapie néoadjuvante  Chimiothérapie néoadjuvante  61  19 % 
Complications postopératoires (selon la classification Clavien-Dindo)  Grade 0  166  53 % 
Grade 1  60  19,2 % 
Grade 2  38  12,1 % 
Grade 3a  1,9 % 
Grade 3b  29  9,3 % 
Grade 4a  1,6 % 
Grade 4b  0 % 
Grade 5  1,6 % 
Données manquantes  1,3 % 



Légende :
Valeurs n (%) ou médiane (intervalle interquartile).



Tableau 3 - Caractéristiques anatomopathologiques.
Stade tumoral  pT0  61  20,1 % 
  pTa  1 % 
  pTis  19  6,3 % 
  pT1  17  5,6 % 
  pT2  65  21,5 % 
  pT3  97  32 % 
  pT4  41  13,5 % 
Statut ganglionnaire  pN0  224  73,9 % 
  pN1  30  9,9 % 
  pN2  33  10,9 % 
  pNx  16  5,3 % 
Marges chirurgicales  R0  278  91,7 % 
  R1  25  8,3 % 
Tumeurs de prostate découvertes sur pièce de cystoprostatectomie  71  23,4 % 





Tableau 4 - Répartition des complications inflammatoires et infectieuses.
  n  
Complications inflammatoires/infectieuses dans la population étudiée  81  32 
Cholécystite  0,4 
Péritonite  2,4 
Choc septique  1,2 
Infection VVC  0,8 
Infection génitale  0,4 
Infection à C. difficile   0,8 
Infection urinaire/sepsis urinaire  33  12,9 
Abcès de paroi  13  5,2 
Collection intrapéritonéale abcédée  3,6 
Collection intrapéritonéale non abcédée  2,3 
Fistule digestive 



Légende :
VVC : Voie veineuse centrale



Tableau 5 - Complications postopératoires<30 jours après cystectomie selon la classification de Clavien-Dindo.
Complications    Clavien 1  Clavien 2  Clavien 3  Clavien 4  Clavien 5 
Cardiovasculaires
(5,6 %) 
Hémorragie
Choc hémorragique 
1,2 
  Embolie pulmonaire
Thrombose veineuse profonde 
1,2 
  Ischémie aiguë de membre  0,4 
  Trouble du rythme cardiaque ACFA  1,6 
  Malaise  0,4 
  Arrêt cardiorespiratoire  0,8 
Infectieuses
(18,8 %) 
Cholécystite  0,4 
  Péritonite  2,3 
  Choc septique  1,2 
  Infection VVC  0,8 
  Infection génitale  0,4 
  Infection à C. difficile   0,8 
  Infection/sepsis urinaire  12,9  28 
Métaboliques
(3,9 %) 
Insuffisance rénale aiguë  3,5 
  Décompensation Å“démateuse  0,4 
Respiratoires
(3,2 %) 
Détresse respiratoire 
  Dyspnée  0,4 
  Épanchement pleural  0,8 
Gastro-intestinales
(27,0 %) 
Pancréatite aiguë  0,8 
  Vomissement  4,3 
  Iléus fonctionnel  19,9  25  17 
  Diarrhée  0,8 
  Syndrome occlusive mécanique  0,8 
  Mélénas  0,4 
Chirurgicales
(30,6 %) 
Lymphorée  0,8 
  Éventration  1,6 
  Désunion urétérale  0,4 
  Éviscération  4,3  11 
  Complications de cicatrices  10,6  12 
  Migration de sonde urétérale  2,3 
  Lymphocèle  1,2 
  Collection intrapéritonéale  5,8 
  Fistule urinaire  1,6 
  Fistule digestive 
Neurologiques
(5,8 %) 
Delirium tremens  0,4 
  Confusion/agitation/désorientation  3,1 
  Neuropathies périphériques  2,3   
Autres
(2,0 %) 
Hématome scrotal  0,8 
  Rétention aiguë d'urine  0,8 
  Hématurie  0,4 
ORL
(1,6 %) 
Parotidite  0,4 
  Candidose buccale  0,4 
  Dysphonie
Paralysie des cordes vocales 
0,8 
Décès  Décès  1,2 



Légende :
ORL : oto-rhino-laryngologie ; VVC : Voie veineuse centrale ; ACFA : Arythmie cardiaque par fibrillation auriculaire.



Tableau 6 - Complications postopératoires selon la classification de Clavien-Dindo par grade de sévérité selon le type de dérivation urinaire.
  Grade 2-5  Grade 3a-5  Grade 4a-5 
Population globale de l'étude, n (%)  83 (26,5 %)  45 (14,4 %)  10 (3,2 %) 
Population Bricker, n (%)  51 (16,3 %)  29 (9,2 %)  4 (1,2 %) 
Population urétérostomie, n (%)  11 (3,5 %)  8 (2,6 %)  3 (1 %) 
Population néovessie orthotopique, n (%)  21 (6,7 %)  8 (2,6 %)  3 (1 %) 





Tableau 7 - Comparaison de la population « complication » vs « non complication ».
  Population  Complication
(n =83) 
Non complication
(n =226) 
Valeur p univariée  Valeur p multivariée 
Sexe  Homme  75 (90 %)  200 (88 %)  0,64  0,4 
Âge (ans)  Moyenne  69 (7,6)  67,8 (9,7)  0,63   
Score ASA  > 24 (29 %)  62 (27,4)  0,29  0,18 
Poids
IMC (kg/m2
Moyenne  26,08 (4,4)  25,7 (4,5)  0,23   
  <20  8 (9,6 %)  22 (9,7 %)  0,94  0,65 
  >30  16 (19,3 %)  34 (15 %)  0,4  0,35 
Chirurgie et type de dérivation  Bricker  51 (61 %)  127 (57 %)  0,4  0,36 
  Urétérostomie  11 (13 %)  25 (11 %)  0,61  NC 
  Néovessie orthotopique  21 (25 %)  72 (32 %)  0,25  0,21 
Taux de CRP  CRP<150mg/L à j4  7 (8 %)  90 (40 %)  <0,001  <0,001 
  CRP>150mg/L à j4  38 (46 %)  6 (3 %)     
  CRP manquantes à j4  38 (46 %)  130 (58 %)     
  CRP<150mg/L à j5  16 (19 %)  87 (38,5 %)  <0,001  NC 
  CRP>150mg/L à j5  33 (40 %)  1 (0,4 %)     
  CRP manquantes à j5  34 (41 %)  138 (61,1 %)     



Légende :
NB : 4 données manquantes.
Valeur n (%) ou moyenne (écart-type). ASA : American Society of Anesthesiologists ; IMC : indice de masse corporelle ; CRP : protéine C-réactive ; NC : non calculé.


Références



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