La posthéphagie rituelle et l'infection à l'hépatite virale B

25 avril 2008

Auteurs : F.A. Hunald, A.F. Rakototiana, H.N. Rakoto-Ratsimba, M.L. Andriamanarivo, N. Razafimanjato, J.L. Ramarosandratana, J. Kapisy
Référence : Prog Urol, 2008, 4, 18, 206




 

La circoncision est l’ablation du prépuce en partie ou en totalité pour une raison thérapeutique ou rituelle [1]. Elle est suivie à Madagascar par un avalement cru du prépuce. Toutefois, la posthéphagie ne semblerait pas être dénuée d’un risque de transmission de maladie virale. Nous rapportons un cas d’infection d’hépatite virale B suite à une posthéphagie rituelle.

Un enfant de cinq ans avait été l’objet d’une circoncision rituelle durant le mois de mai 2006. Il n’avait pas d’antécédents particuliers. La vaccination au BCG, rougeole et poliomyélite était à jour. La circoncision avait été réalisée sous anesthésie locale sans aucun bilan biologique préalable et selon la méthode conventionnelle. Le prépuce était avalé par un oncle paternel. L’enfant avait présenté une fatigabilité, une anorexie et gastroentérite le lendemain de l’intervention suivie d’un ictère cutanéomuqueuse quatre jours après. Les examens biologiques concluaient à une hépatite virale B. Devant ce tableau, un bilan sérologique avait aussi été réalisé chez son oncle mais était révélé négatif. Une surveillance clinique et sérologique régulière avait été entreprise. Quatre mois plus tard, l’oncle de l’enfant avait développé également une hépatite virale B.

L’avalement du prépuce est gravé dans la tradition de la circoncision à Madagascar. Son origine et sa raison restent encore actuellement mal connues. Ce sont souvent les grands-parents ou les oncles du côté paternel qui assurent cette tâche. Cette pratique de mini cannibalisme s’apparente au pacte de sang pour attester l’amour, l’amitié ou pour concrétiser une alliance entre deux personnes [2]. Cependant, cette pratique de pacte de sang n’est pas dénuée de risque de transmission de maladie virale notamment une infection par le virus de l’hépatite B [3, 4]. La transmission de cette maladie virale se fait essentiellement lors d’un contact avec du liquide biologique, en l’occurrence, au cours des transfusions sanguines, lors des injections intraveineuses et des relations sexuelles mais aussi par voie verticale [5]. Dans notre observation, l’hypothèse de la transmission de l’hépatite virale B à l’oncle pourrait être liée à la consommation crue du prépuce de l’enfant circoncis porteur du virus de l’hépatite B. Bien qu’aucune étude ne soit portée sur une éventuelle maladie transmise par la consommation de la chair humaine, l’avalement du prépuce ne semblerait pas dénuer de ce risque comme suspecté à partir de cette observation. Pourtant, aucun bilan sanguin particulier n’est demandé chez la quasi-totalité des enfants circoncis car cette pratique se fait habituellement dans le cadre d’une petite chirurgie et en ambulatoire dans notre pays.

La posthéphagie est un acte qui alimente la circoncision chez les Malgaches. Elle est de pratique courante et se perpétue même dans l’évolution actuelle de la connaissance de certaines maladies virales telles que l’hépatite virale et le VIH.



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Références



Sylla C., Diao B., Diallo A.B., Fall P.A., Sankale A.A., Mamadou B.A. Les complications de la circoncision. À propos de 63 cas Prog Urol 2003 ;  13 : 266-272
Mollet L. Conception, naissance et circoncision à Madagascar L’homme 1976 ;  16 : 33-64
Leblebicioglu H., Turan D., Sunbul M., Esen S., Eroglu C. Transmission of human immunodeficiency virus and hepatitis B virus by blood brotherhood rituals Scand J Infect Dis 2002 ;  35 : 210
Morfeldt-Manson L., Lindquist L. Blood brotherhood: a risk factor for Aids? Lancet 1984 ;  324 : 1346 [cross-ref]
Wright T., Lau J. Clinical aspects of hepatitis B virus infection Lancet 1993 ;  342 : 1340-1344 [cross-ref]




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