La fonction sexuelle après prostatectomie radicale n'affecte pasla satisfaction globale des patients

12 février 2005

Mots clés : Qualité de vie, prostatectomie radicale, cancer de prostate, Satisfaction, questionnaires.
Auteurs : DESCAZEAUD A., CHASKALOVIC J., DEBRE B., ZERBIB M., PEYROMAURE M.
Référence : Prog Urol, 2004, 14, 1177-1180
Buts: Evaluer la qualité de vie après prostatectomie radicale (PR) par voie rétropubienne et son impact sur la satisfaction globale des patients concernant le traitement qu'ils ont reçu. Patients et Méthodes: 142 questionnaires ont été envoyés à des patients traités pour un cancer localisé de la prostate en monothérapie par PR, avec un recul minimum de 2 ans. Le questionnaire était la version française validée du "UCLA-Prostate cancer Index". Une question relative à la satisfaction globale des patients concernant le traitement qu'ils ont reçu a été ajoutée.
Résultats : 102 questionnaires ont été renvoyés et analysés. L'age moyen des patients était de 63.8 ans au moment de la PR, et le recul moyen était de 48 mois. Concernant la satisfaction globale, 35/102 (34.3%) patients se disaient très satisfaits, 45/102 (44.1%) satisfaits, 15/102 ne pouvaient pas vous prononcer, 4/102 (3.9%) et 3/102 (2.9%) étaient respectivement mécontents et très mécontents. Sur une échelle de 1 a 100 (100 correspondant a la meilleure qualité de vie), les scores de qualité de vie générale s'échelonnaient de 72 a 87. Concernant la qualité de vie spécifique, les scores moyens de fonction et de gêne sexuelle étaient respectivement de 27.5 et 25.5. Les scores de fonction et de gêne urinaire étaient respectivement de 72.5 et 67.8.
Les scores de fonction urinaire ainsi que sept des neuf items de qualité de vie générale étaient significativement corrélés à une meilleure satisfaction globale des patients. La fonction sexuelle n'était pas liée à la satisfaction globale. Conclusions: Bien qu'elle soit notablement altérée après PR, la fonction sexuelle n'affecte pas la satisfaction globale des patients concernant la façon dont ils ont été traités. La fonction urinaire et la qualité de vie générale sont significativement corrélées à la satisfaction globale.



La prostatectomie radicale (PR), la radiothérapie et la curiethérapie sont trois traitements reconnus dans le cancer localisé de la prostate. Une évaluation de ces différentes modalités est primordiale pour aider l'urologue et le patient dans le choix de l'option thérapeutique la plus adaptée. Bien que le principal objectif du traitement du cancer soit le contrôle carcinologique, le choix thérapeutique est largement influencé par la morbidité qu'il occasionne, telle que la dysfonction érectile ou l'incontinence urinaire [2], et ce d'autant plus que les taux de survie spécifique après PR, radiothérapie et curiethérapie sont très compables [17].

Les questionnaires de qualité de vie se sont notablement développés ces dernières années comme outils d'évaluation de la morbidité post thérapeutique [1]. Dans le domaine du cancer de prostate, le questionnaire "University of California Los Angeles prostate cancer index (UCLA-PCI)" est très communément utilisé [3, 5, 7, 8, 10, 11, 13, 15].

Au delà de la qualité de vie, la satisfaction globale des patients relative au traitement qui leur a été administré peut être mesurée. Les facteurs ayant un impact sur cette satisfaction globale sont mal connus. Par exemple, bien que la dysfonction érectile est reconnue comme étant la principale complication rencontrée après PR, il n'est pas prouvé qu'elle affecte la satisfaction globale des patients quant à l'option thérapeutique choisie.

Dans le but d'évaluer la qualité de vie après PR par voie rétropubienne et son impact sur la satisfaction globale des patients à propos du traitement qu'ils ont reçu, le questionnaire UCLA PCI a été envoyé à 140 patients traités consécutivement par PR pour un cancer localisé de la prostate.

Patients et Methodes

Entre janvier 1997 et janvier 2001, 197 patients ont été opérés d'un cancer cliniquement localisé de la prostate par PR rétropubienne, par un même chirurgien et selon une même technique. Les patients ayant reçu un traitement adjuvant et ceux traités pour une autre pathologie maligne abdomino-pelvienne ont été exclus de l'étude. Après un délai postopératoire minimum de 24 mois, un questionnaire a été envoyé à 142 patients. Il s'agissait de la version française validée du UCLA-PCI [12] qui contient trois parties. La première partie est constituée de l'index SF-36 v2 [18] qui évalue la qualité de vie générale du patient. Les items y sont regroupés en neuf sections : fonction physique, limitations dues à des problèmes physiques, limitations dues à des problèmes moraux, douleurs physiques, état général, vitalité, fonction sociale, santé mentale et évolution de la santé globale par rapport à l'année précédente (transition). La seconde partie évalue la qualité de vie spécifiquement liée à la maladie [13]. Elle comporte 6 sous groupes, la fonction et la gêne sexuelle, la fonction et la gêne intestinale, et la fonction et la gêne urinaire. La troisième partie enfin interroge le patient sur ses caractéristiques sociodémographiques.

Selon les recommandations des auteurs du UCLA-PCI, les items on été recodés de 0 a 100 puis regroupés par catégories. Un score de 100 correspond à la meilleure qualité de vie.

Une question relative à la satisfaction globale des patients concernant le traitement reçu pour leur cancer a été ajoutée à la version originale du questionnaire.

Une association statistique entre les scores de qualité de vie ou les données clinicopathologiques et sociologiques des patients d'une part, et la satisfaction globale des patients d'autre part, a été recherchée. La satisfaction globale a été considérée comme une fonction ordinale. Les coefficients de corrélations de Spearman (r) et leur coefficient de significativité (p statistique) ont été calculés.

Résultats

Parmi les 142 questionnaires adressés aux patients, 102 (72%) ont été renvoyés par courrier et analysés. Le taux de réponse au sein du questionnaire était de 98%, avec des extrêmes s'échelonnant selon les items de 73% à 100 %, et selon les patients de 82% à 100%. L'age moyen des patients à l'intervention était de 63.8 ans (extrêmes 48-73), et de 67.7 ans (extrêmes 53-75) lorsque le questionnaire leur a été adressé. L'intervalle moyen entre la chirurgie et les questionnaires était de 48 mois (extrêmes 25-84). Soixante sept (66%) et trente cinq (34%) patients avaient respectivement un stade tumoral anatomopathologique pT2 et pT3.Le taux de marges chirurgicales positives était de 26.5%. Concernant le mode de vie, 96/102 (94%) avaient une relation sérieuse avec une personne, 19/102 (18.6%) étaient travailleurs actifs, et 14/102 (13.7%) étaient fumeurs. Les caractéristiques clinicopathologiques et sociodémographiques des patients sont rapportées dans le Tableau I.

A la question de satisfaction globale suivante, "globalement, à propos du traitement que vous avez reçu pour votre maladie prostatique, vous êtes ?", 35/102 (34.3%) patients se disaient très satisfaits, 45/102 (44.1%) satisfaits, 15/102 (14.7%) ne pouvaient pas se prononcer, 4/102 (3.9%) et 3/102 (2.9%) étaient respectivement mécontents et très mécontents.

Les résultats, après regroupement des variables de qualité de vie et échelonnage de 0 à 100 selon les instructions des auteurs du UCLA PCI, sont présentés dans les Tableaux II et III respectivement pour la qualité de vie générale et spécifique de la maladie. Concernant la morbidité spécifique (Tableau III), les scores moyens de qualité de vie les plus bas rapportés concernaient la gêne sexuelle (25.5) et la fonction sexuelle (27.5). Les scores moyens de gêne et de fonction urinaire étaient respectivement de 72.5 et 67.8.

Les coefficients de corrélation et les coefficients statistiques de significativité mesurés entre d'une part les caractéristiques générales, les scores de qualité de vie générale, les scores de qualité de vie spécifique, et d'autre part la satisfaction globale des patients, sont rapportés respectivement dans les Tableaux I, II et III.

Les scores de fonction (r=0.21, p=0,04) et de gêne (r=0.22, p=0.03) urinaire ainsi que de gêne sexuelle (r=0,26, p=0.01) (Tableau II) sont apparus significativement liés a une meilleure satisfaction globale des patients, de même que sept des neuf items de qualité de vie générale (Tableau II).

Parmi les caractéristiques générales des patients, seule la consommation de tabac (r=0.22, p=0.03) était significativement corrélée (corrélation inverse) à la satisfaction globale.

Discussion

Le groupe de patients inclus dans cette étude est très homogène : un seul chirurgien a réalisé le geste opératoire selon une même technique, le recul pour tous les patients est supérieur à 2 ans, la PR rétropubienne a pour tous été le traitement unique du cancer de prostate.

Le succès des questionnaires de qualité de vie est grandissant. Leur intérêt peut s'expliquer par la liberté qu'ils offrent aux patients de s'exprimer au plus proche de ce qu'ils ressentent, sur des questions aussi personnelles que les fonctions urinaires et sexuelles. Etant complétés anonymement, toute influence de l'investigateur est écartée.

Les résultats rapportés ici montrent des scores de qualité de vie élevés en ce qui concerne la santé globale (moyennes entre 72.3 et 87.2, la transition mise a part), assez élevés pour la fonction urinaire (moyenne=67.8) et la gène urinaire (moyenne=72.5), et faibles pour la fonction sexuelle (moyenne=27.5) et la gène sexuelle (moyenne=25.5). La satisfaction globale des patients apparaît élevée puisque respectivement 35% et 45 % se disent très satisfaits et satisfaits à propos du traitement qu'ils ont reçu pour leur maladie prostatique. La plupart des domaines de qualité de vie générale ont une influence sur cette satisfaction globale (7 des 9 items). La morbidité spécifique a aussi un impact significatif sur cette satisfaction, en particulier la fonction urinaire (p=0.04) et la gêne urinaire (p=0.03). On note en revanche que la fonction sexuelle n'est pas significativement associée a la satisfaction globale des patients (p=0.14). En résumé, la fonction sexuelle est la principale morbidité post opératoire exprimée sur les questionnaire de qualité de vie, mais ne semble pas influencer la satisfaction globale des patients à propos du traitement qu'ils ont reçu pour leur cancer. Des conclusions comparables ont été rapportées dans deux autres études mesurant la qualité de vie après PR [4, 6] dans lesquelles respectivement 82% et 90% des patients affirment qu'ils opteraient à nouveau pour la chirurgie comme traitement de leur cancer si le choix était à refaire.

Dans le domaine du cancer de la prostate, le questionnaire UCLA-PCI a été validé, et de nombreuses études qui y ont eu recours [3, 5, 7, 8, 10, 11, 13, 15]. C'est donc un outil standardisé qui permet des comparaisons avec d'autres séries de patients traités pour un cancer de prostate.

Dans une récente étude multivariée, Hu [11] amontré que les patients âgés de moins de 65 ans récupéraient une meilleure santé physique, sexuelle et urinaire après PR que les patients plus âgés. De même, Cooperberg [7] a montré que la fonction sexuelle après PR était inversement proportionnelle à l'age des patients. Par ailleurs, il a été rapporté que la morbidité spécifique après PR s'améliorait significativement les vingt quatre premiers mois après PR [8]. L'interprétation des résultats de qualité de vie nécessite donc de tenir compte à la fois du recul depuis l'intervention et de l'age des patients.

Les scores de qualité de vie rapportés dans cette étude apparaissent comparables à ceux d'autre séries de patients opérés d'un cancer de prostate par PR rétropubienne et dont la qualité de vie a été évaluée par UCLA PCI (Tableau IV). Il est important de noter que sur l'échelle de qualité de vie utilisée, la valeur maximale100 ne correspond pas à une population de référence sans cancer de prostate. En effet, plusieurs études ont comparé les scores de qualité de vie après traitement pour cancer de prostate et dans des populations saines d'age similaire. Bacon [5] et Litwin [14] rapportent notamment une fonction sexuelle chez les sujets normaux, respectivement de 56.1/100 et 47/100 (Tableau IV).

Dans notre étude, Les PR étaient réalisées par voie rétropubienne. La voie laparoscopique est devenue aujourd'hui une réelle alternative. A notre connaissance, seuls Hara [9] a comparé les deux voies d'abord en terme de qualité de vie. Les auteurs rapportent que la qualité de vie se dégrade de façon similaire après PR quelque soit la voie d'abord utilisée. Ils ajoutent néanmoins que les patients traités par voie mini invasive opteraient plus volontiers pour la même technique chirurgicale si le choix thérapeutique leur été à nouveau proposé.

Conclusions

La qualité de vie deux ans et plus après PR rétropubienne est ici évaluée. A propos du traitement qu'ils ont reçu pour leur cancer de prostate, la satisfaction globale des patients est élevée. Bien que la fonction sexuelle soit notablement perturbée après la chirurgie, cela n'a pas d'impact sur la satisfaction globale qui est en revanche significativement influencée par les scores de fonction urinaire et de qualité de vie générale.

Références

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