La calcinose scrotale : aspects cliniques et thérapeutiques à propos de 5 cas

25 mai 2014

Auteurs : C. Ze Ondo, Y. Sow, B. Diao, A. Sarr, B. Fall, Y. Diallo, P.A. Fall, A.K. Ndoye, M. Ba, B.A. Diagne
Référence : Prog Urol, 2014, 6, 24, 346-348

La calcinose scrotale est une affection rare et d’étiologie encore très discutée. Nous rapportons cinq cas chez des patients sans antécédent pathologique particulier. Cliniquement, les bourses étaient parsemées de nodules indolores de taille variable produisant une substance blanchâtre, pâteuse. Le bilan phosphocalcique était normal chez tous les patients. Ils ont tous eu une exérèse des lésions associée à une plastie de recouvrement des bourses. L’étude histopathologique a mis en évidence des kystes épidermoïdes calcifiés dans 4 cas.




 




Introduction


La calcinose scrotale est une affection rare [1, 2]. Elle a été rapportée la première fois il y a environ deux siècles par Lewinski [3]. Cette affection peut entraîner une altération non négligeable de la qualité de vie sexuelle du patient avec l'embarras causé par la localisation scrotale de lésions inesthétiques. Nous rapportons dans ce travail cinq cas observés au service d'urologie andrologie du centre hospitalier universitaire Aristide Le Dantec de Dakar au Sénégal en insistant sur les aspects cliniques, étiopathogéniques et thérapeutiques.


Nos observations


Observation no 1 : Monsieur P.M., 33ans, a consulté pour grosse bourse bilatérale et indolore évoluant depuis 3ans. Aucun antécédent pathologique particulier n'a été noté. Les bourses étaient parsemées de nodules de 0,5cm à 1cm de diamètre, de consistance ferme, mobiles par rapport au plan profond et d'aspect blanchâtre en leur centre. Les autres parties du corps étaient indemnes de toute lésion. Le bilan phosphocalcique était normal. Une exérèse des lésions avec plastie de recouvrement des bourses a été réalisée. L'examen histopathologique de la pièce opératoire a révélé des formations kystiques intradermiques calcifiées avec à leur contact un granulome de type corps étranger. Avec un recul de 26 mois, aucune récidive n'a été notée.


Observation no 2 : Monsieur A.G., 35ans, a consulté pour nodules scrotaux bilatéraux indolores évoluant depuis 7ans. Aucun antécédent pathologique particulier n'a été noté. Les bourses étaient envahies de nodules de 0,2cm à 0,5cm de diamètre (Figure 1), de consistance ferme, mobiles par rapport au plan profond et la pression laissait s'écouler une substance crayeuse en leur centre. Le bilan phosphocalcique était normal. Après exérèse des lésions, l'examen histopathologique a mis en évidence des kystes rompus tapissés d'un épithélium de type épidermoïde, desquamant au sein de la lumière sous forme de nombreuses lamelles de kératine avec un tissu de granulation polymorphe au voisinage du kyste. Avec un recul de 20 mois, aucune récidive n'a été notée.


Figure 1
Figure 1. 

Pièce opératoire d'un scrotum parsemé de nodules blanchâtres.




Observation no 3 : Monsieur B.G., 60ans, a été adressé par un confrère dermatologue pour nodules scrotaux bilatéraux et indolores évoluant depuis 20ans. Aucun antécédent pathologique particulier n'a été relevé. Les bourses étaient recouvertes de nodules de 0,5cm à 1cm de diamètre, de consistance ferme, mobiles par rapport au plan profond et d'aspect blanchâtre en leur centre. Le bilan phosphocalcique était normal. Après exérèse des lésions, à l'examen histopathologique de la pièce opératoire il y avait des kystes épidermoïdes calcifiés sans signe de malignité. Avec un recul de 17 mois, aucune récidive n'a été notée.


Observation no 4 : Monsieur K.D., 28ans, a consulté pour nodules scrotaux bilatéraux indolores évoluant depuis un an sans antécédent pathologique particulier. Les bourses étaient envahies de nodules de 0,2cm à 0,5cm de diamètre de consistance ferme, mobiles par rapport au plan profond et la pression laissait sourdre une substance blanchâtre, pâteuse, en leur centre. Le bilan phosphocalcique était normal. Après exérèse des lésions, l'examen histopathologique a mis en évidence des kystes rompus tapissés d'un épithélium de type épidermoïde, desquamant au sein de la lumière sous forme de nombreuses lamelles de kératine avec un tissu de granulation polymorphe au voisinage du kyste. Avec un recul de 18 mois, aucune récidive n'a été notée.


Observation no 5 : Monsieur P.G., 31ans, a consulté pour nodules scrotaux bilatéraux et indolores évoluant depuis 2ans. Il n'existait pas d'antécédent pathologique. Les bourses étaient parsemées de nodules de 0,2cm à 1cm de diamètre, de consistance ferme, mobiles par rapport au plan profond et d'aspect blanchâtre en leur centre. Le bilan phosphocalcique était normal. Après exérèse des lésions, à la coupe il y avait un épaississement fibreux sous-cutané avec des dépôts blanchâtres crétacés et l'examen histopathologique avait révélé un tissu cutané formé d'un épiderme légèrement acanthosique surmontant un derme fibrohyalin où s'observaient de volumineuses concrétions calciques entourées d'une réaction macrophagique à corps étrangers (Figure 2). Avec un recul de 17 mois, aucune récidive n'a été notée.


Figure 2
Figure 2. 

Calcinose scrotale (coloration à l'hématoxyline éosine et grossissement×10) : 1 : épiderme acanthosique ; 2 : fibrohyalinose du derme ; 3 : concrétions calciques ; 4 : cellules inflammatoires.





Discussion


La calcinose scrotale est une affection bénigne [4], ce qui expliquerait le fait que les patients tardent souvent à consulter comme c'est le cas dans notre série où il y a un malade qui a été vu après 20ans d'évolution. La consultation était surtout motivée par la gêne ressentie vis-à-vis du regard de leur partenaire sexuelle. C'est une maladie survenant habituellement chez les sujets jeunes entre 20 et 40ans [5, 6]. Un de nos patients âgé de 60ans n'entrait pas dans cette tranche d'âge. L'aspect multinodulaire à l'examen physique noté dans notre étude serait le plus communément répandu et pose souvent un problème de diagnostic différentiel avec les tumeurs de la peau [5].


L'étiologie de la calcinose est encore inconnue, plusieurs hypothèses étiopathogéniques sont avancées. Wright et al. [7] soutiennent que les lésions de la calcinose sont purement idiopathiques. D'autres auteurs considèrent cette affection comme l'aboutissement d'un processus de calcification de kystes épidermoïdes scrotaux [8]. Cet aspect histopathologique est noté chez la majorité de nos patients (4/5). Parfois même la calcinose est décrite comme le résultat de la nécrose et de la dégénérescence du Dartos avec calcification dystrophique de ce muscle [9].


Sur le plan thérapeutique, nous avons réalisé l'exérèse de la totalité du scrotum intéressé par les lésions suivie d'une plastie de recouvrement des organes génitaux. Cette exérèse est largement recommandée dans la littérature [1, 2, 6], elle a un double avantage thérapeutique et diagnostique. Cependant, elle n'est pas préconisée par certains auteurs car ceux-ci estiment que la calcinose est une affection à haut potentiel de récidive, ils recommandent l'abstention [10]. Dans notre série, les résultats ont été satisfaisants sur le plan esthétique et aucune récidive n'était notée durant la période de suivi.


Conclusion


La calcinose scrotale était une affection rare et bénigne. Le rôle de la calcification des kystes épidermoïdes dans sa survenue semble être l'hypothèse la plus plausible. Le traitement chirurgical permet la restauration de l'esthétique de la bourse.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Références



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Alexandre Pompeo M.D., Wilson R., Molina M.D., Garrett D., Pohlman M.D., David Sehrt B.S., et al. Idiopathic scrotal calcinosis: a rare entity and a review of the literature Can Urol Assoc J 2013 ;  7 (5-6) : 439-441
Permi H.S., Shetty R., Alva S., Shetty B., Ballal R., Shetty K.J. Scrotal calcinosis-rare case reports of two cases NUJHS 2012 ;  2 (2) : 57-59
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