Kyste hydatique du cordon spermatique

23 octobre 2006

Mots clés : kyste hydatique, parasitose, cordon spermatique, chirurgie.
Auteurs : HAOUAS N., SAHRAOUI W., YOUSSEF A., THABET I., BEN SORBA N., JAIDANE M., MOSBAH A.T
Référence : Prog Urol, 2006, 16, 499-501
Le but de ce travail est de rapporter le troisième cas d'hydatidose du cordon spermatique, après revue de la littérature et d'élucider son mode de révélation particulier sous forme d'hydrocèle.
La maladie hydatique sévit à l'état endémique dans certains pays ou elle pose un véritable problème de santé publique. Elle n'épargne aucun organe. Toutefois la localisation primitive au niveau du cordon spermatique demeure exceptionnelle. L'implantation de la larve hydatique serait essentiellement hématogène. Le diagnostic positif se base sur l'échographie.
L'hyper éosinophilie n'est ni constante ni spécifique et ne contribue au diagnostic que lorsqu'elle est positive. Par contre la sérologie hydatique positive a une valeur diagnostique et pronostique. La résection du dôme saillant est le traitement de choix.



Le kyste hydatique ou hydatidose est une anthropozoonose due au développement chez l'homme de la forme larvaire du taenia Echinococcus granulosis [1]. Il sévit à l'état endémique et constitue un véritable problème de santé publique en Tunisie. En effet, l'incidence chirurgicale y est de 15/100 000 habitants et le coût spécifique de la parasitose, prise en charge chirurgicale et perte de viande animale avoisine les 1.650.000 DT (dinar tunisien), soit environ 1.260.000 $ US. Bien que la majorité des organes puissent être atteints par l'hydatidose, plus de 90% des kystes hydatiques humains se localisent dans le foie et les poumons [2]. Le but de ce travail est de rapporter une localisation exceptionnelle du taenia du chien au niveau du cordon spermatique.

Observation

Mr T.T., âgé de 75 ans, consultait pour l'augmentation progressive d'une tuméfaction scrotale gauche évoluant depuis 10 ans. A l'examen, le patient était en bon état général. La masse était de consistance liquidienne avec trans-illumination négative faisant évoquer une hydrocèle avec pacchyvaginalite. La biologie réalisée en per opératoire révélait une hyperleucocytose avec hyper éosinophilie et une sérologie hydatique négative. La radiographie du thorax était sans particularités. De même, l'échographie abdominale réalisée en postopératoire était normale. L'exploration chirurgicale objectivait une masse kystique (Figure 1) indépendante de la vaginale testiculaire et du testicule gauche (Figure 2).

Figure 1 : Abord scrotal d'une masse kystique prise initialement pour hydrocèle.
Figure 2 : Testicule et épididyme normaux avec une masse à paroi propre aux dépens du cordon spermatique.

Par contre, elle se développait aux dépens du cordon spermatique. L'aspect macroscopique évoquait un kyste hydatique non compliqué du cordon spermatique gauche mesurant environ 10 x 10 cm. Après avoir stériliser le contenu du kyste au sérum hypertonique à 30 pour mille, nous avons procédé à l'évacuation du contenu multivésiculaire du kyste (Figure 3) et à l'extraction de la membrane proligère (Figure 4). L'intervention consistait ensuite en une résection du dôme saillant. L'histologie a confirmé la nature hydatique du matériel prélevé. L'évolution était favorable à 2 ans.

Figure 3 : Vidange du contenu multivésiculaire du kyste après stérilisation de son contenu.
Figure 4 : Extraction de la membrane germinative et apparition de la membrane cuticulaire.

Discussion

L'hydatidose est une parasitose très répandue en Afrique du Nord et dans le pourtour méditerranéen [1]. Le foie et les poumons sont de loin les organes les plus touchés par la parasitose. Cependant, les kystes peuvent se localiser à n'importe quel autre point de l'organisme, dès que ces deux filtres sont dépassés [2]. Habituellement, c'est le rein qui constitue la localisation la plus commune du tractus urogénital. Elle vient en troisième position après les localisations hépatiques et pulmonaires et représente 4 à 5% des localisations viscérales [1].

Le premier kyste hydatique du cordon spermatique a été publié par Chandra [3] en 1951. Cette localisation est exceptionnelle puisque 2 cas seulement sont rapportés dans la littérature survenant chez un garçon de 4 ans et un jeune adulte de 26 ans [3, 4].

La dissémination hématogène primitive des embryons hexacanthes semble être le mécanisme exclusif de leur implantation au niveau du cordon spermatique. Par ailleurs, il faut noter que, connaissant les parasites, leurs cycles biologiques très complexes et leurs grandes capacités d'adaptation, on pense que la localisation finale de l'Echinococcus granulosis chez ses hôtes intermédiaires ne serait pas uniquement la conséquence du hasard et de simples filtres anatomiques. Les potentialités moléculaires et enzymatiques de l'embryon interviendraient dans la détermination de sa destinée finale [1]. D'ailleurs, de nombreux auteurs cités par Ben Abdallah [2] ont montré, grâce à des moyens de biologie moléculaire, que l'espèce Echinococcus granulosis englobe de multiples souches parasitaires à constitution génomique différente. Encore faut-il pratiquer un typage des kystes provenant des différents organes afin de vérifier leur hétérogénéité génétique qui aurait des implications dans la localisation et l'évolution de la larve chez l'homme ?

La symptomatologie clinique décrite par Chandra [3] et Hakami [4] est celle d'une masse inguinale de petite taille, peu douloureuse, révélée suite à un traumatisme au niveau de la région de l'aine ou du testicule. Elle peut prêter à confusion avec une hernie inguinale irréductible, une hydrocèle enkystée du cordon spermatique, un lymphangiome du cordon, des glandes ou autres tumeurs bénignes du cordon [3]. Chez notre patient, la masse était plutôt scrotale de consistance liquidienne avec trans-illumination négative faisant évoquer une hydrocèle avec pacchyvaginalite.

Le diagnostic positif de l'hydatidose est basé essentiellement sur l'échographie qui permet une classification en 5 stades selon Gharbi [5]. Les stades ou types II, III et V ne posent pas de problème diagnostique. Par contre, le type I est difficile à distinguer d'un kyste simple du cordon ou d'une hydrocèle. L'aspect pseudo-tumoral (type IV) soulève essentiellement le problème d'une néoplasie des éléments du cordon spermatique. Toutefois, la tomodensitométrie s'avère nécessaire chaque fois que le diagnostic est incertain [6]. L'imagerie par résonance magnétique ne trouve sa place que lorsque les moyens d'imagerie en coupe ne permettent pas d'établir un diagnostic certain [7]. Dans notre observation, une échographie aurait pu mettre le diagnostic de kyste hydatique en préopératoire.

Sur le plan biologique, l'hyper éosinophilie est évocatrice dans 33 à 53% [6]. En tout cas, elle n'a que peu de valeur du fait de son inconstance et de sa non spécificité. La sérologie hydatique est actuellement positive dans 81 à 94% avec le dosage immunoenzymatique (ELISA-Ig G) et sa spécificité est de 84 à 100% [8]. Toutefois, elle n'aide au diagnostic que lorsqu'elle est positive permettant ainsi de confirmer le diagnostic avant l'intervention chirurgicale. En effet, ce test simple et peu coûteux est d'un grand intérêt aussi bien dans le diagnostic positif de la maladie que dans son suivi post opératoire.

L'absence de traitement médical efficace, le caractère extensif et la malignité locale de la tumeur hydatique rendent la cure chirurgicale nécessaire pour stopper l'évolution inexorable vers les complications mécaniques, infectieuses et immunologiques [9]. Dans un premier temps, nous procédons à une stérilisation du contenu par l'injection intrakystique d'une solution scolicide (sérum hypertonique ou eau oxygénée) tout en aspirant la même quantité de liquide avant l'injection pour éviter le risque d'éclatement du kyste ou le passage du liquide hydatique dans la grande circulation. L'exérèse du kyste impose des précautions qui consistent à protéger les berges de la plaie et du champs opératoire par des champs imbibés d'un scolicide. Le traitement chirurgical du kyste hydatique du cordon spermatique doit être conservateur en préservant la vascularisation testiculaire et en gardant un canal déférent fonctionnel. En l'absence d'adhérences avec les éléments nobles (vaisseaux spermatiques, canal déférent), la périkystectomie doit être totale.

Enfin, il faut insister sur la surveillance clinique, immunologique, radiologique et échographique régulière pendant de nombreuses années pour dépister précocement toute récidive ou apparition secondaire d'autres localisations. Cette surveillance comporte un examen clinique complet même en l'absence de signe d'appel et ceci tous les 3 mois la première année puis tous les 6 mois pendant 2 ans, ensuite, une fois par an pendant 10 ans. De même, sont pratiquées une sérologie hydatique, une radiographie du thorax et une échographie abdominale et hépatique. D'autres examens radiologiques sont justifiés par des signes cliniques spécifiques telle que la réalisation d'un uroscanner devant une hydaturie par exemple. Il faut prendre des mesures préventives en expliquant au patient le mode d'infestation par le parasite et les moyens de son éviction.

Conclusion

Le cordon spermatique est un site exceptionnel de développement de la larve hydatique.

En dehors des complications, et ceci malgré la rareté de cette localisation hydatique, son diagnostic doit être évoqué devant une grosse bourse chronique. Le diagnostic du kyste hydatique demeure essentiellement échographique. Maladie somme toute bénigne, elle ne constitue qu'une erreur biologique chez l'homme et ne justifie qu'un traitement simple et bien toléré, en l'occurrence, la résection du dôme saillant. Enfin, il faut prendre des mesures de prophylaxie et de lutte, qui constituent le seul garant de réduire l'incidence de l'hydatidose dans notre pays et par conséquent sa morbidité et son coût.

Références

1. AMEUR A, LEZREK M, BOUMDIN H, TOUITI D, ABBAR M, BEDDOUCH A : Le kyste hydatique du rein.Traitement à propos de 34 cas. Prog Urol., 2002, 12, 409-414.

2. BEN ABDALLAH R, HAJRI M, AOUN K, AYED M : Kyste hydatique rétro vésical et rétro péritonéal extra rénal :étude descriptive sur 9 cas. Prog Urol., 2000, 10, 424-431.

3. CHANDRA H, DUTT RL : Hydatid cyst of the spermatic cord. Ind Med Gaz., 1951 Feb, 86(2), 49-50.

4. HAKAMI : An unusual case of hydatid cyst of the spermatic cord. Rev Med Moyen Orient., 1963 May-Jun, 20, 268-270.

5. HASSINE W, DUPUCH K, GHARBI HA : Apport de l'échotomographie dans la pathologie hydatique du foie de l'enfant : A propos de 42 cas. J Radiol., 1980, 61, 323-327.

6. HORCHANI A, NOUIRA Y, KBAIER I, ATTYAOUI F, ZRIBI AS : Hydatid cyst of the kidney : A report of 147 controlled cases. Eur Urol., 2000, 38, 461-467.

7. PASTOR LENCE JC, CARRASCOSA LV, SERRANO DA, RODRIGO GV, BELTRAN AJR, SANCHEZ SM, SANTOLAYA GJI, SAN JUAN DE LAORDEN C : Hydatidosis in a single location. Actas Urol Esp., 1999, 23, 729-31.

8. MANTEROLA C, CUADRA A, MUNOZ S, SANHUEZA A, BUSTOS L, VIAL M, FONESCA F : In a diagnostic test study the validity of three serodiagnostic test was compared in patients with liver ecchinococcosis. J Clin Epidemiol., 2005,58, 401-406.

9. BENNANI S, EL MRINI M, RAJI A, MEZIANE F, BENJELLOUN S : Les kystes hydatiques rétrovésicaux et rétropéritonéaux isolés (à propos de 5 cas). Ann Urol., 1992, 26, 344-349.