Intérêt des endoprothèses urétrales ALLIUM BUS « BULBAR URETHRAL STENT » pour le traitement de la dyssynergie vésico-sphinctérienne

25 septembre 2016

Auteurs : X. Matillon, J.-E. Terrier, N. Arnouil, F. Lalloue, G. Pic, A. Ruffion
Référence : Prog Urol, 2016, 9, 26, 532-537
Introduction

La sphinctérotomie prothétique temporaire est un traitement possible de la dyssynergie vésico-sphinctérienne (DVS) d’origine neurologique. Le but de l’étude était de tester la faisabilité et l’efficacité de l’endoprothèse urétrale (EpU) temporaire ALLIUM BUS « BULBAR URETHRAL STENT ».

Patients et méthodes

Il s’agissait d’une étude prospective, non comparative et monocentrique ayant débuté en 2015. Étaient inclus les patients de plus de 18ans, présentant une DVS prouvée urodynamiquement, d’origine neurologique, pour lequel le traitement médical était contre-indiqué ou en échec. Les critères de jugement étaient la faisabilité et le pourcentage de patients dont l’état mictionnel perçu était jugé amélioré ou très amélioré à 1 mois post-intervention.

Résultats

De janvier à juin 2015, 7 patients d’âge moyen de 47,9ans (24–76ans) ont été inclus. Un patient a été perdu de vue à 1 mois et donc exclu. Le suivi médian a été de 8,1 mois (1–10 mois). Toutes les procédures ont été un succès technique. À 1 mois : le taux de complications grade 2 (Clavien-Dindo) était de 57 %, 1 patient a eu une migration de l’EpU, la qualité de vie et de mode mictionnel des patients a été jugée bonne chez 3 patients, inchangée chez 2 patients et diminuée chez 1 patient. L’étude a été arrêtée après l’inclusion de 7 patients. À la date des dernières nouvelles, 5 EpU sur 6 avaient migré ou étaient explantées.

Conclusion

L’endoprothèse urétrale temporaire ALLIUM BUS ne semble pas être une alternative chirurgicale efficace pour le traitement de la dyssynergie vésico-sphinctérienne.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Le dernier taux d'incidence estimé de cas de traumatisés médullaire en France est de 19,4 par millions d'habitant en 2005, soit 934 nouveaux cas par an [1]. Ce chiffre est en augmentation constante depuis des années [2]. Il en est de même pour la sclérose en plaque (SEP), dont l'incidence estimée peut s'élever à plus de 8 cas pour 100 000 personnes [3].


Après une lésion de la moelle épinière d'origine médicale ou traumatique, la majorité des patients souffrent de vessie neurologique [4]. La dyssynergie vésico-sphinctérienne striée (DVSS) caractérise les lésions médullaires sous protubérantielles. Elle se définit comme la persistance ou l'accentuation de l'activité du sphincter strié lors de la contraction détrusorienne. Cette mauvaise vidange induite peut conduire à l'augmentation des pressions vésicales responsable du risque de complications urologiques et néphrologiques potentiellement graves [5].


Certains de ces patients ne peuvent être candidats à l'auto-sondage (dextérité insuffisante ou refus du patient) et doivent donc être pris en charge par des techniques alternatives chirurgicales. La sphinctérotomie endoscopique, dont le but est de permettre une vidange par miction réflexe en levant l'obstacle que représente le sphincter strié dyssynergique, est encore considérée par certains comme la principale alternative chirurgicale chez l'homme. Elle nécessite une anesthésie générale et présente ses propres risques techniques : hémorragiques (transfusion dans 2 à 13 % des cas) ou fonctionnels (jusqu'à 56 % d'impuissance postopératoire et 80 % de récidives à 10ans) [6, 7]. De plus, elle est invasive, irréversible et sans période d'adaptation pour le patient.


Pour ces raisons, la sphinctérotomie prothétique s'est développée [7] et est devenue une alternative au moins aussi efficace [8]. Toutefois, selon une revue récente de la Cochrane Collaboration, aucun des traitements chirurgicaux n'a démontré sa supériorité l'un par rapport à l'autre [9].


Il existe plusieurs types d'endoprothèses urétrales (EpU) en fonction des matériaux qui les constituent et de leur durée d'implantation. À l'inverse des EpU permanentes, les EpU temporaires sont peu décrites dans la littérature et n'ont pas fait l'objet d'études de haut niveau de preuve. Leur intérêt réside dans la possibilité de les laisser en place pendant une période d'environ 1 an, puis de les explanter. Cette prise en charge permet donc de proposer une thérapeutique non définitive, notamment pour les pathologies évolutives, aux patients refusant une chirurgie destructrice et définitive, ou aux patients n'ayant pas encore défini de préférence thérapeutique.


La société ALLIUM a mis sur le marché un modèle d'EpU temporaire, le système « BULBAR URETHRAL STENT » (BUS), dont les avantages revendiqués par le fabricant sont une implantation sous anesthésie locale et une explantation facilitée pour des performances similaires aux autres dispositifs.


Afin d'évaluer l'intérêt du système BUS, actuellement commercialisé, nous avons réalisé une étude prospective monocentrique afin de décrire ses résultats techniques et cliniques en termes d'efficacité et de sécurité chez des patients atteints de DVSS.


Matériel et méthodes


Il s'agit d'une étude prospective, de type série de cas, non comparative et monocentrique. L'étude a été menée dans un service d'urologie d'un centre hospitalo-universitaire à partir de 2015.


Population étudiée


Étaient inclus les patients de sexe masculin âgés de plus de 18ans, présentant une dyssynergie vésico-sphinctérienne striée prouvée urodynamiquement, d'origine neurologique identifiée, pour lequel un traitement médical conventionnel (pharmacologique ou auto-sondage) était contre-indiqué ou en échec, ayant exprimé leur non-opposition à participer à l'étude. Étaient analysés les patients ayant signé un consentement éclairé qui était alors inséré dans le classeur investigateur.


Les critères de non-inclusion étaient : patient mineur, majeur protégé par la loi, le sexe féminin, présentant des contre-indications au traitement par sphinctérotomie prothétique et à l'utilisation de l'endoprothèse ALLIUM BUS (conformément à la notice d'utilisation), présentant des contre-indications à l'anesthésie locorégionale, présentant une acontractilité ou une hypocontractilité du détrusor avec un résidu post-mictionnel (RPM) important, incapable de maintenir un étui pénien, désirant enfanter ou candidat à l'électro-éjaculation.


Les contre-indications à l'utilisation de l'endoprothèse étaient : la présence d'une infection aiguë des voies urinaires supérieures, de la prostate ou de l'urètre ; toute affection faisant encourir un risque significatif d'infection des voies urinaires ; la présence de calculs vésicaux ; une vessie non ou hypo-contractile de façon irréversible ; la présence d'une fistule urétro-cutanée ou urétro-rectale ; l'utilisation d'anneaux de constriction ou de dispositifs d'érection par le vide ou de médicaments injectables stimulant l'érection ; le port d'implant pénien et/ou de sphincter urinaire artificiel ; un traitement anticoagulant.


Traitement étudié


Était étudiée l'endoprothèse urétrale (EpU) temporaire ALLIUM BUS (ALLIUM/I.B.I Israël Biomedical Innovations, distribuée en France par GHW Group) (Figure 1). Elle a le marquage CE, a une longueur allant jusqu'à 80mm. Elle a une forme cylindrique. Une polymère en silicone est traversée d'un fil métallique d'une structure spiralée. L'implantation était réalisée conformément aux pratiques habituelles, sous anesthésie locale, ou locorégionale ou générale et sous monitorage cardio-tensionnel. La mise en place de l'EpU était réalisée avec l'aide de son outil d'implantation endoscopique et conformément aux recommandations du fabricant. Un contrôle radiologique (UCRM) du positionnement de l'EpU et de la bonne vidange vésicale (mesure ultrasonore du RPM) était réalisé. Le dispositif est placé au niveau de la zone du sphincter strié. Une ECBU préopératoire était réalisée et un traitement antibiotique adapté était mis en route au moins 48heures avant l'intervention en cas d'ECBU préopératoire positif.


Figure 1
Figure 1. 

Endoprothèse urétrale (EpU) temporaire Allium BUS. Allium/I.B.I Israël Biomedical Innovations - GHW Group.




Critères de jugement


Le critère de jugement principal était le pourcentage de patients dont l'état mictionnel perçu était jugé amélioré ou très amélioré à 1 mois post-intervention.


La mesure de l'état mictionnel perçu par le patient était réalisée par une échelle de Likert à 5 niveau : le patient avait à définir si son état par rapport à l'état initial a été : très aggravé, aggravé, non modifié, amélioré, très amélioré.


Les critères de jugement secondaire étaient le nombre de succès techniques (défini radiologiquement en peropératoire par une EpU correctement positionnée et fonctionnelle, permettant une vidange vésicale complète), le nombre d'EpU correctement positionnées en postopératoire immédiat, le nombre d'EpU ayant migré à 1 mois, 3 mois et 6 mois post-intervention, le nombre de retraits d'EpU réalisés sans survenue d'une hémorragie à 6 mois post-intervention, le nombre de complications survenues au cours de l'étude jusqu'à 6 mois post-intervention (infections urinaires symptomatiques, incrustations, sténoses et hématuries, nécessités de ré-intervention et retraits de l'EpU), l'existence d'un RPM, mesuré par urétrocystographie rétrograde et mictionnelle à l'inclusion et 1 mois, 3 mois et 6 mois après l'intervention, la qualité de vie jugée par l'investigateur après interrogatoire du patient (classée « bonne », « inchangée », ou « diminuée ») à 1 mois, 3 mois et 6 mois après l'intervention, le nombre de patients ayant demandé un changement de mode mictionnel, c'est-à-dire le retrait prématuré de l'EpU, dans les 6 mois suivant l'intervention. Les complications postopératoires étaient classées en grade de complication selon la classification de Clavien-Dindo [10].


Suivi


Les critères de jugement principal et secondaire étaient évalués lors de chaque visite de contrôles prévues à 1, 3 et 6 mois de la pose de l'endoprothèse puis tous les 3 mois. Ces visites comportaient la réalisation d'un examen clinique avec mesure ultrasonore du RPM, d'une radiographie de la vessie (UCRM), d'une fibroscopie et si besoin d'un examen urodynamique.


Durée de l'étude


La durée prévisionnelle totale de l'étude était de 16 mois, avec une durée d'inclusion de 6 mois et une durée de suivi de 6 mois minimum.


Calcul du nombre de patients à inclure


Pour montrer l'intérêt en pratique clinique de l'endoprothèse ALLIUM BUS, le pourcentage de patients avec un état mictionnel amélioré ou très amélioré à 1 mois de l'intervention devait être au moins similaire à celui obtenu suite à l'implantation des autres endoprothèse urétrales temporaires disponibles sur le marché.


D'après les données disponibles dans la littérature et les retours d'expérience portant sur l'endoprothèse temporaire MEMOKATH®, nous avons estimé qu'un pourcentage minimal de 75 % serait satisfaisant pour envisager de poursuivre l'utilisation de l'endoprothèse BUS. En faisant l'hypothèse que le pourcentage attendu serait de 90 %, pour obtenir une borne basse de l'intervalle de confiance bilatéral autour de ce pourcentage de 75 %, 15 patients devaient être inclus dans l'étude.


L'étude a obtenu l'accord de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), du comité de protection des personnes Sud-Est IV et a été enregistrée sur le site www.clinicaltrials.gov/ sous le numéro : NCT02323243.


Résultats


De janvier 2015 à juin 2015, 7 patients ont été inclus prospectivement puis suivis de manière prospective. L'ensemble des patients présentaient une tétraplégie post-traumatique de niveau cervical. Six patients sur 7 avaient déjà été traités par un autre type d'EpU temporaire et un patient avait une sonde vésicale à demeure.


Les caractéristiques de chaque patient sont décrites dans le Tableau 1.


L'âge moyen des patients était de 46,5ans (23-76ans). Le suivi médian a été de 7 mois (10jours-8 mois). Pour des raisons géographiques, un patient (patient no 3) a été perdu de vue à 1 mois et un autre à 8 mois (patient no 5). Ces 2 patients ont donc été exclus de l'analyse des critères de jugement à la date de leur sortie de l'étude.


Le délai moyen entre le début de la pathologie neurologique et le traitement étudié était de 113 mois (40-211 mois). Tous les patients avaient un ECBU préopératoire positif et tous avaient reçu un traitement antibiotique adapté. Une anesthésie générale a été réalisée pour 3 patients et 4 patients ont eu une rachianesthésie. Aucun drainage postopératoire n'a été nécessaire. Toutes les procédures ont été un succès technique.


Aucune complication peropératoire immédiate n'a été constatée. La durée de séjour a été d'un jour pour 6 patients et de 2jours pour 1 patient. Un seul patient a présenté une rétention d'urine postopératoire nécessitant une journée d'hospitalisation supplémentaire et un drainage par cathéter sus pubien avec une évolution satisfaisante à 1 mois (complication de grade 2 selon la classification de Clavien-Dindo). Aucun patient inclus n'a présenté de syndrome d'hyperactivité autonome. À 1 mois, 1 patient sur 6 a eu une migration de l'endoprothèse (complication de grade 3a).


À la date des dernières nouvelles, 5 patients sur 6 avaient une endoprothèse ayant migré ou explantée. À 3 mois, 3 patients avaient eu une explantation de leur EpU (2 patients pour migration symptomatique, 1 patient pour mauvaise tolérance). À 6 mois, 2 patients ont eu une explantation pour migration non symptomatique mais visualisée au cours du suivi systématique.


Le délai moyen entre l'intervention et l'ablation de l'EpU était de 4,3 mois (2-8 mois). Un repositionnement de l'endoprothèse a été nécessaire chez 1 patient sous anesthésie locale et sans complications. Les migrations étaient toutes intra-vésicales. Les migrations ont toutes conduit à l'ablation de l'EpU. Une ablation sous anesthésie générale de l'EpU pour 2 patients a été nécessaire. Il n'y a pas eu de complications lors des ablations.


À 1 mois, 3 patients sur 7 ont eu un épisode d'infection urinaire symptomatique dont une compliquée d'orchite, 2 patients ont eu un épisode d'hématurie macroscopique d'évolution spontanément favorable. À 1 mois, il y a eu 57 % de complications de grade 2. Aucune incrustation, sténose, ou évènement lithiasique n'a été retrouvé pendant le suivi de patients.


L'inclusion des patients a été arrêtée après l'inclusion des 7 premiers patients.


À 1 mois, la qualité de vie et de mode mictionnel des patients a été jugée bonne chez 3 patients, inchangée chez 2 patients et diminuée chez 1 patient sur 7.


À 1 mois, les résidus étaient inférieurs à 150mL chez l'ensemble des patients.


Au cours du suivi, aucun patient n'a exprimé un souhait de changement de mode mictionnel à la suite d'une migration de l'EpU.


Discussion


À notre connaissance, il s'agit de la première étude testant l'intérêt de l'endoprothèse ALLIUM « BUS » dans le traitement de la dyssynergie vésico-sphinctérienne (DVS) d'origine neurologique. Cette EpU a été étudiée essentiellement dans le traitement des sténoses de l'urètre non neurologiques, et fait effectivement partie de l'arsenal thérapeutique de ces sténoses. Dans la série de Culha et al. [11] de 54 patients, l'EpU ALLIUM « BUS » est un traitement faisable et efficace avec un taux de succès de 81,4 %.


Selon le fabricant, cette EpU, d'une longueur allant jusqu'à 80mm, a une structure spiralée recouverte d'un copolymère en silicone traversé d'un fil métallique tricoté en monofilament. Ce procédé avait été conçu pour rendre le dispositif non épithélialisable, prévenir le phénomène d'incrustation, et permettre le retrait par simple traction, 12 mois après l'intervention tout en permettant un bon confort pour le patient. En effet, les endoprothèses actuellement disponibles pour le traitement de la DVS sont en généralement constituées d'une spirale jointive faite de Nitinol (Memocath®) pouvant expliquer les complications à type d'incrustations et les difficultés pouvant être rencontrées lors de leur explantation.


Nous avons constaté qu'au cours du suivi des premiers patients inclus, le taux de migration précoce de l'endoprothèse était important, ce qui a conduit à arrêter précocement les inclusions dans l'étude. L'étude a donc été arrêtée avant l'inclusion des 15 patients initialement prévus, pour des raisons éthiques. Le faible effectif de notre étude constitue ainsi une des limites de notre étude. Cependant, le taux de migration nous a semblé constituer l'inconvénient principal de cette EpU car elle ne semblait pas permettre de poursuivre son utilisation en l'état et dans cette indication. L'analyse du critère de jugement principal n'a pas permis de montrer que cette EpU était une alternative efficace. Pour expliquer ce taux, il semblerait que ce matériau soit trop souple, expliquant une force radiale insuffisante au niveau du segment moyen, facilitant alors sa migration depuis sa position transsphinctérienne où réside un régime de pression très important. Également, il semblerait que la forme de la prothèse, au niveau de ses segments proximaux et distaux, ne permette pas un encrage suffisant au niveau du col vésical et en aval du sphincter. Ainsi, il semble que le taux de migration soit un paramètre indispensable à prendre en compte lors de l'évaluation de l'efficacité d'une EpU temporaire dans le traitement de la DVS, étant donné que ces taux peuvent être importants (20 à 30 %) à court terme [12] comme à moyen terme (moins de 12 mois) [13]. Le taux de migration est dépendant de l'indication de l'EpU puisque dans la série de sténoses urétrales non neurologiques, de Culha et al. [11], le taux de migration était de seulement 11,1 %.


Dans notre série, il n'a pas non plus été possible de confirmer que cette EpU était implantable sous anesthésie locale seule étant donné que tous les patients avaient eu une anesthésie générale ou locorégionale. Cette limitation est explicable, d'une part, par le souhait du patient et, d'autre part, par les habitudes de notre centre prises lors de l'implantation d'autres EpU temporaires ou permanentes effectuées sous les mêmes techniques anesthésiques. De plus, l'ablation de l'EpU a nécessité une intervention sous anesthésie chez 2 des 6 patients suivis de notre série montrant que cette EpU n'a pas rempli un de ces objectifs. Cependant, aucune complication, incrustation, sténose ou hématurie caillotante n'ont été retrouvées contrairement aux séries d'EpU temporaires [12, 13, 14] ou permanentes [15].


Une des limites de notre étude est l'absence de prise en compte dans le suivi de la surveillance de l'évolution de la créatininémie et de la dilatation du haut appareil urinaire par échographie. Nous n'avons également pas contrôlé les paramètres urodynamiques dans le suivi des patients ni même les effets sur la fonction érectile des patients. D'une part, ce choix a été effectué car il s'agissait d'une étude évaluant des critères de faisabilité. D'autre part, ce choix peut être expliqué par notre volonté de contrôler, prothèse en place, l'efficacité de l'endoprothèse en se basant sur des critères de jugements cliniquement évidents [16] et validés [17] pour le patient (échelles QUALIVEEN et Likert) et le praticien (échelle Likert et mesure du RPM). Concernant la fonction sexuelle des patients, il a été récemment montré que celles-ci ne semblaient pas empêcher l'éjaculation pour une même population de patient traitée par des EpU temporaires [18].


Cette étude permet de réinsister sur les données du cahier des charges de l'« EpU idéale » [19] et sur l'intérêt de la sélection des patients susceptibles d'être de bons candidats à la sphinctérotomie prothétique. En effet, dans notre série de patients inclus, aucun cas d'hyperactivité autonome (HRA) de novo n'a été découvert dans les suites postopératoire immédiates, confirmant la bonne sélection de ces patients pour ce mode d'incontinentation (6 des 7 patients avaient déjà eu une EpU temporaire avant l'inclusion). En cas, d'HRA, l'ablation rapide de l'EpU doit être discutée rapidement. En effet, même si un cas HRA peut être due à une possible migration de l'EpU, il est important de rappeler que ces EpU temporaires permettent de tester l'HRA de novo et de sélectionner les patients qui auraient été de mauvais candidats à l'incontinentation prothétique permanente ou à la sphinctérotomie définitive. La sélection des candidats est un élément primordial dans la prise en charge, expliquant notre faible taux de souhait de changement de mode mictionnel, comme cela est retrouvé dans l'étude de Gamé et al. [14]. Dans notre série, parmi les patients dont l'EpU a été explantée, 3 patients (patients no 4, 6 et 7) ont eu un recours à une autre EpU temporaire (MEMOKATHâ„¢) et 1 patient (patient no 2) a eu une sphinctérotomie chirurgicale définitive.


Cette étude permet aussi de rappeler un des intérêts des EpU temporaires par rapport aux prothèses permanentes ou à la sphinctérotomie endoscopique, même si aucun essai clinique randomisé n'est disponible à ce jour : aucun cas d'obstruction ou de contracture secondaire du col vésical nécessitant des traitements particuliers [20] ne sont répertoriés dans les études préalables sur les prothèses temporaires. Ce fait pourrait inciter la communauté scientifique à réaliser des études médico-économiques comparant les EpU temporaires et définitives.


Dans notre série, le délai entre la survenue de l'atteinte neurologique et l'implantation de l'EpU est important. Outre le fait que l'EpU ici testée ait été pour la plupart une alternative à une autre EpU temporaire, il est à souligner que l'intérêt de ces EpU semble particulièrement important à une date précoce de l'évènement neurologique [21]. Ces EpU temporaires permettent ainsi une prise en charge neuro-urologique rapide et d'attendre la récupération ou la réanimation des membres supérieurs, de tester la faisabilité des auto-sondages et de diminuer les infections nosocomiales par diminution des hétérosondages [14].


Conclusion


L'endoprothèse urétrale temporaire ALLIUM BUS ne semble pas être une alternative chirurgicale efficace pour le traitement de la dyssynergie vésico-sphinctérienne striée en raison d'un taux de migration précoce trop important. Une nouvelle prothèse ALLIUM d'incontinentation prothétique temporaire est en cours d'évaluation. D'autres essais cliniques prospectifs sont attendus pour proposer une option thérapeutique supplémentaire à l'incontinentation endoscopique dans le traitement de DVSS.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques des patients.
Patient  Âge (années)  Antécédent neurologique  Traitement urologique antérieur  Délai entre l'implantation et la pathologie neurologique (mois) 
46  TETRAPLEGIE traumatique C4  MEMOKATHâ„¢  40 
24  TETRAPLEGIE traumatique C4  MEMOKATHâ„¢  78 
65  TETRAPLEGIE traumatique C5  MEMOKATHâ„¢  213 
29  TETRAPLEGIE traumatique C4  MEMOKATHâ„¢  44 
68  TETRAPLEGIE traumatique C7  Sondage vésical à demeure  92 
25  TETRAPLEGIE traumatique C4  MEMOKATHâ„¢  54 
76  TETRAPLEGIE traumatique C5  MEMOKATHâ„¢  211 



Légende :
C : vertèbre cervicale.


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