Intérêt de l'analyse des microsatellites urinaires dans le diagnostic du cancer du rein

22 octobre 2006

Mots clés : carcinome à cellules rénales, microsatellites, Diagnostic, urines, rein.Niveau de preuve : 2
Auteurs : FERNANDEZ F., SCHNEIDER A., GAUB M.P., LINDNER V., OUDET P., LANG H., SAUSSINE C., JACQMIN D
Référence : Prog Urol, 2006, 16, 429-434
Objectif: rechercher la présence d'ADN tumoral dans les urines de patients présentant un cancer du rein, grâce à l'analyse des microsatellites. Matériel et Méthode: Etude expérimentale, comparative, en aveugle, effectuée entre juillet 1996 et décembre 2003. Des prélèvements préopératoires, urinaires et sanguins ont été effectués chez 69 patients ayant un cancer du rein (pT1 à pT4). La population témoin comporte 35 patients ayant une pathologie urologique bénigne.
La perte d'hétérozygotie (LOH) et l'amplification allélique ont été recherchées grâce à l'analyse des déséquilibres alléliques entre l'ADN urinaire et l'ADN des lymphocytes sanguins. Vingt-six loci ont été analysés, dont 23 microsatellites. Nous avons étudié la sensibilité et la spécificité du test en fonction du stade, du grade et de l'envahissement des cavités rénales par la tumeur.
Résultats : La sensibilité du test est de 61% pour les pT1a et la sensibilité globale est de 62,3%. Il existe une différence significative en faveur des bas grades nucléaires (p<0,05). Plus de 80% des tumeurs détectées le sont par 4 microsatellites. La spécificité est de 83%. Les cavités rénales sont envahies par la tumeur dans 38% des cas. Il n'y a pas de corrélation entre l'envahissement des cavités et le résultat du test.
Conclusion : Les résultats sont encourageants, en particulier pour les petites tumeurs et permettent d'envisager des applications cliniques.



Le diagnostic précoce du cancer du rein résulte souvent d'une découverte fortuite, lors d'une échographie. La sensibilité de l'échographie est de 80% pour les tumeurs supérieures à 3 cm et de 60% pour les tumeurs inférieures ou égales à 3 cm [1, 2]. La tomodensitométrie est l'examen de référence, avec une sensibilité de 90% pour les petites tumeurs, mais il n'est pas concevable de l'utiliser en vue d'un dépistage et la caractérisation des petites tumeurs reste difficile. Par ailleurs, il n'existe aucun marqueur permettant d'assurer une surveillance biologique.

Il est possible d'identifier de l'ADN tumoral en analysant des marqueurs microsatellites dans différents cancers (poumon, colon, vessie) [3]. Ces altérations moléculaires peuvent êtres retrouvées directement dans le tissu tumoral mais aussi dans plusieurs fluides corporels (sécrétions bronchiques, sérum, urines). Nos résultats sur la recherche d'ADN tumoral dans les urines de patients présentant des tumeurs de vessie sont très encourageants, avec une sensibilité de plus de 80% pour les tumeurs superficielles. Il nous a paru nécessaire d'étudier ce test diagnostique non invasif dans le cancer du rein. Aussi, nous avons recherché la présence d'ADN tumoral dans les urines de patients présentant un cancer du rein, en identifiant les déséquilibres alléliques. Autrement dit, peut-on détecter le cancer du rein grâce à l'analyse des microsatellites sur de l'ADN urinaire?

Matériel et méthode

Patients

Population

Des prélèvements urinaires et sanguins ont été effectués en préopératoire, chez 69 patients (51 hommes et 18 femmes) ayant un cancer du rein. Cinquante six pour-cent des tumeurs étaient de bas grade. Le carcinome à cellules rénales conventionnelles représentait 91% des tumeurs et 9% étaient de type papillaire. Ces prélèvements ont été faits entre juillet 1996 et octobre 1999. La moyenne d'age était de 61,4 ans (20-88) avec une médiane de 63 ans. Il y avait 38% de pT1 (26% de pT1a), 16% de pT2, 36% de pT3 et 7% de pT4 (3% non stadés). Les analyses ont été réalisées entre 1999 et 2003. Les 17 premiers microsatellites ont aussi été testés sur 18 tumeurs urothéliales du haut appareil. Témoins

La population témoin était composée de 35 patients ayant une pathologie urologique bénigne. Il y avait 16 hommes et 18 femmes. L'age moyen était de 52 ans. Seize patients présentaient une pathologie lithiasique, 10 une pathologie infectieuse ou inflammatoire, 6 une incontinence urinaire et 3 patients présentaient respectivement une jonction pyélo-urétérale, un reflux vésico-urétéral et une varicocèle.

Tous les patients participant à l'étude ont signé le formulaire de consentement de participation à l'étude "Stratégie de détection de cellules tumorales dans les culots urinaires de patients atteints de cancers de l'appareil uro-génital. Recherche d'anomalies moléculaires".

METHODE

Vingt-six loci ont été étudiés sur les chromosomes 3, 4, 5, 6, 8, 9, 11, 13, 14, 16, 17 et 20, dont 23 microsatellites (D9S162, IFNA, D16S310, D16S476, D4S243, FGA, ACTBP2, D9S171, D9S747, MJD52, D8S307, THO, D13S802, D17S695, D17S654, D20S48, P53, D5S346, D20S170, D4S414, D3S1560, D3S1317, D3S1038).

Les 17 premiers microsatellites sont identiques à notre étude antérieure portant sur les tumeurs de vessie [3]. Six microsatellites supplémentaires, dont 3 portant sur le chromosome 3, ont été testés en 2003. Pour 3 gènes (CD1/APC, erbB2/p16 et erbB2/RXRa), une amplification directe des régions codantes a été effectuée, c'est alors le ratio entre le nombre de copies des différents gènes qui a été étudié.

Pour chaque patient, 5 ml de sang sur tube d'EDTA, ont été prélevés par les anesthésistes en pré-opératoire. Les prélèvements urinaires sur tubes de 50 ml, coniques, ont été prélevés soit en pré-opératoire, soit lors d'un sondage per-opératoire. Les deux échantillons ont été conservés dans une poche plastique hermétique et mis sur glace, au frigo, en attendant l'acheminement vers le laboratoire de biologie moléculaire.

L'analyse des échantillons a été faites en aveugle. Les détails techniques concernant l'extraction de l'ADN, l'amplification, la mesure du déséquilibre allélique, ainsi que l'étude de la fiabilité et de la reproductibilité ont été décrites dans une étude préliminaire sur les tumeurs de vessie [3]. Brièvement, après extraction de l'ADN urinaire et leucocytaire sanguin, celui-ci est amplifié par PCR semi-automatique puis séparé par migration sur gel d'électrophorèse. Le profil d'amplification, pour chaque locus, obtenus à partir d'ADN issu des cellules urinaires a été comparé au profil d'amplification de l'ADN leucocytaire sanguin. L'intérêt du prélèvement sanguin est d'obtenir à partir de leucocytes, un ADN normal qui pourra être comparé a l'ADN urinaire présumé tumoral. Le système de détection par fluorescence des fragments séparés par électrophorèse, permet une approche quantitative en mesurant la surface et la hauteur du signal pour chaque allèle. Chaque fragment apparaît sous la forme d'un pic de courbe. Plus y il a d'ADN et plus le pic sera important. L'analyse des courbes recherche une modification du rapport des hauteurs de pics sous la courbe de l'ADN urinaire par rapport à celle de l'ADN contrôle. L'intensité du déséquilibre allélique dépend de la proportion de cellules normales et tumorales dans le prélèvement urinaire. En travaillant de façon semi-quantitative, seul les allèles hétérozygotes pourront êtres analysés et seront donc "informatifs". Ceci est appelé la perte d'hétérozygotie ou LOH (Loss of Heterozygosity). Par la suite a été défini le seuil de significativité du test, pour chaque microsatellite. Ce seuil correspond a la moyenne des déséquilibre alléliques plus deux écart types (Figure 1). Par ailleurs, étant donné que l'intensité d'AI dépend du nombre de cellules tumorales dans le culot urinaire, nos analyses prouvent qu'il est possible de détecter un déséquilibre allélique quand le sédiment urinaire est composé d'au moins 20% de cellules tumorales.

Figure 1 : Mesure du déséquilibre allélique entre de l'ADN leucocytaire sanguin témoin ("blood") et de l'ADN urinaire tumoral ("urine"). AI : déséquilibre allélique (Allelic Imbalance).

Résultats

Nous avons étudié 26 loci. L'informativité et le pourcentage de déséquilibres alléliques dans la population étudiée, varient de façon importante selon les marqueurs.

- Le pourcentage d'hétérozygotie (informativité) varie de 31 à 93%. Douze marqueurs ont une informativité supérieure à 75%, dans cette population.

- Si le marqueur est informatif, le taux de déséquilibre allélique dans la population pour un microsatellite donné, varie de 0 à 29%.

- Des déséquilibres alléliques ont été retrouvés dans les prélèvements urinaires de 43 patients. Le test ne retrouve aucun déséquilibre allélique dans les urines de 26 patients. La sensibilité globale est de 62,3%, quelque soit le stade tumoral (Tableau I).

- Nous avons déterminé la présence de déséquilibres alléliques en fonction du stade, du grade et du type histologique (Tableaux I, II et III). Il n'est pas retrouvé de différence significative entre le stade pT1a et les autres stades (p>0,05), ni entre les stades localisés (pT1, pT2) et les autres stades (p>0,05). La sensibilité du test pour les bas grades est significativement plus élevé que pour les hauts grades (p<0,05), 76% contre 54%.

Il n'y a pas de différence significative (p>0,05) selon le type histologique.

- Concernant l'amplification des gènes APC et erbB2, seul le gène erbB2/p16 est amplifié : 5 résultats positifs sur les fois 27 tests utilisés, soit une sensibilité de 18,5%.

- Les 4 microsatellites les plus performants permettent de diagnostiquer 38 des 47 tumeurs, soit 81% des tumeurs détectées, pour une sensibilité globale de 52%. Ce sont les D9S162, ACTBP2, D13S802 et TP 53, situés sur les chromosomes 6, 9, 13 et 17 (Tableau IV).

- Les 9 derniers loci analysés ne détectent que 4 tumeurs supplémentaires, dont celui de erbB2 qui a permis de détecter 3 tumeurs.

- Sur les 35 patients témoins, présentant une pathologie urinaire bénigne, 6 ont un test positif: 1 abcès rénal, deux cystites, deux incontinences urinaires et une lithiase. La spécificité est de 82,8%.

-Les résultats des 43 tumeurs positives ont été comparés aux résultats de notre étude préalable sur la vessie [3]. Neuf marqueurs sont plus souvent altérés dans les tumeurs de vessie que dans les tumeurs rénales, ceci de façon significative (p<0,05). Ce sont les microsatellites IFNA, D4S243, ACTBP2, D9S171, D9S747, MJD52, THO, D17S695 et TP53, situés sur les chromosomes 4, 6, 9, 14 et 17.

- Les 17 premiers microsatellites ont été testés sur 18 tumeurs urothéliales du haut appareil. Le test est positif pour 16 tumeurs, soit une sensibilité de 88,8%. Quatre marqueurs sont plus souvent altérés dans les tumeurs urothéliales du haut appareil que dans le cancer du rein (p<0,05). Ce sont les microsatellites FGA, D9S171, D17S695 et TP53 sur les chromosomes 4,9 et 17.

- Les cavités rénales sont envahies dans 38% des cas (53 tumeurs analysés). Il n'est pas retrouvé de corrélation entre l'envahissement des cavités rénales décrit à l'examen anatomopathologique et le résultat du test (p>0,05) (Tableau IV). Le stade est corrélé a l'envahissement des voies urinaires de façon significative (p<0,05). Aucune tumeur de stade pT1 n'envahie les cavités (Tableau V).

Les tumeurs de hauts grades envahissent plus souvent les cavités que les tumeurs de bas grades, ceci de façon significative (p<0,05) (Tableau VI).

Discussion

Les microsatellites sont des marqueurs génétiques constitués de répétitions (10 à 60 fois) de courtes séquences nucléotidiques d'une à quatre paires de bases. Le génome humain contient environ 50000 microsatellites répartis sur l'ensemble du génome. Un microsatellite donné, est localisé sur un locus précis et identifiable chez tous les individus. Cette région présente un polymorphisme génétique basé sur le nombre de répétitions. Ces régions sont hautement polymorphes dans la population mais restent stables pour un même individu. La majorité de ces séquences se situe sur des régions non codantes.

La mise en évidence d'altérations génétiques au sein des tumeurs, en utilisant les marqueurs microsatellites repose sur la détection de deux types d'anomalies du génome : les déséquilibres allèliques et l'instabilité microsatellite. Les altérations génétiques les plus fréquentes dans les tumeurs solides épithéliales sont les déséquilibres allèliques (Allelic Imbalance ou AI) par délétions chromosomiques et plus rarement par amplifications allèliques [4, 5, 6]. Lorsqu'une région chromosomique est délétée, les marqueurs, notamment les microsatellites qui sont hétérozygotes, apparaîtront homozygotes dans la tumeur définissant ainsi la perte d'hétérozygotie ou LOH (Loss of Heterozygosity) [5]. En analyse semi-quantitative, seuls les allèles hétérozygotes pourront être étudiés, définissant ainsi l'informativité. L'instabilité microsatellite est en revanche peu impliquée dans le cancer du rein [7].

L'analyse des microsatellites (allèlotypage) permet d'établir un typage de la tumeur. Pour Sidransky [6, 8, 9], la détection de ces altérations dans un prélèvement cellulaire peut alors être utilisée comme marqueur de la transformation néoplasique. Ainsi, Sidransky en 1994 [6], a recherché la présence de cellules possédant des altérations génétiques par analyse de microsatellites, dans les urines de patients présentant une tumeur de vessie avec une sensibilité de 95%. Ceci est confirmé par notre étude portant sur des patients présentant une tumeur de vessie, avec une sensibilité de 84% dont 81% pour les pTa [3]. Cette sensibilité est supérieure à la cytologie urinaire qui a une sensibilité de 27 % pour les faibles grades et de 77,5 % pour les hauts grades avec une sensibilité globale de 61,9 %. Ces résultats encourageants, nous ont mené à effectuer ce test sur le cancer du rein.

Cette étude expérimentale, comparative, en aveugle, confirme notre hypothèse en montrant que l'on peut détecter le cancer du rein en recherchant des déséquilibres allèliques entre l'ADN urinaire et l'ADN sanguin, par analyse des microsatellites urinaires. Prés de 63% des cancers du rein sont détectés, ceci avec 26 marqueurs, tous stades, grades et types confondus.

-On ne retrouve pas de corrélation entre le stade, le type histologique et la sensibilité du test. Le fait marquant est que la sensibilité du test pour les tumeurs localisées, et en particulier pour les tumeurs pT1a est de plus de 60 %. Ce stade est précisément celui qui pose le plus de problèmes en termes de diagnostic et de caractérisation. La sensibilité du test est meilleure pour les bas grades. Pour l'expliquer, deux hypothèses peuvent être envisagées. La première hypothèse est que dans les cellules différenciée, de bas grades, l'activité apoptotique et la production d'ADN sont plus importantes. La deuxième hypothèse est que pour les tumeurs de hauts grades, qui sont plus agressives, existe un passage sanguin d'ADN tumoral plus important, pouvant ainsi masquer le déséquilibre allélique. Cependant ce risque reste limité grâce aux techniques de filtrations des leucocytes sanguins utilisées dans notre étude.

-La spécificité est satisfaisante avec 82,8 %, similaire à celle des tumeurs vessie. Toutefois il convient d'être prudent en ce qui concerne l'interprétation de cette spécificité. En effet, on retrouve des déséquilibres allèliques dans le cancer de vessie, les tumeurs de prostate, les pathologies inflammatoires urinaires, voire même d'autres cancers puisqu'il pourrait exister une filtration glomérulaire d'acide nucléique tumoral [10, 11, 12]. On retrouve aussi une disparité entre les deux populations : le sexe-ratio de la population témoin est de 0,88 contre 2,83 et la moyenne d'age de la population témoin est de 52 ans contre 61,4 ans. De plus, concernant les tumeurs bénignes rénales, des cas de déséquilibres allèliques dans les urines ont été décrits. Cependant ces résultats peuvent être intéressants en terme de dépistage des tumeurs rénales au sens large [13].

-Les analyses effectuées sur les 9 loci supplémentaires, à priori ciblés sur le cancer du rein, ne sont pas concluantes, car elles ne permettent de détecter que 4 tumeurs supplémentaires. Les résultats concernant le chromosome 3 sont décevants, puisqu'il n'y a que deux résultats positifs alors que le taux de LOH en 3p dans le cancer du rein est présent dans 80 à 98% des carcinomes conventionnels sporadiques [14, 15, 16]. Les hypothèses concernant ces résultats sont qu'il n'y a que 3 microsatellites testés et que l'analyse a été effectuée 5 ans après les derniers prélèvements. Beaucoup de prélèvements étaient inutilisables, en quantités insuffisantes et d'autres probablement altérés, malgré la bonne résistance de l'ADN à la conservation.

-Sur un panel de 26 loci, nous avons pu mettre en évidences les plus performants, puisque 5 loci permettent de diagnostiquer plus de la moitié des cancers. Les différences significatives d'altérations pour 9 microsatellites, entre les cancers du rein et de la vessie, et de 4 microsatellites pour les tumeurs urothéliales du haut appareil, permettent de dégager un profil d'altération en fonction du type de tumeur. Dans cette étude, les microsatellites les plus souvent altérés dans les cancers du rein et de la vessie sont le D9S162 (9p) et ACTBP2 (6q). Ils sont les plus sensible, mais sont peu discriminatifs. Il n'est pas retrouvé de microsatellites " spécifiques " du cancer du rein, mais plutôt des microsatellites plus souvent altérés dans les tumeurs urothéliales. Ce sont les microsatellites D17S695 et D9S171 et TP53.

-Un point important est que chaque marqueur n'a pas été testé chez tous les patients ce qui diminue probablement leur sensibilité. Ceci, principalement en raison de l'utilisation d'un appareil travaillant de façon séquentielle. Par ailleurs, contrairement aux tumeurs urothéliales, pour lesquelles la quantité de cellules desquamées est importante, on peut penser que pour le cancer du rein, une quantité d'urine supérieure augmentera la sensibilité, le ratio dépendant de la proportion initiale de cellules tumorales, ceci malgré les procédés d'enrichissements par filtration.

- Sidransky [13] a effectué une étude sur 25 cancers du rein (20 carcinomes à cellules rénales conventionnelles, 3 carcinomes papillaires, 1 chromophobe et 1 cancer urothélial) et 5 tumeurs bénignes (1 AML, 3 oncocytomes et 1 néphrome métanéphrique). La population témoin était composée de 16 patients (8 lithiases et 8 sans pathologies urogénitale). Des prélèvements urinaires, sanguins et tumoraux ont été effectués. Vingt-huit microsatellites ont été testés, 5 sur le chromosome 3p dont 3 sont en commun avec notre étude (D3S1317, D3S1560 et D3S1038) ainsi que les microsatellites FGA, ACTBP2, D9S747, THO, D13S802, MJD52, D17S695, D17S654, soit 11 marqueurs en commun. L'analyse a été faite par PCR semi-quantitative, avec étude des LOH et des instabilités microsatellites. L'étude a comparé l'ADN urinaire, tumoral et sérique par rapport aux lymphocytes sanguins. La sensibilité est de 76 % dans l'urine et de 60% dans le sérum pour les cancers. L'auteur conclu à une spécificité de 100 % dans les urines, mais en comptabilisant les 5 tumeurs bénignes, soit une spécificité pour les cancers de 85,7%. Cette étude n'a pas retrouvé de corrélation entre le stade tumoral et la sensibilité du test dans les urines et le sérum. Le grade n'a pas été analysé.

La sensibilité est meilleure que dans notre étude, avec cinq microsatellites du chromosome 3 utilisés, mais la population est moins importante et plus hétérogène et les microsatellites les plus performants ne sont pas précisés. L'analyse de l'ADN tumoral circulant est intéressante, car elle montre le même profil d'altération que dans les urines.

Les autres études publiées qui traitent du diagnostic de cancer du rein par analyse des microsatellites, concernent la recherche d'ADN des cellules tumorales circulantes sériques.

- Un travail a été publié par Von Knobloch en 2002 [17], concernant des prélèvements tumoraux et sériques. La population comportait 53 carcinomes à cellules rénales (43 conventionnels, 4 papillaires, 1 chromophobe, 1 Bellini, 4 non-classé), 1 lymphome, 6 tumeurs urothéliales et 20 témoins. Neuf microsatellites ont été testés sur la populatio (n=53) et 20 pour un sous-groupe de 23 patients. Le marqueur D3S1560 est le seul microsatellite commun à notre étude. Il existe un fort pourcentage d'altération des chromosomes 3p et 5q dans les prélèvements tumoraux, avec respectivement 78 et 49,1% de déséquilibres alléliques pour le groupe 1 et dans 87 et 78,3% pour le groupe 2. La sensibilité dans le sérum est de 74 % dans le premier groupe et de 87% dans l'autre. Il existe une corrélation entre la sensibilité et les stades avancés, mais pas avec le grade, ni avec le type histologique. La spécificité dans le sérum est de 85%.

-Une étude similaire a été publiée par Goessl [18]. Quatre microsatellites sur le 3p ont été utilisés, dont un seul en commun avec notre étude, le D3S1560. Quarante patients ont eu des prélèvements sériques, dont 21, des prélèvements tumoraux. La sensibilité du test est de 63 % dans le sérum. Il n'est pas retrouvé de corrélation avec le stade.

-Ces trois études retrouvent des profils identiques entre l'ADN provenant de la tumeur et l'ADN circulant périphérique et dans une étude, entre l'ADN provenant de la tumeur, l'ADN circulant périphérique et l'ADN urinaire. On aurait pu penser qu'en raison de la polyclonalité et de l'hétérogénéité des tumeurs, les profils seraient différents. Par ailleurs, l'analyse des marqueurs microsatellites dans le sang circulant comme test diagnostique des cancers du rein pose le problème de la spécificité du test puisque plusieurs études montre la présence d'altérations de l'ADN du sang circulant dans d'autres cancers, notamment le poumon et les cancers colorectaux [19].

-Au total, la sensibilité dans le sérum tous stades, grades et types histologiques confondus est de 63 à 87%. Elle s'explique par le mode de dissémination hématogène des carcinomes à cellules rénales. Cette dissémination semble précoce, puisque l'on retrouve de l'ADN tumoral circulant dans des tumeurs encore localisées.

-Nos résultats et ceux de Sidransky montrent que la sensibilité globale dans l'urine est de 63 à 75 %. Pourtant, les cancers du rein ont un développement plutôt cortical, périphérique, à distance des cavités excrétrices. Novick en 2002, dans une étude portant sur 426 cancers du rein, retrouve une invasion de l'urothélium dans 14 % des cas, qui est corrélé avec le stade et le grade [20]. Sur les 61 tumeurs envahissant l'urothélium, il y a 79% de tumeurs de stade au moins pT3, 21% de pT1-pT2 et 70% de hauts grades. Aucun stade pT1a n'envahissait les cavités excrétrices. Dans notre étude, sur 16 pT1 détectés, il n'est retrouvé aucune tumeur envahissant les voies excrétrices. Ceci semble être en contradiction avec la présence d'ADN tumoral urinaire et on constate que la sensibilité du test pour les pT1a est similaire aux tumeurs de stade plus évolué. Sachant que le cancer du rein se développe initialement a partir de l'épithélium tubulaire, on peut supposer que même à un stade très précoce, l'ADN tumoral urinaire sera mis en évidence. En revanche au cour de l'évolution de la tumeur, sa tendance à rester périphérique, sans envahir la voie excrétrice mais plutôt à la comprimer, peut expliquer l'absence de parallélisme entre l'expression quantitative des altérations du génome et la progression tumorale [20].

Ces résultats permettent d'envisager, après confirmation, un dépistage des cancers du rein à un stade précoce, notamment pour les pT1a, avec un coût et une sensibilité comparables voire inférieurs à une échographie rénale. Le test pourrait être proposé dans le cadre d'un dépistage individuel pour une population cible dont l'age reste à définir. Par ailleurs il serait intéressant d'effectuer ce test sur une population importante de tumeurs bénignes dans l'optique d'un diagnostic différentiel, afin d'étudier sa sensibilité et sa spécificité et de pouvoir dégager un profil d'altération. D'autre part, ce test, pourrait être utilisé dans la surveillance des cancers du rein à partir de prélèvements sanguins et de l'étude du profil d'altération de l'ADN tumoral prélevé sur la tumeur, en utilisant les marqueurs les plus altérés [21].

Conclusion

Nos résultats préliminaires montrent que l'ADN tumoral peut être détecté dans les urines de patients présentant un cancer du rein, quel que soit le stade ou le grade. Au regard de ces résultats, notamment pour les pT1a, dont la sensibilité est dans notre étude, comparable à l'échographie, nous pouvons envisager des applications cliniques, en termes de diagnostic et de dépistage. L'identification des microsatellites les plus performants permettra d'améliorer encore la sensibilité et la spécificité du test.

Les études à venir devront confirmer et comprendre pourquoi l'ADN tumoral est retrouvé dans les urines à des stades précoces. Elles devront étudier si la présence d'ADN tumoral urinaire et sérique est un facteur pronostique, mais aussi, l'évaluer pendant le suivi des cancers du rein.

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