Incontinence urinaire post-mictionnelle et dilatation kystique des glandes de Cowper : 3 nouveaux cas cliniques

25 mars 2018

Auteurs : N. Turmel, A. Charlanes, C. Hentzen, C. Chesnel, F. Le Breton, G. Amarenco
Référence : Prog Urol, 2018, 4, 28, 236-238




 




Introduction


L'incontinence urinaire masculine post mictionnelle est fréquente et altère de manière significative la qualité de vie des patients [1].


Chez l'homme, ces fuites post mictionnelles sont souvent attribuées à une mauvaise « toilette » urèthrale, à une diminution des possibilités contractiles des ischio et bulbo-caverneux, à une contraction mictionnelle devenant moins efficiente et en définitive rapportées à l'existence d'un déficit musculaire périnéal et/ou à un vieillissement de l'appareil vésico-sphinctérien. Certaines conditions pathologiques, telles les infections urinaires à répétition ou la présence d'une incontinence post mictionnelle pouvant faire évoquer un urétérocèle, font généralement compléter le bilan étiologique.


D'autres rares diagnostics peuvent être évoqués tels l'existence de dilatations kystiques des glandes de Cowper (syringocèle) [2]. Les glandes de Cowper (également appelées glandes bulbo-urétrales) sont des glandes situées de chaque côté de l'urètre de l'homme et peuvent causer une incontinence urinaire post mictionnelle.


Nous présentons trois cas cliniques d'incontinence urinaire masculine post mictionnelle, secondaires à une dilatation kystique pathologique des glandes de Cowper.


Discussion


Décrites pour la première fois par W. Cowper en 1699, les glandes de Cowper sont situées à l'intérieur du diaphragme urogénital (entre les feuillets superficiels et profonds de l'aponévrose périnéale moyenne), et les glandes accessoires au niveau du corps bulbo-spongieux [2]. Les pathologies de ces glandes sont rares et principalement congénitales. Quelques séries pédiatriques sont disponibles, mais dans la littérature, seulement une quarantaine de cas ont été décrits chez l'adulte. La plupart du temps la symptomatologie correspondait à des fuites post mictionnelles, une dysurie, des douleurs périnéales, plus ou moins associés à des infections urinaires ou des symptômes irritatifs (pollakiurie, urgenturie). Comme pour les trois cas décrits (Tableau 1), la démarche diagnostique était relativement similaire, avec une normalité des examens complémentaires de première intention (PSA, ECBU, échographie vésicorénale, BUD) menant à la réalisation d'examens plus spécifiques tels que l'IRM mais surtout l'UCRM. L'UCRM est l'examen de référence mettant en évidence la dilatation des glandes de Cowper ou de ses canaux lors de la miction. Grâce à la visualisation des glandes ou des canaux de Cowper sur UCRM, Maizels et al. [3] ont proposé en 1983 une classification des dilatations de ces glandes (syringocèles) en quatre stades. Ces stades s'échelonnent du simple syringocèle (dilatation minime du canal), puis le syringocèle perforé (stade 2), le syringocèle imperforé (stade 3) et enfin le stade 4 correspondant à une rupture du syringocèle. La prise en charge chirurgicale par marsupialisation (voie endoscopique) permet la disparition des gouttes post mictionnelles, ainsi que des autres symptômes causés par le syringocèle [3, 2] (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

UCRM cas n°1 (A), n°2 (B) et n°3 (C). A. Cas n°1 reflux dans la glande de Cowper. B. Cas n°2 opacification d'une des glandes de Cowper avec stagnation dans le cul de sac bulbaire. C. Cas n°3 Dilatation kystique des glandes de Cowper.





Conclusion


L'incontinence urinaire post mictionnelle persistante chez l'homme doit faire évoquer des diagnostics secondaires tels que les pathologies des glandes de Cowper. L'examen de référence reste l'UCRM et une prise en charge chirurgicale par marsupialisation permet une disparition des symptômes causés par la dilatation kystique des glandes de Cowper.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Cas cliniques.
Cas cliniques  Symptomatologie  Examens complémentaires  Traitements 
Cas 1  Homme de 57 ans avec dysurie+fuites post mictionnelles d'apparition progressive depuis 15 ans+douleurs post éjaculatoires  Une débimétrie altérée (diminution du débit maximal à 9ml/s) et un RPM >100ml
UCRM : stagnation d'urine dans le cul de sac bulbaire avec reflux dans la glande de Cowper (Figure 1A) 
Amélioration des fuites post mictionnelles par manÅ“uvre de vidange urétrales, avec amélioration partielle de la dysurie sous alpha bloquants 
Cas 2  Homme de 47 ans avec prostatites à répétition, douleurs périnéales droites, modification de la sensation de besoin et dysurie avec fuites post mictionnelles  Échographie vésico rénale : RPM >100ml
UCRM : empreinte prostatique sur le cliché per mictionnel avec aspect laminé de l'urètre prostatique, une opacification d'une des glandes de Cowper avec stagnation dans le cul de sac bulbaire (Figure 1B) 
Alpha bloquants inefficaces
Une marsupialisation a été proposée
 
Cas 3  Homme de 32 ans, avec fuites post mictionnelles en gouttes ou en jet
 
UCRM : 2 images d'addition ovoïdes situées de part et d'autre du cul de sac bulbaire, témoignant d'une dilatation kystique des glandes de Cowper (Figure 1C)  Prise en charge chirurgicale (marsupialisation) permettant la disparition des fuites urinaires post mictionnelles
 



Légende :
UCRM : uréthro cystographie rétrograde et mictionnelle ; RPM : résidu post mictionnel.


Références



Maserejian N.N., Kupelian V., McVary K.T., Doshi M., Link C.L., McKinlay J.B. Prevalence of post-micturition symptoms in association with lower urinary tract symptoms and health-related quality of life in men and women BJU Int 2011 ;  108 (9) : 1452-145810.1111/j.1464-410X. 2010.10014.x [cross-ref]
Bevers R.F., Abbekerk E.M., Boon T.A. Cowper's syringocele: symptoms, classification and treatment of an unappreciated problem J Urol 2000 ;  163 : 782-784 [cross-ref]
Maizels M., Stephens F.D., King L.R., Firlit C.F. Cowper's syringocele: a classification of dilatations of Cowper's gland duct based upon clinical characteristics of 8 boys J Urol 1983 ;  129 (1) : 111-114 [cross-ref]






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