Incarcération du pénis et du scrotum : la prise en charge thérapeutique

20 janvier 2007

Mots clés : Incarcération, organes génitaux externes, Pénis, scrotum, thérapeutique.
Auteurs : DEKOU A., KONAN P.G., OUEGNIN G.A., KOUAME B., MANZAN K., DE LA TORRE L., KEO N., MARTIN X
Référence : Prog Urol, 2006, 16, 623-624
Il s'agit d'un cas clinique d'incarcération des organes génitaux externes (OGE) dans un anneau métallique, traité par section de cet anneau.

Les incrustations circulaires autour des organes génitaux externes par des objets divers sont rares et celles en particulier dues au métal sont exceptionnelles [1-3]. Ainsi la découverte d'une incarcération génitale pose deux problèmes essentiels : d'une part la recherche des circonstances de l'accident qui peuvent être volontaires chez l'adulte [1] ou prendre au contraire la forme d'une agression quand cela est découvert chez un enfant [2], d'autre part les difficultés du traitement qui n'est pas standard du fait de la variété des objets responsables [1, 3-5].

Nous rapportons l'observation d'un adulte jeune qui a présenté un étranglement des OGE par un anneau métallique. Les circonstances de survenue et la prise en charge sont présentées suivies d'une revue de la littérature.

Observation

Monsieur X âgé de 26 ans avait été admis aux urgences chirurgicales pour une douleur pénoscrotale, qui évoluait depuis plus de 24 heures. Le patient avait signalé l'utilisation fréquente d'objets divers peu accueillants pour des actes auto-érotiques et dont le dernier acte plus osé, par l'introduction à la fois du pénis et du scrotum dans l'anneau métallique d'un roulement d'automobile, facilitée par l'utilisation de pommade de vaseline* comme lubrifiant avait entraïné un étranglement avec une tentative infructueuse de réduction manuelle.

L'examen physique avait montré un patient anxieux sans trouble psychiatrique apparent et qui présentait un pénis et un scrotum tuméfiés, étranglés à la base par un anneau en acier (Figure 1), avec une ulcération cutanée au contact du métal, au point de strangulation. La section de l'anneau était effectuée à l'aide une scie électrique à métaux (Figure 2), en collaboration avec des ferronniers, sous anesthésie générale et refroidissement quasi permanent du champ opératoire avec du sérum physiologique. L'anneau métallique était ainsi enlevé, laissant apparaître de petites ulcérations (Figure 3). Le patient fut libéré 48 heures après l'opération après résorption complète de l'oedème sous anti-oedemateux. Il était à jour de sa vaccination anti-tétanique. Les ulcérations étaient complètement cicatrisées au 8ème jour post opératoire par des pansements à la Bétadine* jaune. Le malade était revu à un mois puis trois mois plus tard avec une évolution cicatricielle et fonctionnelle, satisfaisante. Il était alors confié à un psychologue.

Figure 1 : Incarcération du pénis et du scrotum dans un anneau métallique.
Figure 2 : Section du métal à l'aide d'une scie électrique à métaux.
Figure 3: Aspect d'ulcérations périnéoscrotale et pubopénienne après ablation du métal.

COMMENTAIRE

L'incarcération des organes génitaux externes est une réalité clinique rare, qui pose peu de problème diagnostique, par contre, l'objectif est de trouver le meilleur procédé d'ablation du métal et apprécier l'importance des dommages causés. Ainsi des cas isolés de constriction des organes génitaux externes (OGE) par des dispositifs variés ont été rapportés dans la littérature [1-7]. C'est selon Perabo [3], un phénomène mondial rare, une pathologie circonstancielle que la plupart des urologues rencontrent au moins une fois dans leur exercice. La découverte d'une incarcération des OGE chez l'adulte est le résultat d'actes auto-érotiques selon de nombreux auteurs [1, 3], comme nous l'avons-nous aussi constaté chez notre patient. Alors que chez l'enfant où de nombreux cas de syndrome du tourniquet ont été rapportés, il s'agit dans la quasi-totalité des cas selon Klusmann [2], d'abus sexuels ou de maltraitance.

Les objets le plus souvent mis en cause, hormis le métal également retrouvé dans notre observation, sont les cheveux, fils, tissus, plastiques, lacets et cordes [1-7].

Les lésions provoquées par ces différents matériaux, sont variées : de traumatismes mineurs à la gangrène [1-7] et les caractéristiques de ces lésions sont : des oedèmes, des ulcérations cutanées, mais aussi des nécroses du tissu érectile, et selon certains auteurs [3, 6, 7], les strangulations chroniques et les anneaux portés en permanence peuvent éroder les tissus en profondeur et provoquer des lymphoedèmes, des fistules urétrales et même des gangrènes pouvant aboutir à une amputation. Notre patient présentait un oedème des OGE ainsi qu'une ulcération de la peau au contact du métal. Klusmann [2] estiment comme nous l'avons constaté aussi, que le diagnostic est évident et qu'il s'agit d'une urgence.

Au plan thérapeutique, d'après la constatation générale l'ablation de l'anneau serait d'autant plus difficile que celui-ci est métallique et l'oedème important. De nombreux procédés d'ablation sont utilisés notamment des instruments de coupure d'anneaux, de boulon, des scies à métaux électriques et qui sont fonction de l'objet en cause [1, 3, 5, 7]. Dans certains cas difficiles en rapport avec les dispositifs métalliques comme chez notre patient, on peut avoir recours à des services extérieurs comme les pompiers [3, 5] ou les ferronniers. Ainsi tous les outils de découpe métallique peuvent être utiles, même s'ils ne sont pas d'usage hospitalier courant. Tous les types d'anesthésie sont utilisés selon l'importance des lésions et l'état du patient.

Conclusion

L'incarcération des OGE est rare, sa découverte peut poser de nombreux problèmes : d'une part, thérapeutique du fait de ses étiologies variées qui nécessitent un équipement non standard pour la prise en charge, d'autre part révéler souvent un acte criminel si ces traumatismes sont retrouvés chez l'enfant. Par ailleurs la prise en charge psychologique de ces patients ne doit pas être négligée.

Références

1. Detweiler M.B. : Penile incarceration with metal objects. A review of procedure choice based on penile trauma grade. Scand. J. Urol. Nephrol., 2001 ; 35 : 212-217.

2. Klusmann A., Lenard H.G. : Tourniquet syndrome. Accident or abuse? Eur. J. paediatr., 2004 ; 163 : 495-499.

3. Perabo F.G.E., Steiner G., Albers P., Muller S.C. : Treatment of penile strangulation caused by constricting devices. Urology, 2002 ; 59 : 137-142.

4. Kimber R.M., Mellon J.K. : The role of special cutting equipment and corporeal aspiration in treatment of penile incarceration with a barbell-retaining collar. J. Urol., 2004 ; 172 : 975.

5. Santucci R.A., Deng D., Carney J. : Removal of metal penile foreign body with a widely available emergency-medical-services-provided air driven grinder. Urology, 2004 ; 63 : 1183-1184.

6. Lopes R.I., Lopes S.I., Lopes R.N. : Chronic penile strangulation. Int. Braz. J. Urol., 2003 ; 29 : 327-329.

7. Sowery R.D., Beiko D.T., Heaton J.P. : Long-term penile incarceration by a metal ring resulting in urethral erosion and chronic lymphedema. Can. J. Urol., 2004 ; 11 : 2167-2168.