Implants péniens hydrauliques : résultats, complications et facteurs pronostiques

25 septembre 2009

Auteurs : I. Souillac, G. Pignot, M. Galiano, V. Hastert, O. Sibaud, R. Virag
Référence : Prog Urol, 2009, 8, 19, 563-571
Objectifs

Identifier les principaux facteurs pronostiques influençant les résultats immédiats et à long terme de la pose d’implants péniens hydrauliques.

Patients et méthodes

Entre février 1999 et décembre 2007, 118 prothèses péniennes hydrauliques ont été implantées, par le même opérateur, chez 96 patients, d’âge moyen 54,4 ans. Un tiers des patients implantés avaient des antécédents de chirurgie de la verge. Trois types de prothèses ont été utilisés : TITAN ⍺1 (n =32), EXCEL (n =6) et TITAN RESIST (n =80).

Résultats

Le suivi médian a été de 25 mois (6–114). Un patient drépanocytaire est décédé d’une embolie pulmonaire massive. Sept patients (7,3 %) ont eu un hématome scrotal postopératoire. Onze patients (11,5 %) ont eu une infection postopératoire. Quatorze patients (14,6 %) ont eu une migration de matériel prothétique. Seize patients (16,7 %) ont eu une révision pour complications mécaniques, après un délai moyen de 21 mois. Le taux de complications postopératoires était significativement accru en cas de reprise (p =0,049) ou de geste chirurgical associé (p =0,0095). Le taux de migration était significativement plus important chez les patients opérés pour dysfonction érectile postpriapisme (p =0,00035). Le risque de dysfonctions mécaniques était significativement accru en cas de maladie de Lapeyronie. Au terme du suivi, 85 % des patients (et 91 % des primo-implantés) avaient une prothèse fonctionnelle.

Conclusion

Les résultats fonctionnels à long terme des implants péniens sont satisfaisants mais les complications postopératoires restent fréquentes, notamment en cas de reprise chirurgicale, de geste associé, de maladie de Lapeyronie ou d’implantation postpriapisme.




 




Introduction


Avec une prévalence de plus de 40 % après 40 ans [1, 2], la dysfonction érectile (DE) est un véritable problème de santé publique et un enjeu thérapeutique important. Si moins d'un quart des patients atteint de DE consulte pour ce motif [1], il existe cependant un retentissement psychologique notable avec une diminution significative des scores de santé générale, de santé sociale et de santé mentale, et une augmentation significative des scores de dépression [3]. La prise en charge initiale repose sur une évaluation pluridisciplinaire et l'utilisation de traitements pharmacologiques oraux ou injectables. La pose d'un implant pénien trouve son indication chez les patients non répondeurs aux traitements pharmacologiques (15 % de non répondeurs) ou lorsque ceux-ci sont contre-indiqués, mal supportés ou refusés par le patient. Les implants gonflables (deux ou trois pièces), compte tenu de leur excellent résultat fonctionnel et esthétique associé au confort de la flaccidité, sont utilisés de préférence aux implants semi-rigides. En France, sont posés entre 300 et 400 implants/an (292 poses d'implants gonflables en 2004). Dans notre pays, cette chirurgie reste d'indication rare et limitée à quelques équipes chirurgicales, comparativement au continent nord-américain où 30 000 implants sont posés chaque année. Aux États-Unis, le nombre de poses est actuellement nettement supérieur aux chiffres recensés avant l'avènement des traitements oraux [4].

Nous présentons ici les résultats d'une étude monocentrique sur une série homogène de 118 procédures de pose d'implants péniens gonflables, dans laquelle nous avons analysé, à partir des complications postopératoires et des résultats fonctionnels à distance, les facteurs pronostiques susceptibles d'influencer la prise en charge chirurgicale.


Matériel et méthodes


Population


Entre février 1999 et décembre 2007, 118 prothèses péniennes gonflables trois pièces ont été implantées chez 96 patients par le même opérateur (R.V.). L'âge moyen des patients était de 54,4 ans (18–81). Dans 99 % des cas, la DE était d'origine organique. Les principales étiologies sont répertoriées dans le Tableau 1. Dans tous les cas, la répercussion sociale et psychologique était conséquente et l'indication de pose d'implants était posée après échec ou abandon des différents traitements. Des patients implantés, 30,2 % (29/96) avaient des antécédents de chirurgie pénienne (ligature de la veine dorsale, artérialisation, excision de plaque de Lapeyronie avec interposition de patch veineux, pose de prothèses semi-rigides ou de prothèses hydrauliques).


Technique chirurgicale


La technique chirurgicale était uniformisée, avec une préparation cutanée pré- et peropératoire à la bétadine. La voie d'abord a été pénoscrotale dans 97,5 % des cas (115/118) permettant ainsi par la même incision la mise en place des trois pièces prothétiques ; dans trois cas (2,5 %) la voie d'abord a été sus-pubienne. Après dilatation première et mesure rigoureuse de la longueur des corps caverneux pour implanter des cylindres parfaitement adaptés (en général, 1cm de moins que la longueur totale des corps caverneux), les cylindres étaient positionnés puis les corps caverneux refermés. Un modèle « Narrow Base » était utilisé lorsque le calibre des corps caverneux ne permettait pas la mise en place d'un modèle classique, le plus souvent du fait d'une fibrose du tissu érectile (antécédents de chirurgie pénienne, fibrose postpriapsime drépanocytaire). La fermeture des corps caverneux à été directe dans 90,7 % (107/118) des cas ; dans 9,3 % des cas (11/118) un patch prothétique ou veineux a été interposé. La mise en place du réservoir (ballon) était réalisée par la même voie d'abord, à travers l'orifice inguinal externe. Après branchement des différentes tubulures, la pompe était positionnée au niveau scrotal. Dans 83 % des procédures (98/118), un drainage aspiratif (Redon® ou Manovac®) scrotal a été mis en place. Après une antibioprophylaxie préopératoire consistant en une dose unique de céfazoline 2g en intraveineux, une antibiothérapie était poursuivie à titre systématique pendant sept jours en postopératoire.

En cas de reprise chirurgicale pour sepsis, nous utilisons depuis 2005 le procédé de Mulcahy [5] avec un double lavage utilisant successivement polyvidone iodée, eau oxygénée et triple solution antibiotique.


Matériel prothétique


Toutes les prothèses implantées provenaient du même fabriquant Mentor-Porges® (aujourd'hui Coloplast®). Trois modèles différents ont été utilisés : TITAN ⍺1 (n =37), EXCEL (n =6) et TITAN RESIST (n =75) (Figure 1). Les prothèses TITAN RESIST, majoritairement utilisées depuis 2003 et possédant un revêtement hydrophile facilitant l'absorption per-opératoire d'antibiotiques, étaient préalablement immergées dans des bains de solutions antibiotiques (vancomycine, gentamycine et rifampicine) diluées dans du sérum physiologique.


Figure 1
Figure 1. 

Implant pénien hydraulique trois pièces MENTOR®.




Suivi


Le recueil des données a été réalisé rétrospectivement. Le suivi médian a été de 25 mois (6–114 mois) (suivi moyen : 34 mois) avec une consultation postopératoire systématique à un mois, à trois mois puis annuellement. En l'absence de consultation récente, les patients on été réévalués par entretien téléphonique.

La fonction érectile a été évaluée par un autoquestionnaire IIEF-5 (5-item version of the International Index of Erectile Function ) rempli par la totalité des patients inclus dans l'étude, en préopératoire puis en postopératoire lors des consultations de suivi. Ce questionnaire évaluait la qualité des érections et la satisfaction des rapports sexuels [6]. Le confort d'utilisation de l'implant et notamment du mécanisme de gonflage a fait l'objet d'une évaluation qualitative.


Analyse statistique


Toutes les informations ont été incluses dans une base de données de type Excel® 2000, puis analysées statistiquement à l'aide du logiciel SEM. L'analyse statistique utilise les tests de Chi2 et de Student. Les différences sont considérées comme significatives quand p est inférieur à0,05.


Résultats


Complications postopératoires


Pour 65 % des patients (62/96), les suites postopératoires immédiates (inférieures à six mois) ont été simples. Sept patients (7,3 %) ont développé un hématome scrotal postopératoire donnant lieu à un drainage chirurgical systématique ; 1 seul s'est compliqué d'une surinfection (Tableau 2). Onze patients (11,5 %) ont eu une infection postopératoire. Dans deux tiers des cas, il s'agissait d'un sepsis localisé au scrotum. Dans un cas seulement, on a pu surseoir à l'ablation du matériel prothétique. Quatre des dix patients explantés (40 %) ont pu être réimplantés soit dans le même temps opératoire selon la technique de sauvetage décrite par Mulcahy [5] (n =2), soit à distance de l'épisode infectieux (supérieur à quatre mois après l'ablation) (n =2). Quatorze patients (14,6 %) ont eu une migration de matériel prothétique, traitée par un repositionnement chirurgical (n =6) ou par l'ablation de la prothèse (n =8). Cinq patients (5,2 %) ont eu des douleurs postopératoires persistantes au-delà de un mois, nécessitant une prise en charge spécialisée en centre antidouleur. Pour l'un d'entre eux, il s'agissait d'une douleur à type d'hyperesthésie du gland, justifiant la mise en route d'un traitement par Tégretol®. Seize patients (16,7 %) ont eu des complications mécaniques à type de fuite ou d'anévrisme des cylindres, de rupture de tubulure, de fissuration du ballon ou de dysfonction au niveau de la pompe nécessitant une révision chirurgicale de la prothèse avec remplacement de tout ou partie de celle-ci.


Analyse des facteurs pronostiques


Complications postopératoires en fonction de l'étiologie


La répartition des complications postopératoires en fonction de l'étiologie est présentée dans le Tableau 3. Concernant les taux d'infection et de migration, les données ont été rapportées sur la Figure 2. Les implantations pour DE postpriapisme se sont plus souvent compliquées d'une migration prothétique (47,1 % vs 9,9 %), et ce, de façon significative (p =0,00035). Le taux de révision pour complication mécanique est significativement plus élevé dans les DE survenant dans le cadre d'une maladie de Lapeyronie (p =0,024). Les implantations chez les patients vasculaires semblent plus souvent associées à l'apparition d'une fibrose périprothétique, avec une différence statistique à la limite de la significativité (p =0,039). Dans le groupe des implantations pour DE d'origine diabétique, nous n'avons pas retrouvé de différence significative en termes de complications postopératoires, notamment infectieuses (p =0,97).


Figure 2
Figure 2. 

Histogramme des taux d'infection et de migration de matériel prothétique en fonction de l'étiologie.




Complications postopératoires en fonction des critères chirurgicaux


Le taux de complications postopératoires chez les patients ayant des antécédents de chirurgie pénienne est nettement supérieur à celui observé chez les patients vierges de toute chirurgie pénienne (51,7 % versus 28,4 %), et ce, de façon significative (p =0,049). Par ailleurs, la réalisation d'un geste chirurgical associé (interposition de patch veineux ou prothétique) augmente significativement le risque de complications postopératoires (p =0,0095) et plus spécifiquement le taux de migration (p =0,0000003). La durée opératoire n'était pas corrélée au risque de survenue d'une complication postopératoire. La mise en place d'un drainage ne diminuait pas significativement le risque de survenue d'un hématome postopératoire (p =0,99).


Complications postopératoires en fonction du type de prothèse implantée


Les caractéristiques cliniques et étiologiques selon le type de prothèse implantée sont exposées dans le Tableau 4. Les complications observées dans le groupe TITAN RESIST et dans le groupe des autres modèles prothétiques (TITAN ⍺1+EXCEL) sont exposées dans le Tableau 5. Il n'y avait pas de différence significative en termes de complications notamment infectieuses entre les deux groupes. Le délai moyen de survenue d'un sepsis était plus long pour les prothèses TITAN RESIST (3,4 mois versus 2,2 mois), mais cette différence n'était pas significative (p =0,16).


Résultats fonctionnels et satisfaction des patients


En postopératoire, le questionnaire d'autoévaluation permettait de retrouver un IIEF moyen de 21 (5–25), contre 6 (5–22) en préopératoire (p =2,2×10–16).

Trois patients relataient une faible utilisation de l'implant en rapport avec une manipulation difficile de la pompe. L'examen clinique n'a pas permis de retrouver de cause particulière en dehors de difficultés praxiques.

Au terme du suivi, 81 % des patients (78/96) étaient satisfaits de leur implant avec un IIEF égal à 25 et une bonne utilisation (manipulation aisée de la pompe). Ce taux atteint 87 % dans la sous-population des patients primo-implantés (67/96). Dans la sous-population des patients implantés pour DE postpriapisme, le taux de satisfaction était seulement de 46 % (6/13).


Discussion


Cette étude avait pour objectif d'évaluer les principaux facteurs pronostiques prédictifs de la survenue de complications postopératoires après pose d'implants péniens. Notre série est particulièrement originale par son caractère monocentrique et l'homogénéité du type de prothèses implantées (prothèses gonflables trois pièces Mentor-Colopast). En effet, la plupart des séries européennes antérieures sont multicentriques et/ou incluent des implants semi-rigides et gonflables, de marques différentes [7, 8, 9].

La complication la plus dramatique, puisque conduisant dans la grande majorité des cas à l'ablation du matériel prothétique, reste le sepsis postopératoire [10]. Si les étiologies ayant motivé la pose d'un implant dans notre série sont conformes aux recommandations, il est important de noter qu'un tiers des patients avaient déjà été opérés d'une chirurgie pénienne et qu'il s'agissait donc de reprise chirurgicale. Deux séries récentes ont montré que le taux de complications infectieuses était supérieur à 13 % en cas de reprise chirurgicale, soit significativement plus important que dans le groupe des primo-implantés [11, 12]. Cela peut en partie expliquer le taux d'infections postopératoires observé dans notre étude. De même, la réalisation concomitante d'un autre geste chirurgical associé à l'implantation, et notamment l'interposition d'un patch au niveau de l'albuginée des corps caverneux, augmentait significativement le taux de complications postopératoires. Cela nous incite à recommander, dans la mesure du possible, une implantation simple sans geste associé en particulier de patch pour la fermeture des corps caverneux. La disponibilité d'un modèle d'implant « Narrow Base » est une bonne alternative. Concernant les autres facteurs de risque d'infection postopératoire, si le rôle du diabète est actuellement discuté, notre étude n'a pas permis de retrouver de différence significative en termes de complications postopératoires, notamment septiques, dans le groupe des patients diabétiques. Les données de la littérature sont controversées ; plusieurs études ont souligné l'existence d'un risque accru de complications infectieuses chez les patients diabétiques [9, 13], alors que d'autres séries ne retrouvent pas d'association significative entre diabète et risque infectieux [8, 14]. Il est à noter que, dans la série de Cakan et al. [13], c'est le diabète « déséquilibré » qui est un facteur de risque d'infection postopératoire. Dans notre centre, une sélection rigoureuse des patients candidats à la pose de prothèses péniennes est réalisée avant d'envisager toute intervention chirurgicale : évaluation du retentissement vasculaire, appréciation de l'observance thérapeutique, contrôle de l'équilibre glucidique (basée sur la valeur de l'hémoglobine glyquée), éventuellement associés à une consultation endocrinologique et diététique. Même si l'intérêt pronostique du dosage de l'hémoglobine glyquée reste discuté [15], c'est au seul prix de l'acquisition de cet équilibre glucidique préopératoire que les résultats postopératoires peuvent être optimisés chez les patients diabétiques. Nous avons également cherché à savoir si l'utilisation des nouvelles prothèses MENTOR RESIST à revêtement hydrophile était corrélée à une réduction du risque infectieux. L'intérêt de l'utilisation de prothèse avec un revêtement hydrophile (TITAN RESIST de Mentor) ou imbibé d'antibiotiques (InhibiZoneâ„¢ d'AMS) concernant la réduction du risque infectieux reste toujours controversé. La plupart des études antérieures ont concernés les prothèses à revêtement préimbibé d'antibiotiques (InhibiZoneâ„¢ d'AMS) et semblent montrer une réduction significative du taux de complications infectieuses chez les patients primo-implantés [16, 17]. Cependant, ce bénéfice n'est pas probant en cas de reprise chirurgicale [16]. Concernant les prothèses à revêtement hydrophile RESIST, une seule étude, effectuée à partir de la base de données MENTOR, a comparé le modèle TITAN RESIST (revêtement hydrophile) au modèle ⍺1 [18] sur la première année d'utilisation et était en faveur d'une réduction significative du taux d'infection postopératoire dans le groupe TITAN RESIST. Dans notre étude, nous n'avons pas observé de différence significative en termes de sepsis postopératoire entre les prothèses MENTOR TITAN RESIST avec revêtement hydrophile et imprégnation antibiotique périopératoire et les autres modèles prothétiques. Cela peut s'expliquer par les variations relatives au protocole peropératoire d'immersion dans des bains antibiotiques qui diffère en fonction des équipes, mais également par la forte proportion d'antécédents chirurgicaux dans notre étude. Pour autant le délai de survenue de la symptomatologie septique semblait retardée dans le groupe TITAN RESIST ce qui pourrait correspondre à un effet davantage bactériostatique que réellement bactéricide.

Concernant le risque de migration prothétique postopératoire, il est intéressant de noter que cette complication peut survenir tardivement au cours du suivi (délai moyen de survenue supérieur à six mois dans notre série). Les patients implantés pour DE postpriapisme présentaient un risque significativement accru de migration prothétique, probablement en rapport avec l'importance de la fibrose des corps caverneux secondaire à l'anoxie postpriapisme, rendant l'implantation techniquement plus délicate (utilisation de cavernotomes spécifiques, patch veineux associé) [19]. À notre sens, l'indication opératoire ne doit pas être posée trop tardivement dans l'évolution de la DE, comme c'est pourtant trop souvent le cas, notamment chez les patients drépanocytaires, alors que la chirurgie est quasi inéluctable. En effet, les priapismes prolongés persistant au-delà de 24heures sont associés dans 90 % des cas à une DE majeure par fibrose progressive des corps caverneux, souvent réfractaire aux traitements médicaux. La pose d'implants constitue alors la seule alternative thérapeutique. La prise en charge optimale pourrait consister à proposer une implantation précoce de prothèses péniennes, c'est-à-dire dès la prise en charge initiale du priapisme après échec des traitements conservateurs, afin de s'affranchir des difficultés opératoires liées à la rétraction pénienne par fibrose des corps caverneux. C'est ce que propose l'équipe anglo-saxonne de Ralph et al. en soulignant la simplicité de la procédure et le faible taux de complication avec un taux de satisfaction de l'ordre de 96 % au terme d'un suivi médian de 15,7 mois [20].

Concernant le risque hémorragique, le taux d'hématome postopératoire est non négligeable dans notre série (7,3 %). Ce risque n'était pas corrélé à la mise en place d'un système de drainage postopératoire, lequel ne semble donc pas indispensable. Il faut donc davantage insister sur l'importance d'une hémostase peropératoire rigoureuse, pouvant éventuellement faire appel à de nouvelles techniques hémostatiques. L'anticoagulation postopératoire peut également être discutée en fonction du risque individuel. Rappelons toutefois la survenue, dans notre série, d'un décès par embolie pulmonaire massive en période postopératoire chez un patient drépanocytaire. Les patients drépanocytaires représentent de ce fait une sous-population critique, tant par le risque accru de complications migratoires que par le risque de survenue de complications systémiques, notamment emboliques, en période postopératoire.

La fiabilité des implants gonflables en cas de première implantation est de l'ordre de 68,5 % de survie sans révision à dix ans et 59,7 % à 15 ans [21]. Dans notre série, 16,7 % des patients ont eu une révision pour dysfonction mécanique au terme d'un suivi moyen de 21 mois. Ce taux était cependant moins élevé en cas de primo-implantation et significativement augmenté chez les patients souffrant de maladie de Lapeyronie (p =0,024). Dans ce sous-groupe de patients, on peut s'interroger sur le rôle des manœuvres de modelage manuel peropératoire de la déformation pénienne sur la prothèse telles que décrites par Wilson et al. [22] ou de la réalisation d'un geste associé éventuel (incision–greffe de la plaque de fibrose, par exemple) pouvant compromettre l'intégrité de la prothèse. On peut également incriminer le rôle potentiel des contraintes mécaniques au long court imposées à la prothèse par la plaque de Lapeyronie. Cela nous incite à une surveillance régulière avec recherche d'une dysfonction mécanique frustre chez ces patients.

L'avènement du viagra en 1998 et le succès des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type V (IPDE V) ont amené à une prise de conscience générale de la fréquence de la DE et de l'existence de traitements efficaces, incitant les patients à venir consulter. Si les indications de la pose d'implants péniens restent limitées aux échecs de traitement médical, ce traitement reste encore trop peu souvent proposé puisque seuls 7 % des urologues implantent des prothèses péniennes et seuls 4,5 % en implantent plus de 25 par an [4]. Cette faible proportion peut s'expliquer par l'absence de formation et les idées préconçues quant aux risques d'échec et de complications. Pourtant, la prothèse pénienne permet d'obtenir un score de satisfaction de plus de 93 % contre 51,6 % pour le sildénafil et 40,9 % pour les IIC [23]. Sur ce plan, les résultats fonctionnels obtenus dans notre série sont conformes aux données de la littérature. Notons enfin qu'il n'y a pas de limite d'âge pour la pose d'une prothèse pénienne ; tout dépend de l'activité sexuelle du couple et de l'importance de la demande au sein de celui-ci.


Conclusion


Si la chirurgie prothétique pénienne est techniquement aisée pour les équipes entraînées, il faut cependant distinguer deux situations chirurgicales : la chirurgie simple sur verge native avec un faible taux de complications et la chirurgie complexe concernant des corps caverneux fibreux, déjà opérés ou nécessitant un geste complémentaire associé, avec un taux de complications relativement accru.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Caractéristiques cliniques des 96 patients implantés.
Critère  Nombre d'événements  Pourcentage (%) 
Âge 
< 65 ans  70  72,9 
> 65 ans  26  27,1 
Étiologies 
Diabète  22  22,9 
Postpriapisme  13  13,5 
Drépanocytose  12   
Priapisme post-IIC   
Vasculaires  11  11,5 
Dysfonction veinoocclusive  10  10,4 
Iatrogènes  10  10,4 
Prostatectomie radicale   
Chirurgie du rectum   
Chirurgie réparatrice de malformations congénitales   
Maladie de Lapeyronie  8,3 
Neurologiques  5  5,2 
Psychogènes  1  1,04 
Non déterminées  16  16,7 
Antécédents de chirurgie de la verge 
Non  67  69,8 
Oui  29  30,2 
Prothèse hydraulique  18   
Prothèse semi-rigide   
Ligature veineuse   
Artérialisation   
Patch veineux (Lapeyronie)   





Tableau 2 - Complications postopératoires observées chez les 96 patients implantés.
Complications  n (%)  Délai moyen (mois) 
Complications postopératoires  34 (35,4)  8,5 
Hématome  7 (7,3)  0,3 
Infection  11 (11,5)  2,9 
Précoce (< 1 semaine)  0,2 
Tardive (> 1 semaine)  5,71 
Limitée au scrotum  2,3 
Diffuse  3,9 
Migration  14 (14,6)  6,2 
Migration cylindre  6,0 
Érosion uréthrale  11,9 
Migration ballon  0,5 
Migration pompe  1,2 
Extériorisation tubulure  3,8 
Fibrose périprothétique  3 (3,1)  3,9 
Douleur prolongée > 3 mois  5 (5,2)  3,0 
Révision (cause mécanique)  16 (16,7)  21,1 
Cylindres  16,3 
Tubulures  38,1 
Ballon  2,3 
Pompe  32,4 
Déformation en « nez de concorde » (SST)  70,2 
Cause indéterminée  5,2 
Complications générales  4 (4,2)  0,3 
EP massive  0,3 
AVC  0,5 
Infection urinaire  0,2 
Décès en période postopératoire précoce (< 30 j)  1 (1,04)  0,3 





Tableau 3 - Complications postopératoires des 118 implantations en fonction de l'étiologie de la dysfonction érectile.
  Hématome (n =7) 
Infection (n =14) 
Migration (n =18) 
Fibrose périprothétique (n =3) 
Révision pour cause mécanique (n =18) 
  n (%)  p -value a  n (%)  p -value a  n (%)  p -value a  n (%)  p -value a  n (%)  p -value a 
Diabète    0,80    0,97    0,22    0,72    0,59 
Oui  2/30 (6,7)    3/30 (10,0)    2/30 (6,7)    0/30 (0)    6/30 (20,0)   
Non  5/88 (5,7)    11/88 (12,5)    16/88 (18,2)    3/88 (3,4)    12/88 (13,6)   
Postpriapisme    0,59    0,70    0,00035    0,91    0,95 
Oui  1/17 (5,9)    2/17 (11,8)    8/17 (47,1)    0/17 (0)    2/17 (11,8)   
Non  6/101 (5,9)    12/101 (11,9)    10/101 (9,9)    3/101 (3,0)    16/101 (15,8)   
Causes vasculaires    0,69    0,89    0,77    0,039    0,77 
Oui  1/14 (7,1)    1/14 (7,1)    3/14 (21,4)    2/14 (14,3)    2/14 (14,3)   
Non  6/104 (5,8)    13/104 (12,5)    15/104 (14,4)    1/104 (0,9)    16/104 (15,4)   
Dysfonction veineuse occlusive    0,78    0,31    0,26    0,71    0,78 
Oui  0/12 (0)    3/12 (25,0)    0/12 (0)    1/12 (8,3)    1/12 (8,3)   
Non  7/106 (6,6)    11/106 (10,4)    18/106 (17,0)    2/106 (1,9)    17/106 (16,0)   
Maladie de Lapeyronie    0,78    0,94    0,78    0,71    0,024 
Oui  0/12 (0)    1/12 (8,3)    1/12 (8,3)    0/12 (0)    5/12 (41,7)   
Non  7/106 (6,6)    13/106 (12,3)    17/106 (16,0)    3/106 (2,8)    13/106 (12,3)   
Causes iatrogènes    0,90    0,48    0,37    0,61    0,98 
Oui  1/10 (10,0)    0/10 (0)    3/10 (30,0)    0/10 (0)    1/10 (10,0)   
Non  6/108 (5,6)    14/108 (13,0)    15/108 (13,9)    3/108 (2,8)    17/108 (15,7)   
Causes neurologiques    0,69    0,20    0,74    0,28    0,74 
Oui  0/5 (0)    2/5 (40,0)    0/5 (0)    0/5 (0)    0/5 (0)   
Non  7/113 (6,2)    12/113 (10,6)    18/113 (15,9)    3/113 (2,7)    18/113 (15,9)   



[a] 
Test du Chi2.


Tableau 4 - Tableau comparatif des différentes prothèses utilisées.
  EXCEL n = TITAN ⍺1 n =37  TITAN RESIST n =75  p  
Âge 
Moyen  49,2  51,7  55,9  0,17a 
Min/max  22/73  26/70  18/81   
 
IIEF préopératoire 
Moyen  0,84a 
Min/max  5/5  5/12  5/22   
 
Étiologies 
Diabète  1 (16,7 %)  7 (18,9 %)  22 (29,3 %)  0,43b 
Postpriapismes  2 (33,4 %)  7 (18,9 %)  8 (10,7 %)  0,20b 
Vasculaires  0 (0 %)  3 (8,1 %)  11 (14,7 %)  0,39b 
DVO  1 (16,7 %)  5 (13,5 %)  6 (8,0 %)  0,57b 
Maladie de Lapeyronie  1 (16,7 %)  6 (16,3 %)  5 (6,6 %)  0,25b 
Iatrogènes  0 (0 %)  2 (5,4 %)  8 (10,7 %)  0,48b 
Neurologiques  0 (0 %)  2 (5,4 %)  3 (4,0 %)  0,82b 
Psychogènes  0 (0 %)  0 (0 %)  1 (1,3 %)  0,75b 
Non déterminées  1 (16,7 %)  5 (13,5 %)  11 (14,7 %)  0,97b 
 
Chirurgie pénienne antérieure  1 (16,7 %)  11 (29,7 %)  31 (41,3 %)  0,29b 



[a] 
Test de Student.
[b] 
Test du Chi2.


Tableau 5 - Comparaison des taux de complications postopératoires selon le type de prothèse.
  EXCEL (n =6)  TITAN ⍺1 (n =37)  TITAN RESIST (n =75)  p a 
Hématome  0 (0 %)  1 (2,7 %)  6 (8,0 %)  0,44 
Infection  1 (16,7 %)  5 (13,5 %)  8 (10,7 %)  0,85 
Migration  0 (0 %)  9 (24,3 %)  9 (12,0 %)  0,13 
Fibrose périprothétique  0 (0 %)  1 (2,7 %)  2 (2,7 %)  0,92 
Révision  1 (16,7 %)  6 (16,2 %)  11 (14,7 %)  0,97 



[a] 
Test du Chi2.


Références



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