Impact de la promontofixation cœlioscopique sur les symptômes pelviens, la qualité de vie et la sexualité : résultats à 3 ans d’une étude prospective

25 septembre 2016

Auteurs : A. Chevrot, S. Droupy, E. Linares, R. de Tayrac, P. Costa, L. Wagner
Référence : Prog Urol, 2016, 10, 26, 558-565
Objectifs

Évaluer l’impact de la promontofixation cœlioscopique sur les symptômes pelviens, la qualité de vie et la sexualité après 36 mois de suivi. Nous avons aussi rapporté les taux de récidive anatomique et de ré-intervention.

Matériels et méthodes

Un suivi prospectif monocentrique a été mené sur 82 patientes souffrant d’un prolapsus des organes pelviens symptomatique de grade2 selon la classification Pelvic Organ Prolapse Quantification. Les symptômes pelviens ont été évalués par le questionnaire Pelvic Floor Distress Inventory (PFDI-20) et la qualité de vie avec le Pelvic Floor Impact Questionnaire (PFIQ-7). La sexualité a été évaluée avec le Pelvic Incontinence Sexual Questionnaire (PISQ-12). Les questionnaires ont été remplis en préopératoire puis à 3 mois, 12 mois et 36 mois après chirurgie.

Résultats

Le score PFDI-20 a été amélioré significativement à 3 mois (91,9 vs 31,8, p <0,05) et le score PFIQ-7 également (60,8 vs 16, p <0,05). Cette amélioration significative des scores persiste à 12 mois après chirurgie. Il n’y a pas de différence significative entre les scores à 12 mois et 36 mois pour le PFDI-20 (36,8 vs 42,2, p >0,05) et pour le PFIQ-7 (18,4 vs 24,7, p >0,05). Les scores PISQ-12 étaient significativement améliorés entre le préopératoire et ceux à 3 mois, 12 mois et 36 mois (34,8 vs 35,3 vs 38,5 vs 38,5, p <0,05). Les taux de récidive anatomique à 36 mois ont été de 12,8 % à l’étage postérieur, 5,1 % à l’étage antérieur et 1,2 % l’étage moyen. Le taux de ré-intervention pour récidive a été de 4,9 %.

Conclusion

La promontofixation cœlioscopique entraîne une amélioration fonctionnelle précoce qui se maintient à moyen terme.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Les prolapsus des organes pelviens (POP) (définis par la présence d'une cystocèle et/ou d'une hystéroptose avec ou sans rectocèle associée) sont des troubles de la statique pelvienne à l'origine d'une symptomatologie fonctionnelle pouvant intéresser la sphère vaginale, urinaire, ano-rectale ou sexuelle. Il s'agit d'une pathologie fréquente dans la population féminine dont la prévalence globale atteint environ 40 % [1] et on estime que le risque d'avoir recours à un traitement chirurgical au cours de la vie est d'environ 19 % [2]. Si les POP ne mettent pas en jeu le pronostic vital, en revanche ils sont responsables de symptômes altérant fortement la qualité de vie. Il existe actuellement deux groupes d'intervention pour la chirurgie des prolapsus en fonction de la voie d'abord employée qui peut être vaginale ou abdominale. Cette dernière voie d'abord se limite aujourd'hui à la technique de promontofixation, correspondant à la fixation des organes pelviens prolabés au ligament prévertébral en utilisant des prothèses. La laparotomie longtemps utilisée a laissé la place à la cÅ“lioscopie pour ce type d'intervention. Il a été montré que la promontofixation cÅ“lioscopique est associée à un taux de succès anatomique supérieur à la voie vaginale ainsi qu'a un taux de ré-opération plus faible [3]. L'utilisation d'un renfort prothétique en chirurgie par voie vaginale réduit le risque de récidives mais expose à un risque d'érosion plus élevé [4]. Les taux de succès après chirurgie basés sur l'absence de récidive anatomique ne sont pas toujours corrélés à la correction des troubles fonctionnels représentés par les symptômes ressentis par les patientes [5]. Plusieurs études ont déjà mis en évidence que la cure de prolapsus par promontofixation cÅ“lioscopique permet une amélioration significative des symptômes pelviens ainsi que de leurs retentissements sur la qualité de vie des patientes, et ce, jusqu'à un an après chirurgie [6, 7] mais peu d'étude ont suivi cette amélioration à plus long terme.


Les symptômes et leurs retentissements peuvent être mesurés à l'aide d'auto-questionnaires validés par l'International Continence Society (ICS) : le Pelvic Floor Distress Inventory (PFDI) pour les symptômes pelviens, le Pelvic Floor Impact Questionnaire (PFIQ) pour le retentissement sur la qualité de vie et le Pelvic Incontinence Sexual Questionnaire (PISQ) pour l'impact sur la sexualité [8]. Leurs versions simplifiées en français (également validées par l'ICS) sont facilement utilisables en pratique quotidienne [9, 10].


L'objectif principal de notre étude a été d'évaluer, à l'aide de ces questionnaires validés, l'impact de la promontofixation cÅ“lioscopique sur les symptômes pelviens, la qualité de vie et la sexualité des patientes opérées pour POP symptomatique et ce, après 36 mois de suivi. Les objectifs secondaires ont été d'évaluer les taux de récidive anatomique et de ré-intervention.


Matériels et méthodes


Sujets


Initialement les patientes ont été inclues dans le cadre d'une étude multicentrique française menée entre février 2009 et février 2012 et dont le suivi était limité à 12 mois postopératoire. Le suivi des 82 patientes inclus dans notre centre a été prolongé jusqu'à 3ans. Les patientes inclues devaient avoir plus de 18ans et un prolapsus symptomatique de stade supérieur ou égal à 2 selon la classification internationale Pelvic Organ Prolapse Quantification (POP-Q). Nous avons exclu les patientes ayant un antécédent de radiothérapie pelvienne, la nécessité d'une hystérectomie totale dans le même temps opératoire et la survenue pendant l'intervention d'une plaie vaginale ou rectale. L'ensemble de ces facteurs représentant pour nous une contre indication à la pose de prothèses. Toutes les patientes ont signé un consentement de participation écrit et l'étude a été approuvée par le comité de protection des personnes (08.561).


Technique chirurgicale


Les patientes ont été opérées avec une technique standardisée utilisant une prothèse fixée sur la paroi vaginale antérieure et une prothèse postérieure fixée aux muscles releveurs en cas de rectocèle associée. Nous avons utilisé des prothèses de polypropylène prédécoupées (Surgimesh® Prolapse, Aspide Medical, la Talaudière, France) et comme moyen de fixation des fils non résorbables (Flexidene®, B Braun medical). La prothèse antérieure a été fixée sur la paroi vaginale et sur l'isthme utérin et la prothèse postérieure aux muscles releveurs (levator ani) sur sa partie basse et aux ligaments utéro-sacrés et à l'isthme utérin sur sa partie haute. Les prothèses ont ensuite été fixées au promontoire, en traction douce. Le péritoine a été refermé, pour recouvrir les prothèses, par un surjet de fil résorbable cranté (V-lock®, Covidien). Les procédures ont été réalisées par 3 chirurgiens urologues, ayant chacun réalisé au moins 30 promontofixation cÅ“lioscopique avant le début de l'étude. La pose d'une bandelette sous urétrale a été associée en cas d'incontinence urinaire d'effort associée mais aucune hystérectomie subtotale n'a été réalisée dans le même temps opératoire dont l'indication n'est retenue qu'en cas de pathologie endo- ou myométriales ou de facteurs de risques de néoplasie corporéale.


Évaluation


Les patientes inclues ont eu une évaluation standardisée en pré- puis en postopératoire (3 mois, 12 mois puis 36 mois). L'évaluation pré- et postopératoire a été faite par le chirurgien ayant réalisé l'intervention. Les données générales comme l'âge, le poids, la taille, les antécédents gynéco-obstétricaux ont été recueillis grâce à un questionnaire standardisé.


À chaque consultation, les auto-questionnaires PFDI-20, PFIQ-7 et PISQ-12 ont été complétés par les patientes et l'examen uro-gynécologique a été réalisé avec un hystéromètre à usage unique (hystéromètre souple CH10, laboratoire C.C.D, Paris, France) permettant une cotation précise de chaque compartiment des organes pelviens selon la classification POP-Q.


Nous avons utilisé la classification POP-Q simplifiée en rapportant les 3 points anatomiques les plus déclives de chaque compartiment : parois vaginal antérieur (Ba), parois vaginal postérieur (Bp) et col utérin (C) (Figure 1). La récidive a été définie à partir d'un prolapsus de stade POP-Q supérieur ou égal à 2 en postopératoire (point mesuré à moins de 1cm en dedans du plan hyménale).


Figure 1
Figure 1. 

Schéma des 3 points anatomiques mesuré dans la classification Pelvic Organ Prolapse Quantification (POP-Q) simplifié : parois vaginal antérieur (Ba), parois vaginal postérieur (Bp) et col utérin (C).




La sévérité des symptômes pelviens a été évaluée à l'aide du questionnaire PFDI-20 (version courte du questionnaire PFDI). Il comporte 3 sous-questionnaires : le POPDI-6, l'UDI-6 et le DDI-8. La gêne fonctionnelle de la patiente est d'autant plus importante que le score PFDI 20 est élevé. Le retentissement des symptômes sur la qualité de vie a été évalué par le questionnaire PFIQ-7 (version courte du questionnaire PFIQ). Il comporte 3 sous-questionnaires le UIQ-7, le POPIQ-7, le CRAIQ-7. La qualité de vie de la patiente est d'autant plus altérée que le score PFQ-7 est élevé. Pour évaluer l'impact du prolapsus sur la sexualité nous avons utilisé le questionnaire Pelvic Incontinence Sexual Questionnaire, PISQ-12. La sexualité de la patiente est d'autant plus améliorée que le score PISQ 12 est élevé. Les caractéristiques des questionnaires que nous avons utilisés sont résumées dans le Tableau 1.


Statistiques


Les paramètres quantitatifs ont été décrits par leurs moyennes et écarts-types ou leurs médianes et l'écarts-interquartiles Les paramètres qualitatifs ont été exprimés en effectif et pourcentage. Les scores moyens des questionnaires PFDI-20, PISQ-12, PFIQ-7 et des sous-questionnaires (POPDI-6, UDI-6, DDI-8, POPIQ-7, UIQ-7, CRAIQ-7) en raison de leurs distributions non-normale ont été comparés par les tests non paramétriques de Friedman et de Wilcoxon. Une valeur de p <0,05 a été utilisée comme seuil de significativité statistique.


Résultats


Parmi les 82 patientes inclues dans l'étude, 3 patientes ont été réopérées pour récidive de prolapsus de l'étage postérieur et 1 patiente pour récidive apicale associée à un allongement hypertrophique du col utérin. Les caractéristiques des 78 patientes restantes sont détaillées dans le Tableau 2.


En ce qui concerne l'évaluation des symptômes pelviens, le taux de réponse aux questionnaires PFDI-20 est excellent avec un taux de 91 % (71/78 patientes) à 36 mois.


Les résultats sont résumés dans le Tableau 3 et montrent une amélioration statistiquement significative pour tous les scores au questionnaire PFDI 20 et sous-questionnaires POPDI-6, UDI-6, DDI-8 à 3, 12 et 36 mois par rapport aux scores préopératoires (p <0,05). Il n'y a par contre aucune différence significative pour tous les scores entre 12 et 36 mois (p >0,05).


L'évaluation du score UDI 6 objective chez 7 patientes (8,5 %) une incontinence urinaire de novo à 12 mois et seulement 3 patientes (3,6 %) à 36 mois.


La comparaison du score DDI-8 entre les sous-groupes de patientes ayant eu une prothèse antérieure seule par rapport à celles ayant eu une prothèse antérieure et postérieure montre en préopératoire des scores respectivement à 17 vs 21,4 sans différence statistiquement significative (p >0,05). À 36 mois les scores sont de 23,4 dans le groupe « prothèse antérieure seule » et 21,6 dans le groupe « double prothèses » sans différence statistiquement significative (p >0,05).


Concernant l'évaluation du retentissement des symptômes sur la qualité de vie, le taux de réponse au questionnaire PFIQ-7 est un peu moindre puisque seulement de 59 % (46/78 patientes). Les résultats sont résumés dans le Tableau 4 et montrent une amélioration statistiquement significative (p <0,05) pour les scores d'impact des symptômes liés au prolapsus génital (POPIQ-7) et aux troubles urinaires (UIQ-7) à 3 mois et 12 mois par rapport aux valeurs préopératoire. Il n'y a pas de différence significative pour les valeurs de ces scores entre 12 mois et 36 mois (p >0,05). La médiane du score d'impact des symptômes liés aux troubles ano-rectaux (CRAIQ-7) en pré- comme en postopératoire était nulle. Pour ce sous-score aucune analyse statistique n'a donc été réalisée.


Sur les 78 patientes, seulement 45 (57,6 %) ont répondu au questionnaire PISQ-12. Parmi les 33 patientes qui n'ont pas répondu aux questionnaires 28 (84 %) l'ont fait car elles n'avaient pas de sexualité liée à l'absence de partenaire ou à une dysfonction érectile de celui ci. La raison est inconnue pour 5 d'entre elles.


Les résultats (Tableau 5) ont montré qu'à 36 mois l'amélioration du score total du PISQ12 est statistiquement significative par rapport au score préopératoire. En analysant séparément chaque question du questionnaire PISQ-12 on a constaté une amélioration des symptômes sexuels uniquement sur 4 des 12 items. Les épisodes d'incontinence urinaire per-coïtale ainsi que la peur de la survenue de ces épisodes ont été moins fréquents à 36 mois (p <0,05). L'évitement des rapports à cause du prolapsus ainsi que les émotions négatives pendant les rapports ont également été moins fréquents (p <0,05). Il n'existait pas d'amélioration pour les questions concernant la sexualité du partenaire (p >0,05).


Les mesures anatomiques selon la classification POP-Q simplifiée ont été recueillies chez 88 % des patientes (70/78) à 36 mois et sont résumées dans le Tableau 6.


Pour l'étage antérieur (Point Ba) et moyen (PointC) l'amélioration à 3 mois et 12 mois est significative par rapport aux valeurs préopératoires (p <0,05) et il n'y a pas de différence statistique entre les valeurs à 12 et 36 mois (p >0,05). Pour l'étage postérieur (Point Bp) les valeurs s'améliorent mais la différence est statistiquement non significative à 3 mois, 12 mois et 36 mois par rapport aux valeurs préopératoires (p >0,05).


Concernant le taux de récidive anatomique l'évaluation à 36 mois retrouve un prolapsus de stade POP-Q>2 chez 10 patientes (12,8 %) au niveau de l'étage postérieur, chez 4 patientes (5,1 %) au niveau de l'étage antérieur et chez 1 patiente au niveau de l'étage moyen (1,2 %). Dans les sous-groupes de patientes ayant eu une ou deux prothèses les taux de récidive anatomique à 36 mois sur l'étage postérieur sont respectivement de 11,5 % (3/26) et 19,2 % (10/52), sans différence statistiquement significative entre les deux (p >0,05).


Concernant la morbidité, en peropératoire, il n'y a eu aucune plaie vaginale ou rectale et une plaie de vessie a été immédiatement suturée et n'a pas contre indiqué la pose de la prothèse. Durant le suivi une patiente a été ré-hospitalisée pour syndrome occlusif intestinale ne nécessitant pas de ré-intervention, une patiente a présenté des douleurs pelvi-périnéales névralgiques traitées par infiltrations et une patiente a présenté des douleurs pelviennes profondes nécessitant l'ablation partielle de la bandelette postérieure.


Le taux de ré-intervention pour récidive à 36 mois a été de 4,9 % (4 patientes) et elles ont toutes été réopérées entre 12 et 36 mois, 3 pour récidive symptomatique au niveau de l'étage postérieur et 1 pour récidive symptomatique au niveau de l'étage moyen.


Discussion


Il a été rapporté que la survenue d'un prolapsus a un impact négatif sur la sexualité [11]. Dans notre étude, le score moyen au questionnaire PISQ-12 en préopératoire est de 34,8. Bien qu'il soit légèrement supérieur aux autres scores moyens publiés dans la littérature (28 à 33,6) [12, 13] il reste inférieur à la normale pour l'âge et confirme bien l'effet délétère des prolapsus sur la sexualité.


Notre étude montre qu'un an après l'intervention ce score s'améliore de manière statistiquement significative, confirmant les résultats des autres études [6, 7]. De plus, nos résultats montrent que cette amélioration se maintient jusqu'à 3ans après l'intervention. Même si cette augmentation du score reste faible (+ 3,7 points) cela démontre que le traitement d'un prolapsus par promontofixation cÅ“lioscopique peut avoir un impact positif sur la sexualité des patientes, permet de rassurer les patientes à ce sujet et renforce l'indication de la promontofixation par rapport à la chirurgie prothétique par voie vaginale chez les patientes sexuellement actives.


L'analyse séparée de chaque question du questionnaire PISQ-12 a montré que les domaines du questionnaire de sexualité améliorés par l'intervention concernent surtout la disparition de la sensation de « boule » intravaginale et l'incontinence urinaire per-coïtale ou la peur d'en avoir une. Ces résultats confirment l'intérêt de ne pas se contenter d'une analyse globale du score [12] mais d'étudier précisément chaque réponse afin de cerner les domaines de la vie sexuelle améliorés par l'intervention. Ces résultats montrent également que la correction anatomique des POP n'améliore pas tous les domaines de la vie sexuelle, confirmant l'importance des facteurs environnementaux, sociaux et psychologiques sur la sexualité.


Plusieurs études ont montré que la promontofixation cÅ“lioscopique améliore les symptômes pelviens liés aux POP et leurs retentissements sur la qualité de vie à court terme (un an postopératoire) [13, 14]. Notre série montre que ces résultats se confirment à moyen terme (36 mois postopératoire). Nous objectivons une amélioration très importante pour les symptômes génitaux et les symptômes urinaires (respectivement score moyen divisé par 4 et par 2). Cette amélioration est en revanche beaucoup moins franche pour les symptômes digestifs (score moyen divisé par 1,3). Ces résultats sont expliqués par le fait que notre cohorte porte sur une population de patientes comportant des prolapsus prédominant aux étages antérieur et moyen et qu'elles ont globalement déclaré peu de symptômes digestifs avant l'intervention.


Les taux de récidive anatomique sont diffèrent selon les études et selon l'étage du prolapsus pelvien évalué. Pour Bui et al. [14] les taux de récidive anatomique ont été de 12,5 % sur l'étage antérieur, 1 % sur l'étage moyen et 9,5 % sur l'étage postérieur. Dans une autre étude sergent et al. [13] ont constaté 11,2 % de récidive à l'étage antérieur, 2,6 % à l'étage moyen et 1,7 % sur l'étage postérieur. Dans l'étude de Claerhout et al. [15] les taux de récidive ont été respectivement de 3 % et 2 % pour les étages antérieurs et moyens. En revanche les taux de récidive au niveau de l'étage postérieur ont été de 18 % malgré l'utilisation d'une prothèse postérieure systématique. Dans notre étude les taux de récidive anatomique ont également surtout concernés l'étage postérieur. Cependant notre taux de ré-intervention a été faible (3,6 %). Les rectocèles basses intravaginale et non symptomatiques sont en effet assez fréquentes après promontofixation. Notre approche consistant à fixer les prothèses postérieures aux muscles releveurs de l'anus à l'aide de fils non résorbables permet peut être de limiter l'importance de ces rectocèles et expliquer notre faible taux de ré-intervention.


Le point fort de notre étude réside dans le recueil prospectif et standardisé des données utilisant uniquement des auto-questionnaires validés en français. L'autre élément majeur se trouve dans son recul important (3ans) mais aussi dans l'utilisation d'une technique chirurgicale standardisée pour tous les opérateurs et dans l'effectifs de sa cohorte [16]. Les points faibles de cette étude sont principalement le caractère monocentrique et le suivi des patientes par leurs propres opérateurs. Cependant le fait que l'évaluation soit basée sur les auto-questionnaires remplis par les patientes sans intervention de l'opérateur minore ce biais. L'absence de randomisation avec une autre technique de chirurgie des POP comme la voie vaginale prothétique peut également être considéré comme un point faible.


La promontofixation cÅ“lioscopique est une intervention qui a démontré son efficacité dans le traitement du prolapsus sur un grand nombre de patientes et avec un recul important [17]. L'utilisation de prothèses non résorbables permet d'obtenir de très bons résultats, durables et comportant peu de complications y compris en termes d'exposition prothétique [3]. Cependant l'évaluation des résultats publiés est le plus souvent basée sur des critères de correction anatomique des prolapsus sans évaluation de la correction des symptômes ni de leurs retentissements sur la qualité de vie. Cette étude rapportant les bons résultats fonctionnels de la promontofixation cÅ“lioscopique à moyen terme apporte un argument supplémentaire en faveur de cette technique dans la prise charge des POP. D'autres études avec un suivi plus long sont cependant nécessaires pour confirmer ces résultats sur le long terme.


Conclusion


Cette étude prospective monocentrique a permis de confirmer les bons résultats de la technique de promontofixation cÅ“lioscopique tant sur le plan anatomique mais aussi sur les symptômes pelviens, la sexualité et la qualités de vie des patientes, et ce, en utilisant des auto-questionnaires validés. Nous avons constaté que cette amélioration était précoce, dès la première visite à 3 mois postopératoire mais aussi durable jusqu'à 36 mois. Ces données renforcent l'idée que la promontofixation cÅ“lioscopique puisse être considérée comme la technique chirurgicale de référence de la correction des prolapsus.


Déclaration de liens d'intérêts


Le Laboratoire ASPIDE Medical a participé au financement de l'étude statistique réalisée par le département d'informatique médicale du CHU de Nîmes (BESPIM).




Tableau 1 - Caractéristiques des questionnaires et sous-questionnaires utilisés dans l'étude.
Questionnaires  Sous-questionnaires  Nom du questionnaire  Nombre de questions  Symptôme ou gêne évalué  Score total 
PFDI-20  Pelvic floor distress inventory  20  Symptômes pelviens  300 
  POPDI-6  Pelvic organ prolapse Distress Inventory  Symptômes vaginaux  100 
  UDI-6  Urinary Distress Inventory  Symptômes urinaires  100 
  DDI-8  Defecation Distress Inventory  Symptômes ano-rectaux  100 
PFIQ-7  Pelvic Floor Impact Questionnaire  21  Retentissement des symptômes sur la qualité de vie  300 
  UIQ-7  Urinary Impact Questionnaire  Retentissement des symptômes urinaires sur la qualité de vie  100 
  POPIQ-7  Pelvic Organ Prolapse Impact Questionnaire  Retentissement des symptômes pelviens sur la qualité de vie  100 
  CRAIQ-7  Colo-Recto-Anal Impact Questionnaire  Retentissement des symptômes ano-rectaux sur la qualité de vie  100 
PISQ-12  Pelvic Incontinence Sexual Questionnaire  12  Retentissement sur la sexualité  100 





Tableau 2 - Caractéristiques de la population à l'inclusion.
Âge en année, moyenne (écart-type)   58,8 (±7,5) 
Indice de masse corporelle (IMC), moyenne (écart-type)   24,5 (±2,8) 
Antécédents obstétricaux  
Parité, médiane (écart-interquartiles)  2 (2-3) 
Césarienne, n (%)  5 (6 %) 
Hystérectomie, n (%)  9 (11 %) 
Traitement hormonal substitutif, n (%)  27 (34 %) 
Antécédents de cure d'incontinence urinaire , n (%)   7 (9 %) 
Burch, n (%)  2 (2 %) 
TOT, n (%)  1 (1 %) 
TVT, n (%)  4 (5 %) 
Antécédent de cure chirurgicale de prolapsus pelvien , n (%)   9 (11 %) 
Voie abdominale, n (%)  3 (3,8 %) 
Voie vaginale, n (%)  6 (7,6 %) 
Incontinence urinaire associée , n (%)   47 (60 %) 
Effort, n (%)  32 (41 %) 
Urgenturie, n (%)  15 (19 %) 
Constipation associée , n (%)   31 (39 %) 
Incontinence anale associée , n (%)   11 (14 %) 
Dyspareunie associée , n (%)   21 (26 %) 
Rectocèle associée , n (%)   21 (26,9 %) 
Procédures complémentaires  
Bandelettes sous urétral, n (%)  20 (25 %) 
Ovariectomie, n (%)  4 (5,1 %) 
Nombres de prothèses  
Antérieur et postérieur  52 (66 %) 
Antérieur seul, n (%)  26 (34 %) 





Tableau 3 - Score moyen aux questionnaires sur les symptômes pelviens.
  Préopératoire  3 mois  12 mois  36 mois 
POPDI-6  40,48 (±18,16)  5,8 (±8,1)a  9,1 (±11,56)a  11,1 (±14,4)a,b 
UDI-6  30,96 (±22,37)  12 (±14,6)a  13,5 (±17,8)a  15 (±18,2)a,b 
DDI-8  20,48 (±19,1)  13,9 (±14,8)a  14,2 (±12,7)a  15,9 (±16,7)a,b 
PFDI-20  91,9 (±44,44)  31,8 (±28,9)a  36,8 (±34,5)a  42,2 (±42,15)a,b 



Légende :
Moyenne (écart-type), taux de réponses (71/78 patientes).

[a] 
p <0,05 par rapport au préopératoire.
[b] 
p >0,05 entre 12 et 36 mois.


Tableau 4 - Score moyen des questionnaires de qualité de vie.
  Préopératoire  3 mois  12 mois  36 mois 
PFIQ-7  60,8 (±48,4)  16 (±32,2)a  18,4 (±48,6)a  24,7 (±48,7)b 
UIQ-7  27,6 (±26,2)  7,5 (±16,2)a  7,5 (±16,5)a  7,9 (±14,3)b 
POPIQ-7  24,3 (±24,8)  3,5 (±8,9)a  5,7 (±16,8)a  6,2 (±17,4)b 



Légende :
Moyenne (écart-type), taux de réponses (46/78 patientes).

[a] 
p <0,05 par rapport au préopératoire.
[b] 
p >0,05 entre 12 et 36 mois.


Tableau 5 - Évolution du score moyen par question et du score total au questionnaire PISQ-12, taux de réponses (45/78 patientes).
Questions PISQ-12  Moyenne (écart-type) 
  Préop.  3 mois  12 mois  36 mois 
Désir sexuel  2,7 (1)  2,3 (1,1)  2,5 (0,8)  2,2 (0,9) 
Fréquence des orgasmes  2,5 (1,2)  2,5 (1,3)  2,6 (1,1)  2,6 (1,1) 
Excitation sexuelle  2,6 (1)  2,4 (1,2)  2,8 (0,9)  2,8 (1,1) 
Satisfaction sexuelle  2,5 (1,2)  2,7 (1,1)  3 (0,9)a  2,9 (1,1)b 
Dyspareunie  2,7 (1,2)  2,7 (1,1)  2,9 (1,1)  3 (1,1) 
Incontinence urinaire per-coïtale  3,4 (0,9)  3,4 (1)  3,8 (0,6)  3,9 (0,3)a 
Peur d'avoir une incontinence urinaire per-coïtale  3,4 (1,1)  3,5 (1,1)  3,8 (0,4)a  3,9 (0,2)a 
Évitement des rapports à cause d'une « boule » intravaginale  2,5 (1,4)  3,7 (0,7)  3,8 (0,4)a  3,8 (0,5)a 
Émotion négative durant les rapports  2,8 (1,4)  3,4 (1,2)a  3,8 (0,6)a  3,7 (0,5)a 
Problème d'érection du partenaire  3,2 (1)  3,1 (1,1)  3,4 (0,9)  3,2 (1) 
Problème d'éjaculation précoce du partenaire  3,3 (1,1)  3,2 (1,1)  3,5 (0,9)  3,5 (0,9) 
Comparaison du niveau des orgasmes entre le passé et maintenant  2,9 (0,8)  2,1 (1,2)a  2,2 (1)  2,7 (0,8) 
Score total  34,8 (5,9)  35,3 (7,7)  38,5 (4)a  38,5 (5,1)a 



Légende :
Préop. : préopératoire.

[a] 
p <0,05 par rapport aux valeurs préopératoires.
[b] 
p >0,05 entre 12 et 36 mois.


Tableau 6 - Résultats anatomiques (questionnaires POP-Q).
  Préopératoire  3 mois  12 mois  36 mois 
Point Ba  +0,69 (±1,6)  −4,23 (±1,3)a  −4,27(±1,6)a  −3,98 (±1,6)b 
Point Bp  −1,91 (±1,8)  −2,46 (±1,2)b  2,34 (±1,3)b  −2,21 (±1,1)b 
Point C  −0,5 (±1,8)  −6,38 (±1,2)a  −6,38 (±1,2)a  −6,16 (±1,2)b 



Légende :
POP-Q : Pelvic Organ Prolapse Quantification ; Distance moyenne en cm (écart-type) par rapport au plan hyménéale.

[a] 
p <0,05 par rapport au préopératoire.
[b] 
p >0,05 entre 12 et 36 mois.


Références



Onwude J.L. Genital prolapse in women BMJ Clin Evid 2012 ;  14 : 0817
Smith F.J., Holman C.D.J., Moorin R.E., Tsokos N. Lifetime risk of undergoing surgery for pelvic organ prolapse Obstet Gynecol 2010 ;  116 (5) : 1096-1100 [cross-ref]
Maher C.F., Feiner B., DeCuyper E.M., Nichlos C.J., Hickey K.V., O'Rourke P. Laparoscopic sacral colpopexy versus total vaginal mesh for vaginal vault prolapse: a randomized trial Am J Obstet Gynecol 2011 ;  204 (4) : 360[e1-7].
Maher C., Feiner B., Baessler K., Adams E.J., Hagen S., Glazener C.M. Surgical management of pelvic organ prolapse in women Cochrane Database Syst Rev 2010 ; CD004014
Barber M.D., Brubaker L., Nygaard I., Wheeler T.L., Schaffer J., Chen Z., et al. Defining success after surgery for pelvic organ prolapse Obstet Gynecol 2009 ;  114 (3) : 600-609 [cross-ref]
Thibault F., Costa P., Thanigasalam R., Seni G., Brouzyine M., Cayzergues L., et al. Impact of laparoscopic sacrocolpopexy on symptoms, health-related quality of life and sexuality: a medium-term analysis: impact of laparoscopic sacrocolpopexy on women with symptomatic UGP BJU Int 2013 ;  112 (8) : 1143-1149 [cross-ref]
Perez T., Crochet P., Descargues G., Tribondeau P., Soffray F., Gadonneix P., et al. Laparoscopic sacrocolpopexy for management of pelvic organ prolapse enhances quality of life at one year: a prospective observational study J Minim Invasive Gynecol 2011 ;  18 (6) : 747-754 [cross-ref]
De Tayrac R., Marès P. Symptômes et qualité de vie dans le prolapsus génital Pelvi Perineol 2009 ;  4 (2) : 121-131 [cross-ref]
Fatton B., Letouzey V., Lagrange E., Mares P., Jacquetin B., de Tayrac R. Validation of a French version of the short-form of the Pelvic Organ Prolapse/Urinary Incontinence Sexual Questionnaire (PISQ-12) J Gynecol Obstet Biol Reprod 2009 ;  38 (8) : 662-667 [inter-ref]
De Tayrac R., Deval B., Fernandez H., Marès P., Mapi Research Institute Development of a linguistically validated French version of two short-form, condition-specific quality of life questionnaires for women with pelvic floor disorders (PFDI-20 and PFIQ-7) J Gynecol Obstet Biol Reprod 2007 ;  36 (8) : 738-748
Handa V.L., Cundiff G., Chang H.H., Helzlsouer K.J. Female sexual function and pelvic floor disorders Obstet Gynecol 2008 ;  111 (5) : 1045-1052 [cross-ref]
Fatton B. Conséquences sexuelles de la chirurgie du prolapsus Prog Urol 2009 ;  19 (13) : 1037-1059 [inter-ref]
Sergent F., Resch B., Loisel C., Bisson V., Schaal J.-P., Marpeau L. Mid-term outcome of laparoscopic sacrocolpopexy with anterior and posterior polyester mesh for treatment of genito-urinary prolapse Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol 2011 ;  156 (2) : 217-222 [cross-ref]
Bui C., Ballester M., Chéreau E., Guillo E., Daraï E. Résultats fonctionnels et qualité de vie après double promontofixation cÅ“lioscopique pour la cure du prolapsus génital Gynecol Obstet Fertil 2010 ;  38 (10) : 563-568 [inter-ref]
Claerhout F., De Ridder D., Roovers J.P., Rommens H., Spelzini F., Vandenbroucke V., et al. Medium-term anatomic and functional results of laparoscopic sacrocolpopexy beyond the learning curve Eur Urol 2009 ;  55 (6) : 1459-1468 [cross-ref]
Wagner L., Boileau L., Delmas V., Haab F., Costa P. Traitement chirurgical du prolapsus par promontofixation cÅ“lioscopique. Techniques et résultats Prog Urol 2009 ;  19 (13) : 994-1005 [inter-ref]
Maher C.M., Feiner B., Baessler K., Glazener C.M.A. Surgical management of pelvic organ prolapse in women: the updated summary version Cochrane review Int Urogynecol J 2011 ;  22 (11) : 1445-1457 [cross-ref]






© 2016 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.