Hyperactivité vésicale idiopathique : que faire en cas d’échec des anti-cholinergiques ?

25 juin 2015

Auteurs : A.-S. Boudy, T. Thubert
Référence : Prog Urol, 2015, 8, 25, 497-498




 



Jusqu'à ce jour, le traitement de l'hyperactivité vésicale (HAV) « idiopathique » reposait sur une rééducation périnéo-sphinctérienne, des règles hygiéno-diététiques et en cas d'échec sur un traitement anti-cholinergique avec une estrogénothérapie locale chez les femmes ménopausées voire une neuromodulation des racines sacrées postérieures. Depuis 2014, deux nouvelles options thérapeutiques ont maintenant l'autorisation de mise sur le marché (AMM) en France : le mirabégron et les injections intra-détrusoriennes de toxine botulinique. Le mirabégron, agoniste des récepteurs ß3 adrénergiques, est commercialisé sous le nom de Betmiga© 25mg ou 50mg LP par jour (Union européenne) et Myrbetriq© (États-Unis). Ce produit devrait être disponible à la vente en France dans plusieurs mois. La dose recommandée est de 50mg, une fois par jour, y compris chez les patientes âgées. De récentes études de phase III ont évalué son efficacité et sa tolérance par rapport au placebo chez les patients ayant un syndrome d'HAV [1, 2]. Ces essais ont montré une diminution significative du nombre d'épisodes de fuites urinaires et du nombre de mictions par 24heures ainsi qu'une augmentation significative du volume uriné par miction après 3 mois de traitement par rapport au placebo [1]. Le mirabégron (50mg) semble être aussi efficace que les anti-cholinergiques pour la réduction de la pollakiurie et du nombre des épisodes d'urgenturies et de fuites sur urgenturies. La prévalence des effets secondaires de type sécheresse buccale est diminuée avec le mirabégron (2,8 %) par rapport aux anti-cholinergiques (tolterodine) (10,1 %) ainsi que les somnolences et troubles cognitifs. Aucune rétention aiguë d'urine n'a été observée [2]. La tolérance du mirabegron chez les patientes âgées à haut risque cardio-vasculaire doit encore être évaluée.


Les injections intra-détrusoriennes de toxine botulinique (Botox©) n'ont obtenu l'AMM à la dose de 50U dans la prise en charge des HAV idiopathiques qu'en 2014. Plusieurs essais de phase II et III ont évalué l'efficacité et la tolérance des injections. Une rétention aiguë d'urine (définie par un RPM≥200mL) n'a été observée que dans 8 % des cas après injection de 50U versus 18 % pour 100U [3]. Un recours aux auto-sondages n'a été nécessaire que dans 5 % des cas après injection de 50U vs 10 % après injection de 100U [3] pendant 6semaines en moyenne. À trois mois, une continence complète a été observée chez près de 25 % des patientes et 45 % ont observé une diminution de 75 % de leurs symptômes. Le délai d'obtention de la réponse au traitement a été de 2semaines après l'injection dans la majorité des cas [3]. La satisfaction des patientes a été plus important chez celles ayant eu des injections de Botox© (≥100U) par rapport au placebo (67 vs 34 %, p <0,001). Une diminution significative du nombre des épisodes d'urgenturies et des épisodes d'incontinence urinaire a été également observée [3]. En cas d'hyperactivité vésicale idiopathique réfractaire aux traitements de première ligne (rééducation, anti-cholinergiques), il est maintenant possible de proposer plusieurs traitements efficaces : le mirabégron per os, les injections intra-détrusoriennes de toxine botulinique et la neuromodulation sacrée. Le choix se fera, de concert avec la patiente, selon les contraintes thérapeutiques et les risques acceptés.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Références



Khullar V., Amarenco G., Angulo J.C., Cambronero J., Høye K., Milsom I., et al. Efficacy and tolerability of mirabegron, a β(3)-adrenoceptor agonist, in patients with overactive bladder: results from a randomised European-Australian phase 3 trial Eur Urol 2013 ;  63 : 283-29510.1016/j.eururo.2012.10.016 [cross-ref]
Nitti V.W., Auerbach S., Martin N., Calhoun A., Lee M., Herschorn S. Results of a randomized phase III trial of mirabegron in patients with overactive bladder J Urol 2013 ;  189 : 1388-139510.1016/j.juro.2012.10.017 [cross-ref]
Dmochowski R., Chapple C., Nitti V.W., Chancellor M., Everaert K., Thompson C., et al. Efficacy and safety of onabotulinumtoxin A for idiopathic overactive bladder: a double-blind, placebo controlled, randomized, dose ranging trial J Urol 2010 ;  184 : 2416-242210.1016/j.juro.2010.08.021 [cross-ref]






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