Hydrocèle abdominoscrotrale de l'enfant compliquée par une urétérohydronéphrose

25 janvier 2008

Auteurs : B. Fall, B. Diao, P.A. Fall, A.K. Ndoye, B.A. Diagne
Référence : Prog Urol, 2008, 1, 18, 71-73




 




Introduction


L’hydrocèle abdominoscrotale résulte de l’extension d’une hydrocèle scrotale dans la cavité abdominale à travers le canal inguinal.

Elle est une entité clinique rare surtout chez l’enfant [1]. Le premier cas de l’enfant a été rapporté par Syme [2] en 1861 et depuis moins de 100 cas pédiatriques ont été rapportés dans la littérature [3]. Parmi les cas publiés dans la littérature moderne aucun n’a été rapporté en Afrique [4].

Nous rapportons un cas d’hydrocèle abdomnoscrotale de l’enfant responsable d’une obstruction urétérale homolatérale modérée.

L’objectif à travers cette observation est de sensibiliser les praticiens sur cette pathologie qui probablement n’est pas aussi rare qu’on le pense.


Observation


Un enfant âgé de 12 ans sans antécédents pathologiques particuliers a été reçu en consultation pour grosse bourse droite indolore évoluant depuis la naissance.

L’examen physique avait montré une hydrocèle droite et une masse iliaque droite indolore ferme (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Grosse bourse et masse de la fosse iliaque droites.




L’échographie abdominale avait montré une structure kystique bien limitée de la fosse iliaque droite se prolongeant à travers le canal inguinal vers la bourse droite (Figure 2). Par ailleurs, cette échographie avait montré une dilatation modérée des cavités pyélocalicielles du rein droit. À l’exploration chirurgicale par voie inguinale, les compartiments scrotal et abdominal ont été disséqués (Figure 3). Le compartiment abdominal était en position rétropéritonéale. Après évacuation de 650ml d’un liquide jaune citrin, la poche a été excisée tout en conservant le mur situé le long du cordon spermatique. Il n’y avait pas de communication évidente entre la cavité péritonéale et celle de l’hydrocèle. Le testicule avait un aspect dysmorphique, fusiforme (Figure 4). Il était bien descendu dans la bourse.


Figure 2
Figure 2. 

Échographie du compartiment abdominal de l’hydrocèle.




Figure 3
Figure 3. 

Dissection de l’hydrocèle abdominoscrotale.




Figure 4
Figure 4. 

Testicule dysmorphique, fusiforme.




Les suites opératoires ont été simples. Six mois après l’opération il n’y avait ni récurrence de l’hydrocèle, ni apparition d’une hernie inguinale. L’échographie rénale de contrôle avait montré une disparition complète de la dilatation des cavités rénales et une bonne différentiation corticomédullaire du rein droit.


Discussion


L’hydrocèle abdominoscrotale de l’enfant est rare [1] avec moins de 100 cas seulement rapportés dans la littérature [3].

À notre connaissance ce cas est le premier rapporté dans notre pays. En Afrique noire l’incidence réelle de cette entité pathologique est probablement sous-estimée parce que l’utilisation de l’échographie à haute fréquence dans la pathologie scrotale de l’enfant n’est pas encore assez répandue.

En effet, l’échographie à haute fréquence est devenue la méthode d’imagerie de référence dans la pathologie scrotale de l’enfant surtout en cas d’hésitation diagnostique [5] comme dans l’hydrocèle abdominoscrotale. Elle permet de confirmer le diagnostic [4, 6]. Chez notre patient, l’échographie abdominale a permis de montrer les limites nettes, le contenu liquidien et le prolongement vers le canal inguinal du compartiment abdominal de l’hydrocèle.

La physiopathologie de cette affection reste encore controversée depuis sa description par Dupeytren [7] en 1834. Trois principales théories ont été formulées [1, 3]. Nous adhérons à la théorie de la valve à soupape dans laquelle le processus vaginalis permet le passage en sens unique du liquide péritonéal vers le compartiment abdominal de l’hydrocèle [8]. Cette adhésion s’appuie sur deux raisons. D’une part, nous avons remarqué que la pression dans la cavité de l’hydrocèle était assez élevée avec une bourse distendue en ballon de golf et d’autre part, nous avons constaté que cette pression ne diminuait pas en position de décubitus prolongé comme dans la persistance du canal péritonéovaginal. Par ailleurs, comme dans presque tous les cas rapportés dans la littérature nous n’avons pas trouvé chez notre patient de communication évidente entre la cavité péritonéale et celle de l’hydrocèle [4, 9].

Plusieurs complications liées à l’hydrocèle abdominoscrotale ont été rapportées. Elles sont secondaires à une compression des structures de voisinage. Il peut s’agir comme chez notre patient d’une urétérohydronéphrose par compression de l’uretère [8] qui est mieux objectivée par l’urographie intraveineuse. D’autres complications comme l’appendicite aiguë [3] ou l’œdème du membre inférieur [10, 11] ont été décrites.

Chez notre patient l’hydrocèle abdominoscrotale était associée à un testicule homolatéral dysmorphique, fusiforme. Ces dysmorphies testiculaires ont également été rapportées par plusieurs auteurs [11, 12]. Selon Chamberlain et al. [12] ces anomalies associées sont susceptibles d’engendrer ultérieurement des troubles fonctionnels. C’est la raison pour laquelle ils ont recommandé un traitement chirurgical précoce. Cet avis n’est pas partagé par Ferro et al. [13] pour qui le retard du traitement n’est pas responsable de l’apparition ou de l’aggravation des dysmorphies testiculaires. Seules quelques complications aiguës peuvent justifier à leur avis un traitement urgent.

Du fait de ces complications potentielles parfois graves l’option thérapeutique standard est la chirurgie [14]. En effet, la résorption spontanée complète est considérée comme impossible [14]. Cette chirurgie consiste classiquement en une excision complète de la tunique vaginale à travers une voie d’abord inguinale ou médiane. Belman [15] a proposé une voie d’abord scrotale utilisant la technique modifiée de Lord. Cette approche permettrait d’éviter les lésions iatrogènes des éléments du cordon spermatique. Plus récemment l’approche laparoscopique a été utilisée avec succès [16].


Conclusion


L’hydrocèle abdominoscrotale est une entité clinique rare chez l’enfant. Son diagnostic est habituellement aisément fait par l’échographie. Le diagnostic préopératoire est préférable permettant de confier l’enfant à un chirurgien expérimenté afin d’éviter toute lésion des éléments du cordon spermatique. Il est possible que dans le futur le fait d’y penser puisse permettre de reconnaître un grand nombre de cas.



Références



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