Hommage au Pr Dominique CHOPIN - Voici les quelques mots que j'adresse à Dominique

14 juillet 2006

Auteurs : Claude Abbou
Référence : Prog Urol, 2005, 15, 6, 1208-1209, suppl. 1

Dominique tu avais tout juste 53 ans et tu nous as quitté.

Quelle tache, mais aussi quel triste privilège, au dessus de tout, que de te transmettre la peine et la désolation de tout l'Hôpital Henri Mondor où tu as tant travaillé et particulièrement de l'équipe paramédicale et médicale d'Urologie!

Ta terrible souffrance, nous l'avons vécue. Ton impressionnante volonté de vivre pour poursuivre ton oeuvre, nous l'avons admirée tout comme le philosophe qui disait que " se vaincre soit même c'est la meilleure victoire ".

Et pourtant, malgré toi et la médecine qui avait envahi toute ton âme, tu as entendu le même philosophe qui t'a fait comprendre que " le monde est une scène, la vie un passage. Tu es venu et tu es reparti. "

Lorsque je t'ai connu au début des années 80, tu n'avais que quelques années de plus que ton fils aîné, Pierre, et déjà ta carrière médicale était écrite, et je savais qu'il fallait me battre pour t'avoir auprès de moi pour vivre la merveilleuse aventure que nous avons su avoir grâce à nos énergies et notre complémentarité.

Nous voulions inventer, organiser, enseigner, soigner, être reconnu et tu as fait tout cela.

Il te suffisait d'une idée pour en faire un feu d'artifice ; tu avais 25 ans, je t'ai dit : "on va faire de la microchirurgie".

Tu as fait une merveille au laboratoire, puis au bloc ce qui t'a valu toutes sortes de récompenses dont la médaille d'or de l'internat remise à l'époque à la tour Eiffel par Philippe Douste Blazy, ministre de la santé.

Mais on a réfléchi, ce n'était pas cela l'avenir pour notre spécialité. Je t'ai dit " il faut tourner la page : notre avenir c'est le cancer". Les cancers urologiques étaient à ce moment une horreur comme celle que tu as vécue Dominique. Le cancer de la prostate, c'était les métastases osseuses et l'insuffisance rénale. Le cancer de la vessie, un échec trop souvent. Le cancer du testicule, quelque chose de terrible chez le jeune.

Tu m'as dis d'accord et tu es parti là où à l'époque on faisait de la recherche fondamentale avec des moyens que nous n'avions pas encore. Tu es parti aux USA à Los Angeles chez le Pr Jean De Kernion. Là-bas tu as appris l'immunologie des tumeurs et ici on t'a pris à ton retour pour un savant quelque peu marginal à l'époque.

N'est-ce pas incroyable de voir un chirurgien non pas avec comme on dit " un bistouri entre les dents " mais avec de la science et un nouveau vocabulaire et surtout plein d'idées pour le futur.

Malgré toute cette nouvelle approche, la chirurgie n'avait pas quitté ton esprit, bien au contraire.

Tes objectifs, nous les avions prémédités : pour survivre aucune spécialité ne pouvait se concevoir sans assise scientifique et sans enseignement.

Pour cette raison, il fallait développer un DEA de sciences chirurgicales que tu as su animer dès sa création.

Le résultat est impressionnant : en 4 ans, 21 DEA ont été formés dont 9 ont présentés une thèse de 3ème cycle, 4 sont devenus PU-PH, 6 PH de CHU, et 1 chef de service.

Cette activité t'a permis d'obtenir le Grand Prix Claude Bernard de la ville de Paris.

Le développement de ton groupe s'est poursuivi d'une manière étonnante pour un chirurgien : après avoir été accueilli par JP Cachera puis par Daniel Loisance dans l'équipe CNRS, tu as su de fil en aiguille devenir Directeur de l'équipe mixte INSERM EMI 087 et directeur du centre de recherche chirurgicale.

Tes rôles dans la vie scientifique ont été innombrables : tu as été Président de la commission 6 INSERM biomatériaux, biomécanique, chirurgie non invasive et robotisée.

Président de l'Association pour la Recherche sur le Traitement du cancer de la Prostate ARTP

Membre du CNU,

Du conseil scientifique de Association Claude

Bernard,

De l'université de Paris 12,

De l'université de Paris Sud,

Du groupe cancer de l'Assistance Publique.

Je n'oublierai pas tes implications importantes dans toutes les oeuvres caritatives et puis...

Ta création scientifique monumentale qui t'a permis d'être présent en permanence sur la scène internationale avec plus de 300 publications de haut niveau dans le domaine de l'onco-urologie et plus particulièrement du cancer de la vessie. Parmi les plus belles découvertes dont tu étais fier était le facteur FGFR3 qui permet de dire si une tumeur aura une évolution peu agressive et donc ne tuera pas, ce qui évite des traitements délabrants pour le patient.

Toute cette vie de création débordante a malheureusement un prix qui a été lourdement payé:

- Par ton engagement chirurgical : les méthodes chirurgicales ont fondamentalement changées ce qui a nécessité d'énormes efforts et tu n'as pas pu nous accompagner, tu en étais désolé car ton engagement dans la recherche te prenait trop de temps mais je sais combien tu étais fier de voir cette orientation ambitieuse du service qui a augmenté notre notoriété.

- Par ta famille qui t'a toujours admiré et aimé,

- Par tous ceux que à qui tu as toujours pensé mais pas assez montré ta présence physique et morale.

Le philosophe ne disait-il pas que " Rien ne se produit vainement, mais toujours en vertu d'une raison et d'une nécessité ".

La raison, c'était de savoir que tu réussissais et la nécessité, c'est qu'il fallait contribuer dans la lutte contre cette terrible maladie le cancer.

Que puis-je dire à tes enfants, à Jocelyne qui malgré toute ta passion t'admiraient et voulaient ne serait-ce qu'un peu plus de toi ?

Que l'ambition t'avait troublé ? Certainement pas

Là encore le philosophe l'a dit et tu l'a fait : " Laisse à tes enfants un nom respectable et non de grandes richesses. "

Ce nom tu l'as laissé à tes enfants, à toute ta famille, à tes amis mais aussi à tous ceux qui sont fiers d'avoir travaillé avec toi, à tes fils spirituels: Marc Colombel, Jean Jacques Patard, Fabien Saint, Alexandre De Lataille, Laurent Salomon, Dimitri Vordos, René Yiou, Antoine Cicco, et à bien d'autres, à tes brillants collaborateurs du laboratoire :

Luc Hittinger, Jean Fiet, Francis Vacherot, Sixtina Gildiez De Medina, Mme Sauvant, Mme Maurette, Mme Maille, Mme Soyeux, Mme Vaslin, passionnés par la recherche onco urologique qui poursuivront avec Alexandre mais aussi Laurent, René et Dimitri tout ce que tu as lancé et réussi.

Tous veulent être comme toi mais craignent de ne pouvoir y arriver, craignent de ne pas assumer leur vie de famille.

Ils sont tous là ou sinon eux, leur esprit est avec nous en ce moment de communion.

Tes enfants, nos élèves tu me l'a dit "j'ai confiance" vont continuer.

Le centre de recherche chirurgicale portera ton nom et ce sera la reconnaissance unanime de l'institution : Le directeur de l'hôpital, Mr Soudan, le doyen, JP Lebourgeois, le président du CCM, L. Brochard me l'ont annoncé

Dominique :

"Nul n'est heureux avant sa mort" disait le philosophe. Je ne sais pas si tu as été heureux, mais aujourd'hui tu peux être fier de toi.

Parti encore très jeune, sache que "jeune, meurt celui que les Dieux aiment beaucoup" disaient les Grecs anciens.