Hommage au Pr Dominique CHOPIN - L'urologie européenne a perdu un confrère attachant, un chercheur de base unique et moi un de mes amis les plus fidèles

14 juillet 2006

Auteurs : Urs Studer
Référence : Prog Urol, 2005, 15, 6, 1211, suppl. 1

Nous étions les deux "research fellows" de Jean de Kernion, à l'époque jeune associate professor sous la direction de Joe Kaufmann. Alors que je travaillais sur des anticorps non spécifiques sériques dans l'idée de développer un marqueur pour les tumeurs rénales et vésicales, Dominique avait choisi un abord beaucoup plus sophistiqué, cherchant non seulement à détecter, mais également à caractériser spécifiquement les divers types de tumeur de vessie au moyen d'anticorps monoclonaux.

Ses travaux de recherche rencontrèrent beaucoup d'obstacles, d'échecs et de résultats inattendus. Dominique fut plusieurs fois déçu, mais jamais désespéré. Il n'était jamais question d'abandonner, il analysait méticuleusement la situation afin de trouver une explication pour les résultats inattendus et il recommençait avec les cultures cellulaires suivantes en lâchant les mots « Ah, ce n'est pas si facile ! » En aucun cas il n'y eut un mot grossier, toujours tolérant et paisible, tenace il n'abandonnait jamais ses projets de recherche. Et enfin, quand il avait obtenu plusieurs anticorps monoclonaux qui permettaient de discriminer l'agressivité de diverses tumeurs urothéliales humaines, il était le premier à rechercher les limites et les possibilités d'amélioration des résultats obtenus. Alors que Dominique trouvait toujours un côté positif dans les résultats obtenus par d'autres chercheurs (même s'ils ne valaient probablement pas grand chose) il restait toujours très autocritique à son égard.

A plusieurs reprises je l'avais encouragé à publier ses résultats même s'il restait encore des questions à résoudre. Dominique était celui qui éteignait les lumières du labo le soir, et lorsqu'il n'était pas trop tard, il passait de temps à autre une soirée avec ma famille. Pour les enfants c'était « l'oncle » idéal, charmant, tranquille, patient, toujours avec un sourire.

Un sujet préoccupait souvent Dominique : pour quelles raisons une grande partie de la recherche de base se fait-elle aux Etats-Unis, alors qu'elle est effectuée en bonne partie par des étrangers mal payés provenant d'Asie, d'Amérique du Sud ou d'Europe ?. Pourquoi ne la font-ils pas chez eux ? Dominique aurait pu rester aux Etats-Unis, des postes intéressants lui avaient été offerts. Néanmoins, il décidait de rentrer à Paris et ceci malgré, mais probablement aussi à cause du fait qu'il n'était jamais question de devenir chef d'un service étant donné que le chef du service à l'Hôpital Mondor, le Prof Claude Abbou, ne prendrait sa retraite que peu avant lui.

Dominique me l'avait non seulement dit, mais aussi vécu : il ne faisait pas de recherche pour devenir chef de service, ou parce que ceci pourrait être utile à sa carrière académique, mais il était un chercheur simplement enthousiaste de la recherche urologique et convaincu qu'on pourrait faire de réels progrès dans le traitement des cancers urologiques. Dominique savait bien qu'une bonne recherche ne pouvait se faire tout seul, mais qu'il fallait joindre les idées des meilleurs chercheurs sur le plan européen. Alors que nous étions les deux membres du comité exécutif de la société européenne de recherche en urologie, nommée à l'époque ESUOE, l'idée de Dominique était d'en faire une petite société se focalisant sur la recherche en uro-oncologie où participeraient les meilleurs chercheurs de base avec quelques cliniciens sérieusement intéressés. Lorsque le téléphone sonnait le dimanche soir vers 9 heures chez moi, on savait, que c'était Dominique : « Alors, ça va ? » était toujours la première phrase. Il venait de finir le travail dans son laboratoire de recherche et me faisait part de ses nouvelles idées pour le prochain congrès de l'ESUOE.

Dominique a fait beaucoup plus pour stimuler la recherche de base au sein de l'urologie européenne qu'on pourrait se l'imaginer. Typiquement sa personne restait en arrière-fond, discrète, humble et modeste.

L'urologie européenne a perdu un confrère attachant, un chercheur de base unique et moi un de mes amis les plus fidèles. Par la pensée il restera toujours proche de nous.