Existence de grade 5 sur pièce de prostatectomie totale : facteur de mauvais pronostic associé à une moindre survie sans récidive biologique

25 juin 2014

Auteurs : J. Pastori, L. Balssa, J. Lillaz, G. Guichard, É. Chabannes, S. Bernardini, H. Bittard, A. Thiery-Vuillemin, F. Kleinclauss
Référence : Prog Urol, 2014, 7, 24, 433-440
But

Analyser l’impact de l’existence de grade 5 de Gleason sur l’agressivité tumorale anatomopathologique et sur la survie sans récidive des patients.

Patients

Trois-cent soixante-douze prostatectomies ont été réalisées entre 1999 et 2011 au sein de notre institution pour adénocarcinome prostatique localisé. Nous avons examiné l’existence du grade 5 sur la pièce opératoire afin de déterminer la fiabilité des biopsies prostatiques dans le diagnostic du grade 5 et l’association du grade 5 avec d’autres facteurs histopronostiques. La survie sans récidive a été analysée selon l’existence de grade 5 dans la pièce définitive.

Résultats

Au total, l’ensemble des données histologiques et de survie sans récidive était disponible pour 321 patients qui ont été inclus dans l’étude. Soixante-huit avaient du grade 5 de Gleason (contingent majoritaire ou troisième contingent minoritaire) sur la pièce définitive alors que 253 n’en avaient pas. Le grade 5, rarement diagnostiqué sur les biopsies (sensibilité=26,47 %) était corrélé de manière indépendante avec le franchissement capsulaire (OR=2,1 ; CI 95 [1,1–3,9]), l’envahissement des vésicules séminales (OR=3,8 ; CI 95 [1,7–7,8]) et les marges positives (OR=2,0 ; CI 95 [1,1–3,6]). La survie globale était identique dans les deux groupes, mais la survie sans récidive biologique était statistiquement moindre en existence de grade 5 (HR=3,7 ; CI 95 [1,8–7,6]). La survie sans récidive n’était pas différente que ce grade 5 soit prédominant ou en troisième contingent minoritaire (HR=1,01 ; CI 95 [0,3–2,8]). En analyse multivariée, le grade 5 était un facteur de risque indépendant de récidive biologique (p =0,005) de même que l’envahissement des vésicules séminales (p =0,047).

Conclusion

L’existence de grade 5 dans la pièce opératoire, quel que soit son pourcentage, était un facteur de mauvais pronostic associé à une agressivité tumorale accrue et à une moindre survie sans récidive.

Niveau de preuve

5.




 




Introduction


En France, le cancer de prostate est le cancer le plus fréquent chez l'homme avec 71 000 nouveaux cas par an en 2011. Le pronostic au moment du diagnostic dépend de plusieurs facteurs. Parmi eux, le score de Gleason s'est avéré fiable et reproductible pour prédire le risque de récidive biologique et la survie après traitement curateur d'un cancer prostatique localisé. Dans sa première version de 1974, le score de Gleason correspondait à la somme des deux grades les plus fréquents [1]. Le grade est défini par l'architecture des glandes prostatiques observées au microscope à faible grossissement et noté de 1 à 5 selon sa ressemblance au tissu prostatique sain, le grade 5 étant le plus indifférencié. Cependant, Arora et al. [2] ont rapporté qu'un très grand nombre de pièces de prostatectomie contenaient plusieurs foyers d'adénocarcinome et que le score de Gleason des foyers individuels n'était pas corrélé avec le score global. Face à cette hétérogénéité, en 2005, la conférence de consensus de l'International Society of Urological Pathology (ISUP) a révisé le score de Gleason [3]. Le score de Gleason biopsique est devenu la somme du grade le plus fréquent et du plus grave. Le score de Gleason des pièces de prostatectomie totale (PT) correspond à la somme des deux grades les plus fréquents et mentionne l'existence d'un grade tertiaire si celui-ci est plus grave que les deux principaux. Depuis, de nombreux auteurs ont rapporté que l'existence d'un grade 5 en troisième contingent (TC) dans les adénocarcinomes prostatiques de score 7 de Gleason était un facteur de risque de critères histopathologiques péjoratifs et de récidive biologique plus précoce.


Ainsi, nous pouvons nous demander si le grade 5 est en soi une entité pathologique particulière avec ses propres implications pronostiques. Dans cette étude, nous avons étudié la fiabilité des biopsies de prostate (BP) pour le diagnostic du grade 5 ainsi que la relation entre l'existence de grade 5 sur la pièce définitive et les critères histopronostiques défavorables. La survie sans récidive biologique a été analysée selon l'existence de grade 5 dans la pièce de prostatectomie.


Patients et méthodes


Entre 1999 et 2011, 372 prostatectomies totales (PT) ont été réalisées dans notre centre par différents chirurgiens d'expérience inégale pour adénocarcinome prostatique localisé. Le curage ganglionnaire n'était pas effectué de manière systématique mais selon les recommandations en vigueur [4]. Un traitement adjuvant était réalisé en fonction de l'analyse anatomopathologique de la pièce opératoire et du PSA post-opératoire à 1 mois. Parmi ces patients, 13 ont été exclus, l'adénocarcinome prostatique ayant été diagnostiqué de manière fortuite sur des copeaux de résection, 19 pour traitement préopératoire par 5-alpha-réductase ou hormonothérapie (pouvant modifier les données histologiques) et 19 pour données insuffisantes. Au final, 321 patients ont été inclus rétrospectivement. Nous avons comparé les caractéristiques cliniques et para-cliniques pré-opératoires (âge, IMC, taux de PSA, antécédents familiaux de cancer de prostate, score de d'Amico) des patients dont l'analyse anatomopathologique de la pièce opératoire mentionnait du grade 5 quel que soit son pourcentage aux patients qui n'en avaient pas. En comparant le compte-rendu des biopsies à celui de la pièce définitive, nous avons calculé la fiabilité des BP pour le diagnostic du grade 5. Ensuite, nous avons comparé les survies sans récidive biologique des deux groupes.


Les pièces de prostatectomie ont été analysées en totalité par les anatomopathologistes référents urologiques du CHU après fixation. La base et l'apex ont été sectionnés et analysés séparément en section sagittale, le reste de la glande était sectionné en coupes de 5mm. L'ensemble de la pièce a été analysé au faible grossissement du microscope. Le compte-rendu témoignait du poids de la prostate, du score de Gleason (défini par somme des deux grades les plus fréquents), de l'existence éventuelle d'un TC, de l'extension extra-prostatique de la tumeur, de l'envahissement des vésicules séminales (VS), du stade pathologique selon la classification TNM de 1992 définie par l'Union internationale contre le cancer et des marges chirurgicales. Afin de localiser la tumeur, nous avons établi un mapping prostatique en 6 cadrans (base, partie moyenne et apex, droite et gauche pour chaque étage).


Le suivi post-opératoire s'est effectué par dosage du PSA et toucher rectal régulièrement. La récidive biologique est définie par un PSA>0,2ng/mL confirmé par un deuxième dosage [3]. Un scanner thoraco-abdomino-pelvien et une scintigraphie osseuse ont été réalisés en cas de récidive biologique permettant de différencier une récidive locale d'une maladie métastatique.


Les variables qualitatives ont été analysées par test du Chi2. Les données quantitatives ont été analysées selon le test t de Student. Les survies ont été comparées par le log rang test et courbes de Kaplan-Meier. Nous avons utilisé un modèle de Cox pour l'analyse multivariée des facteurs impactant la survie. L'association entre le grade 5 et les différents critères histologiques de la pièce de prostatectomie a été évaluée par régression logistique multiparamétrique. La différence était statistiquement significative si p <0,05.


Résultats


Trois cent vingt et un patients âgés de 64,4 (±21,2) ans en moyenne ont été suivis pendant une durée moyenne de 58,2 (±35,9) mois. Le PSA préopératoire moyen était de 8,7 (±6,2) ng/mL. Soixante-huit pièces de prostatectomie (21,2 %) contenaient du grade 5 dont 31 pièces (soit 9,7 %) avec du grade 5 en troisième contingent (TC) et 253 pièces (soit 78,8 %) n'en contenaient pas.


Il n'existait pas de différence statistiquement significative pour l'âge et le pourcentage d'obèses entre les deux groupes. En revanche, le pourcentage de patients ayant des antécédents familiaux de cancer de prostate était plus important dans le groupe grade 5. Ce groupe avait un taux de PSA pré-opératoire moyen plus élevé (10,6±8,263 versus 8,2±5,417, p =0,005) avec notamment un pourcentage de PSA>20ng/mL plus important dans le groupe grade 5 (10,3 % versus 3,5 %, p =0,038). Le pourcentage de biopsies positives, défini par le nombre de biopsies positives sur le nombre de biopsies réalisées, était statistiquement différent entre les deux groupes avec une moyenne de 38,1 % pour le groupe grade 5 et de 24,7 % dans le groupe sans grade 5 (p <0,0001). La répartition des patients selon la classification de d'Amico était différente entre les deux groupes : la plupart des patients sans grade 5 étant classés d'Amico faible (58,5 % versus 16,2 %, p <0,001) et les patients grade 5 se répartissant préférentiellement dans le groupe d'Amico intermédiaire (50 % pour le groupe grade 5 versus 35,2 %, p =0,026) et d'Amico élevé (33,8 % versus 6,3 %, p <0,0001). Le groupe grade 5 a reçu plus fréquemment un traitement adjuvant (44,1 % versus 16,2 %, p <0,0001). Parmi les patients du groupe grade 5, 27,9 % ont eu une récidive biologique contre seulement 11,5 % pour l'autre groupe (p <0,001) mais les traitements de rattrapage (radiothérapie, hormonothérapie, ou association des deux) étaient identiques entre les deux groupes. Le Tableau 1 résume les principales caractéristiques des deux groupes.


Les résultats anatomopathologiques des BP et de la pièce définitive ont été comparés pour évaluer la fiabilité des BP à détecter le grade 5. Dans cette série, la sensibilité des BP pour le grade 5 était de 26,47 % et la spécificité de 98,42 % (Tableau 1). Dans l'analyse en sous-groupe selon l'importance du contingent de grade 5, 36,8 % des patients ayant du grade 5 dans les deux contingents prédominants sur pièce définitive avaient du grade 5 sur les BP, tandis que seuls 13,3 % des patients avec du grade 5 en troisième contingent avaient du grade 5 sur les BP.


Concernant les critères histologiques, le poids de la prostate ainsi que le caractère multifocal de la tumeur étaient identiques entre les deux groupes. En revanche, 91,2 % des foyers tumoraux contenant du grade 5 avaient une extension sur plus d'un étage (apex/partie moyenne/base) contre 65,2 % des foyers ne contenant pas de grade 5 (p <0,0001). Au total, 89,7 % des pièces contenant du grade 5 avaient un foyer tumoral bilatéral contre seulement 78,3 % des autres pièces (p =0,034). Par ailleurs, le stade histologique était plus avancé si existence de grade 5 et se répartissait majoritairement en stade pT3a et pT3b (29,4 et 26,5 % respectivement contre 18,2 et 5,5 %, p =0,042 et < 0,0001). À l'inverse, 57,7 % des pièces du groupe sans grade 5 étaient classées pT2c contre seulement 39,7 % du groupe grade 5 (p =0,008). Les pourcentages de facteurs anatomopathologiques péjoratifs comme le franchissement capsulaire (47,1 % vs 21,7 %, p <0,0001), l'envahissement des VS (25 % vs 5,5 %, p <0,0001), l'existence d'emboles lymphatiques (45,6 % vs 14,6 %, p <0,0001), l'engainement périnerveux (58,8 % vs 27,3 %, p <0,0001) ou l'existence de marges positives (50 % vs et 30,8 %, p =0,003) étaient différents entre les deux groupes (Tableau 2). L'analyse multivariée par régression logistique a mis en évidence une corrélation entre l'existence de grade 5 et le franchissement capsulaire (OR=2,098 ; CI 95 [1,137-3,872]), l'envahissement des VS (OR=3,808 ; CI 95 [1,663-8,719]) ou les marges positives (OR=2,033 ; CI 95 [1,135-3,643]) indépendamment des autres facteurs histologiques de mauvais pronostic (Tableau 3).


Pendant les 58,2 mois de suivi moyen, 48 patients ont eu une récidive biologique soit 14,9 %, dont 43 récidives locales et 5 sous forme métastatique (dont 4 dans le groupe grade 5), avec un délai moyen de 34,6 (±24,9) mois après la chirurgie. Dix-neuf récidives biologiques (11,5 %) sont survenues dans le groupe avec du grade 5 contre 29 (27,9 %) dans l'autre groupe (p <0,0001) (Tableau 1). Les survies sans récidive biologique et globales ont été analysées en sous-groupes comparant le grade 5 présent en troisième contingent sur une pièce de score 6 ou 7 de Gleason (grade minoritaire) et le grade 5 majoritaire (Gleason 8=5+3 ou 3+5, 9 ou 10). La survie globale était identique entre les groupes avec ou sans grade 5 et entre les groupes avec grade 5 majoritaire et minoritaire (HR=1,309 ; CI 95 [0,439-3,902] ; p =0,6288). La survie sans récidive biologique était statistiquement diminuée selon l'existence ou non de grade 5 (HR=3,7 ; CI 95 [1,8-7,6] ; p =0,0004), mais ne différait pas que le grade 5 soit majoritaire ou non (HR=1,01 ; CI 95 [0,36-2,79] ; p =0,9798). Les courbes de survie sans récidive biologique selon l'existence ou non de grade 5 sont comparées dans la Figure 1A et les courbes de survie sans récidive biologique selon l'importance du grade 5 dans la Figure 1B. En analyse multivariée par modèle de Cox, le grade 5 est apparu comme un facteur indépendant de récidive biologique (HR=2,467 ; CI 95 [1,322-4,603] ; p =0,005) ainsi que l'envahissement des VS (HR=2,157 ; CI 95 [1,011-4,605] ; p =0,047), contrairement aux marges chirurgicales (HR=1,149 ; CI 95 [0,632-2,087] ; p =0,650) et au franchissement capsulaire (HR=1,221 ; CI 95 0,625-2,384] ; p =0,559).


Figure 1
Figure 1. 

Survie sans récidive biologique selon l'existence de grade 5 de Gleason (A, ligne bleue : absence de grade 5, ligne rouge : existence de grade 5). Survie sans récidive biologique selon l'importance du grade 5 (B, ligne bleue : grade 5 minoritaire, ligne rouge : grade 5 majoritaire).





Discussion


Depuis la révision du score de Gleason en 2005 imposant de mentionner l'existence d'un troisième contingent sur la pièce de prostatectomie, de nombreux auteurs se sont interrogés sur l'impact réel du grade 5. Dans notre étude, le grade 5 apparaissait comme un facteur indépendant de mauvais pronostic : d'une part, il était fortement associé à des critères histologiques défavorables comme les marges chirurgicales positives, l'envahissement des VS et le franchissement capsulaire et d'autre part, le grade 5 était un facteur de risque indépendant de récidive biologique.


L'originalité de notre étude a été de considérer le grade 5 sans tenir compte du pourcentage tumoral qu'il représente. En effet, l'impact du grade 5 a souvent été étudié sur des séries plus importantes de prostatectomie de score 7 de Gleason avec du grade 5 en troisième contingent avec des résultats comparables. Ainsi, Whittemore [5], sur une série de 214 prostatectomies totales de score 7 de Gleason a rapporté que les patients avec un TC de grade 5 avaient significativement un stade pathologique plus avancé et une survie sans récidive biologique diminuée (54 mois pour le groupe grade 5 versus 121 mois). Le grade 5 était associé à des critères histologiques péjoratifs tels que l'envahissement des VS, le franchissement capsulaire et l'envahissement ganglionnaire (p <0,05). En analyse multivariée, le grade 5 tendait à être un facteur indépendant de récidive biologique (p =0,053 ; HR=1,9 ; CI 95 [0,99-3,64]), comme le PSA préopératoire, l'envahissement ganglionnaire et les marges (p <0,05).


L'impact du pourcentage du volume tumoral occupé par le grade 5 reste débattu. En 2008, Isbarn et al. [6] avaient rapporté sur un échantillon de 800 prostatectomies qu'un TC supérieur ou égal à 5 % du volume tumoral, était associé à des facteurs histologiques péjoratifs mais que cette association n'existait pas si le TC était inférieur à 5 % du volume de la tumeur. En revanche, Mosse et al. [7] ont rapporté une corrélation significative entre l'existence d'un TC et des facteurs anatomopathologiques défavorables sur une série de 826 prostatectomies totales alors que le grade 5 était considéré en TC que si inférieur à 5 % du volume tumoral. Ainsi, quel que soit son pourcentage, le grade 5 apparaît comme facteur de mauvais pronostic dans l'ensemble de la littérature et serait même d'après Hattab [8] plus important que le grade primaire. Ainsi, dans sa série de 228 PT, le grade primaire (3+4 versus 4+3) n'était pas un facteur indépendant de récidive biologique (certes définie par un PSA>0,1ng/mL) tandis que le grade 5 tertiaire en était un (HR 2,10 ; IC 95 [1,24-3,55] ; p =0,006). La survie sans récidive biologique à 5ans était de 70 % dans le groupe sans grade 5 contre seulement 19 % pour l'autre groupe. Seul Hashine [9], sur sa série de 466 prostatectomies totales, ne rapportait pas le grade 5 comme un facteur de risque de récidive biologique indépendant contrairement aux marges positives, au PSA préopératoire et au stade histologique. Pourtant, en 2008, Nanda [10] a rapporté une série de 312 patients avec un cancer localisé de prostate traités par chirurgie ou radiothérapie et suivis pendant 5,7ans. Sans avoir pu mettre en évidence de différence statistiquement significative, l'existence de grade 5 (score 7 avec TC ou Gleason 9-10) semblait associée à un risque de récidive biologique après traitement curateur plus important que chez les autres patients ayant également une maladie à haut risque (Gleason 8 sans grade 5). De même, Patel [11] avait rapporté que les taux de récidive biologique après prostatectomie totale ou radiothérapie étaient similaires pour les patients ayant un score 7 de Gleason avec du grade 5 en TC que pour les scores 8-10. Trock [12] a ainsi rapporté sur une grande série de 3230 PT avec 330 pièces comportant un TC que l'existence d'un TC plaçait la tumeur à un risque intermédiaire de récidive biologique entre les tumeurs de même score de Gleason sans TC et les tumeurs de score de Gleason supérieur. Ainsi, il proposait un score de Gleason modifié : par exemple, le score 6 avec du grade 5 en TC serait coté 6,5. Dans le même esprit, Turker [13] proposait 3 groupes pronostiques : bon pour les scores de Gleason strictement inférieurs à 7 sans TC (grade 4 ou 5), groupe intermédiaire pour Gleason inférieur à 7 avec TC ou égal à 7 sans TC, puis mauvais pronostic pour Gleason 7 avec TC et supérieur ou égal à 8. Ces scores sont peu utilisés et n'ont pas encore été validés sur de larges cohortes indépendantes.


Un autre objectif de cet article a été de comparer les résultats anatomopathologiques des BP à la pièce définitive. Il est parfaitement connu que le grade 5 n'est pas toujours identifié sur les BP. L'impact est d'autant plus grand si le traitement du cancer ne repose pas sur une prostatectomie totale, les biopsies restant alors la seule référence histologique de la tumeur. Dans notre série, la sensibilité des biopsies pour le diagnostic du grade 5 était de seulement 26,5 %, avec 63,4 % de faux négatifs lorsque que le grade 5 était premier ou deuxième contingent sur la pièce définitive et 86,7 % de faux négatifs lorsqu'il était mentionné comme TC sur l'analyse définitive. Fajardo [14] rapportait un grade 5 sous-diagnostiqué à 80 % par les BP si ce grade 5 était présent en troisième contingent sur la pièce définitive. En revanche, lorsque le grade 5 faisait partie des deux contingents prédominants dans la pièce opératoire, les BP ne le sous-diagnostiquaient que dans 20 % des cas. Ainsi, et ceci est compréhensible, plus le grade 5 est rare, plus il est difficile de le diagnostiquer sur les BP car la probabilité de ponctionner une zone en contenant est plus faible. Par ailleurs, Al-Houssain [15] en 2011 a rapporté dans une série de 300 BP contenant du grade 5 que celui ci avait été diagnostiqué par un deuxième anatomopathologiste dans seulement 48,7 % des cas.


Les limites de cette étude étaient bien évidemment le caractère rétrospectif comprenant une longue période d'inclusion (de 1999 à 2011), sans relecture anatomopathologique des pièces de prostatectomie. Ainsi les PT des 7 premières années avaient été analysées avant la modification du score de Gleason de 2005. En revanche, notre série mettait en évidence du grade 5 sur 21,2 % de pièces définitives dont 26 pièces avec du grade 5 tertiaire soit 15,5 % de TC. Ces résultats étaient identiques à ceux observés dans la littérature, avec une prévalence du TC variant de 15 à 50 %, avec parfois du grade 5 recherché uniquement dans le foyer tumoral principal. De plus, seuls 75 patients sur 321 avaient été inclus avant 2005 soit 23,3 % de la série. Enfin, parmi eux, 16 avaient du grade 5 dans la pièce définitive dont 3 en tant que TC ; notre anatomopathologiste mentionnant le grade 5 en TC avant que cela soit imposé par la conférence de consensus de 2005. Ainsi cette cohorte semblait donc assez comparable aux précédentes cohortes analysées dans la littérature.


Par ailleurs, le taux de marges positives est supérieur dans notre série à celui rapporté dans la littérature avec 36 % de marges positives pour les stades pT2 et 33 % pour les stades pT3. En effet, dans l'analyse multicentrique de Tewari [16], le taux de marges positives moyen pour les pT2 en fonction des techniques varie de 10,7 à 16,6 % et de 37,2 à 42,6 % pour les pT3. Cette différence peut s'expliquer par une série historique de CHRU, des procédures chirurgicales réalisées par de nombreux chirurgiens dont certains en début d'expérience et l'arrivée de la cÅ“lioscopie qui impose une courbe d'apprentissage.


Conclusion


Notre étude a mis en évidence que le grade 5 était un facteur important dans la compréhension du profil histologique de la tumeur. Il était souvent peu diagnostiqué sur les BP, certainement en raison du faible volume qu'il occupait dans la glande. De plus, l'existence de grade 5 était statistiquement associée à l'existence d'autres critères histologiques défavorables tels que des marges chirurgicales positives, un franchissement capsulaire ou un envahissement des VS. Enfin, le grade 5 était un facteur de risque indépendant de récidive biologique. La question du traitement adjuvant en cas d'existence de grade 5 peut donc légitimement se poser compte tenu du risque de récidive biologique ; seul un essai prospectif randomisé pourra y répondre.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Caractéristiques cliniques et paracliniques des 2 groupes.
  Grade 5 (n =68)  Autre (n =253)  p  
Caractéristiques préopératoires        
Âge à j0 (ans)  64,2±8,285  64,4±6,965  0,836 
IMC>30  12 (17,6 %)  36 (14,2 %)  0,484 
ATCD familiaux de cancer de prostate  5 (7,4 %)  15 (5,9 %)  0,032 
Dysurie  18 (26,5 %)  103 (40,7 %)  0,667 
PSA moyen préopératoire (ng/mL)  10,6±8,263  8,2±5,417  0,005 
PSA<10 ng/mL  44 (64,7 %)  193 (76,3 %)  0,054 
PSA : 10-20ng/mL  17 (25 %)  51 (20,2 %)  0,387 
PSA>20ng/mL  7 (10,3 %)  9 (3,5 %)  0,038 
BP        
Nombre de carottes réalisées  16,1±5,491  16,7±5,271  0,445 
Pourcentage de BP positives  38,1  24,7  < 0,0001 
Existence de grade 5 sur BP  18 (26,5 %)  4 (1,6 %)   
Absence de grade 5 sur BP  50 (73,5 %)  249 (98,4 %)   
Score d'Amico        
Faible  11 (16,2 %)  148 (58,5 %)  < 0,0001 
Intermédiaire  34 (50 %)  89 (35,2 %)  0,026 
Élevé  23 (33,8 %)  16 (6,3 %)  < 0,0001 
Traitement adjuvant   30 (44,1 %)  41 (16,2 %)  < 0,0001 
Récidive biologique   19 (27,9 %)  29 (11,5 %)  < 0,0001 
Traitement à la récidive        
Radiothérapie de rattrapage  7 (10,3 %)  16 (6,3 %)  0,261 
Hormonothérapie  3 (4,4 %)  3 (1,2 %)  0,082 
Radio-hormonothérapie  2 (2,9 %)  3 (1,2 %)  0,301 



Légende :
BP : biopsies de prostate.



Tableau 2 - Caractéristiques anatomopathologiques des deux groupes.
  Grade 5 (n =68)  Autre (n =253)  p  
Poids de prostate (en grammes)   45,1±13,093  49,1±20,337  0,124 
Stade TNM        
pT2A  1 (1,5 %)  41 (16,2 %)  0,001 
pT2B  2 (2,9 %)  6 (2,4 %)  0,79 
pT2C  27 (39,7 %)  146 (57,7 %)  0,008 
pT3A  20 (29,4 %)  46 (18,2 %)  0,042 
pT3B  18 (26,5 %)  14 (5,5 %)  < 0,0001 
Franchissement capsulaire   32 (47,1 %)  55 (21,7 %)  < 0,0001 
Envahissement des VS   17 (25 %)  14 (5,5 %)  < 0,0001 
Emboles lymphatiques   31 (45,6 %)  37 (14,6 %)  < 0,0001 
Envahissement périnerveux   40 (58,8 %)  69 (27,3 %)  < 0,0001 
Marges positives   34 (50 %)  78 (30,8 %)  0,003 
Bilatéralité   61 (89,7 %)  198 (78,3 %)  0,034 
Multifocalité   35 (51,5 %)  140 (55,3 %)  0,571 
Atteinte de plusieurs cadrans   62 (91,2 %)  165 (65,2 %)  < 0,0001 



Légende :
VS : vésicules séminales.



Tableau 3 - Régression logistique multivariée. Corrélation entre existence de grade 5 et facteurs histologiques de mauvais pronostic.
Résultats  Variable i   OR [IC 95 %]  p  
Franchissement capsulaire  Grade 5  2,098 [1,137-3,872]  0,018 
  Marges positives  1,607 [0,931-2,775]  0,089 
  Envahissement des VS  4,537 [1,999-10,299]  0,001 
Envahissement des VS  Grade 5  3,808 [1,663-8,719]  0,002 
  Marges positives  1,901 [0,832-4,344]  0,127 
  Franchissement capsulaire  4,460 [1,951-10,198]  0,001 
Marges positives  Grade 5  2,033 [1,135-3,643]  0,017 
  Envahissement des VS  1,945 [0,861-4,395]  0,110 
  Franchissement capsulaire  1,608 [0,931-2,776]  0,089 



Légende :
VS : vésicules séminales.


Références



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