Évolution du nombre et du type de prothèses péniennes posées en France pour dysfonction érectile : analyse des données nationales de codage pour la période 2006–2013

25 septembre 2016

Auteurs : A. Lipsker, R. Saljoghi, D. Lecuelle, K. Caillet, E. Alezra, F. Le Roux, M. Demailly, F. Saint
Référence : Prog Urol, 2016, 9, 26, 485-491
Objectifs

Les patients ne répondant pas aux traitements pharmacologiques oraux, injectables et/ou au vacuum peuvent bénéficier de la pose d’une prothèse pénienne. Trois types de prothèses péniennes sont utilisés en France : les prothèses péniennes rigides, semi-rigides et les prothèses gonflables 2 et 3 pièces. Nous avons évalué les pratiques chirurgicales nationales de pose entre 2006 et 2013 (nombre de prothèses posées, type, centres d’implantation, nombre de chirurgiens et répartition (secteurs publics ou privés)).

Matériel et méthode

Analyse des données issues de la base de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH) (2006–2013) en utilisant la classification commune des actes médicaux (CCAM) et après extraction des codes relatifs à cette chirurgie (JHLA002, JHLA003, JHLA004).

Résultats

Entre 2006 et 2013, le nombre de prothèses péniennes posées en France a doublé (307 contre 633), les prothèses péniennes gonflables avec composante extra-caverneuse demeuraient les prothèses les plus fréquemment posées (87 %) (228 contre 552) (+142 %), et la pose des prothèses semi-rigides diminuait de 26,7 %. La répartition privé/public était proche de 1 en 2013. Plus de la moitié des prothèses péniennes françaises étaient posées dans trois régions en 2013 (Île-de-France, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes). Près de 62 % des chirurgiens n’ont implanté qu’une à deux prothèses tri-compartimentées en 2013.

Conclusion

Le nombre de prothèses péniennes posées en France a doublé entre 2006 et 2013. Trois régions ont été particulièrement actives pour cette chirurgie (Île-de-France, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes) animées par 5 chirurgiens ayant une activité supérieure à 20 prothèses par an.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


La prothèse pénienne est une alternative thérapeutique pour les patients mauvais répondeurs aux traitements pharmacologiques (oraux et injectables), au vacuum, ainsi que lorsque les traitements médicamenteux sont contre-indiqués [1, 2]. La prothèse pénienne propose une réponse permanente au problème de dysfonction érectile [2].


Il n'existe pas à ce jour de données nationales publiées concernant l'évolution de cette activité. Les objectifs de ce travail étaient d'étudier l'évolution des pratiques chirurgicales d'implantation de prothèses péniennes en France en utilisant les données nationales issues de l'Agence technique de l'information sur l'hospitalisation (ATIH).


Matériel et méthodes


Nous avons analysé les actes liés aux premières poses de prothèses péniennes au moyen des données issues de la base de données de l'Agence technique de l'information sur l'hospitalisation (ATIH). La classification commune des actes médicaux (CCAM) a été utilisée pour extraire les codes relatifs à cette chirurgie.


Les codes analysés étaient :

JHLA002 : pose d'une prothèse pénienne hydraulique sans composant extra-caverneux.
JHLA003 : pose d'une prothèse pénienne rigide ou semi-rigide.
JHLA004 : pose d'une prothèse pénienne hydraulique avec composant extra-caverneux.


Nous avons interrogé le serveur Internet de l'ATIH pour ces différents codes pour la période 2006-2013, en distinguant les actes codés dans le secteur public (CHU, CH, PSPH) et le secteur privé, et en distinguant les activités en fonction des régions françaises. L'activité chirurgicale par chirurgien (données anonymes) pour l'année 2013 a ensuite été obtenue auprès des deux laboratoires qui commercialisent les prothèses tri-compartimentées AMS® (American Medical Systems et Porges-Coloplast®). Les données ont été colligées et mises en forme à l'aide du logiciel Microsoft Excel®.


Résultats


Données globales


Le nombre de prothèses péniennes implantées en France entre 2006 et 2013 n'a cessé d'augmenter, passant de 307 à 633 (+106 %) (Figure 1). Les prothèses les plus implantées en 2013 étaient les prothèses gonflables tri-compartimentées (552 poses ; 87 %) avec une progression de 142 % pendant cette période (228 en 2006 contre 552 en 2013). En deuxième position, on retrouvait les prothèses malléables, avec une diminution du nombre de poses de 26,7 % en 8ans (71 en 2006 vs 52 en 2013). Enfin, en 2013, la pose des prothèses péniennes gonflables sans composante extra-caverneuse restait anecdotique avec une vingtaine d'interventions annuelles (4,6 %).


Figure 1
Figure 1. 

Nombre de prothèses péniennes posées entre 2006 et 2013.




Données comparatives secteur public-privé


En 2006, 105 prothèses péniennes, tous types confondus, ont été posées en secteur public (34,2 %) alors que 202 l'ont été dans le secteur privé (65,8 %). En 2013, 373 prothèses péniennes tous types confondus ont été implantées en secteur public (58,9 %) alors que 260 l'ont été dans le secteur privé (41,1 %) (Figure 2, Figure 3).


Figure 2
Figure 2. 

Nombre de prothèses péniennes posées en secteur public entre 2006 et 2013.




Figure 3
Figure 3. 

Nombre de prothèses péniennes posées en secteur privé entre 2006 et 2013.




La diminution relative de l'activité dans le secteur privé était significative durant cette période.


L'évolution entre 2006 et 2013 de la répartition du type de prothèse selon le secteur d'activité a été détaillée dans les Figure 4, Figure 5, Figure 6.


Figure 4
Figure 4. 

Répartition public/privé des prothèses avec composante extra-caverneuse entre 2006 et 2013.




Figure 5
Figure 5. 

Répartition public/privé des prothèses rigides et semi-rigides entre 2006 et 2013.




Figure 6
Figure 6. 

Répartition public/privé des prothèses sans composante extra-caverneuse entre 2006 et 2013.




Répartition régionale des sites d'implantations de prothèses péniennes en France en 2013


La répartition des sites d'implantation de prothèses péniennes était inhomogène sur le territoire national. En effet, en 2013, plus de la moitié (50,9 %) des prothèses péniennes étaient implantées dans seulement trois régions (Île-de-France, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes). Sept régions (Centre, Basse-Normandie, Corse, Guadeloupe, Haute-Normandie, Guyane et le Limousin) en implantaient moins de 5 par an (Figure 7).


Figure 7
Figure 7. 

Répartition régionale de l'activité d'implantation des prothèses péniennes en France en 2013.




Répartition des implantations par chirurgien en 2013


En 2013, 149 chirurgiens ont implanté des prothèses péniennes en France (hors ré-intervention). Parmi ces chirurgiens, 61,7 % n'ont implanté qu'une à deux prothèses dans l'année. Seulement cinq chirurgiens (3,4 %) ont implanté plus de 20 prothèses dans l'année (Figure 8). Le nombre médian d'implants posés par chirurgien en 2013 était de 2 [1-48] et seul 8 % des chirurgiens posaient des prothèses 3 pièces des 2 laboratoires.


Figure 8
Figure 8. 

Répartition d'implantation des prothèses 3 pièces en France en 2013 par chirurgien.





Discussion


La pose de prothèses tri-compartimentées est une intervention qui a un taux de complication très faible et un taux de satisfaction globale très élevé (85 à 97 %) [3, 4]. La pose d'un implant pénien est une option à envisager chez les patients qui ne répondent pas aux traitements médicamenteux ou qui souhaitent une solution permanente. Il existe deux types de prothèses péniennes : la prothèse gonflable (bi- ou tri-compartimentée) et la prothèse malléable (rigide ou semi-rigide).


La procédure de pose est une technique bien codifiée, simple, avec d'excellents résultats lorsque les indications sont respectées et que le patient est conseillé et suivi avant et après la chirurgie [5]. Cependant, plusieurs études ont suggéré que le volume de prothèses péniennes posées par chirurgien pourrait influencer la qualité des résultats [6, 7]. Actuellement les prothèses tri-compartimentées permettent d'obtenir une érection plus « naturelle », une meilleure rigidité et flaccidité en comblant mieux les corps caverneux [2]. La prothèse bi-compartimentée est plus simple à implanter, et reste une option à envisager lorsqu'il existe un risque d'infection du réservoir ou lorsqu'il n'est pas possible de positionner le ballonnet en sous-péritonéal. Des résultats moins bons ont été rapportés, avec une flaccidité incomplète [8]. Enfin, les prothèses malléables offrent une rigidité constante, une manipulation simple, mais au prix de résultats esthétiques et fonctionnels moins bons [9].


Depuis 2009, afin d'améliorer la formation des urologues français, les enseignants en urologie ont mis en place une formation de deux ans dans plusieurs centres universitaires français. Cette formation spécifique se déroule dans le cadre d'un Diplôme inter-universitaire (DIU) de chirurgie de la verge. Elle comprend 138heures de cours théoriques, 68heures de travaux dirigés et 8heures d'aide opératoire avec des chirurgiens experts. Une dizaine d'urologue français est formée tous les deux ans. La validation de ce DIU nécessite la réalisation d'un mémoire et de valider les deux sessions d'examen.


Dans la période 2006-2013, nous avons pu mettre en évidence une nette augmentation de la pose de prothèses péniennes en France (+106 %). La pose des prothèses gonflables tri-compartimentées était en constante augmentation depuis 2006, alors que la pose des prothèses gonflables bi-compartimentées et des prothèses malléables semblait stagner. Cette évolution était probablement expliquée par l'amélioration du confort de ce type de prothèse, les progrès réalisés dans la fiabilité des matériels et la satisfaction des patients [10, 11]. La prise en charge de cette activité restait partagée entre les secteurs d'hospitalisation publics et privés (58,9 % versus 41,1 %) en 2013.


La diminution relative de l'activité dans le secteur privé semblait significative durant cette période. En fait, l'activité privé s'était stabilisée (202 prothèses implantées en 2006 versus 260 en 2013). L'activité publique a elle nettement augmentée (105 prothèses implantées en 2006 versus 373 en 2013). Malgré la formation des chirurgiens français à cette activité dans le cadre d'un DIU, cette pratique semblait stagner dans le secteur privé possiblement par le fait que cette activité était considérée comme à risque médico-légal.


Cependant, ce chiffre de 633 prothèses posées en France en 2013 restait faible comparé aux 30 à 45 000 prothèses implantées par an dans le monde. Par comparaison, dix fois plus de prothèses étaient implantées aux États-Unis dans la même période si l'on rapportait le nombre de poses au nombre d'habitants [12]. Nos voisins anglais en avaient posé 416 en 2006 [17].


Comme pour les États-Unis, nous avons observé une inhomogénéité dans la répartition des zones nationales de pose [13]. Ainsi, près de 51 % des implantations étaient réalisées dans trois régions françaises, ce qui est assez proche des résultats d'Oberlin et al. qui rapportaient un taux de 59 % de prothèses posées dans 10 des 51 états d'Amérique [13]. De la même façon, nous avons confirmé que cette intervention était réalisée par un petit nombre de chirurgien urologues en France (n =149 ; 12 %) [13]. Les échecs de pose, les complications infectieuses, l'absence de formation et des idées préconçues sur les prothèses péniennes pourraient expliquer ces résultats.


Parmi ce faible nombre de chirurgiens « implanteurs » de prothèses péniennes en France, seuls 13 chirurgiens (8,7 %) avaient posé plus de dix prothèses au cours de l'année 2013 alors que la majorité des chirurgiens (92) n'en posait qu'une à deux par an (61,7 %). Ces résultats confirmaient les données publiées par Oberlin et al. (75 % de chirurgiens posant moins de quatre implants par an) [13] et celles de Agrawal et al. (80 % de chirurgiens posant une à deux prothèses par an) [17]. Hors la relation entre le nombre d'interventions et la qualité du résultat ont été clairement mises en évidence dans ce type de chirurgie [14, 15, 16]. Depuis peu, est apparue dans la littérature la notion de centre d'excellence en chirurgie prothétique de la verge. En effet, Henry et al. ont comparé les résultats de 57 interventions réalisées par un seul chirurgien dans un centre d'excellence et 57 autres interventions réalisées par dix autres chirurgiens hors centre. Le chirurgien du centre d'excellence avait des meilleurs résultats en termes de complications, de temps opératoire et de rendu esthétique (longueur de verge) [18]. De la même façon, Lothan et al. rapportaient un taux de survie à 5ans des prothèses meilleur chez les chirurgiens « implanteurs » réguliers (70 % vs 63 %) [19]. À ce jour, il n'existe pas de registre obligatoire de suivi prospectif de ce type de matériel en France même si une importante série française a été publiée par Menard et al. [20].


Conclusion


Le nombre de prothèses péniennes posées entre 2006 et 2013 a doublé en France. Trois régions semblaient particulièrement actives pour cette chirurgie (Île-de-France, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes). Peu de chirurgiens pratiquaient régulièrement cette intervention.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.



Références



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