Évolution du nombre de cas incidents de cancer de la prostate en France de 2001 à 2012 à partir de données hospitalières de 5 centres

25 mars 2015

Auteurs : O. Helfrich, S. Crouzet, A. Ruffion, A. Houlgatte, C. Cavillon, C. Gerard, A. Villers
Référence : Prog Urol, 2015, 3, 25, 147-156
Objectifs

Recueil du nombre de cas incidents annuels de cancer de la prostate dans 5 registres hospitaliers. Décrire les caractéristiques et l’évolution des cas incidents et les comparer à celles des registres de cancer nationaux dans la période.

Matériel et méthodes

Étude observationnelle multicentrique prospective de 2001 à 2012 dans 5 centres hospitaliers français d’urologie publics et privés. Les données recueillies sont le nombre de biopsies prostatiques total et le nombre de biopsies positives, l’âge, le PSA et grade de Gleason. Les biopsies faites pour cancer en réévaluation sont exclues.

Résultats

Au total, 18 392 biopsies prostatiques sont incluses. Le taux moyen annuel de biopsies positives était de 51 % (IC 95 % : 50–52) (9456/18 392) sur la période. L’évolution du nombre de biopsies positives par an montrait une augmentation de 2001 à 2007 (482 à 1028), puis une diminution de 2008 (855) à 2012 (649). L’âge médian au diagnostic était de 70ans (EIQ=1,5) en 2001 et de 68ans (EIQ=2,75) en 2012. Le PSA au diagnostic était<10ng/mL dans 65 % des cas et entre 10 et 20ng/mL dans 22 % des cas en 2012. L’âge des patients était plus jeune et différait significativement de celle des registres de cancer nationaux ce qui explique le décalage d’une année (2007 dans l’étude et 2006 pour les registres) du pic de cas incidents.

Conclusion

L’évolution du nombre de cas incidents de cancer de la prostate de 2001 à 2012 dans les 5 centres est similaire à celle des registres de cancer. Cette évolution observée est une donnée disponible pour les registres de cancer nationaux pour établir des projections de variation d’incidence entre 2 publications.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Le réseau FRANCIM publie environ tous les 5ans [1, 2, 3], les données d'incidence et de mortalité des cancers observées portant sur une période qui s'étend jusque l'année n -4 (soit 4ans auparavant) par rapport à la date de publication. Ce délai est nécessaire à la validation des données. En plus des données observées, une tendance d'incidence est publiée, basée sur une projection dans les 5 années à venir. Cependant ces projections sont difficiles à établir. En effet, en 2008, la publication de l'incidence de cancer de prostate de 2005 de 62 245 cas était jugée comme une « augmentation considérable, avec un nombre de cas 5 fois supérieur à celui de 1980 de 10 856 cas » et 1,5 fois supérieur à celui de 2000 de 40 309 cas [2], ce qui a conduit, en 2010 à proposer une estimation de l'incidence jusqu'à 71 000 cas pour 2009 en se basant sur les données 2007 [4]. Cependant, en 2013, une publication des données standardisées observées jusqu'en 2009 montre en fait une diminution très nette de l'incidence à 53 465 nouveaux cas [1, 2]. L'Institut de veille sanitaire (INVS) explique cette diminution de l'incidence par la conjonction de deux phénomènes. D'une part, la diminution des cas prévalents qui ont été diagnostiqués grâce au dépistage mis en place depuis 1985. D'autre part, du fait des débats autour du risque de sur-diagnostic et de sur-traitement lié au dépistage, relayés par les médias, tendant à provoquer une diminution du nombre de patients dépistés et diagnostiqués. Si les changements liés à la démographie et à la pratique médicale expliquent le plus probablement les variations d'incidence, des facteurs environnementaux stricto sensu peuvent aussi expliquer ces changements [2]. Cependant il n'est pas possible de quantifier ces phénomènes du fait de l'absence de données d'incidence par stade.


Cette absence d'éléments fiables pour modéliser l'évolution de l'incidence fait rechercher des données autres que celles des registres de cancers permettant de donner une indication sur les tendances temporelles et d'aider au choix du scénario le plus probable entre 2 publications du réseau FRANCIM. Ces autres données concernent en théorie celles du recueil des affections de longue durée (ALD) publiées par l'assurance maladie et de données de registres hospitaliers.


Une étude rétrospective a validé récemment la cohérence des tendances observées quant aux déclarations d'ALD du cancer de la prostate avec l'évolution de son incidence [5]. Ces demandes d'ALD pour cancer de la prostate, qui s'étaient d'abord stabilisées entre 2004 et 2006, puis qui avaient baissé en 2008, se sont à nouveau stabilisées en 2010-2011 [6].


Il n'y a pas à notre connaissance de données hospitalières disponibles publiées ou utilisées par FRANCIM. Cependant, même si elles ne sont pas représentatives de la population nationale elles peuvent refléter l'évolution de l'incidence existant à l'échelon national. Leur disponibilité, après délai d'un an et confirmée sur 2 à 3 années, pourrait aider à établir les projections d'incidence à un niveau national.


L'objectif principal est l'étude de l'évolution du nombre de cas incidents de cancer de la prostate dans des registres hospitaliers. Les objectifs secondaires sont de décrire les caractéristiques des cas incidents et de les comparer à celles des registres de cancer nationaux dans la période.


Matériel et méthodes


Population de l'étude


Étude prospective multicentrique sur base de données hospitalières de biopsies prostatiques dans 5 centres de soins urologiques entre le 1er janvier 2001 et le 31 décembre 2012. Le choix des centres a été fait sur la base du volontariat et de l'absence de registre de cancers dans le même territoire en 2001. Les données ont concerné les services d'urologie d'établissements publiques (centres hospitaliers régionaux universitaires de Lille et de Lyon-Sud, et hôpital d'Instruction des Armées Val-de-Grâce à Paris) et d'établissements privés (polyclinique Saint-François à Montluçon et clinique Océane à Vannes).


Entre le 1er janvier 2001 et le 31 décembre 2012, un recueil prospectif annuel de données au sein de chaque centre était effectué de tous les patients bénéficiant de biopsies de prostate. Les patients inclus étaient ceux chez qui il n'y avait pas d'antécédent de diagnostic de cancer de prostate. Les patients exclus étaient ceux chez qui un cancer prostatique avait déjà été diagnostiqué et pour lesquels des biopsies de réévaluation étaient réalisées (patients sous surveillance active, patients traités par radiothérapie ou chirurgie et en récidive biologique). Les données recueillies étaient l'année de naissance, l'année des biopsies, la valeur du PSA pré-biopsique, la présence d'adénocarcinome prostatique sur les carottes biopsiques et le score histo-pronostique de Gleason. La présence de néoplasie intra-épithéliale (PIN) isolée sans adénocarcinome était considérée comme diagnostic de bénignité.


Une saisie exhaustive des données était effectuée pour tous les patients bénéficiant de biopsies de prostate pour 3 des centres. Pour celui de Montluçon, les données sauf le score de Gleason étaient recueillies pour un tiers des patients après tirage au sort. Pour le centre de Vannes, les données recueillies ne comprenaient ni l'âge ni le PSA.


Un audit des données par un prestataire indépendant en 2007 a concerné les données de Lille, de Montluçon et de Lyon-Sud des années 2003 à 2007. Les saisies erronées ou incomplètes étaient de 2 % chaque année sauf en 2003 où elles étaient>10 % pour le CHRU de Lille et de 11 % sur le site de Montluçon. Les données ont été complétées et la méthode de vérification appliquée pour les années ultérieures.


Analyse statistique


Les variables quantitatives sont décrites par leur médiane et écart interquartile (EIQ). Les variables qualitatives sont exprimées en pourcentage avec intervalle de confiance (IC) à 95 %. Les proportions sont comparées entre les groupes par le test de Chi2. Les analyses sont faites sur le logiciel SPSS.


Résultats


Au total, 18 392 biopsies prostatiques ont été réalisées chez des patients n'ayant jamais eu de diagnostic de cancer sur les 5 centres dans la période 2001-2012 (Tableau 1). Le taux de biopsies positives sur l'ensemble de la période est de 51,41 % (IC95 % : 0,02) (9456/18 392) et se révèle stable autour de 50 % année après année (Figure 1). Le nombre de nouveaux cancers était de 482 en 2001, augmentant à 1028 en 2007, puis diminuant à 649 en 2012. Les variations des nombres de cas incidents par centre sont montrées dans la Figure 2 : le nombre de cas incidents augmente jusqu'à un pic en 2007 avant d'observer une décroissance qui se poursuit en 2012.


Figure 1
Figure 1. 

Évolution du pourcentage de biopsies positives entre 2001 et 2012.




Figure 2
Figure 2. 

Variations du nombre de cas incidents par centre (axe de gauche : valeurs par centre ; axe de droite : valeurs pour les 5 centres).




L'évolution de la valeur du PSA médian, des pourcentages de cas incidents en fonction de différentes valeurs de PSA et du score de Gleason au diagnostic est montrée dans les Figure 3, Figure 4. La proportion de patients diagnostiqués avec un PSA<10ng/mL augmente entre 2001 et 2012, passant de 43 % à 65 % des cas incidents, tandis qu'une baisse est observée chez les patients avec PSA entre 10 et 20ng/mL. Le PSA au diagnostic était<10ng/mL dans 65 % des cas et entre 10 et 20ng/mL dans 22 % des cas en 2009.


Figure 3
Figure 3. 

Distribution de la gravité approchée par la valeur du PSA parmi les cas incidents. (les valeurs de PSA n'étaient pas disponibles pour le centre de Vannes).




Figure 4
Figure 4. 

Variations du score de Gleason au diagnostic.




L'âge médian au diagnostic était de 70ans (EIQ : 1,5) en 2001 et a diminué chaque année pour atteindre 67,8ans (EIQ : 2,75) en 2012 (Figure 5). En 2001, les patients âgés de moins de 65ans représentaient 18 % des nouveaux cas de cancer. Ce pourcentage est passé à 30 % en 2012. L'évolution du nombre de cas incidents par tranches d'âge au cours de la période 2001-2012 est montrée dans la Figure 6. Au cours des 12 années de l'étude, le nombre de cas incidents de cancer prostatique est en augmentation chez les patients âgés de moins de 70ans, avec un pic d'incidence en 2007. La projection de l'évolution observée au sein de la population de l'étude sur la population FRANCIM par tranche d'âge est montrée dans le Tableau 2. La comparaison de la répartition des cancers par tranche d'âge, entre les 4 centres et FRANCIM pour les années 2005 et 2009, montre que dans les 4 centres l'âge médian est plus jeune que dans la population française (Figure 7, Figure 8), cette différence est statistiquement significative (année 2005, p <0,0001 et année 2009, p <0,001).


Figure 5
Figure 5. 

Variations de l'âge médian au diagnostic (l'âge au diagnostic n'était pas disponible pour le centre de Vannes).




Figure 6
Figure 6. 

Évolution du nombre de cas incidents par tranche d'âge sur la période 2001-2012.




Figure 7
Figure 7. 

Répartition des cas incidents par tranche d'âge en 2005, comparaison entre les 4 centres (l'âge au diagnostic n'était pas disponible pour le centre de Vannes) et FRANCIM.




Figure 8
Figure 8. 

Répartition des nouveaux cancers par tranche d'âge en 2009, comparaison entre les 4 centres (l'âge au diagnostic n'était pas disponible pour le centre de Vannes) et FRANCIM.





Discussion


L'évolution du nombre de cas incidents au sein des 5 centres montre que le nombre de nouveaux cancers qui était de 482 en 2001 a connu un pic en 2007 avec 1028 cas avant une diminution progressive jusqu'en 2012, année pour laquelle 649 nouveaux cas de cancer prostatique ont été diagnostiqués. À notre connaissance, il n'y a pas d'autres études similaires de registres hospitaliers s'étant comparées aux données d'épidémiologie nationale basée sur des registres.


Variation des pratiques professionnelles


Une baisse de l'incidence était attendue par conjonction de deux phénomènes : l'un épidémiologique, qui est lié au fait qu'après plusieurs années de dépistage, une partie des cancers prévalents sont diagnostiqués, comme l'a montré les cas inscrits en ALD [5], l'autre social, qui résulte de la prise de conscience d'un risque de « sur-diagnostic » par les soignants et la population, ce qui incite à la prudence vis-à-vis de l'indication des tests de dépistage et des tests de diagnostic. Cependant, la proportion de biopsies positives est restée proche de 50 % au cours de l'étude.


Comparaison avec les données FRANCIM publiées en 2013


L'incidence du cancer de la prostate est publiée par le réseau épidémiologique FRANCIM (réseau des registres français de cancer). Les données proviennent de la base commune des registres du réseau FRANCIM, administrée par le service de biostatistiques des hospices civils de Lyon (HCL). Les données de 11 registres ayant au moins 5 années d'enregistrement ont été utilisées. Au total 117 641 cas ont été recensés par les registres sur la période 1975-2009. Le taux d'incidence standardisé est passé de 24,8 cas pour 100 000 personnes-années en 1980 à 127,1 cas pour 100 000 en 2005 puis 99,4 en 2009 ce qui représente une baisse de 6 % par an en moyenne de 2005 à 2009. En 2009, c'est autour de 70ans que l'incidence est la plus forte et l'âge médian de diagnostic se situe juste avant 70ans. Cette évolution varie en fonction de l'âge. Plus l'âge est élevé, plus la baisse est ancienne. La baisse date de 2008 chez les moins de 60ans et semble s'être amorcée vers 2005 pour les sujets ayant entre 60 et 75ans. En revanche chez les hommes de 75ans et plus, une première baisse a été observée au début des années 90 et a été suivie d'une nouvelle augmentation qui ne s'est arrêtée qu'en 2005 voire un peu plus tôt pour les plus âgés.


L'observation de l'incidence des 5 centres semble donner des tendances d'évolution compatibles avec l'évolution rapportée au sein de la population française, suivant de peu la diminution du nombre de cas incidents FRANCIM telle qu'elle a pu avoir lieu entre 2005 et 2006 (Figure 9). Les estimations de FRANCIM vont jusqu'à l'année 2009 où l'on estime à 53 465 le nombre de nouveaux cas de cancers. L'évolution dans les 5 centres n'est donc pas exactement la même que celle de l'incidence nationale. Afin de pouvoir extrapoler les tendances observées dans l'étude des 5 centres à l'échelle nationale, notre population devrait avoir les mêmes caractéristiques en structure d'âge et en représentativité que la population générale, ce qui n'est pas le cas. Cependant, l'évolution du nombre de cas incidents au sein des 5 centres observée de 2001 à 2009, aurait permis d'argumenter le choix d'un scénario de projections d'incidence faites lors de chaque publication FRANCIM [1, 2, 3]. Lors des publications de 2003 et 2008 du réseau FRANCIM, des projections n'avaient pas proposé en hypothèse moyenne la baisse de l'incidence, alors que l'évolution des cas incidents dans nos 5 centres avait montré ce début de baisse. Dans le Tableau 2, la projection calculée à partir de nos données sont les plus précises pour les tranches d'âge 60-64 et 65-69ans. Leur recueil prospectif et leur disponibilité après délai d'un an et confirmée sur 2 à 3 années pourrait aider à établir les projections d'incidence à un niveau national, entre 2 estimations FRANCIM.


Figure 9
Figure 9. 

Évolution des cas incidents observés dans les 5 centres et de ceux modelisés par FRANCIM et ses projections pour les années ultérieures à 2009 (valeurs représentées en triangles verts, d'après l'hypothèse choisie par FRANCIM).




En 2013, les projections d'incidence sont établies ainsi [1] : « Il est assumé, avec un certain degré de certitude que la baisse d'incidence ne peut pas continuer jusqu'en 2012. Malgré cela, l'hypothèse retenue la plus raisonnable est celle d'une incidence constante de 2009 à 2012. L'hypothèse d'une poursuite de la baisse d'incidence est aussi proposée. Pour 2012, en fonction de ces 2 scénarios, le nombre de cas incidents standardisé serait de 56 841 cas (incidence constante) et de 41 881 cas (poursuite de la baisse d'incidence) ». Notre étude se poursuit et l'évolution du nombre de cas incidents au sein des 5 centres sera décrite pour les années 2013, 2014 et 2015. Cette évolution sera ensuite comparée à la prochaine publication FRANCIM.


Les données de déclaration d'ALD ne sont pas exhaustives et sous-estiment généralement l'incidence des cancers, les patients ne faisant pas tous l'objet d'une demande d'ALD, mais elles sont disponibles avec un délai d'une année. Les variations des demandes d'ALD sont informatives.


Stade tumoral au diagnostic


Le stade tumoral au stade localisé est habituellement présenté dans les référentiels sous la forme d'une classification pronostique de risque d'échec de traitement (D'Amico) [7, 8]. Dans notre étude, seul le PSA était disponible. Le stade au diagnostic estimé par la valeur du PSA au diagnostic est un indicateur pronostique et aussi de la pratique du dépistage par les médecins généralistes. Nos résultats montrent que l'augmentation du nombre de cas incidents s'est faite au profit des valeurs de PSA<10ng/mL et de façon moins importante pour des valeurs de PSA comprises entre 10 et 20ng/mL, ce qui était attendu dans le cadre d'un dépistage individuel par PSA. L'évolution de cette répartition des pourcentages des cas incidents par valeur de PSA permettra de juger de modifications d'utilisation des tests de PSA dans la population liées aux pratiques médicales (fréquence de dosage de PSA, valeur de PSA au delà de laquelle le patient est adressé à l'urologue) et à celles des urologues (valeur de PSA au delà de laquelle l'indication des biopsies est portée et utilisation de l'IRM comme test pour indiquer ou non des biopsies). Même si les 5 centres utilisaient les valeurs seuil de 4ng/mL pour indication de biopsies, on ne peut exclure des variations entre les centres. Les variations du score de Gleason au diagnostic sont à interpréter avec prudence, à la fois du fait de variations d'interprétation d'un centre à l'autre et en fonction de la période étudiée. En effet la publication de l'International Society of Urological Pathology (ISUP) de 2005 modifiant le grading de Gleason a été appliquée à partir de cette période, entraînant une augmentation en proportion des stades de Grade 4 et/ou 5 [9].


L'âge médian des patients au diagnostic de cancer prostatique a diminué. Il était de 70ans en 2001, il est en 2012 de 67,8ans, soit un diagnostic plus précoce de 2,2 années. Les données FRANCIM publiées en 2013 [1] rapportent un âge médian au diagnostic juste inférieur à 70ans, tandis que les données 2005 de la même source indiquaient un âge médian de 71ans [2]. Un autre élément de notre étude va dans le même sens : parmi les cas incidents, la proportion de patients âgés de moins de 70ans a augmenté de 18 % en 12ans, passant de 31 % à 49 %. Les chiffres FRANCIM pour les années 2005 et 2009 indiquaient respectivement 40 % et 38 % de nouveaux cancers diagnostiqués avant 70ans [1, 2]. La création du registre des cancers du Nord (Lille métropole), postérieure au début de l'étude, est une opportunité pour comparer dans le futur les données du CHRU de Lille à celles du registre du Nord. Une standardisation par structure d'âge pour les cas de l'étude et la population française pourrait être réalisée pour mieux comparer les différences de la courbe d'évolution. Ceci pourrait permettre de proposer une amélioration de la représentativité concernant la structure d'âge en intégrant d'autres centres hospitaliers.


Limites de l'étude


Notre étude comporte un certain nombre de limites. Les centres hospitaliers sont non représentatifs de la population générale (centres tertiaires et centres primaires). Les modifications des conditions de recrutement des patients dans les centres au cours des années peuvent dépendre du nombre d'urologues dans chaque centre et des pratiques médicales concernant les indications de biopsies. Cependant une stabilité du nombre d'urologues et l'absence de modification des référentiels sur le dépistage ont été constatées pendant la période de l'étude. En effet, les indications des biopsies n'ont pas varié selon les recommandations nationales dans cette période. Des biopsies étaient considérées en cas de PSA>4ng/mL.


Conclusion


L'observation des cas incidents des 5 centres semble donner des tendances d'évolution plausibles sur la période d'étude, compatibles avec l'évolution rapportée au sein de la population française. Cette évolution observée est une donnée disponible pour les registres de cancer nationaux pour établir des projections de variation entre 2 publications des données FRANCIM. L'évolution du stade au diagnostic basé sur le PSA permettra d'évaluer l'impact des recommandations de dépistage et du débat qui les entourent.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Remerciements


À Florence Richard, Karine Ligier, Pascale Grosclaude, médecins épidémiologistes pour leur aide dans la méthodologie et la rédaction de l'article ; Laura Lecuyer, assistante de recherche clinique pour le recueil des données ; le laboratoire Astellas Pharma S.A.S. pour le soutien financier au recueil et l'analyse des données.




Tableau 1 - Nombre de biopsies hors réévaluation et nombre de biopsies positives par centre et par année.
CENTRES  2001  2002  2003  2004  2005  2006  2007  2008  2009  2010  2011  2012  Total  Total % 
Lille  
Nombre de biopsies  149  239  224  287  342  375  400  339  336  310  243  270  3514   
Nombre de biopsies positives  75  108  131  174  189  197  203  170  197  162  115  164  1885  54 
Lyon-Sud  
Nombre de biopsies  202  185  240  290  281  364  386  370  371  377  314  277  3657   
Nombre de biopsies positives  103  88  121  148  155  202  205  188  190  172  158  130  1860  51 
Montluçon a 
Nombre de biopsies  88  127  151  200  197  193  163  139  133  163  183  131  1868   
Nombre de biopsies positives  58  74  88  97  89  88  92  68  55  83  83  66  941  50 
Val-de-Grâce  
Nombre de biopsies  217  238  238  203  239  309  264  264  192  209  206  158  2737   
Nombre de biopsies positives  93  112  96  111  108  151  123  125  105  105  105  88  1322  48 
Vannes  
Nombre de biopsies  303  468  517  650  587  710  745  693  629  503  444  367  6616   
Nombre de biopsies positives  153  250  284  333  300  359  405  304  314  289  256  201  3448  52 
Total des 5 centres  
Nombre de biopsies  959  1257  1370  1630  1646  1951  1958  1805  1661  1562  1390  1203  18 392   
Nombre de biopsies positives  482  632  720  863  841  997  1028  855  861  811  717  649  9456  51 



[a] 
Centre de Montluçon : le nombre de biopsies correspond à 1/3 du total des biopsies.


Tableau 2 - Exemple de projection d'incidence (P1) pour l'année 2009 basée sur l'incidence observée FRANCIM 2005 publiée en 2008 [2] à partir des évolutions observées au sein de la population de notre étude par tranches d'âge de 2001 à 2012.
  Incidence observée (O1)
FRANCIM 2005
 
Projection d'incidence (P1) pour 2009, calculée à partir de la courbe
d'évolution des 5 centres
et de 01 
Projection d'incidence (P2) pour 2009, estimée
à partir de 01 
Incidence observée (O2)
FRANCIM 2009
 
O2/P1  O2/P2 
50-54  1374  1454,8  1773  2124  1,5  1,2 
55-59  5472  4377,6  5267,6  5652  1,3  1,1 
60-64  8601  10 665,2  12 776,5  9856  0,9  0,8 
65-69  12 056  10 840,3  12 996,4  9610  0,9  0,7 
70-74  13 327  13 327,0  15 979,7  10 540  0,8  0,6 
75-79  10 959  10 593,7  12 690,5  7784  0,7  0,6 
80-84  6866  7938,8  9516,3  4617  0,6  0,5 
Total  58 655  59 197,4  71 000  50 183  0,8  0,7 



Légende :
Comparaison avec l'incidence observée FRANCIM 2009 publiée en 2013 [1]. Cette projection P1 est comparée à celle faite en 2010 (P2) de 71 000 cas pour 2009 en se basant sur les données 2007 [4]. Les cas incidents concernent uniquement les patients entre 50 et 85ans. Un rapport incidence observée O sur incidence projetée P de 1 correspond à une projection exacte.


Références



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