Évolution des oncocytomes rénaux surveillés

25 septembre 2020

Auteurs : F.-X. Deledalle, L. Doisy, L. Daniel, S. Garcia, E. Lechevallier, C. Bastide, R. Boissier
Référence : Prog Urol, 2020, 10, 30, 514-521
Introduction

Les oncocytomes sont des tumeurs primitives du rein, considérées comme bénignes mais leur potentiel évolutif n’est pas complètement établi. La progression locale est globalement admise mais peu de données expliquent la croissance plus ou moins rapide d’un oncocytome. L’objectif de notre étude était l’analyse de l’évolution des adénomes oncocytaires du rein surveillés après confirmation histologique et la recherche de facteurs pouvant influencer leur croissance.

Matériel et méthode

Il s’agit d’une étude bicentrique (hôpital Nord et hôpital de la Conception de Marseille) rétrospective. Tous les patients porteurs d’un oncocytome rénal diagnostiqué par biopsie percutanée de septembre 2010 à avril 2016 et suivis depuis plus d’un an, ont été inclus. Les données épidémiologiques, histologiques, morphologiques ont été recueillies lors du diagnostic, en cours de surveillance et en cas de modification de stratégie (intervention). L’analyse statistique des facteurs influençant la croissance des oncocytomes était notamment basée sur le test de corrélation de Pearson.

Résultats

Cinquante-trois patients ont été inclus. L’âge médian au diagnostic était de 65 ans [39–85]. Le sex-ratio H/F était 6/5. Le suivi médian était de 34 mois [12–180]. La taille moyenne lors du diagnostic était de 29mm [12–90]. Treize patients (25 %) ont été secondairement traités dont 70 % par traitement conservateur. La croissance moyenne était de 0,25 (±0,23) cm/an. Les patients traités étaient plus jeunes et avaient une vitesse de croissance plus importante que les non traités (0,48±0,23cm/an versus 0,18±0,18cm/an, p <0,001). Selon l’analyse de Pearson, il existait une relation linéaire positive (ρ=0,27, p =0,047) entre la vitesse et la taille initiale et une relation linéaire négative (p =−0,44, p <0,001) entre la vitesse et l’âge au diagnostic. Ainsi la croissance tumorale était d’autant plus rapide que les patients étaient jeunes et que la tumeur était volumineuse au diagnostic.

Discussion

Une croissance rapide conduit souvent à un arrêt de la surveillance au profit d’une stratégie interventionnelle. Pour les patients jeunes, le traitement conservateur (tumorectomie ou traitement ablatif) à moyen terme est sans doute à privilégier, mais pour les patients âgés ou ayant des comorbidités importantes la surveillance est une alternative à une attitude invasive.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


Les oncocytomes représentent environ 3 à 7 % des tumeurs du rein [1]. Malgré les progrès de l'imagerie le diagnostic est histologique [2, 3, 4] : le plus souvent fait par la biopsie ou lorsque que celle-ci n'est pas réalisée, sur la pièce opératoire après une chirurgie d'exérèse. L'histoire naturelle de ce sous type tumoral considéré comme bénin [5] n'est pas complètement établie.


Il est décrit dans la littérature des cas d'oncocytomes de croissance variable [6]. Certaines tumeurs ayant été étiquetées oncocytomes sur une première biopsie se sont révélées être finalement sur une deuxième biopsie ou sur la pièce d'exérèse une tumeur hybride comprenant une composante oncocytaire et une composante maligne. Ces tumeurs ont été décrites dans le syndrome de Birt Hugg Dubé mais peuvent aussi être sporadiques [7]. Par ailleurs il existe des cas exceptionnels mais décrits de transformation maligne en carcinome à cellules rénales [8]. C'est pour ces raisons que même en cas de diagnostic d'oncocytome lors de la biopsie, un traitement peut être justifié qu'il soit ablatif (radiofréquence, cryothérapie) ou chirurgical (néphrectomie partielle ou néphrectomie totale).


Considérant la fiabilité de la biopsie et le caractère bénin de l'oncocytome, la prise en charge interventionnelle n'est pas systématique. Une abstention pure est simple n'est pas recommandée par l'European Association of Urology mais une surveillance est possible [9]. Celle-ci n'est envisageable qu'après documentation histologique par biopsie. Des critères faisant opter pour une prise en charge interventionnelle ont été décrits précédemment dans la série de Neuzillet et al. [10]. Ils sont : le caractère symptomatique (douleurs, hématurie), la taille (supérieure à 50mm) ou une croissance trop rapide lors de la surveillance (supérieure à 0,5cm/an) qui ferait suspecter une tumeur mixte ou ayant acquis des critères de malignité. Tous ces critères sont pondérés par les caractéristiques du patient notamment son âge et son état général.


La surveillance consiste en un examen clinique et morphologique par échographie rénale semestrielle ou annuelle. Cette évaluation permet de s'assurer de la stabilité en taille de la lésion. Si elle évolue avec l'apparition de critères précédemment décrits [10] on pourra proposer une intervention si possible par une technique conservatrice (ablative ou néphrectomie partielle) avant que ce ne soit plus réalisable.


L'objectif de notre étude était de décrire l'évolution naturelle de la taille d'oncocytomes surveillés et d'identifier les facteurs prédictifs de croissance, préjugeant de la nécessité d'un traitement.


Méthode


Nous avons réalisé une étude descriptive bi centrique, rétrospective sur une cohorte prospective de l'ensemble des oncocytomes surveillés à l'Hôpital Nord et à l'Hôpital de la Conception de Marseille de septembre 2010 à avril 2016.


Les patients inclus ont été identifiés par le codage CCAM « Tumeur bénigne du rein ». Les critères d'exclusion étaient : un sous type histologique différent d'oncocytome, une absence de confirmation histologique par biopsie et un suivi inférieur à 1 an.


Nous avons identifié 77 patients ayant un diagnostic d'oncocytome rénal : 68 par biopsie et 9 sur pièce opératoire. Parmi ces 77 patients, 14 ont été opérés d'emblée : 9 diagnostiqués sur pièce opératoire et 5 après la biopsie sans surveillance. Parmi les 63 patients pour lesquels la surveillance avait été choisie, 2 ont été perdus de vue. Enfin nous avons exclu 8 patients pour lesquels le suivi était inférieur à 1 an et donc pour lesquels nous n'avions pas encore de réévaluation de la taille de la tumeur. Le Flow chart est représenté en Figure 1.


Figure 1
Figure 1. 

Flow chart.




Les données épidémiologiques et démographiques de ces 53 patients ont été recueillies : le mode de découverte, la taille lors du diagnostic, la localisation, le caractère uni ou multi focal, la date de la biopsie et l'histologie initiale.


La biopsie était réalisée par des radiologues expérimentés de manière écho ou scano-guidée en utilisant des aiguilles de 18 Gauges comme décrit par notre équipe [11]. La plupart du temps 2 carottes étaient réalisées comme recommandé par l'Association français d'urologie [12].


Les données du suivi étaient : le temps de suivi en mois, l'apparition de symptômes, la taille de la tumeur sur les examens de contrôle et la périodicité de ces contrôles permettant de calculer la croissance tumorale, les changements de stratégie, le type d'intervention si elle était retenue et l'histologie définitive en cas d'exérèse.


Pour les mesures de taille de la tumeur nous avons pris en compte la taille du plus grand axe déterminée par le radiologue en privilégiant les données scanographiques. Enfin lorsqu'il y avait une intervention en fin de suivi, la taille de la tumeur était relevée sur les données macroscopiques de l'analyse anatomo-pathologique avant fixation.


À partir des données recueillies nous avons calculé le suivi médian et la croissance en taille ce qui nous a permis d'obtenir pour chacun la vitesse de croissance.


Les données recueillies dans les deux groupes (patients surveillés tout au long de l'étude et patients secondairement opérés) étaient exprimées et accompagnées de leur intervalle [min-max] quand il s'agissait de médianes et par leur écart type [±] lorsqu'il s'agissait de moyennes. Elles étaient comparées à l'aide du test du Chi2. Le test de corrélation de Pearson a permis l'analyse des facteurs influençant la vitesse de croissance. Le logiciel utilisé pour les calculs statistiques était le logiciel R.


Cette étude a été soumise à la commission informatique et liberté de l'APHM et a reçu un avis favorable. Le numéro d'enregistrement au registre est le 2018-74. Le numéro d'enregistrement au Comité d'éthique est de recherche en urologie est CERU_2018/002.


Résultats


Pour les 53 patients inclus, le suivi médian était de 34 [12-180] mois. L'âge médian au diagnostic était de 65 [39-85] ans, il était significativement plus bas chez les patients traités secondairement que chez les patients surveillés (58 vs 68 p =0,002, différence moyenne de 3,36 ans IC à 95 % [4,19-17,21]).


Le sex-ratio était de 6 hommes pour 5 femmes.


Quarante-neuf tumeurs (92 %) ont été découvertes de manière fortuite. Seules 4 tumeurs (8 %) étaient symptomatiques lors du diagnostic (douleur lombaire pour deux patients hématurie pour les deux autres).


Dans 50 cas (94 %) la localisation était unique, et dans 3 cas (6 %) la localisation était multiple.


La taille médiane au diagnostic était de 29mm [12-90].


Quarante-sept patients (89 %) ont eu une seule et unique biopsie lors du diagnostic. Six patients (11 %) ont eu une biopsie supplémentaire au cours du suivi à cause de l'augmentation importante de la taille. Pour ces 6 patients, le résultat de la deuxième biopsie était identique à la première biopsie et confirmait la nature oncocytaire.


Parmi les 53 patients en surveillance 13 (25 %) ont été secondairement traités. Le Tableau 1 présente les résultats comparatifs des deux groupes. Les motifs de changement de stratégie étaient l'augmentation de la taille de la tumeur pour 10 d'entre eux (77 %), l'apparition de symptômes pour 2 (15 %) et une imagerie kystique suspecte de malignité pour le dernier (8 %). Les 13 interventions réalisées étaient : 6 radiofréquences percutanées (46 %), 4 néphrectomies élargies (31 %) (3 cÅ“lioscopies et une ouverte) et 3 néphrectomies partielles (23 %) (2 robot-assistées et 1 ouverte). La répartition des types d'intervention est présentée sur la Figure 2. Ainsi 9 traitements réalisés après surveillance (soit 70 %) ont pu être faits par voie mini-invasive. Pour tous les patients ayant été traités par chirurgie, l'histologie oncoytaire était confirmée sur les pièces opératoires.


Figure 2
Figure 2. 

Répartition des interventions chez les patients secondairement opérés.




La vitesse moyenne de croissance de tous les oncocytomes était de 0,25 (±0,23) cm/an. Cette vitesse de croissance était statistiquement plus importante chez les patients secondairement opérés par rapport aux patients surveillés (0,48 vs 0,18mm/an) (p =0,0005), différence moyenne de 0,42mm/an (IC à 95 % [0,15-0,44]). La répartition des vitesses était représentée comme sur la Figure 3. Chez 8 patients (15 %) la tumeur n'augmentait pas de taille, chez 9 patients (17 %) la croissance de la tumeur était supérieure à 0,5cm par an. La survie sans intervention en fonction des groupes de vitesse définis était présentée comme sur la Figure 4.


Figure 3
Figure 3. 

Répartition des vitesses de croissances.




Figure 4
Figure 4. 

Suivi sans intervention en fonction de la vitesse de croissance.




Dans l'étude analytique, la taille lors du diagnostic et l'âge du patient étaient statistiquement significatifs comme facteur influençant la vitesse de croissance des oncocytomes.


La taille tumorale des patients traités secondairement était de 30 [15-90] mm lors du diagnostic contre 37 [23-120] mm à l'intervention. Pour les patients surveillés, elle passait de 25 [12-85] mm à 31 [16-100] mm à la fin de l'étude.


Le facteur de corrélation de Pearson pour la taille tumorale était ρ=0,27 IC95 % [0,0029 ; 0,5059]. La Figure 5 montre les résultats.


Figure 5
Figure 5. 

Vitesse de croissance (mm/an) en fonction de la taille au diagnostic (mm).




Pour l'âge, le facteur de corrélation de Pearson était de ρ : −0,44 IC95 % [−0,64 ; −0,20] avec un p <0,001 (Figure 6).


Figure 6
Figure 6. 

Vitesse de croissance (mm/an) en fonction de l'âge (ans).




Par ailleurs le sexe n'était pas un facteur influençant la vitesse de croissance car la vitesse moyenne de croissance chez les hommes (0,24 (±0,22) cm/an) n'était pas significativement différente (p =0,64) de celle chez les femmes (0,27 (±0,24) cm/an).


Enfin le temps de suivi n'était pas un facteur influençant la vitesse de croissance de manière statistiquement significative (ρ : 0,15 IC 95 % [−0,13 ; 0,40], p =0,29.


Discussion


Les données épidémiologiques de notre série sont comparables à celles rapportées dans la littérature, en particulier le mode de découverte des oncocytomes qui est fortuit dans 60 à 80 % des cas [5, 13]. Dans les rares situations où les patients étaient symptomatiques, ils présentaient des douleurs dans la fosse lombaire ou des hématuries.


La prédominance masculine était aussi largement décrite notamment dans l'étude récente de Mauermann et al. sur le sex-ratio dans les tumeurs bénignes du rein rapportant une prévalence masculine pour les oncocytomes et féminine pour les angiomyolipomes[14].


La taille au diagnostic


Parmi les 77 patients porteurs d'oncocytomes rénaux initialement identifiés, seuls 9 (11,6 %) avaient eu un traitement chirurgical sans biopsie préalable. On peut expliquer le faible taux de patients opérés sans biopsie par la taille moyenne lors du diagnostic qui était de 35,0 (±22,2) mm. En effet 58 patients (75,3 %) avaient initialement une lésion inférieure à 4cm, or la stratégie de prise en charge des tumeurs rénales dans nos centres comportait une biopsie systématique, en particulier pour les tumeurs tissulaires inférieures à 4cm [15].


Taille en fin de pris en charge


Dans notre étude la différence de taille en fin de suivi n'était pas significativement différente chez les patients opérés secondairement et chez les patients suivis (31mm vs 37mm p =0,23). L'indication opératoire était plus volontiers posée par la cinétique de croissance que par la taille en valeur absolue. Cela se vérifie par les courbes de survie sans intervention (Figure 4), sur lesquelles on remarque que plus la vitesse était importante moins les patients restaient en surveillance.


En fin de suivi, il y avait 15 patients non opérés (36 %) dont la taille de la tumeur était supérieure à 4cm. Ces patients avaient un âge moyen de 65,3 ans et un Charslon moyen à 3,3. Ce score de comorbidité élevé montre que le terrain est un argument important dans la décision de l'indication chirurgicale.


Intérêt de la biopsie itérative


Les progrès de l'imagerie et des techniques de biopsie permettent des résultats très performants pour la biopsie rénale au point que Marconi et al. la recommandent devant toute masse rénale. En effet dans leur étude ils obtenaient une sensibilité de 99,1 % et une spécificité de 99,7 % avec des concordances biopsie-tumorectomie de 90,3 % [16].


Dans notre étude pour 6 patients (11 %) la biopsie a été renouvelée dans le suivi. L'indication de cette deuxième biopsie était une augmentation rapide de la taille de l'oncocytome faisant suspecter un contingent malin dans le cadre d'une tumeur hybride. Dans ces 6 cas la biopsie a confirmé l'histologie initiale d'oncocytome et réfuté l'hypothèse de tumeur à composante mixte. Ces 6 deuxièmes biopsies n'ont pas modifié la prise en charge. Il en était de même dans les études de S. Liu [17] et P. O Richard [18], à chaque fois que des biopsies étaient renouvelées, la deuxième histologie confirmait le résultat histologique de la première biopsie.


Comme rapporté dans l'étude de Ginzburg et al. qui étudie l'intérêt de la biopsie chez 1829 patients présentant une tumeur du rein, il ne semble pas pertinent de renouveler des biopsies lors de la surveillance de tumeurs bénignes du rein [19].


Type d'intervention si nécessaire


Une surveillance de la vitesse de croissance des oncocytomes permet de proposer à temps au patient une intervention conservatrice afin d'optimiser l'épargne néphronique. La néphrectomie partielle est le traitement recommandé pour les tumeurs du rein T1a et elle doit être proposée pour les tumeurs plus volumineuses chaque fois qu'elle est techniquement faisable [12]. Le traitement ablatif par radiofréquence ou cryothérapie est une alternative pour les tumeurs de moins de 4cm chez les patients âgés, à forte morbidité ou pour qui la chirurgie est contre-indiquée [12]. Ainsi dans notre étude les 13 patients (25 %) qui ont été traités à l'issue de la surveillance ont eu : 3 néphrectomies partielles (23 %) (2 robot-assistées, 1 ouverte), 6 radiofréquences (46 %) et 4 néphrectomies élargies (31 %) (3 cÅ“lioscopies et 1 ouverte).


Dans le cadre de tumeur bénigne, la présence de 4 néphrectomies élargies sur 13 interventions peut sembler important. En étudiant en détail les indications opératoires, trois d'entre elles étaient justifiées soit à cause de la taille de la tumeur trop importante, soit à cause de sa localisation rendant la chirurgie partielle non accessible. Pour la quatrième, il s'agissait d'une conversion peropératoire pour difficulté technique.


Eventuellement pour deux d'entre elles une prise en charge chirurgicale dès le diagnostic sans surveillance initiale aurait peut-être pu permettre une chirurgie conservatrice (taille plus faible). Dans ces deux cas seulement il y a eu potentiellement une perte de chance avec la surveillance. Pour les deux autres cas c'était différent puisque la néphrectomie élargie n'aurait pas pu être évitée même initialement lors du diagnostic en raison de l'emplacement ou de la taille tumorale importante.


Vitesse de croissance


La vitesse moyenne de croissance des oncocytomes dans notre étude était de 0,25 (±0,23) cm/an. Cette valeur est rapportée dans plusieurs séries de la littérature. Sarah Kawaguchi et al. dans une étude similaire à la nôtre ont rapporté une vitesse de croissance de 0,16mm par mois (IC95 % 0,097-0,228) soit 1,9mm/an [20]. Anil Nicholas Kurup et al. observaient une vitesse de croissance moyenne de 2,9 (±2,7) mm/an sur une série de 33 patients [21]. Liu et al. [17] et Richard et al. [18] mettaient en évidence des vitesses de croissance un peu plus faible de 1,4mm/an. Les résultats de ces études sont présentés dans le Tableau 2.


L'hétérogénéité des vitesses de croissance des oncocytomes inclus dans notre série était aussi rapportée dans les autres séries de suivi d'oncocytomes. En effet, dans chaque série il existait des oncocytomes ayant une croissance quasi nulle. Dans notre série 15 % des oncocytomes avaient une croissance négative ou nulle. Dans l'étude australienne de Liu et al. [17] portant sur la surveillance de 53 oncocytomes biopsiés la répartition était encore plus disparate avec jusqu'à 13 % de croissance négative.


Le deuxième objectif de notre étude était d'identifier les facteurs prédictifs de croissance tumorale.


L'âge et la taille lors du diagnostic ont été identifiés comme des facteurs pronostiques de croissance tumorale. Plus les patients étaient âgés, moins leurs oncocytomes augmentaient de taille. De même plus la taille lors du diagnostic était importante, plus les tumeurs croissaient vite. Le sexe et le temps de suivi sont des facteurs qui n'étaient pas statistiquement significatifs.


Dans leur série, Kurup et al. ne rapportaient aucun facteur qui soit corrélé à la vitesse de croissance de manière significative parmi l'âge, la taille initiale, le sexe, la durée de suivi, le caractère multifocal ou encore la présence contemporaine de CCR [21].


Concernant la taille lors du diagnostic, il s'agit d'un facteur prédictif de croissance qui a été identifié dans la littérature. Ainsi dans sa série en 2016 P.O Richard a constaté que les oncocytomes supérieurs à 4cm avaient une vitesse de croissance moyenne de 0,26cm par an versus 0,13cm pour les lésions de taille inférieure (p <0,001) [18].


La vitesse de croissance des oncocytomes était un élément important dans le suivi. Une croissance rapide est un critère pour beaucoup d'équipes pour proposer au patient une intervention. Cette indication doit être argumentée comme l'opportunité de présenter un traitement conservateur tant que c'est possible et non pas parce qu'une étiologie maligne est évoquée. En effet les données récentes de la littérature concluaient qu'on ne pouvait pas se fier à une vitesse de croissance élevée pour évoquer une étiologie maligne ou mixte. Plusieurs études récentes [16,21] n'ont pas pu montrer de manière significative la différence de vitesse entre les oncocytomes et les carcinomes à cellules chromophobes. Pour Anil Nicholas Kurup et al. les tumeurs malignes rénales ne croissent pas de manière significativement différente par rapport aux oncocytomes [21]. De plus la malignité d'une tumeur hybride (oncocytomes avec un contingent chromophobe) est pour certain à relativiser. En effet même si les séries de suivi de tumeurs hybrides sont peu nombreuses, de faible effectif et avec un temps de suivi faible, il semble que le pronostic de ces tumeurs soit excellent avec une survie spécifique à 100 % et aucune récidive locale ou à distance après exérèse chirurgicale [24, 7, 22, 23]. Dans notre étude les biopsies renouvelées pour augmentation rapide de taille n'ont pas découvert de malignité. Une seule tumeur hybride (oncocytaire et chromophobe) a été trouvée sur les 77 patients (soit 1,3 %). Il s'agissait d'un patient opéré d'emblée au vu de la taille de la tumeur initiale (11cm). Delongchamps et al. dans leur série, rapportaient une prévalence des tumeurs hybrides plus importante (10 % des oncocytomes et carcinomes à cellules chromophobes réunis) [24].


Notre étude présente quelques limites qui peuvent entamer sa validité interne. Tout d'abord il s'agit d'une étude univariée menée de manière rétrospective. Le nombre de facteurs pronostiques de croissance tumorale qui a été testé est restreint et en particulier ne prend en compte aucun critère d'imagerie, hormis la taille tumorale. Elle laisse donc place à d'éventuels biais de confusion sur l'analyse des facteurs dont dépend la vitesse de croissance. Par ailleurs les mesures ont été faites à partir d'examens d'imagerie différents sans relecture.


Cependant, il s'agit d'une étude sur l'évolution des oncocytomes surveillés uniquement (non opérés) et ce après un minimum de 12 mois de surveillance. Les études sur la surveillance de ces tumeurs sont rares et avec des effectifs faibles. Par ailleurs l'observance lors de la surveillance était bonne avec un nombre faible de perdus de vue. Notre étude est la première à avoir identifié clairement des facteurs pronostics de croissance tumorale des oncocytomes. Ces résultats devront être confirmés dans une étude avec effectif plus important et avec une analyse multivariée.


Conclusion


Les oncocytomes sont des tumeurs bénignes dont la vitesse de croissance est très variable : de nulle à plus de 0,5cm/an. Nous avons identifié l'âge et la taille tumorale lors du diagnostic comme facteurs pronostiques de croissance. La surveillance active est un traitement possible à proposer surtout aux patients présentant de fortes comorbidités. Le diagnostic préalable par biopsie permet d'éviter une chirurgie en particulier pour les patients âgés et fragiles et pour les oncocytomes volumineux pour lesquels une néphrectomie élargie serait indiquée d'emblée en l'absence de biopsie. Pour les patients jeunes, considérant que l'augmentation de taille est quasi systématique, nos résultats sont en faveur d'un traitement précoce pour favoriser une technique conservatrice garantissant la meilleure épargne néphronique possible. D'autres études seront cependant nécessaires pour découvrir d'autres facteurs et confirmer ceux-ci. Leur connaissance permettrait une prise en charge plus optimale des patients porteurs d'oncocytomes pour leur proposer à temps une chirurgie conservatrice moins invasive ou leur épargner une intervention non nécessaire.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Résultats comparatifs des groupes.
  Tous  Suivis  Traités  Valeur de p  
Effectif  53  40  13 
Âge médian (ans) [min-max]  65 [39-85]  68 [39-89]  58 [42-67]  0,002 
Suivi médian (mois) [min-max]  34 [12-180]  33 [12-180]  45 [12-45]  0,97 
Hommes  29  22  0,81 
Femmes  24  18  0,81 
Asymptomatiques  49  38  11  0,98 
Symptômes : douleurs lombaires, hématuries  4
2
2
1
2
1
-
-
Taille médiane au diagnostic (mm) [min-max]  29 [12-90]  25 [12-85]  30 [15-90]  0,78 
Médiane des tailles finales (mm) [min-max]  35 [16-120]  31 [16-100]  37 [23-120]  0,23 
Vitesse moyenne (cm/an) [±écart-type]  0,25 (±0,23)  0,18 (±0,18)  0,48 (±0,23)  <0,001 





Tableau 2 - Résultats des séries de suivi des oncocytomes rénaux.
  Nombre de cas  Suivi (mois)  Vitesse (mm/an) 
Notre étude  53  39  2,5 
Shuo Liu et al. (2016)  53  34  1,4 
Richard et al. (2015)  81  34  1,4 
Kurup et al. (2012)  25  36  2,9 
Siu et al. (2007)  31  5,2 
Neuzillet et al. (2005)  15  36  1,0 




Références



Kuroda N., Toi M., Hiroi M., Shuin T., Enzan H. Review of renal oncocytoma with focus on clinical and pathobiological aspects Histol Histopathol 2003 ;  18 (3) : 935-942
Choudhary S., Rajesh A., Mayer N.J., Mulcahy K.A., Haroon A. Renal oncocytoma: CT features cannot reliably distinguish oncocytoma from other renal neoplasms Clin Radiol 2009 ;  64 (5) : 517-522 [cross-ref]
Rosenkrantz A.B., Hindman N., Fitzgerald E.F., Niver B.E., Melamed J., Babb J.S. MRI features of renal oncocytoma and chromophobe renal cell carcinoma AJR Am J Roentgenol 2010 ;  195 (6) : 421-427
Bird V.G., Kanagarajah P., Morillo G., Caruso D.J., Ayyathurai R., Leveillee R., et al. Differentiation of oncocytoma and renal cell carcinoma in small renal masses (<4cm): the role of 4-phase computerized tomography World J Urol 2011 ;  29 (6) : 787-792 [cross-ref]
Romis L., Cindolo L., Patard J.J., Messina G., Altieri V., Salomon L., et al. Frequency, clinical presentation and evolution of renal oncocytomas: multicentric experience from a Europeandatabase Eur Urol 2004 ;  45 : 53-57 [cross-ref]
Siu W., Hafez K.S., Johnston W.K., Wolf J.S. Growth rates of renal cell carcinoma and oncocytomaunder surveillance are similar Urol Oncol 2007 ;  25 (2) : 115-119 [cross-ref]
Mai K.T., Dhamanaskar P., Belanger E., Stinson W.A. Hybrid chromophobe renal cell neoplasm Pathol Res Pract 2005 ;  201 (5) : 385-389 [cross-ref]
Oxley J.D., Gillatt D., Bakrac M., Jurisic V., Kostic T., Popovic V., et al. Metastatic renal oncocytoma J Clin Pathol 2007 ;  60 (6) : 720-722 [cross-ref]
Ljungberg B., Bensalah K., Canfield S., Dabestani S., Hofmann F., Hora M., et al. EAU guidelines on renal cell carcinoma: 2014 update Eur Urol 2015 ;  67 (5) : 913-924 [cross-ref]
Neuzillet Y., Lechevallier E., Andre M., Daniel L., Nahon O., Coulange C. Follow-up of renal oncocytoma diagnosed by percutaneous tumor biopsy Urology 2005 ;  66 : 1181-1185 [inter-ref]
Lechevallier E., Andre M., Barriol D., Daniel L., Eghazarian C., de Fromont M., et al. Fine needle percutaneous biopsy of renal masses with helical CT guidance Radiology 2000 ;  216 (2) : 506-510 [cross-ref]
Bensalah K., Albiges L., Bernhard J.C., Bigot P., Bodin P., Boissier R., et al. CCAFU french national guidelines 2016-2018 on renal cancer Prog Urol 2016 ;  27 : 27-51 [inter-ref]
Perez-Ordonez B., Hamed G., Campbell S., Erlandson R.A., Russo P., Gaudin P.B., et al. Renal oncocytoma: a clinicopathologic study of 70 cases Am J Surg Pathol 1997 ;  21 (8) : 871-883 [cross-ref]
Mauermann J., de Martino M., Walder M., Haiter A., Klingler H.C., Remzi M., et al. Gender differences in benign renal masses World J Urol 2013 ;  31 : 1051-1057 [cross-ref]
Rybikowski L., Tomatis F., Arroua E., Ragni D., Rossi D., Rossi C., et al. Values of percutaneous kidney biopsy in the management of solid renal tumours less or equal to 4cm Prog Urol 2008 ;  6 : 337-343 [inter-ref]
Marconi, Dabestani S., Lam T.B., Hofmann F., Stewart F., Norrie J., et al. Systematic review and meta-analysis of diagnostic accuracy of percutaneous renal tumour biopsy Eur Urol 2016 ;  69 (4) : 660-673 [cross-ref]
Liu S., Lee S., Rashid P., Bangash H., Hamid A., Lau J., et al. Active surveillance is suitable for intermediate term follow-up of renal oncocytoma diagnosed by percutaneous core biopsy BJU Int 2016 ;  118 (3) : 30-34 [cross-ref]
Richard P.O., Jewett M.A., Bhatt J.R., Evans A.J., Timilsina N., Finelli A. Active surveillance for renal neoplasms with oncocytic features is safe J Urol 2016 ;  195 : 581-586 [cross-ref]
Ginzburg S., Uzzo R., Al-Saleem T., Dulaimi E., Walton J., Corcoran A., et al. Coexisting hybrid malignancy in a solitary sporadic solidbenign renal mass: implications for treating patients following renal biopsy J Urol 2014 ;  191 : 296-300 [cross-ref]
Sarah Kawaguchi, Fernandez K.A., Finelli A., Robinette M., Fleshner N., Jewett M.A. Most renal oncocytomas appear to grow: observations of tumor kinetics with active surveillance J Urol 2011 ;  186 : 1218-1222
Kurup A.N., Thompson R.H., Leibovich B.C., Harmsen W.S., Sebo T.J., Callstrom M.R., et al. Renaloncocytoma growth rates before intervention BJU International 2012 ;  110 : 1444-1448 [cross-ref]
Petersson H.F., Gatalica Z., Grossmann P., Perez Montiel M.D., Alvarado Cabrero I., Bulimbasic S., et al. Sporadic hybrid oncocytic/chromophobe tumor of the kidney: a clinicopathologic, histomorphologic, immunohistochemical, ultrastructural, and molecular cytogenetic study of 14 cases Virchows Arch 2010 ;  456 (4) : 355-365 [cross-ref]
Waldert M., Klatte T., Haitel A., Ozsoy M., Schmidbauer J., Marberger M., et al. Hybrid renal cell carcinomas containing histopathologic features of chromophobe renal cell carcinomas and oncocytomas have excellent oncologic outcomes Eur Urol 2010 ;  57 (4) : 661-665
Delongchamps N.B., Galmiche L., Eiss D., Rouach Y., Vogt B., Timsit M.O., et al. Hybrid tumour "oncocytoma-chromophobe renal cell carcinoma" of the kidney: a report of seven sporadic cases BJU Int 2009 ;  103 (10) : 1381-1384 [cross-ref]






© 2020 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.