Évolution de la fonction érectile après curiethérapie prostatique : étude prospective chez des patients ayant un score IIEF5 initial > 16

25 février 2015

Auteurs : F. Delage, M.-A. Perrouin-Verbe, E. Le Fur, G. Papin, M. Thoulouzan, J.-P. Malhaire, O. Pradier, G. Fournier, A. Valéri
Référence : Prog Urol, 2015, 2, 25, 68-74
Objectif

Évaluer prospectivement la fonction érectile (FE) à 1 et 2ans d’une curiethérapie prostatique (CuT) chez des patients ayant un score IIEF5 initial>16.

Méthodes

De 2007 à 2012, 179 patients ayant un adénocarcinome prostatique (CaP) localisé à faible risque ont eu une CuT exclusive à l’iode125. L’hormonothérapie (15,6 %) et la prise d’inhibiteur de la 5 phosphodiestérase (IPDE5) après CuT n’étaient pas des critères d’exclusion. La FE a été évaluée par un auto-questionnaire IIEF5 en préopératoire, à 12 et 24 mois. Seuls les patients ayant un score initial>16 ont été inclus.

Résultats

Sur les 179 patients, 102 (57 %) avaient un IIEF5>16 initialement. À 12 mois, 51,1 % conservaient un score>16 et 24,5 % avaient une dysfonction érectile (DE) légère à modérée de sorte que 75,6 % avaient un IIEF512. Environ 18 % avaient eu recours à des IPDE5. À 24 mois, 53,2 % avaient un IIEF5>16 et 80,6 % avaient un score12. Une DE sévère concernait seulement 14,5 %. L’IIEF5 moyen était de 16,2, soit une baisse d’environ 5 points en 2ans. Tous les patients traités par IPDE5 (27 %) pouvaient avoir des rapports sexuels. Le seul facteur prédictif indépendant en analyse multivariée était le score IIEF5 initial, 70 % des patients sans DE initialement (IIEF5>21) avaient un IIEF5>16 à 1 et 2ans.

Conclusion

Durant les 2 premières années, la DE sévère était relativement rare (14 %) et plus de la moitié des patients préservaient un IIEF5>16. La FE après CuT dépend essentiellement de la situation préimplantatoire.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


Depuis l'avènement du dosage du PSA, les adénocarcinomes prostatiques (CaP) sont souvent diagnostiqués à un stade localisé et donc accessibles à un traitement curatif. Cependant, leurs traitements sont à l'origine de troubles urinaires et sexuels. L'espérance de vie après traitement dépassant largement dix ans, l'efficacité de chaque traitement ne doit pas prendre en compte les seules données carcinologiques mais également ces effets secondaires. Ces derniers sont responsables d'une altération de la qualité de vie, de demande de soins et d'un surcoût de santé.


Le risque de dysfonction érectile (DE) participe notablement au choix de la thérapie par le patient. Un sondage, effectué en 2003 chez des patients traités pour un CaP localisé évaluait s'ils étaient satisfaits de leur prise en charge. Il y avait dix fois plus de patients insatisfaits de leur traitement chez ceux présentant une DE [1].


Avec la prostatectomie radicale et la radiothérapie externe, la curiethérapie interstitielle à l'iode125 (CuT) est un traitement standard du CaP localisé à faible risque. Les résultats carcinologiques étant similaires, la CuT prostatique est un traitement attractif pour les patients car elle est considérée comme ayant moins d'effets secondaires et notamment une meilleure préservation de la fonction érectile [2, 3]. Cependant peu d'études sont disponibles concernant la DE après CuT. La plupart sont rétrospectives, la définition de la DE est variable selon les articles, certaines analysent des populations hétérogènes en termes de type d'irradiation (iode125, palladium, association à une radiothérapie externe) et la fonction érectile (FE) préimplantatoire n'est pas toujours connue avec précision. De plus, quasiment toutes les études incluent des patients ayant une DE avant toute prise en charge du cancer ou utilisent des questionnaires non validés [4]. Ainsi, très récemment, Matsushima et al. [5] identifiaient 48 études publiées concernant la dysfonction érectile après CuT prostatique dont uniquement 19 utilisaient un questionnaire validé et seulement 11/48 utilisaient le questionnaire validé le plus fréquemment employé actuellement en andrologie : l'International Index of Erectile Function (IIEF).


Le but de notre étude était d'évaluer de manière prospective, l'évolution de la FE, à court et moyen terme, après CuT chez des patients ayant une FE normale, ou au maximum une DE faible, en préopératoire.


Méthodes


De février 2007 à juillet 2012, 179 patients atteints de CaP localisé ont eu une CuT à l'iode125 dans notre centre. L'implantation se faisait sous anesthésie générale, par la même équipe constituée d'un urologue, d'un radiothérapeute et d'un physicien. La planimétrie et la dosimétrie étaient réalisées en temps réel et en utilisant la technique de grains libres (Bard, Covington, Ga) décrite par Stone et Stock [6]. Les doses prescrites étaient de 160Gy et les contraintes dosimétriques pour l'urètre et le rectum sont résumées dans le Tableau 1.


Aucun patient n'a reçu de radiothérapie externe. Par ailleurs, 28 patients (15,6 %) ayant un volume prostatique supérieur à 50cm3 ont eu en préopératoire un blocage androgénique (agoniste de la LHRH pendant 4 mois au maximum associé le premier mois à du biclutamide 50mg/jour) pour réduire le volume prostatique.


La FE a été appréciée par un auto-questionnaire, l'International Index of Erectile Function (IIEF5). Il a été rempli en préopératoire puis à 12 et à 24 mois au domicile les jours précédant les consultations de suivi. Pour les patients ayant eu une hormonothérapie néo-adjuvante, l'IIEF5 avant le traitement hormonal a été retenu. Les patients ont été classés en cinq catégories en fonction du score IIEF5 : pas de DE : >21 ; DE faible : 21-17 ; DE faible à modérée : 16-12 ; modérée : 11-8 ; sévère :<8. Il a été considéré qu'un score≥12 permettait la pénétration lors des rapports sexuels. Après l'implantation, les DE ont été traitées par des inhibiteurs de la 5 phosphodiestérase (IPDE5) dès que le patient souhaitait une prise en charge.


Les critères d'inclusions de notre étude étaient les patients ayant eu une CuT prostatique avec ou sans blocage androgénique et ayant un score IIEF5>16 sans aide médicamenteuse en préimplantatoire. La prise d'IPDE5 ou tout autre aide pour avoir ou maintenir une érection après curiethérapie n'était pas un critère d'exclusion.


Les données ont été analysées par des t tests de Student pour données appariées pour les moyennes et médianes. Lorsque les données n'étaient pas appariées, les tests effectués étaient soit des tests de Student ou des tests de Mann-Whitney. Les facteurs de risques étaient évalués par des tests de Chi2 ou des tests exact de Fisher. L'analyse multivariée des facteurs prédictifs a été faite par régression logistique et évaluation de l'odds ratio avec intervalle de confiance de Wald à 95 %.


Résultats


Sur les 179 patients traités, 16 (8,9 %) n'étaient pas évaluables, 35 (19,6 %) souffraient d'une DE sévère, 11 (6,1 %) avaient une DE modérée, 14 (7,8 %) avaient une DE faible à modérée et 103 (57,5 %) n'avaient pas de trouble de l'érection ou présentaient une dysfonction légère (IIEF5>16). Un malade ayant un IIEF5>16 suivait un traitement par IPDE5 et a été exclu.


Les principales caractéristiques techniques de l'implantation sont résumées dans le Tableau 1 et les principales caractéristiques bio-cliniques des 102 patients étudiés sont résumées dans le Tableau 2.


Résultats sur la FE à 1 an


Sur les 102 patients inclus, 94 patients étaient évaluables à 1 an, soit une exhaustivité de 92,2 %.


À 12 mois, (Tableau 3, Figure 1) plus de la moitié préservait un IIEF5>16 et près d'un quart présentait une DE légère à modérée (IIEF5 : 16-12). Ainsi, 75,6 % des malades avaient des érections suffisantes pour permettre une pénétration lors des rapports sexuels avec un score IIEF5≥12.


Figure 1
Figure 1. 

Évolution de la fonction érectile à 1 an et 2ans chez les patients ayant un score IIEF5 initial>16.




Une DE sévère n'était observée que chez 13 patients, soit 13,8 %. Sur ces 13 patients, 2 n'avaient pas de rapports sexuels pour des raisons conjugales (1 divorce et 1 autre dont la femme avait des problèmes gynécologiques), 2 refusaient une prise en charge de leur trouble érectile et un n'avait pas de rapport sexuel secondaire à des douleurs lors de l'éjaculation. De plus, un de ces patients avait fait un infarctus du myocarde deux mois après la CuT et n'avait plus de rapport sexuel depuis.


Lors de la première année, l'IIEF5 avait perdu en moyenne 5,6 points en passant de 21,4 (±2,7) à 15,8 (±6,8) (p <0,0001).


À 1 an, 17 patients avaient eu recours à des IPDE5 (18,1 %). On observait des proportions quasi similaires d'IIEF5>16 dans le groupe traité par rapport à ceux ne prenant pas d'IPDE5 : 47,1 % contre 51,9 % (p =0,72). Cependant, il semblait exister moins de DE sévère dans le groupe traité par IPDE5 (p =0,45).


Résultats sur la FE à 2ans


À 2 ans de la CuT, 62 patients ont été évalués sur les 75 ayant un suivi minimum de 24 mois (82,6 %).


À 24 mois (Tableau 3 ; Figure 1), 53,6 % des patients ont maintenu une FE avec au maximum des troubles faibles et plus de 80 % avaient IIEF5>12. Une DE sévère n'était observée que chez 9 patients, soit dans 14,5 % des cas. Chez ces 9 patients, 7 ne souhaitaient pas de prise en charge de leur trouble érectile. L'absence de partenaire ou son refus d'avoir des rapports sexuels étaient évoqués dans plus de la moitié de cas.


L'IIEF5 moyen était de 16,2 (±6,4), soit une baisse moyenne de 5,3 points par rapport au stade initial (p <0,0001). Il n'y avait pas de différence statistiquement significative entre les IIEF5 moyens à 1 an et à 2ans.


À 2ans, plus d'un quart des patients (27,4 %) avaient eu recours à un traitement par IPDE5. Ces patients avaient une bonne fonction érectile puisque 70,6 % ont préservé un score IIEF5 supérieur à 16 contre 46,7 % (p =0,09) chez les patients n'ayant jamais pris de traitement. Tous les patients prenant des IPDE5 avaient un score IIEF5>12, aucun ne présentait de DE sévère contre 20 % chez les patients ne prenant pas de traitement (p =0,053).


Recherche de facteur prédictif de la FE


Différents paramètres ont été analysés à la recherche de facteurs prédictifs de DE définie par un score IIEF5<16 et de DE sévère (IIEF5<8).


Le principal facteur prédictif en analyse uni- et multivariée était le score IIEF5 initial>21. Initialement, 52 patients ne présentaient aucun trouble de l'érection (soit un IIEF5>21) sans aide médicamenteuse et 50 malades présentaient une DE faible (IIEF5 : 21-17). Parmi ces 52 patients, 49 étaient évaluables à 1 an et 33 à 2ans. À 1 an et à 2ans (Tableau 4 ; Figure 2), on observait des taux de patients ayant un IIEF5>16 nettement supérieur chez les malades ne présentant aucun trouble initialement (71,4 % et 69,7 %) par rapport à ceux ayant une DE faible initialement (28,9 % et 34,5 %) (p <0,0001 à 1 an ; p =0,005 à 2ans). De même, la proportion de patients ayant une rigidité pénienne suffisante pour permettre une pénétration était statistiquement supérieure chez ceux ayant un score IIEF5 initial strictement supérieur à 21 (85,7 % et 87,9 %) par rapport au malade ayant un score initial entre 17 et 21 (64,5 % et 72,4 %) (p =0,005). De plus, il y avait moins de DE sévère dans le groupe ayant un IIEF5>21 en préopératoire avec respectivement à 1 an et à 2ans : 12,2 % et 9,1 % pour le groupe 1, contre 15,6 % et 20,7 % pour le groupe 2. Néanmoins, les différences observées concernant les taux de DE sévère n'étaient pas significatives (p =0,6 à 1 an et p =0,3 à 2ans). En analyse multivariée (Tableau 5), le score IIEF5≤21 était le seul facteur prédictif indépendant de DE avec un odds ratio à 6,1 (IC à 95 % : 1,483-25,076).


Figure 2
Figure 2. 

Évolution de la fonction érectile à 1 an et 2ans chez les patients ayant un score IIEF5 initial>21.




L'âge n'était pas un facteur prédictif indépendant de DE ou de DE sévère en analyse multivariée. Néanmoins, à 12 mois, en étude univariée, les patients de 70ans et plus présentaient plus de DE sévère (27,2 %), contre 17,9 % pour les 60-69ans et 0 % pour les moins de 60ans (p =0,03). Les différences à 2ans n'étaient plus significatives.


L'hormonothérapie néo-adjuvante, les caractéristiques implantatoires (nombres d'aiguilles, de grains, doses sur le rectum) et le volume prostatique n'étaient pas responsables d'une majoration de la fréquence ou de la sévérité de la DE.


Discussion


Dans cette étude prospective, longitudinale, utilisant un questionnaire validé, chez des patients ayant bénéficié d'une technique de CuT homogène, nos résultats indiquent (incluant les patients sous IPDE5) que pendant les 2 premières années après la CuT :

la DE sévère (IIEF5<8) était rare (environ 14 %) ;
plus de la moitié des patients conservait une FE satisfaisante (IIEF5>16).


La FE à 1 an et 2ans dépendait essentiellement de l'état initial. Enfin les patients qui acceptaient le traitement médical, si indiqué, avaient une FE satisfaisante : jusqu'à 70 % à 2ans et tous pouvaient avoir des rapports sexuels.


Dans la littérature, le taux de patients conservant des rapports sexuels après CuT varie en moyenne de 40 à 50 %. Néanmoins, il n'est pas spécifié le degré de la DE et sa définition est variable. La plus fréquemment utilisée est l'incapacité à avoir des érections suffisantes pour permettre une pénétration. La méthodologie de notre étude était établie sur des critères rigoureux : évaluation prospective, utilisation d'un questionnaire validé, facilement compréhensible, donnant un score objectif et reproductible, et une sélection de patients ayant une FE préimplantatoire bien définie et satisfaisante. Le score IIEF5>16 permet de rester le plus représentatif par rapport à la population générale du même âge en activité sexuelle [7]. De plus, ce choix permet de ne pas être biaisé par des troubles érectiles préexistants dont l'évolution serait indépendante de la CuT. En outre, il nous paraissait plus intéressant d'étudier l'apparition de la DE chez ce groupe de patients qui souvent orientent leur choix thérapeutique vers la CuT pour limiter les troubles érectiles.


Par ailleurs, la population étudiée était homogène en termes de prise en charge thérapeutique : pas de radiothérapie externe associée, même équipe d'implantation expérimentée (plus de 70 cas déjà traités). La dose prescrite était stable dans le temps (160Gy) même si avec l'expérience la dose au rectum a un peu diminué sans impact sur les paramètres dosimétriques prostatiques [8]. Afin d'avoir une vision plus complète des résultats, nous avons inclus les patients ayant eu une hormonothérapie de réduction du volume prostatique comme dans l'étude du Mont Sinai Hospital [4].


Nos résultats à 1 an et 2ans sont en accord avec ceux de la littérature avec plus de 50 % de patients préservant une FE satisfaisante (IIEF5>16) et la présence d'une DE sévère rare (environ 14 %). Ainsi, Nishimura et al. [9] ont observé également plus 50 % de préservation de la FE mais ils utilisaient le score MSEFS (Mont Sinai Erectile Function Score) qui est moins précis que l'IIEF. Dans l'étude de Merrick et al. [10], les résultats étaient similaires aux nôtres avec environ 60 % de patients ayant une FE satisfaisante à 2ans. Néanmoins, dans cette étude, la prise en charge des patients n'était pas homogène et la définition de la FE satisfaisante était moins stricte avec un score IIEF≥13/30. Par ailleurs, Matsushima et al. [5] ont évalué la FE (IIEF) après CuT sur une population de 119 patients (dont seuls 48 avaient des érections avant CuT) avec au moins 1 an de recul. Les auteurs ont observé que 33 % des patients ayant des érections avant implantation n'avaient pas altéré leur FE. L'impact de la CuT sur ces patients semble plus sévère que dans notre étude mais les patients traités par IPDE5 ont été exclus.


Dans notre étude, l'utilisation d'IPDE5 après CuT n'était pas un critère d'exclusion. D'après Merrick et al. [11], l'efficacité des IPDE5 est d'environ 80 % après CuT. À 2ans, 70 % de nos patients sous IPDE5 avaient un score IIEF5>16 et tous avaient un score≥12 leur permettant d'avoir des rapports sexuels. Schiff et al. [12] ont observé que l'utilisation précoce d'IPDE5 avant 1 an permettait de préserver une meilleure FE par rapport à un traitement tardif.


Contrairement à la prostatectomie radicale, les troubles de la FE après CuT apparaissent progressivement. Nous n'avons pas observé de différence statistiquement significative entre les IIEF5 moyens à 1 et 2ans (p =0,7). Bannowsky et al. [13] ont retrouvé une baisse de l'IIEF5 plus importante à partir de la troisième année avec une perte de 9,8 points à 36 mois contre 3,1 points à 24 mois. Cependant cette étude incluait peu de patients (n =32) et des troubles érectiles étaient présents avant CuT puisque 42 % des patients avaient une DE modérée ou sévère initialement. Par ailleurs, l'équipe du Mont Sinai Hospital a publié des résultats très satisfaisants à long terme avec respectivement 68 et 58 % de patients maintenant des rapports sexuels à 5 et 10ans sur une cohorte de 1063 patients [14].


Comme l'ont déjà souligné plusieurs études [15, 16, 17], la survenue d'une DE dépend de la FE préimplantatoire. Dans notre étude, à 2ans, il y avait 2 fois plus de patients ayant un score>16 chez ceux n'ayant aucun trouble initialement par rapport à ceux ayant une DE faible initialement (69,7 % vs 34,5 % ; p <0,005).


L'hormonothérapie néo-adjuvante est un facteur prédictif discuté. Comme Zelefski et al. [18], nous n'avons pas observé de lien entre l'utilisation en néo-adjuvant d'anti-androgène et la survenue de troubles érectiles après CuT. Cependant, Mazola et al. [19] ont montré que la suppression androgénique avant prostatectomie radicale avait un impact néfaste sur la FE à 18 mois. Chez l'animal, la privation androgénique est responsable d'une augmentation de l'altération du tissu caverneux [20]. De plus, chez l'homme, il a été observé une diminution significative de l'efficacité du citrate de sildénafil en cas d'hormonothérapie avant CuT [21].


Contrairement à plusieurs études [5, 16, 22], nous n'avons pas observé de majoration de la fréquence de la DE chez les patients de plus de 70ans. Ainsi dans l'étude française de Huyghe et al. [16], l'âge ressort comme facteur indépendant en analyse multivariée ce qui n'était pas le cas chez nos patients. Cette différence est probablement liée à notre sélection excluant les malades ayant une DE initiale. Néanmoins, en analyse univariée, chez nos patients âgés (≥70ans), l'atteinte semblait plus sévère avec 27 % de DE sévère contre 0 % chez les moins de 60ans à 1 an (p =0,03).


Concernant le diabète, il existait des taux plus importants de DE avec un score IIEF5≤16 chez les patients diabétiques (14,3 % contre 53,6 % à 2ans ; p =0,04) ainsi que plus de DE sévère (12,7 % contre 28,6 % ; p =0,3). Néanmoins, l'analyse statistique multivariée ne confirmait pas le diabète comme facteur de risque significatif indépendant de DE sévère ou de score IIEF5≤16. Cette absence de significativité était probablement secondaire à un effectif trop restreint de patients diabétiques. De plus la majorité des diabétiques présentait une DE faible en préopératoire.


Une des limites de notre étude est qu'elle ne s'intéresse qu'à la FE, à la capacité de pénétration et à la satisfaction de la pénétration. Elle ne s'intéresse pas à la sexualité dans un sens plus global ni au plaisir sexuel. Les troubles de l'éjaculation, dominés par une hypospermie et des éjaculations douloureuses, décrits dans environ 30 % des cas, n'ont pas été évalués [23].


Conclusion


Pendant les 2 premières années après CuT, la DE sévère était relativement rare (14 %). Malgré une baisse d'environ 5 points de l'IIEF5 moyen, plus de la moitié des patients ont préservé une FE avec un score IIEF5>16. La FE dépendait essentiellement de l'état préimplantatoire. Le diabète, l'âge et l'hormonothérapie en néo-adjuvant n'étaient pas identifiés comme facteurs prédictifs indépendants de DE. Enfin, les IPDE5 ont confirmé leur efficacité dans cette indication avec près des ¾ des patients traités maintenant un score IIEF5>16.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.




Tableau 1 - Caractéristiques peropératoires des 102 patients ayant eu une CuT.
Caractéristiques  Valeurs 
Hormonothérapie préimplantatoire   13 (12,7 %) 
Nombre moyen d'aiguilles (± σ)   22 (± 2,6) 
Nombre moyen de sources (± σ)   66,4 (± 9,9) 
 
Dose moyenne reçue  
Prostate   
D90 (± σ)  184,7Gy (± 6) 
V100 (± σ)  97,8 % (± 1,9) 
Rectum   
D 2cc (± σ)  107Gy (± 15,1) 
D 0,1cc (± σ)  154,1Gy (± 18,4) 
R 100 (± σ)  0,12Gy (± 0,24) 
 
Contraintes dosimétriques  
Urètre   
D10 %  218Gy 
D30 %  188Gy 
Rectum   
D 2cc  145Gy 
D 0,1cc  200Gy 



Légende :
D90 : dose reçue par 90 % du volume prostatique ; V100 : volume prostatique recevant 100 % de la dose prescrite : 160Gy ; D2cc : dose maximum reçue par 2cc de volume rectal ; D 0,1 cc : dose maximum reçue par 0,1cc de volume rectal ; R100 : dose reçue par 100 % du volume rectal.



Tableau 2 - Caractéristiques cliniques et biologiques initiales des 102 patients ayant eu une CuT.
Caractéristiques  Valeurs 
Âge moyen (années)   64,4 (± 6) 
PSA moyen (ng/mL)   5,8 (± 1,9) 
Volume prostatique (cm 3 )   41,7 (± 11,3) 
IIEF5 moyen (± σ)   21,4 (± 2,7) 
IIEF5 > 21
IIEF5 17-21  
n =52 (51 %)
n =50 (49 %) 
Stades cliniques
cT1c
cT2a
cT2b 

n =98 (96,1 %)
n =3 (2,9 %)
n =1 (1 %) 
Antécédents
Maladie cardiovasculaire
Diabète 

n =32 (31,4 %)
n =11 (10,8 %) 





Tableau 3 - Résultats de la fonction érectile à 1 an et 2ans chez les patients ayant un score IIEF5 initial>16.
  Pas de trouble ou DE faible (IIEF5>16)  DE faible modérée (IIEF5 12-16)  DE modérée (IIEF5 8-11)  DE sévère (IIEF5≤7) 
1 an  
Tous les patients incluant ceux traités par IPDE5 n =94  48 (51,1 %)  23 (24,5 %)  10 (10,6 %)  13 (13,8 %) 
Patients sans IPDE5 n =77  40 (51,9 %)  17 (22,1 %)  8 (10,3 %)  12 (15,6 %) 
Patients avec IPDE5 n =17  8 (47,1 %)  6 (35,3 %)  2 (11,8 %)  1 (5,9 %) 
 
2 ans  
Tous les patients incluant ceux traités par IPDE5
n =62 
33 (53,2 %)  17 (27,4 %)  3 (4,8 %)  9 (14,5 %) 
Patients sans IPDE5 n =45  21 (46,7 %)  12 (26,7 %)  3 (6,7 %)  9 (20 %) 
Patients avec IPDE5 n =17  12 (70,6 %)  5 (29,4 %)  0 (0 %)  0 (0 %) 



Légende :
IPDE5 : inhibiteur de la 5 phosphodiestérase.



Tableau 4 - Résultats de la fonction érectile à 1 an et 2ans chez les patients ayant un score IIEF5 initial>21.
  Pas de DE ou DE faible IIEF5 :25-17  DE faible à modérée IIEF5 :16-12  DE modérée IIEF5 :11-8  DE sévère IIEF5<
IIEF5 initial > 21  
1 an (n =49)  35 (71,4 %)  7 (14,3 %)  1 (2 %)  6 (12,2 %) 
2ans (n =33)  23 (69,7 %)  6 (18,2 %)  1 (3 %)  3 (9,1 %) 
IIEF5 initial 17-21  
1 an (n =45)  13 (28,9 %)  16 (35,6 %)  9 (20 %)  7 (15,6 %) 
2ans (n =29)  10 (34,5 %)  11 (37,9 %)  2 (6,9 %)  6 (20,7 %) 





Tableau 5 - Analyse multivariée des facteurs prédictifs de DE avec IIEF5≤16 et de DE sévère (IIEF5<8) par régression logistique et évaluation de l'odds ratio avec intervalle de confiance de Wald à 95 % à 1 an de la CuT.
  Analyse multivariée des facteurs prédictifs de DE avec IIEF5≤16 
Analyse multivariée des facteurs prédictifs de DE : IIEF5<
  p   Odds ratio   Intervalle de confiance de Wald à 95 % 
p   Odds ratio   Intervalle de confiance de Wald à 95 % 
IIEF5 préopératoire  0,0002  6,511  2,440  17,371  0,9726  1,024  0,264  3,972 
Âge  0,9470  0,997  0,920  1,081  0,1457  1,089  0,971  1,222 
Maladie cardiovasculaire  0,4417  1,498  0,535  4,194  0,4467  1,684  0,440  6,442 
Diabète  0,6755  1,433  0,266  7,712  0,7424  1,387  0,197  9,767 
Hormonothérapie  0,3767  0,530  0,130  2,164  0,4186  0,396  0,042  3,742 
Prise d'IPDE5  0,6627  1,302  0,398  4,265  0,2883  0,302  0,033  2,754 
Volume prostatique préopératoire  0,3709  1,019  0,977  1,063  0,2549  1,033  0,977  1,094 



Légende :
IPDE5 : inhibiteur de la 5 phosphodiestérase.
Les données en gras correspondent aux résultats statistiquement significatifs.


Références



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