Évaluation multicentrique d’un auto-questionnaire de dépistage des cancers de vessie d’origine professionnelle

25 octobre 2013

Auteurs : S. Michaud, A. Kuntz, D. Dupas, L. Campion, O. Bouchot, C. Pfister, J. Rigaud
Référence : Prog Urol, 2013, 12, 23, 977-985
Objectif

Évaluer un auto-questionnaire de dépistage des cancers de vessie d’origine professionnelle et rechercher une influence de l’exposition à un carcinogène vésical sur le pronostic tumoral.

Patients et méthodes

Cinq cent trente et un patients suivis entre 2005 et 2010 pour un cancer vésical dans deux services universitaires ont reçu un auto-questionnaire dérivé du questionnaire KVP 08. Les patients ayant répondu positivement à au moins un des items étaient considérés comme ayant un auto-questionnaire « positif ». Une consultation en maladie professionnelle a été ensuite proposée aux patients.

Résultats

Le taux de réponse à l’auto-questionnaire a été de 39,9 % (212/531). Il a été « positif » dans 82 cas (38,7 %). Parmi les 82 patients ayant un auto-questionnaire « positif », 46 patients ont consulté en maladie professionnelle (56 %). Une exposition professionnelle à un carcinogène vésical a été objectivée dans 91,3 % des cas. Parmi les 22 patients ayant consulté en maladie professionnelle avec un auto-questionnaire « négatif », une exposition à un carcinogène vésical a été retrouvée dans 13,6 % des cas. La sensibilité de l’auto-questionnaire a été de 91,3 %, la spécificité de 86,4 % et l’exactitude de 89,7 %. Le risque relatif d’être exposé à un carcinogène professionnel si l’auto-questionnaire a été « positif » a été de 6,69. L’analyse des groupes « positif » versus « négatif » n’a pas mis en évidence de différence statistiquement significative en termes d’agressivité tumorale et de survie sans récidive.

Conclusion

L’auto-questionnaire étudié a été pertinent avec une bonne fiabilité pour la détection d’une exposition professionnelle à un carcinogène vésical.




 




Introduction


Les premiers rapports d'association entre le risque de cancer et certaines professions sont apparus au xviiie siècle (cancer du scrotum chez le ramoneur) et au xixe siècle (cancer de la vessie chez des ouvriers exposés aux colorants). Cependant, la majorité des études établissant un lien entre un risque accru de cancer et un environnement de travail particulier n'ont été publiées qu'entre 1950 et 1975. Relativement peu de carcinogènes professionnels ont été identifiés ces 25 dernières années.


Les données de l'institut de veille sanitaire (InVS) ont estimé pour 2011 une incidence de 9081 nouveaux cas de cancer de vessie chez l'homme et de 1875 nouveaux cas chez la femme avec un nombre de décès de 3503 et 1171 respectivement. L'incidence est en augmentation avec un taux de mortalité stable [1]. La répartition nationale de la mortalité par cancer de vessie n'est cependant pas homogène, avec une opposition entre les zones urbaines et industrielles en situation de surmortalité et les zones rurales et agricoles en situation de sous-mortalité [2, 3]. Une exposition différente aux deux principaux facteurs de risque de tumeur de vessie que sont le tabac et les carcinogènes d'origine professionnelle expliquerait au moins en partie ces disparités.


La vessie est la seconde localisation des cancers d'origine professionnelle après le poumon et il a été estimé que 5 à 25 % des cancers de vessie seraient d'étiologie professionnelle [4]. Parallèlement, selon l'InVS, il existerait une sous-estimation du nombre de cas de cancers de vessie attribuables à une origine professionnelle [5, 6, 7, 8, 9, 10, 11].


Partant de ce constat, nous avons réalisé une étude dont l'objectif principal était l'évaluation d'un auto-questionnaire de dépistage des cancers de vessie d'origine professionnelle distribué à une population de patients atteints de cancer de vessie. Notre objectif secondaire était de rechercher une influence de l'exposition à un carcinogène vésical sur le pronostic des tumeurs de vessie.


Patients et méthodes


Population


L'étude a été menée dans deux services universitaires pour contacter tous les patients pris en charge pour un cancer de vessie tous stades confondus.


Dans le premier centre (centre 1), 454 patients ont été contactés rétrospectivement par voie postale après avoir été pris en charge pour une tumeur de vessie de 2005 à 2009 et 34 patients ont été sollicités prospectivement lors de leur prise en charge en 2010 pour remplir l'auto-questionnaire.


Dans le second centre (centre 2), 43 patients ayant eu une résection trans-urétrale de vessie (RTUV) au cours de l'année 2007 ont reçu de manière prospective l'auto-questionnaire lors de leur hospitalisation.


Au final, 531 patients ont reçu l'auto-questionnaire d'évaluation de l'exposition professionnelle à un carcinogène vésical.


Auto-questionnaire


L'auto-questionnaire utilisé est dérivé du questionnaire KVP 08, élaboré par le service de pathologie professionnelle du CHU de Rouen et s'inspirant d'autres questionnaires existants. La réponse se faisait par « oui » ou « non », en précisant la durée et le poste de travail occupé. Afin d'améliorer la pertinence de cet auto-questionnaire en fonction du bassin de population, un item visant à dépister les patients exposés lors du travail en chantier navale a été ajouté dans le centre 1 (Annexe 1). Cet auto-questionnaire n'a pas été validé.


Les patients ayant répondu positivement à au moins un des items pendant une période d'exposition d'au moins un an étaient considérés comme ayant un auto-questionnaire « positif ».


Consultation dans le service de pathologie professionnelle


Dans le centre 1, seuls les patients ayant un auto-questionnaire « positif » étaient invités à prendre eux-mêmes rendez-vous pour une consultation de pathologie professionnelle. Les patients ayant un auto-questionnaire « négatif » n'étaient pas vu en consultation de maladie professionnelle.


Dans le centre 2, la consultation était systématique quel que soit le résultat de l'auto-questionnaire. Celle-ci était l'occasion de reconstituer le curriculum laboris complet, et d'engager si nécessaire une procédure de reconnaissance en maladie professionnelle.


Les expositions objectivées durant cette consultation ont ensuite été comparées aux expositions déclarées par les patients sur l'auto-questionnaire.


Valeur pronostique de l'exposition professionnelle


La population a été stratifiée en deux groupes en fonction de l'auto-questionnaire « positif » ou « négatif ». Les groupes ont été comparés en utilisant le test du Chi2 (ou le test du Fisher exact pour les échantillons de petite taille). Une valeur de p <0,05 était considérée comme statistiquement significative.


Les courbes de survie sans récidive ont été établies selon la méthode de Kaplan-Meier et les comparaisons ont été effectuées par un test de Log Rank avec une valeur statistiquement significative de p <0,05.


Résultats


Résultats de l'auto-questionnaire


L'auto-questionnaire a été retourné par 212/531 patients, soit un taux de réponse de 39,9 %. Le sex-ratio a été de quatre hommes pour une femme, avec un âge moyen de 68,9±10,4ans. Un antécédent familial de cancer de vessie a été déclaré dans deux cas. Une intoxication tabagique a été notée dans 75 % des cas.


L'auto-questionnaire a été « positif » dans 82 cas sur 212 (38,7 %) (Figure 1). Une intoxication tabagique était relevée chez 68/82 (82,9 %) des patients ayant un auto-questionnaire « positif », et chez 92/130 (70,7 %) des patients ayant un auto-questionnaire « négatif ».


Figure 1
Figure 1. 

Résultats de l'analyse des auto-questionnaires.




Consultation en pathologie professionnelle


Auto-questionnaire « positif »


Parmi les 82 patients ayant un auto-questionnaire « positif », 46 patients ont consulté dans le service de pathologie professionnelle (56 %). Une exposition professionnelle à un carcinogène vésical a été objectivée pour 42 de ces 46 patients (91,3 %). L'interrogatoire professionnel a permis de mettre en évidence une exposition professionnelle non dépistée par l'auto-questionnaire chez huit de ces 46 patients (17,4 %).


Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) représentaient la catégorie d'agents carcinogènes majoritaire puisque 20 des 46 patients (41,5 %) y avaient été exposés sans autre facteur identifiable. Une exposition aux amines aromatiques (AA) était objectivée seule ou en association avec d'autres agents carcinogènes chez dix patients (21,7 %).


Sept patients ayant un questionnaire « positif » se sont vu remettre les documents nécessaires en vue d'une déclaration en maladie professionnelle au titre des tableaux 15 ter (n =4) ou 16 bis (n =3) du régime général de sécurité sociale (Tableau 1).


Auto-questionnaire « négatif »


Parmi les 22 patients qui ont consulté en maladie professionnelle avec un auto-questionnaire « négatif » (uniquement centre 2), une exposition à un carcinogène vésical a été retrouvée chez 3/22 patients (13,6 %) (deux exposés aux HAP et un au perchloroéthylène), dont un a fait l'objet d'une procédure de déclaration selon les termes du tableau no 16 bis.


Fiabilité de l'auto-questionnaire


Parmi les 68 patients ayant consulté dans le service de pathologie professionnelle, une exposition à un carcinogène a été mis en évidence dans : 42 cas sur 46 (91,3 %) ayant un auto-questionnaire « positif » et trois cas sur 22 (13,6 %) ayant un auto-questionnaire « négatif ». Par conséquent la sensibilité de l'auto-questionnaire a été de 91,3 %, la spécificité de 86,4 %, la valeur prédictive positive (VPP) de 93,3 %, la valeur prédictive négative (VPN) de 82,6 % et l'exactitude de 89,7 %. Le risque relatif (RR) d'avoir été exposé à un carcinogène professionnel si l'auto-questionnaire a été « positif » a été de 6,69.


Déclaration en maladie professionnel


Globalement sur les 68 patients ayant consulté dans le service de pathologie professionnelle, une procédure de déclaration a été réalisée dans huit cas sur 68 (11,7 %) se répartissant en : sept cas sur 46 (15,2 %) ayant un auto-questionnaire « positif » et un cas sur 22 (4,5 %) ayant un auto-questionnaire « négatif ». Par conséquent la sensibilité de l'auto-questionnaire pour une procédure de déclaration en maladie professionnelle a été de 15,2 %, la spécificité de 95,5 %, la VPP de 87,5 %, la VPN de 35 % et l'exactitude de 41,2 %. Le RR de pouvoir réalisé une procédure de déclaration en maladie professionnelle si l'auto-questionnaire a été « positif » a été de 3,34.


Caractéristiques tumorales


Parmi les 212 patients ayant répondu à l'auto-questionnaire, le mode de découverte de la tumeur de vessie était principalement une hématurie macroscopique (75,9 %). La localisation tumorale était sur les faces latérales dans 51,9 % et le trigone dans 20,7 %. La tumeur était unique dans 56,6 % des cas. Une tumeur de vessie infiltrant le muscle (TVIM) a été observée dans 18,4 % et une tumeur de vessie non infiltrant le muscle (TVNIM) dans 81,6 % (Figure 2). Un carcinome in situ (Cis) a été associé de façon concomitante dans 20,5 % des TVIM et 22 % des TVNIM. Le grade histologique a été de haut grade dans 57 % des cas.


Figure 2
Figure 2. 

Caractéristiques histologiques des tumeurs de vessie.




Comparaison des groupes


L'analyse comparative des deux groupes (auto-questionnaire « positif » versus « négatif ») a mis en évidence une différence statistiquement significative avec une proportion d'hommes plus élevée (p <0,001) et une intoxication tabagique plus fréquente (p =0,045) dans le groupe « positif » (Tableau 2).


Parmi les 174 patients ayant une TVNIM, les survies sans récidive à 12, 24, 36, 48 et 60 mois étaient superposables dans les deux groupes (Tableau 3). Il n'a pas existé de différence statistiquement significative entre les deux groupes en termes de survie sans récidive (HR=0,90, IC 95 % [0,59-1,38], p de Log Rank=0,629) (Figure 3).


Figure 3
Figure 3. 

Survie sans récidive des 174 tumeurs de vessie non infiltrant le muscle (TVNIM) selon leur groupe auto-questionnaire « positif » versus « négatif ».





Discussion


La fiabilité de l'auto-questionnaire de dépistage des cancers de vessie d'origine professionnelle utilisé dans cette étude a été bonne avec une sensibilité de 91,3 %, une spécificité de 86,4 %, une VPP de 93,3 %, une VPN de 82,6 % et une exactitude de 89,7 %. Le RR d'avoir été exposé à un carcinogène professionnel si l'auto-questionnaire a été « positif » a été de 6,69.


La comparaison oncologique entre les deux groupes : auto-questionnaires « positif » et « négatif » n'a pas montré de différence excepté une proportion d'hommes plus élevée et une intoxication tabagique plus fréquente dans le groupe « positif ». Les survies sans récidive ont été comparables entre les deux groupes.


Les seuls facteurs de risque professionnels permettant une indemnisation au titre de la maladie professionnelle en France sont ceux limitativement énumérés dans les tableaux de maladie professionnelle. Aucune donnée d'exposition vie entière n'est disponible en France concernant les AA et les HAP. Les seules estimations du nombre de cancers de vessie attribuables à des facteurs professionnels qui aient pu être réalisées sont donc basées sur les chiffres de la littérature internationale, en particulier européenne et nord-américaine. Les auteurs ont estimé entre 5 et 25 % la fraction des cancers de vessie d'origine professionnelle selon le pays et le niveau d'industrialisation. Il serait licite de penser que les proportions sont similaires en France. À partir de ces données, l'InVS a évalué entre 625 et 1110 cas l'incidence française annuelle des cancers de vessie attribuables à une origine professionnelle (soit 8 à 14,2 % des cancers de vessie chez les hommes). Or un petit nombre de cancers de la vessie fait l'objet d'une reconnaissance en maladie professionnelle chaque année en France. Dans notre étude, huit patients sur les 68 ayant consultés en pathologie professionnelle ont entamé une procédure de déclaration en maladie professionnelle, ce qui fait un taux de 11,7 %, correspondant aux estimations de l'InVS. Cependant, rapporté sur l'ensemble de notre population (531 patients), ce nombre correspond à un taux de 1,5 % (8/531).


Plusieurs raisons peuvent être évoquées pour tenter d'expliquer ces discordances entre chiffres estimés et cas déclarés. On peut par exemple citer le problème de la forte prévalence de la consommation tabagique constituant un facteur confondant, ou encore celui de l'évaluation rétrospective des expositions qui est rendue difficile du fait de l'absence de traçabilité des données quantitatives permettant d'évaluer l'intensité de l'exposition dans les dossiers médicaux de santé au travail. Il n'existe pas à l'heure actuelle de questionnaire validé de dépistage de repérage des expositions professionnelles pour les patients atteints de cancer de vessie. Or, au-delà de l'intérêt médical et scientifique d'une telle recherche, la reconnaissance en maladie professionnelle d'un cancer vésical permet surtout au patient de bénéficier de prestations en nature et en espèces plus avantageuses (prise en charge à 100 % des frais médicaux en rapport avec la pathologie, versement d'indemnités journalières plus élevées puis d'une rente) [12].


L'intérêt de développer et valider un auto-questionnaire est de permettre de détecter facilement chez un patient une exposition à un facteur de risque professionnel afin de pouvoir l'orienter vers une consultation de pathologie professionnelle sans pour autant surcharger une consultation urologique en remplissant le curriculum laboris complet du patient. L'auto-questionnaire étudié dans cette étude a fait la preuve d'une bonne fiabilité (exactitude de 89,7 %) dans le dépistage d'une exposition à un carcinogène professionnel, puisque sur les 46 patients s'étant présentés à la consultation de pathologie professionnelle avec un auto-questionnaire « positif », une exposition à un agent carcinogène vésical a été mise en évidence dans 91,3 % des cas. De même le RR d'être exposé à un carcinogène professionnel si l'auto-questionnaire a été « positif » a été de 6,69.


Par ailleurs, huit patients (17,4 %) ayant un auto-questionnaire « positif » avaient une exposition à un carcinogène professionnel non détectée par cet auto-questionnaire. Après analyse de ces expositions non détectées, il résulte que pour sept de ces huit patients, l'exposition objectivée à l'interrogatoire faisait pourtant partie des items du questionnaire (gaz d'échappement diesel, huiles minérales, exposition comme peintre, créosote) mais ceux-ci avaient été mal assimilés. Concernant le huitième patient, l'exposition détectée correspondait à un produit carcinogène pour le poumon (amiante), qui ne faisait donc pas partie des expositions dépistées. Cette absence de réponse ou de compréhension d'un item présent dans le questionnaire peut constituer une limite à la méthode de l'auto-questionnaire.


Enfin il est à noter que 11 patients sur les 46 ayant un auto-questionnaire « positif » avaient une consommation tabagique faible inférieure ou égale à cinq paquets-année. Parmi eux, sept n'avaient aucune intoxication tabagique. Tous ces patients avaient par ailleurs au moins une exposition jugée pertinente à un carcinogène vésical. Pour ces patients, les expositions à des carcinogènes les plus probables et identifiables en l'état actuel des connaissances sont donc professionnelles,


L'auto-questionnaire utilisé dans cette étude n'a pas été validé au préalable Cependant, aucun auto-questionnaire n'est actuellement validé pour le dépistage d'une origine professionnelle d'une tumeur de vessie. L'intérêt de notre étude a été d'étudier dans un premier temps la pertinence de cet auto-questionnaire pour secondairement le diffuser et le valider à une échelle nationale. Le problème des auto-questionnaires de dépistage reste toujours sa fiabilité et son intérêt réel sur la prise en charge du patient. En effet, les patients ayant répondu (taux de réponse de 39,9 %) se sentaient probablement plus à risque que les autres, sans pour autant que cela soit vrai, ce qui fausse les résultats sur la sensibilité et la spécificité. Certes l'auto-questionnaire ne permet pas d'être exhaustif et il n'est pas un outil parfait mais il a au moins l'avantage de sensibiliser les patients et les médecins à cette problématique.


L'objectif secondaire de notre étude était d'évaluer l'influence de l'exposition à un carcinogène professionnel sur l'histoire naturelle des cancers de vessie. L'évaluation de l'exposition est discutable, puisque tous les patients avec un auto-questionnaire « positif » ont été considérés comme ayant une exposition à un carcinogène professionnel. L'analyse réalisée n'a pas permis de mettre en évidence une différence sur le plan oncologique entre les groupes « positif » et « négatif », si ce n'est une proportion d'hommes plus élevée et une intoxication tabagique plus fréquente dans le groupe « positif ». La survie sans récidive des TVNIM était comparable entre les deux groupes. Ce résultat va dans le sens d'une étude publiée récemment par Pecoux et al. [13] qui ont montré l'absence d'impact pronostique d'une exposition à un carcinogène professionnel dans l'histoire naturelle des TVNIM, si ce n'est un âge légèrement plus jeune au diagnostic dans le groupe de patients exposés.


Conclusion


L'auto-questionnaire présenté dans ce travail s'est avéré être un outil pratique, utilisable par chaque patient atteint d'un cancer de vessie, et permettant de dépister avec une bonne sensibilité et spécificité les principaux carcinogènes auxquels il aurait pu être exposé au cours de sa carrière professionnelle. Cet auto-questionnaire n'est cependant pas exhaustif, et ne se substitue pas à un interrogatoire professionnel complet réalisé par un praticien compétent en pathologie professionnelle. Il permet simplement de sélectionner les patients le plus susceptibles d'avoir été exposés à des substances cancérogènes pour la vessie sans surcharger la consultation d'urologie et la consultation de pathologie professionnelle.


Alors que la HAS, sous l'égide de l'INCA, vient de publier un rapport sur les recommandations de bonne pratique dans le dépistage du cancer de vessie d'origine professionnelle, ce type d'auto-questionnaire constituerait un outil supplémentaire dans l'évaluation diagnostique initiale de tout patient atteint d'un cancer de vessie et permettrait de sensibiliser un peu plus les urologues à cette problématique des cancers d'origine professionnelle.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



Annexe 1. Auto-questionnaire





Merci de noter si vous avez occupé un des emplois suivants, avec le poste de travail occupé et la date de début et date de fin de poste
Secteur d'activité Non Oui Poste(s) de travail occupé(s) Début
(année)
Fin
(année)
1. Avez-vous travaillé dans l'industrie chimique ?           
Si oui, type de fabrication à préciser :            
2. Avez-vous travaillé dans l'industrie des colorants ?           
3. Avez-vous travaillé dans l'industrie du caoutchouc ?           
Si oui, était-ce dans la fabrication de pneumatiques ?            
Si autres fabrications d'articles en caoutchouc : préciser            
4. Avez-vous travaillé dans l'industrie des matières plastiques ?           
Si oui, était-ce dans la fabrication de polyuréthannes ?            
5. Avez-vous travaillé dans la coiffure ?           
Si oui, avez-vous réalisé de façon habituelle des colorations, des permanentes ?            
Si oui, avez-vous utilisé des brillantines ?            
6. Avez-vous travaillé dans l'industrie textile ?           
Si oui, y avez-vous réalisé des travaux de teinture ?            
7. Avez-vous travaillé dans l'industrie du cuir et du tannage ?           
Si oui, y avez-vous réalisé des travaux de teinture ?            
8. Avez-vous travaillé dans un laboratoire de recherche ?           
9. Avez-vous travaillé comme peintre ?           
Si oui, préciser quel type de travaux (bâtiment, décoration...)            
10. Avez-vous travaillé dans l'imprimerie ?           
11. Avez- vous travaillé dans la construction de bateaux ?           
12. Avez-vous travaillé dans une usine de fabrication d'encres ?           
13. Avez-vous travaillé dans un pressing           
14. Avez-vous travaillé dans une usine de production d'aluminium ?           
15. Avez-vous travaillé dans une usine de production de gaz ?           
16. Avez-vous travaillé dans une verrerie ?           
17. Avez-vous travaillé dans une cokerie ?           
18. Avez-vous travaillé dans la sidérurgie ?           
19. Avez-vous travaillé à l'entretien ou ramonage des chaudières/cheminées ?           
20. Avez-vous travaillé dans la métallurgie à l'usinage des métaux ?           
21. Avez-vous utilisé ou été en contact avec des huiles de coupe ?           
22. Avez-vous utilisé des huiles de décoffrage ?           
23. Avez-vous travaillé comme conducteur de véhicules ?           
Si oui, était-ce à l'intérieur de locaux de travail ?            
24. Avez-vous travaillé à la réparation et/ou à l'entretien de véhicules ?           
25. Avez-vous été exposé aux fumées de diesel ?           
26. Avez-vous effectué des travaux routiers ?           
Si oui, y avez-vous effectué des travaux d'épandage de bitumes ?            
27. Avez-vous été couvreur ou étancheur ?           
Si oui, y avez-vous effectué des travaux d'épandage de bitumes ?            
28. Avez-vous travaillé dans une fonderie d'acier et de fonte ?           
Si oui, avez-vous utilisé des « sables au noir », des noirs bitumeux ?            
29. Avez-vous travaillé dans une usine d'incinération d'ordures ménagères ?           
30. Avez-vous fait des travaux avec manipulation de goudrons ou brais de houille ?           
31. Avez-vous fait des travaux d'imprégnation de bois avec des créosotes ?           
32. Avez-vous travaillé comme pompier professionnel ?           
33. Avez-vous travaillé dans la fabrication d'anodes en graphite ?           
34. Avez-vous travaillé dans l'industrie des disques en carbone ?           
35. Avez-vous travaillé à la fabrication de produits pétroliers ?           





☆  Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Résumé des nuisances objectivées.
Type d'exposition  n   Déclaration en maladie professionnelle 
HAP seuls   20   
Huiles minérales seules (HM)  Non 
Gaz d'échappement diesel seuls (D)  Non 
HM+ Non 
Créosotes  Non 
Bitumes  Oui - 1 (Tableau no 16 bis) 
Brais de houille  Oui - 2 (Tableau no 16 bis) 
 
Fumées de soudage + HAP    
F+ Non 
 
Fumées de soudage seules (F)    
Non 
 
AA seules    
Peintre  Non 
Colorants  Oui - 1 (Tableau no 15 ter) 
 
Nitrosamines    
N-nitroso-dibutylamine  Oui - 1 (Tableau no 15 ter) 
 
Amiante + SC    
Amiante+trichloroéthylène  Non 
 
AA + HAP    
Peintre+ Non 
Caoutchouc+ Oui - 1 (Tableau no 15 ter) 
Benzidine+dérivés de houille  Non 
Pigments+fonderie  Non 
Pigments+bitumes  Oui - 1 (Tableau no 15 ter) 
 
AA + SC    
Colorants+perchloroéthylène  Non 
 
AA + SC + amiante    
Peintre+trichloroéthylène+amiante  Non 
 
SC + café + amiante    
Trichloroéthylène+café+amiante  Non 
 
Solvants chlorés    
Perchloroéthylène  Non 
 
Pesticides    
Pesticides  Non 
 
Total   42  n =



Légende :
HAP : hydrocarbures aromatiques polycycliques ; AA : amines aromatiques ; SC : solvants chlorés ; HM : huiles minérales ; D : diesel ; F : fumées de soudage.



Tableau 2 - Comparaison des groupes auto-questionnaires « positif » versus « négatif » en fonction des caractéristiques tumorales.
  Auto-questionnaire « Positif »
(n =82) 
Auto-questionnaire « Négatif »
(n =130) 
p  
Sexe       <0,001 
Homme  77  95 
Femme  35 
 
Statut tabagique       0,045 
Fumeur  68  92 
Non-fumeur  14  38 
 
Mode de découverte       0,572 
Hématurie  62  99 
Fortuit  17 
Impériosités 
Autre 
 
Nombre de tumeurs       0,543 
43  77 
> 26  38 
Non précisé  13  15 
 
Localisation tumorale       0,350 
Faces latérales  39  71 
Trigone  16  28 
Autre  27  31 
 
Taille tumorale       0,222 
<3cm  23  35 
≥3cm  22  49 
Non précisé  37  46 
 
Type histologique       0,148 
Carcinome urothélial  80  130 
Autre 
 
Grade histologique       0,819 
Bas grade  36  55 
Haut grade  46  75 
 
Stade pT       0,643 
Cis isolé 
pTa  39  72 
pT1  23  31 
≥pT2  17  21 



Légende :
Cis : carcinome in situ.



Tableau 3 - Probabilité de survie sans récidive par groupe [IC 95 %] selon temps de suivi.
  12 mois  24 mois  36 mois  48 mois  60 mois 
Négatif  71,7 %
[62,0-79,3] 
59,2 %
[48,8-68,2] 
51,2 %
[40,0-61,3] 
43,2 %
[31,6-54,4] 
34,2 %
[21,7-47,1] 
 
Positif  73,4 %
[60,7-82,5] 
60,9 %
[47,4-71,9] 
54,9 %
[41,2-66,7] 
50,1 %
[36,2-62,5] 
37,4 %
[22,8-51,8] 





Merci de noter si vous avez occupé un des emplois suivants, avec le poste de travail occupé et la date de début et date de fin de poste 
Secteur d'activité  Non  Oui  Poste(s) de travail occupé(s)  Début
(année) 
Fin
(année) 
1. Avez-vous travaillé dans l'industrie chimique ?           
Si oui, type de fabrication à préciser :            
2. Avez-vous travaillé dans l'industrie des colorants ?           
3. Avez-vous travaillé dans l'industrie du caoutchouc ?           
Si oui, était-ce dans la fabrication de pneumatiques ?            
Si autres fabrications d'articles en caoutchouc : préciser            
4. Avez-vous travaillé dans l'industrie des matières plastiques ?           
Si oui, était-ce dans la fabrication de polyuréthannes ?            
5. Avez-vous travaillé dans la coiffure ?           
Si oui, avez-vous réalisé de façon habituelle des colorations, des permanentes ?            
Si oui, avez-vous utilisé des brillantines ?            
6. Avez-vous travaillé dans l'industrie textile ?           
Si oui, y avez-vous réalisé des travaux de teinture ?            
7. Avez-vous travaillé dans l'industrie du cuir et du tannage ?           
Si oui, y avez-vous réalisé des travaux de teinture ?            
8. Avez-vous travaillé dans un laboratoire de recherche ?           
9. Avez-vous travaillé comme peintre ?           
Si oui, préciser quel type de travaux (bâtiment, décoration...)            
10. Avez-vous travaillé dans l'imprimerie ?           
11. Avez- vous travaillé dans la construction de bateaux ?           
12. Avez-vous travaillé dans une usine de fabrication d'encres ?           
13. Avez-vous travaillé dans un pressing           
14. Avez-vous travaillé dans une usine de production d'aluminium ?           
15. Avez-vous travaillé dans une usine de production de gaz ?           
16. Avez-vous travaillé dans une verrerie ?           
17. Avez-vous travaillé dans une cokerie ?           
18. Avez-vous travaillé dans la sidérurgie ?           
19. Avez-vous travaillé à l'entretien ou ramonage des chaudières/cheminées ?           
20. Avez-vous travaillé dans la métallurgie à l'usinage des métaux ?           
21. Avez-vous utilisé ou été en contact avec des huiles de coupe ?           
22. Avez-vous utilisé des huiles de décoffrage ?           
23. Avez-vous travaillé comme conducteur de véhicules ?           
Si oui, était-ce à l'intérieur de locaux de travail ?            
24. Avez-vous travaillé à la réparation et/ou à l'entretien de véhicules ?           
25. Avez-vous été exposé aux fumées de diesel ?           
26. Avez-vous effectué des travaux routiers ?           
Si oui, y avez-vous effectué des travaux d'épandage de bitumes ?            
27. Avez-vous été couvreur ou étancheur ?           
Si oui, y avez-vous effectué des travaux d'épandage de bitumes ?            
28. Avez-vous travaillé dans une fonderie d'acier et de fonte ?           
Si oui, avez-vous utilisé des « sables au noir », des noirs bitumeux ?            
29. Avez-vous travaillé dans une usine d'incinération d'ordures ménagères ?           
30. Avez-vous fait des travaux avec manipulation de goudrons ou brais de houille ?           
31. Avez-vous fait des travaux d'imprégnation de bois avec des créosotes ?           
32. Avez-vous travaillé comme pompier professionnel ?           
33. Avez-vous travaillé dans la fabrication d'anodes en graphite ?           
34. Avez-vous travaillé dans l'industrie des disques en carbone ?           
35. Avez-vous travaillé à la fabrication de produits pétroliers ?           




Références



Belot A., Grosclaude P., Bossard N., Jougla E., Benhamou E., Delafosse P., et al. Cancer incidence and mortality in France over the period 1980-2005 Rev Epidemiol Sante Publique 2008 ;  56 (3) : 159-175 [inter-ref]
Rican S., Jougla E., Roudier Daval C., Gancel S., Gourdon G., Salem G., et al. Atlas de la mortalité par cancer en France métropolitaine : évolution 1970-2004  : Institut national du cancer (2008). 
Ferlay J., Shin H.R., Bray F., Forman D., Mathers C., Parkin D.M. Estimates of worldwide burden of cancer in 2008: GLOBOCAN 2008 Int J Cancer 2010 ;  127 (12) : 2893-2917 [cross-ref]
Pfister C., Roupret M., Wallerand H., Davin J.L., Quintens H., Guy L., et al. Recommandations en onco-urologie 2010 : tumeurs urotheliales Prog Urol 2010 ;  20 (Suppl. 4) : S255-S274 [inter-ref]
Bang K.M. Epidemiology of occupational cancer Occup Med 1996 ;  11 (3) : 467-485
Delclos G.L., Lerner S.P. Occupational risk factors Scand J Urol Nephrol Suppl 2008 ;  218 : 58-63 [cross-ref]
Kogevinas M., t Mannetje A., Cordier S., Ranft U., Gonzalez C.A., Vineis P., et al. Occupation and bladder cancer among men in Western Europe Cancer Causes Control 2003 ;  14 (10) : 907-914 [cross-ref]
Nurminen M., Karjalainen A. Epidemiologic estimate of the proportion of fatalities related to occupational factors in Finland Scand J Work Environ Health 2001 ;  27 (3) : 161-213 [cross-ref]
Schoenberg J.B., Stemhagen A., Mogielnicki A.P., Altman R., Abe T., Mason T.J. Case-control study of bladder cancer in New Jersey. I. Occupational exposures in white males J Natl Cancer Inst 1984 ;  72 (5) : 973-981
Vineis P., Pirastu R. Aromatic amines and cancer Cancer Causes Control 1997 ;  8 (3) : 346-355 [cross-ref]
Vineis P., Simonato L. Proportion of lung and bladder cancers in males resulting from occupation: a systematic approach Arch Environ Health 1991 ;  46 (1) : 6-15 [cross-ref]
Saint F., Petit J., Doutrelot-Philipon C. Les tumeurs de vessie d'origine professionnelle : modalités pratiques de reconnaissance en maladie professionnelle Prog Urol 2003 ;  13 (5 Suppl 2) : 1215-1224
Pecoux F., Fantoni J.C., Berthon N., Lepage N., Sobaszek A., Sebbane N., et al. Influence des expositions professionnelles dans les cancers n'infiltrant pas le muscle detrusor. Résultats préliminaires d'une étude prospective d'octobre 2005 à février 2009 Prog Urol 2011 ;  21 (6) : 405-411 [cross-ref]






© 2013 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.