Évaluation d’un outil pédagogique pour l’apprentissage de la technique chirurgicale d’abaissement testiculaire

25 septembre 2016

Auteurs : E. Haraux, P. Ravasse, D. Sharma, J.P. Canarelli, R. Gouron, X. Tillou
Référence : Prog Urol, 2016, 9, 26, 507-516
Introduction

La formation pratique de l’interne de chirurgie repose sur le compagnonnage rendu difficile actuellement notamment par l’augmentation du nombre d’internes en formation. Nous avons créé un outil pédagogique visant à favoriser l’apprentissage d’une technique de chirurgie urologique classique, l’abaissement testiculaire et sa validation. L’objectif était d’évaluer l’applicabilité et la pertinence de cet outil.

Matériel et méthodes

L’outil était une fiche d’évaluation technique réalisée à partir de documentation de référence. Les formateurs devaient évaluer les internes à 3 moments du semestre (0, 3 et 6 mois). Les internes s’évaluaient mensuellement avec la même fiche (auto-évaluations).

Résultats

Trois formateurs et 6 internes en stage de chirurgie pédiatrique ont participé à l’étude entre mai et novembre 2013. L’évaluation initiale a permis de vérifier les acquis théoriques avant le début de cet apprentissage pratique. Le niveau des internes était très inégal en début de semestre et homogène à la fin. Les évaluations mensuelles ont montré une augmentation significative et progressive des notes. Les notes des évaluations intermédiaire et finale ont été progressivement croissantes et toujours supérieures aux notes des auto-évaluations précédentes (p <0,05). L’outil a été jugé simple et utile par les participants.

Conclusion

L’outil proposé était applicable et pertinent pour l’apprentissage technique de l’abaissement testiculaire dans cette population d’internes. Une étude à plus grande échelle serait utile pour le confirmer. Ce type d’outil pourrait être appliqué aux techniques simples et courantes de chirurgie afin d’enrichir les outils pédagogiques utilisés dans cette formation.

Niveau de preuve

4.




 




Introduction


En France, le cursus de l'interne en formation de chirurgie générale comprend 10 stages d'un semestre dans des services de chirurgie. Selon la réglementation de la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS), la validation administrative de chaque stage nécessite qu'un document complété par le chef de service soit remis à la scolarité de l'UFR dans laquelle le candidat est inscrit, celle-ci transmet la décision de validation à l'Agence régionale de santé. Ce document reste un document officiel de validation stricte et n'a pas de mission pédagogique.


Par ailleurs, la plupart des collèges de chirurgiens ont édité des objectifs pédagogiques et un carnet de stage (« log book ») devant être complété au long du cursus (enseignements suivis, diplômes obtenus, publications, communications et interventions réalisées) avec parfois des fiches d'évaluation semestrielle plus détaillées. Il n'existe pas d'outil officiellement utilisé pour la formation pratique et son évaluation. Nous avons alors créé un outil pédagogique d'auto- et d'hétéro-évaluations pour l'apprentissage pratique d'une technique opératoire par l'interne et la validation par ses pairs. Pour cela, nous avons choisi une intervention de chirurgie pédiatrique courante : l'abaissement testiculaire par voie inguinale et scrotale (AT).


Le but de cette étude était d'évaluer la pertinence et l'applicabilité de cet outil. Nous avons réalisé un questionnaire destiné aux internes concernant leur ressenti sur la formation pratique qu'ils recevaient puis nous avons testé l'outil durant un semestre et enfin, recueilli les résultats des évaluations et l'avis des internes et de leur formateur concernant l'outil.


Matériel et méthode


Création de l'outil


Choix de l'intervention chirurgicale


Le choix de la technique chirurgicale s'est basé sur le système PUIGEP, permettant de dégager les critères de prévalence, d'urgence, d'intervention possible, de gravité, d'exemplarité pédagogique et de prévention possible de l'objectif.


L'objectif d'apprentissage choisi était l'apprentissage de l'abaissement testiculaire par voie inguinale et scrotale (AT). Le testicule non descendu (TND) est une pathologie très fréquente (1 % des enfants de 1 an) dont le traitement est exclusivement chirurgical (AT) [1]. En 2012, selon l'Agence technique d'information sur l'hospitalisation, 7497 enfants ont été pris en charge pour un TND. La majorité de ces interventions ont été réalisées en secteur public (69 %) [2]. Cette intervention doit être réalisée autour de l'âge d'un an pour minimiser les risques d'hypofertilité et de cancer, ainsi que pour des raisons psychologiques et esthétiques. L'existence d'un TND est donc potentiellement grave.


L'apprentissage de cette intervention est indispensable à la formation du chirurgien pédiatre et de l'urologue. La voie d'abord inguinale utilisée pour l'abaissement testiculaire est similaire dans le traitement des fréquentes pathologies herniaire et testiculaire. Cette intervention dans cette étude fait donc preuve d'exemplarité pédagogique.


Ainsi, le choix de l'AT a été choisi comme objectif pour créer l'outil pédagogique.


Création de la fiche technique


Nous avons voulu créer un outil pédagogique objectif et unique, permettant l'auto- et l'hétéro-évaluation des internes de chirurgie, au cours d'une intervention chirurgicale. Il s'agissait d'une fiche technique détaillant les objectifs à atteindre pour acquérir une compétence, soit les différentes étapes de l'intervention de l'AT. Elle a été réalisée à l'aide de l'encyclopédie médico-chirurgicale, outil de référence, utilisée communément en chirurgie [3] (Figure 1). Elle a été testée par 3 internes et un chirurgien senior qui les aidait à réaliser un AT le semestre précédent la mise en place de l'étude dans le service qui pilotait l'étude pour évaluer la cohérence et la compréhension des items. Elle est composée de 26 items, répartis en 4 étapes opératoires : installation, incision, dissection et fermeture. Huit items concernent des connaissances théoriques (le « Savoir ») et 18 des connaissances pratiques (le « Faire »).


Figure 1
Figure 1. 

Grille d'évaluation.




Protocole d'utilisation de l'outil


Bases pédagogiques


Nous nous sommes basés sur des notions de pédagogie pratique pour créer le protocole d'utilisation de l'outil.


La formation à une technique chirurgicale débute par une formation théorique apportant les bases anatomiques et techniques du geste. C'est, selon Fitts et Postner (1969), la phase cognitive de l'apprentissage. En théorie, l'apprentissage passe par trois phases initiales de perception, de sélection et de mémorisation essentielles pour la réalisation future du geste. L'apprenant reconnaît les étapes apprises en théorie et les gestes décrits. Il met en place un scénario qu'il tentera de reproduire par imitation. Cette phase cognitive correspond à l'étape d'évaluation initiale (E0) de notre protocole au cours de laquelle le formateur devait faire une démonstration de la technique chirurgicale tout en vérifiant les connaissances théoriques.


Les processus d'apprentissage passent ensuite par 2 autres stades, les stades associatif et d'automatisation. L'interne va durant les mois suivants réaliser la technique, aidé par le chirurgien formateur. Durant l'exécution guidée et répétée des actes chirurgicaux, il apprend les gestes utiles, gagne en précision et en sûreté. Ces gestes deviennent automatiques puis acquis. La métacognition est la prise de conscience de ses propres savoirs et de ses méthodes, elle est primordiale pour la progression. Il s'agit d'un processus intellectuel difficile qui nécessite de se comparer à une référence. Il est la base de toute auto-évaluation. Cette phase d'apprentissage correspond dans le protocole à l'étape d'auto-évaluation par l'interne. Le fait de matérialiser cette évaluation par une note permet à l'interne d'obtenir une évaluation qui n'est pas systématiquement faite mais aussi de réfléchir à distance de l'intervention au résultat obtenu.


Durant la phase d'apprentissage, une hétéro-évaluation permet à l'apprenant grâce à un rétrocontrôle objectif d'être guidé dans sa démarche de progression. En comparant les résultats de son auto-évaluation à l'évaluation du maître, il peut corriger ses erreurs, accentuer les efforts sur les performances non maîtrisées et constater ses progrès. D'un point de vue mnésique, l'auto-évaluation améliore la rétention lorsque l'évaluation est faite après la « correction ». La connaissance du résultat informe, guide et renforce les acquis. Ainsi, une évaluation à mi-parcours par l'enseignant a été mise en place dans le protocole.


La phase d'apprentissage doit s'achever par une évaluation pour être validée, elle correspond à l'évaluation finale par le formateur.


Description du protocole


L'étude s'est déroulée sur un semestre (mai à octobre 2013). Nous avons sollicité les formateurs (4 praticien hospitalier professeur universitaire [PUPH] référents des services de chirurgie pédiatrique des CHU de l'inter-région Nord [Lille, Rouen, Caen et Amiens]) et leurs internes. Après information manuscrite, leur consentement a été recueilli. Une fois les données spécifiques de chaque interne recueillies (âge, sexe, formation), les données concernant les notes ont été anonymisées. Les centres participants et les internes ont alors été désignés par un chiffre.


Les formateurs avaient comme consigne de réaliser 3 évaluations (hétéro-évaluations) à des temps précis de l'étude :

une évaluation initiale (E0) au début du semestre.
Au début du stage, le formateur devait vérifier la maîtrise des connaissances théoriques (prérequis à l'apprentissage pratique) et faisait une démonstration de la technique d'AT. Les internes participant à l'étude devaient donc avoir les connaissances médicales nécessaires à la prise en charge des enfants présentant un TND (physiopathologie, anatomie, présentation clinique, indication opératoire et technique chirurgicale) ;
une évaluation intermédiaire (E1) à 3 mois ;
une évaluation finale (E2) à 6 mois.


Ils remettaient aux internes un cahier consignant toutes les fiches dévaluation.


Les internes avaient comme consigne de réaliser 6 évaluations (auto-évaluations) à la fin de chaque mois de formation (M1 à M6). Ils avaient connaissance des notes précédentes.


Chaque item de la fiche technique devait être noté de 0 à 10 points. Zéro correspondait à « jamais réalisé » ou « non connu » et 10 correspondait à « connu » ou « maîtrisé » en fonction du caractère théorique ou pratique de l'apprentissage à évaluer. Nous avons choisi une cotation numérique afin de réaliser des comparaisons chiffrées pour l'étude. La note finale était rapportée à 100.


Le cahier remis aux internes comprenait également des questionnaires :

un questionnaire nous permettant de définir la population des internes (âge, sexe, année de formation, diplôme d'études spécialisées (DES) préparé, nombre(s) de semestre(s) effectué(s) dans la spécialité) ;
un questionnaire d'évaluation de la formation en chirurgie devant être renseigné par les internes nous permettant de justifier la nécessité d'outil complémentaire ;
un questionnaire d'évaluation de l'outil devant être renseigné par les internes et les formateurs nous permettant d'évaluer la qualité de l'outil.


Tous les questionnaires ont été rédigés sous forme de questions à réponse fermée avec commentaire. Les données ont ensuite été recueillies et exploitées.


Statistiques


Les résultats des évaluations sont exprimés sous forme de note en pourcentage et de moyenne avec écart-type.


Nous avons comparé les résultats de la première et de la dernière auto-évaluation renseignée par les internes. Nous avons également comparé les résultats des auto-évaluations intermédiaires (M3) à ceux des évaluations intermédiaires (E1) et les résultats des dernières auto-évaluations renseignées (M6) à ceux des évaluations finales (E2). Ces comparaisons ont été faites par un test de Wilcoxon (p <0,05) à l'aide du logiciel Statview®. Le seuil de significativité était p <0,05.


Résultats


Population


Les PUPH de chirurgie pédiatrique viscérale et urologique de 3 services de l'inter-région Nord ont accepté de participer à l'étude (1 coordonnateur interrégional, 2 coordonnateurs régionaux responsables de la formation des internes, 75 % des services de l'inter-région Nord).


Sur les 9 internes en formation dans les services participants, 6 ont participé. Le taux de participation des internes était donc de 66 % dans les services participants et de 50 % dans les 4 services de l'inter-région. Dans 2 centres, 3 internes étaient inscrits hors filière de chirurgie générale et n'ont pas souhaité participer.


Parmi les 6 internes participants, 4 étaient de sexe masculin. L'âge moyen était de 27±1 ans. Ils préparaient tous un diplôme d'études spécialisées (DES) de chirurgie générale, 2 des DES complémentaire (DESC) de chirurgie maxillo-faciale et stomatologie (CMF), 2 des DESC d'urologie et 2 de chirurgie infantile option viscérale et urologie (CI). Un seul interne avait déjà validé 2 semestres de chirurgie infantile.


Questionnaire d'évaluation de la formation en chirurgie pédiatrique


Ce questionnaire a été renseigné par tous les internes. Tous les internes trouvaient la formation pratique correcte. La moitié pensait qu'elle était suffisante, l'autre moitié insuffisante. Cinq sur six pensaient qu'elle pourrait être améliorée. Deux souhaitaient réaliser plus de gestes et être plus régulièrement évalués. L'évaluation actuelle était jugée suffisante pour la moitié des internes et insuffisante pour l'autre moitié. Deux tiers jugeaient qu'elle leur permettait de progresser.


Évaluation initiale par le formateur (E0)


Les évaluations initiales ont toutes été réalisées (Tableau 1). Les internes avaient des niveaux très inégaux au début de l'étude. La note moyenne de l'évaluation E0 était de 55±21 sur 100. Les items « Savoir » étaient connus avec une note moyenne de 80±10 sur 100. Les items « Faire » étaient non maîtrisés avec une note globale de 43±27 sur 100. Hormis l'installation notée en moyenne à 86±11 sur 100, les autres étapes étaient moins bien notées (incision : 53±42, dissection : 39±23, fermeture : 49±35 sur 100).


On remarque que les internes 1 et 2 avaient obtenu des notes plus élevées notamment sur les items pratiques (« Faire »). Cette évaluation avait été réalisée à 1 mois du début de l'étude.


Évaluations mensuelles par l'interne (M1 à M6)


Quatre internes ont réalisés 6 auto-évaluations, 1 interne 5 et 1 interne 4, omettant respectivement les évaluations M6 et les évaluations M5 et M6 (Figure 2). Tous les items de la fiche d'évaluation ont été renseignés sauf l'item sur le nombre d'AT réalisés. Trois internes ont partiellement répondu sur le nombre d'AT : les réponses étaient très variables allant de 0 à 10 AT comme aide et 0 à 6 comme opérateurs aidé par mois. Les notes obtenues dans l'étape d'installation étaient rapidement élevées, les items « Savoir » étaient mieux notés que les items « Faire » aux premières évaluations. Concernant les étapes opératoires, les internes s'étaient tous attribués des notes progressivement croissantes, elles étaient toutes significativement supérieures entre le début et la fin du semestre (Tableau 2). La marge de progression de l'interne ayant déjà validé 2 semestres de chirurgie pédiatrique était plus faible, son niveau étant élevé au début du semestre.


Figure 2
Figure 2. 

Graphique et résultats des auto-évaluations aux étapes opératoires des internes.




Évaluations intermédiaire et finale par le formateur (E1 et E2)


Les formateurs ont évalué les internes à mi-semestre et à la fin du semestre. Tous les items ont été notés. Les notes des étapes opératoires données par les formateurs étaient toujours supérieures et souvent significativement supérieures à celle des auto-évaluations réalisées au même moment de la formation (Tableau 2). Cette différence était surtout visible pour les étapes les plus complexes.


Les notes données par les formateurs lors de l'évaluation finale (E2) étaient bonnes et correspondaient à une technique quasiment maîtrisée (note entre 85 et 100 sur 100) (Figure 3). Les notes se sont élevées au cours des évaluations avec une diminution des variations de résultats entre les internes (augmentation de moyenne et diminution des écarts-types). Les notes données semblaient également comparables alors que le niveau initial était inégal. Les internes déjà entraînés aux étapes d'installation, d'incision et de fermeture dans leur pratique courante ont reçu des meilleures notes pour ces items.


Figure 3
Figure 3. 

Graphique et résultats de notes aux évaluations M6 et E2 des étapes opératoires.




Questionnaire d'évaluation de l'outil


Ce questionnaire a été renseigné par 3 formateurs et 4 internes (Tableau 3).


Les internes et les formateurs ont trouvé l'outil simple à utiliser, utile pour la progression et l'évaluation du niveau de pratique.


D'après les commentaires libres complétant le questionnaire des internes, l'outil permettait une définition des étapes, favorisait la répétition et permettait grâce aux évaluations de mettre en évidence les points faibles. Ils ont ajouté que la présentation et l'utilisation du cahier et les items étaient simples et clairs. Pour les formateurs, la fiche permettait une définition claire et précise de chaque étape.


Discussion


Depuis sa création au début du XIXe siècle, l'internat a considérablement évolué se modifiant aux grès de l'évolution de la société. La diminution du temps de formation, l'augmentation du nombre d'internes à former, les exigences croissantes des patients ainsi que la pression réglementaire actuelle rendent le compagnonnage et l'apprentissage pratique difficiles [4, 5, 6].


Les réponses au questionnaire d'évaluation de la formation chirurgicale ont montré que les internes souhaitaient que la formation pratique soit améliorée, qu'ils ressentaient la nécessité de réaliser plus de gestes et d'être plus fréquemment évalués durant leur formation. Même s'il s'agit seulement d'une enquête d'opinion et qu'elle est réalisée à une petite échelle (3 CHU parmi les 32 CHU français durant un semestre, 5 % des internes inscrits en DESC de chirurgie pédiatrique viscérale), le besoin d'adapter la formation pratique au contexte actuel semble réel. Le compagnonnage doit rester la base de l'enseignement pratique de l'interne pour assurer tant pour le patient que pour l'interne en formation l'appui d'un chirurgien expérimenté. Nous devons cependant adapter les méthodes de formation pour que sa qualité perdure. Dans certains pays [7, 8], l'évaluation des acquis pratiques se développe. En France, le Collège français des urologues souhaite développer le cahier clinique de l'interne et l'enrichir d'une application issue du canada basée sur un logiciel de suivi de l'activité [9].


Les stages de chirurgie pédiatrique sont souvent choisis par des internes qui réalisent leur tronc commun de formation de chirurgie générale avant de se former à une spécialité, la chirurgie pédiatrique ou une autre spécialité comme l'urologie. Il est important que les interventions de chirurgie courante soient connues et maîtrisées par ces futurs praticiens qui seront habilités à opérer des enfants, notamment les futurs urologues qui pratiqueront des AT. L'outil a été utilisé par tous les internes avec des résultats comparables quel que soit le DESC dans lequel il était inscrit. Cet outil ne semble pas spécifiquement destiné aux internes de DESC de chirurgie pédiatrique et utilisable pour les internes de chirurgie de DES de chirurgie générale. Il pourrait être décliné pour d'autres objectifs dans différentes spécialités chirurgicales.


L'évaluation initiale devait permettre la vérification des connaissances théoriques de l'interne avant l'apprentissage pratique et une démonstration de la technique par le formateur. À cette évaluation, les items « Savoir » étaient effectivement connus de tous les internes tandis que les items « Faire » étaient non maîtrisés. Le protocole permettait ainsi de vérifier que les connaissances théoriques (prérequis) étaient acquises. On peut se demander si le fait d'être soumis à une évaluation initiale ne stimulerait pas d'avantage les internes à travailler pour acquérir ces connaissances théoriques requises.


Les résultats des différentes auto-évaluations montraient que tous les internes se donnaient des notes progressivement croissantes au fil des mois. Nous avons pu objectiver une progression mais pas pu évaluer si l'outil majorait cette progression puisque nous n'avions pas de groupe témoin d'internes évalués sans avoir utilisé l'outil.


Si la note donnée par les formateurs et les internes lors des premières évaluations à l'étape d'installation du patient était élevée, les notes des autres étapes l'étaient moins. En effet, si l'installation est une étape rapidement maîtrisée par un interne connaissant la technique opératoire, les autres étapes sont celles qui nécessitent une formation pratique spécifique et plus importante pour être comprises et acquises. Les notes concernant ces étapes ont augmenté au cours de la formation jusqu'à atteindre un niveau important correspondant au niveau qu'on peut attendre d'un interne après un semestre de formation.


Les notes attribuées par les formateurs étaient également progressivement croissantes, au moins égales à celles données par les internes et très élevées pour tous les internes en fin de semestre. Elles étaient également homogènes en fin de semestre entre les internes et quels que soient les formateurs les ayant données. Le protocole permettait de constater objectivement une progression et de valider une compétence. Les réponses des internes et des formateurs au questionnaire d'évaluation suggèrent que l'outil est utile pour évaluer le niveau de pratique et qu'il favorise la progression. Une étude à plus grande échelle serait nécessaire pour le démontrer statistiquement.


Les notes des formateurs étaient significativement supérieures à celle des auto-évaluations en même temps. Il semble difficile pour les apprenants de déterminer quand la compétence est acquise. S'il nous apparaissait primordial de réaliser cette évaluation intermédiaire pour améliorer la progression de l'interne, son intérêt n'a pas pu être démontré.


Les formateurs et les internes ont jugé cette fiche utile et claire. Le principal avantage mis en avant par les formateurs lors de l'évaluation de l'outil est que ce support matériel définissait les objectifs précis aidant l'interne à identifier ses objectifs de formation. Ils ont remarqué qu'un support détaillé constituait déjà un outil utile pour ce type de formation. S'il est relativement simple d'évaluer le niveau de pratique de l'interne pour un formateur expert sans ce support grâce à son expérience et sa connaissance, l'auto-évaluation par un novice doit être aidée. La fiche semble être un outil simple pour lui rappeler les objectifs et lui permettre de s'auto-évaluer objectivement. Cette fiche a également l'avantage de l'autonomiser dans la gestion de sa formation. L'interne s'autocritique et progresse aidé par cet outil.


Du point de vue des internes, l'utilisation d'une fiche d'évaluation a stimulé les formateurs dans leur implication d'enseignant. En effet, les pratiques divergent selon les formateurs. Chaque formateur a une personnalité et des convictions concernant les théories et les techniques d'enseignement. L'utilisation systématique de fiche d'évaluation des techniques de base pourrait stimuler à la fois l'apprenant et l'enseignant vers une formation plus encadrée et avec plus d'entraînement.


Pour l'interne déjà formé à la technique, les résultats étaient déjà élevés au début de l'étude et ont malgré tout augmenté. Il semblerait plus opportun d'utiliser ce type d'outil en début de formation. Il prend tout son sens lorsque l'interne « junior » commence sa formation et découvre les techniques.


Les résultats de cette étude ont été présentés au Collège de chirurgie pédiatrique qui souhaite enrichir le livret de l'interne d'outil pédagogique. Il serait intéressant de créer une fiche pédagogique pour les interventions les plus courantes et de les intégrer au programme de formation et d'évaluation des internes. Cependant, pour que cet outil soit accepté par les formateurs et les internes, il faudra le rendre le plus pratique possible. Cet outil a été jugé par les participants comme simple et clair mais nous avons remarqué que certaines évaluations n'avaient pas été renseignées par l'interne. L'abstention à 3 évaluations laisse à penser qu'il faudrait limiter le nombre d'auto-évaluation, probablement à 3 par semestre.


Le taux de participation à l'étude n'a pas été total. La mise en place d'outil pédagogique, d'autant plus dans le cadre d'une étude, est difficile. Le principal obstacle semble être le temps : celui du formateur qui est partagé entre l'activité clinique, de recherche et d'enseignement et celui de l'interne qui est partagé entre l'activité clinique et sa formation. La faisabilité future d'un tel outil dépendra des moyens mis en Å“uvre pour le rendre pratique mais également obligatoire dans la maquette des internes. À l'heure où le 3e cycle des études médicales est en cours de réforme et le raccourcissement de sa durée en plein débat, il faut garder à l'esprit qu'il faut s'astreindre à consacrer du temps à la formation des internes et que les outils peuvent nous aider dans cette tâche.


Conclusion


Cette étude préliminaire sur la pertinence et l'applicabilité d'un outil pédagogique dans l'apprentissage d'une technique chirurgicale d'urologie nous donne des résultats concordants et positifs (notes croissantes, élevées et homogènes des évaluations et réponses favorables au questionnaire d'évaluation de l'outil).


Les principaux avantages de l'utilisation d'une telle fiche sont pour résumer :

l'exposition claire et simple d'objectifs pédagogiques ;
l'auto-évaluation puis l'évaluation du formateur permettant un rétrocontrôle, une correction des erreurs et un renforcement des acquis ;
la stimulation de l'enseignant et de l'apprenant à la répétition ;
la possibilité de réaliser une validation de l'apprentissage.


Il serait envisageable de développer ce type d'outil pour un nombre restreint d'intervention, les interventions fréquentes et indispensables à la formation de l'interne de chirurgie afin de favoriser l'apprentissage technique et sa validation.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Résultats des hétéro-évaluations en pourcentage.
Notes (%)  E0 
E1 
E2 
  Interne 
M±ET  Interne 
M±ET  Interne 
M±ET 
       
Savoir/Faire                                            
Savoir  86  90  68  88  68  84  80±10  95  98  90  100  95  100  96±10  95  98  90  100  95  100  96±10 
Faire  69  81  21  33  13  42  43±27  83  84  63  88  79  99  83±27  83  84  63  88  79  99  83±27 
Total  74  83  35  50  30  55  55±21  87  88  72  92  84  99  87±21  87  88  72  92  84  99  87±21 
 
Étapes de l'intervention                                            
Installation  92  92  80  100  68  83  86±11  100  100  100  100  100  100  86±11  100  100  100  100  100  100  86±11 
Incision  100  85  25  25  85  53±42  100  90  60  100  75  100  53±42  100  90  60  100  75  100  53±42 
Dissection  63  70  19  33  15  31  39±23  77  81  62  87  75  99  39±23  77  81  62  87  75  99  39±23 
Fermeture  67  100  30  33  67  49±35  100  100  70  93  100  100  49±35  100  100  70  93  100  100  49±35 
Moyenne  80  87  39  42  27  66  57±24  94  93  73  95  88  100  57±24  94  93  73  95  88  100  57±24 
 
Dissection                                            
Connaître les étapes  100  100  10  100  80  100  82±36  60  100  60  100  80  100  82±36  60  100  60  100  80  100  82±36 
Réaliser dissection et exposition  53  67  10  17  17  27±26  63  80  63  93  83  100  27±26  63  80  63  93  83  100  27±26 
Libération du testicule  35  50  23  50  25  30±19  50  58  60  90  73  95  30±19  50  58  60  90  73  95  30±19 
Traitement du sac  80  100  20  33±45  100  100  50  50  80  100  33±45  100  100  50  50  80  100  33±45 
Vérification du T  80  100  30  100  50  100  77±30  100  100  70  100  80  100  77±30  100  100  70  100  80  100  77±30 
Abaissement testiculaire  80  70  22  20  10  20  37±30  100  90  64  84  70  100  37±30  100  90  64  84  70  100  37±30 
Total  67  70  19  33  15  31  39±24  77  81  62  87  75  99  39±24  77  81  62  87  75  99  39±24 
Moyenne  71  81  19  45  26  44  48±24  67  88  61  86  78  99  48±24  67  88  61  86  78  99  48±24 



Légende :
M : moyenne ; ET : écart-type.



Tableau 2 - Comparaison statistiques des notes moyennes (%) des auto-évaluations M1 et M6 et des notes moyennes des auto-évaluations (M3 et M6) à celles des évaluations intermédiaires et finales (E1 et E2).
  M1  M6  M3  E1  M6  E2 
Savoir  67  96*  87  96  96  99 
Faire  49  84*  72  82*  84  94* 
Total  54  88*  77  87*  88  96* 
Installation  74  98*  91  100  98  99 
Incision  47  91*  72  87*  91  98 
Dissection  47  82*  70  79*  82  93* 
Fermeture  57  92*  84  94  92  100 
Moyenne  56  90*  79  90*  91  98* 
Connaître les différentes étapes de la dissection  37  87  78  83  86  100* 
Réaliser la dissection et l'exposition  43  86*  71  80  86  98* 
Libération du testicule  45  75  65  71  75  86* 
Traitement du sac herniaire  52  77  73  77  77  90 
Vérification du T  63  87  71  92  87  93 
Abaissement testiculaire  86*  73  84*  86  97* 
Total dissection  47  82*  70  80*  82  94* 
Moyenne  48  83*  72  81  83  94* 



Légende :
*p <0,05. Les internes 5 et 6 n'ayant pas renseigné toutes les auto-évaluations, les notes de la dernière auto-évaluation renseignée remplacent les notes de l'évaluation M6.



Tableau 3 - Réponses au questionnaire d'évaluation de l'outil.
  Oui  Non  Commentaires 
Réponses des internes        
Considérez-vous que l'outil proposé       
Était facile à utiliser ?    Présentation claire (livret). Items simples 
Vous a été utile pour évaluer votre niveau de pratique ?    Mise en évidence des points faibles 
Vous a été utile pour évaluer votre progression ?     
Vous a permis de progresser ?    Favorise la répétition
Définition des étapes 
 
Réponses des formateurs        
Considérez-vous que l'outil proposé       
Est facile à utiliser ?     
Vous est utile pour évaluer objectivement le niveau de pratique de l'interne ?     
Vous est utile pour évaluer objectivement sa progression ?     
Lui a permis de progresser ?    Définition claire des étapes 




Références



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Serveur de statistiques en ligne de l'ATIH. [Disponible sur : catalogmco.php ; Online].
Biserte J. Chirurgie du testicule non descendu  Paris: Éditions Scientifiques et médicales Elsevier (2001). [11 p.].
Heloury Y. Démographie de la spécialité : rapport du collège hospitalier et universitaire de chirurgie pédiatrique  :  (2007). 
Lechevallier J. Démographie de la chirurgie pédiatrique en France en 2012  :  (2012). 
Scalabre A., Bourgeois E., Peycelon M., Pons M., Raux S., Kohler R., et al. L'avenir de la chirurgie pédiatrique en France : la démographie des chirurgiens pédiatres en formation Pedagogie Med 2011 ;  12 (1) : 49-56
Sachdeva A.K., Bell R.H., Britt L.D., Tarpley J.L., Blair P.G., Tarpley M.J. National efforts to reform residency education in surgery Acad Med 2007 ;  82 (12) : 1200-1210 [cross-ref]
Bell R.H. National curricula, certification and credentialing Surgeon 2011 ;  9 (Suppl. 1) : S10-S11 [cross-ref]
Ruffion A., Arnouil N., Tamarelle B., Michaud C., Ourfali S., et al. T-Res : le futur de l'évaluation des internes en urologie ? Prog Urol 2014 ;  24 (13) : 836 [inter-ref]






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