Evaluation détaillée de la fonction sexuelle après prostatectomie radicale : la satisfaction des patients est-elle corrélée à la qualité des érections ?

16 juillet 2001

Mots clés : prostatectomie radicale, complication iatrogène, sexualité, érection, Qualité de vie
Auteurs : Lerner SE, Richards SL, Benet AE, Kahan NZ, Fleischmann JD, Melman A
Référence : Prog Urol, 1996, 6, 552-557
INTRODUCTION : D'après les données des dossiers médicaux, jusqu'à 80% des patients auraient une fonction sexuelle normale après prostatectomie radicale. Cependant ces données sur la fonction sexuelle recueillies par les médecins peuvent ne pas être totalement représentatives de la fonction sexuelle réelle des patients après prostatectomie et plus particulièrement ne correspondent pas forcément au niveau de satisfaction des patients. Nous avons donc réalisé une étude prospective qui a mesuré la fonction sexuelle à la fois sur des données subjectives : dossier médical, entretien médical, réponse à un autoquestionnaire, et sur des mesures objectives de la qualité des érections. PATIENTS ET METHODES : Onze patients âgés en moyenne de 59 ans qui avaient subi une prostatectomie radicale avec préservation des bandelettes nerveuses ont été inclus dans cette étude. Tous les patients ont répondu à un entretien médical par téléphone portant sur leur fonction sexuelle. Les érections ont ensuite été étudiées de manière objective deux nuits consécutives à l'aide du Rigiscan. Finalement les patients ont rempli un questionnaire validé qui avait pour but d'apprécier et de mesurer quelle perception avaient les patients de leur fonction sexuelle.
RESULTATS : dans la première partie de l'étude, tous les patients ont répondu qu'ils avaient maintenu une activité sexuelle après la prostatectomie radicale. Cependant, parmi ces 11 patients, seuls 2 (18 %) se sont déclarés très satisfaits de leur vie sexuelle lorsqu'ils ont rempli le questionnaire de qualité de vie. L'évaluation par Rigiscan a montré que 8 des 11 patients avaient des érections nocturnes de qualité suffisante pour permettre une pénétration vaginale. Parmi les cinq patients qui avaient déclaré dans le questionnaire qu'ils étaient très mécontents de leur fonction sexuelle après l'intervention, 3 avaient pourtant des érections considérées comme normales lors du test par Rigiscan. Enfin, 3 des 4 patients qui avaient un degré de satisfaction "intermédiaire" concernant leur fonction sexuelle avaient pourtant des érections considérées comme normales lors du test objectif.
CONCLUSION : Bien qu'un patient puisse dire à son médecin après prostatectomie radicale qu'il a une activité sexuelle normale, ceci ne présage en rien de son degré de satisfaction. Réciproquement, nous avons observé que certains patients qui se déclaraient insatisfaits avaient pourtant une évaluation objective par Rigiscan normale ce qui tendrait à prouver qu'un certain pourcentage de patients qui ne seraient pas satisfaits de leur fonction sexuelle après prostatectomie pouvaient avoir une composante psychogène à l'origine de leur problème.