Évaluation de la prise en charge du cancer du rein métastatique à l’ère des thérapies ciblées. Étude clinique rétrospective sur six ans

25 mars 2013

Auteurs : G. Latteux, S. Lebdai, N. Hoarau, S. Abadie-Lacourtoisie, R. Delva, D. Chautard, A.-R. Azzouzi, P. Bigot
Référence : Prog Urol, 2013, 3, 23, 184-194
Objectif

Évaluer les résultats des thérapies ciblées dans la prise en charge du cancer du rein métastatique (CRm), par l’étude des survies globale (SG) et sans progression (SSP).

Patients et méthodes

Nous avons inclus rétrospectivement 78 patients traités par thérapie ciblée au centre Paul Papin de l’institut de cancérologie de l’ouest pour un cancer du rein métastatique entre 2004 et 2009. Les SG et SSP en première et deuxième lignes ont été analysés, ainsi que la réponse au traitement, la survenue d’effets secondaires de grade III et IV.

Résultats

Au terme d’un suivi médian de 33 mois [5–236], 41 patients (52,56 %) sont décédés. La SG médiane était de 36 mois [IC 95 % de 29–43]. Les patients ont reçu en première ligne, soit du sunitinib (n =27 ; 34,6 %), bévacizumab et interféron (IFN) (n =16 ; 20,5 %), IFN seul (n =16 ; 20,5 %), sorafénib (n =4 ; 5,2 %), temsirolimus (n =2 ; 2,6 %), IL-2 (n =3 ; 3,8 %), IFN et IL-2 (n =6 ; 7,7 %), ou autres molécules (n =4 ; 5,1 %). En première ligne, les médianes de SSP étaient respectivement de 14 mois [IC 95 % de 6,71–21,29] pour le sunitinib, de 38 mois [IC 95 % de 11,41–64,59] pour le bévacizumab+IFN, et de huit mois [IC 95 % de 0–17,03] pour l’IFN seul. Une réponse partielle a été observée dans 19,2 %, une stabilisation tumorale dans 47,4 % et une progression dans 25,6 % des cas. En deuxième ligne, 53 patients ont été traités par soit sunitinib (n =20 ; 37,8 %), bévacizumab et IFN (n =7 ; 13,2 %), sorafénib (n =17 ; 32,2 %), temsirolimus (n =3 ; 5,6 %) ou autres molécules (n =6 ; 11,2 %). Les effets grade III ou IV ont été en évidence dans 14,1 %, 28,3 % et 18,2 % des cas lors des premières, deuxièmes et troisièmes lignes de traitements.

Conclusion

L’évaluation des résultats des thérapies ciblées dans notre centre a confirmé les données de la littérature. Les thérapies ciblées permettent un gain de survie supérieure à l’immunothérapie, mais aux prix d’effets secondaires lourds chez certains patients.




 




Introduction


Le cancer du rein est le troisième cancer urologique avec un sexe ratio de deux hommes pour une femme. Parmi les cancers urologiques, il est le plus défavorable en termes de mortalité spécifique, avec une survie à cinq ans de 60 % tous stades confondus et de seulement 10 % au stade métastatique [1, 2]. Durant ces dernières années, son incidence n'a cessé d'augmenter pour atteindre en France près de 10 000 nouveaux cas par an [3]. La plupart des diagnostics de cancers rénaux sont fortuits, avec 30 % de formes d'emblée métastatiques. Environ 30 à 40 % des patients développent des métastases après néphrectomie pour un stade localisé, avec un délai médian d'apparition des métastases de 15 mois [4].


Le traitement systémique du cancer du rein métastatique (CRm) était jusqu'en 2006 l'immunothérapie, pourvue d'une efficacité modeste (10 à 15 % de réponses objectives) et d'une tolérance très médiocre [5]. Depuis 2006, les molécules anti-angiogéniques ont complété le panel thérapeutique, ouvrant l'ère de la thérapie ciblée dans le CRm. Ces thérapies ciblées, inhibant la néoangiogenèse selon la théorie de Folkman [6], ont permis un gain significatif en termes de survie [7]. Ces nouvelles molécules peuvent agir sur l'une des trois voies de l'angiogenèse : inhibition directe par l'action du Vascular Endothlial Growth Factor (VEGF) sur son récepteur, inhibition de la voie Raf/MEK/ERK au sein de la cellule endothéliale ou inhibition de la voie PI3K/AKT/mTOR dans la cellule tumorale. À l'heure actuelle, six molécules sont disponibles dans le CRm (le sunitinib, le bévacizumab associé à l'interféron, le sorafénib, le pazopanib, le temsirolimus, et l'everolimus).


Nous avons réalisé une étude rétrospective, monocentrique dont l'objectif principal était d'évaluer, par l'étude de la survie globale (SG) et de la survie sans progression (SSP), les résultats des thérapies ciblées chez des patients traités pour un CRm. Les objectifs secondaires étaient l'évaluation de la réponse aux traitements et le recensement des effets indésirables de grade III ou IV.


Patients et méthodes


Tous les patients traités pour un CRm à cellules claires et ayant reçu un traitement anti-angiogénique entre janvier 2004 et décembre 2009 au centre Paul Papin de l'institut de cancérologie de l'ouest ont été inclus. Ces patients ont été retrouvés par le service informatique de l'établissement à partir de leur base de registre. Ces patients étaient suivis par l'oncologue avec la réalisation d'un scanner thoraco-abdominopelvien trimestriel, permettant d'évaluer la réponse au traitement selon les critères RECIST. La SG a été définie par la durée entre le diagnostic de métastase et le décès, tandis que la SSP, par la durée entre le diagnostic de métastase et la progression objective de la tumeur sur l'imagerie.


Les patients ont été classés en trois groupes pronostiques selon la classification du groupe français d'immunothérapie (GFI) [8, 9]. Cette classification repose sur cinq critères : performance status (péjoratif si>0) ; nombre de site métastatique (péjoratif si>1) ; intervalle entre diagnostic du cancer rénal et début du traitement systémique (péjoratif si<1 an) ; hémoglobinémie (péjoratif si<13g/dL chez l'homme ou 11,5g/dL chez la femme) ; syndrome inflammatoire biologique (péjoratif si VS≥100mm/h ou CRP≥50mg/L). La présence d'un facteur maximum définit le groupe de bon pronostic. La présence de deux à trois facteurs définit le groupe de pronostic intermédiaire, tandis que la présence de quatre à cinq facteurs définit celui de mauvais pronostic. Une analyse préliminaire a été réalisée et ne montrait pas de différence significative entre les groupes de bon pronostic et de pronostic intermédiaire. Ces deux groupes ont été associés afin de les comparer au groupe de mauvais pronostic, en première et deuxième ligne. Le groupe « GFI modifié A » correspondait donc aux groupes de pronostic bon et intermédiaire du GFI. Le groupe « GFI modifié B » correspondait au groupe de mauvais pronostic du GFI. Les médianes des SSP des patients traités en première ligne par le sunitinib ou le bévacizumab plus interféron (IFN) ou IFN seul ont été calculées. En deuxième ligne, ont été analysées les médianes SSP des patients traités par sunitinib ou sorafénib. La réponse aux traitements, ainsi que la tolérance par l'analyse des effets indésirables de grade III ou IV de l'OMS, ont été également analysées.


Les informations ont été collectées à partir des dossiers patients dans une base de données sous forme de tableau Excel®, permettant la réalisation de l'analyse statistique à l'aide du logiciel SPSS v13.0, SPSS Inc., Chicago III. Les courbes de survies ont été élaborées selon la méthode de Kaplan-Meier et leurs comparaisons selon le Log Rank Test, avec un risque alpha retenu de 5 % (p ≤0,05).


Résultats


Caractéristiques de la population et des tumeurs


Nous avons inclus rétrospectivement 78 patients dont l'âge médian est de 64,7ans [43-86], avec 70,5 % de patients masculins (Tableau 1). Le suivi médian est de 33 mois [5-236]. Une néphrectomie est réalisée chez 70 patients (89,7 %). Les patients sont d'emblée métastatiques dans 58,9 % des cas, et plusieurs sites métastatiques sont présents dans 39,7 % des cas. Le premier site métastatique est majoritairement pulmonaire, dans 62,8 % des cas.


Survies globale et spécifique


Les survies globale et spécifique sont identiques, avec une médiane de 36 mois [IC 95 % 29-43] (Figure 1). Les survies ne sont pas différentes dans les groupes de pronostic bon et intermédiaire, mais sont inférieures dans le groupe de mauvais pronostic (Figure 2). Les survies médianes sont de 63 mois [IC 95 % 26-100] pour le groupe GFI modifié A et de 23 mois [IC 95 % 17-29] pour le groupe GFI modifié B (p <0,0001) (Figure 3).


Figure 1
Figure 1. 

Survies globale et spécifique.




Figure 2
Figure 2. 

Survie spécifique selon les groupes pronostiques du groupe français d'immunothérapie (GFI).




Figure 3
Figure 3. 

Survies spécifiques selon les groupes français d'immunothérapie modifiés.




Résultats de la première ligne


La première ligne de traitement a été réalisée majoritairement par sunitinib, association bévacizumab+IFN ou IFN seul. La SSP globale de la première ligne de traitement est de 18 mois [IC 95 % 14,55-21,45]. Celles des groupes GFI modifiés A et B sont respectivement de 30 [IC 95 % 16,33-43,67] et 14 mois [IC 95 % 0,35-27,65] (p =0,14) (Tableau 2, Tableau 3).


Le sunitinib représente 34,6 % (27 patients) des traitements de première. Une réponse partielle, une stabilisation de la maladie et une progression tumorale surviennent chez respectivement sept patients (26 %), neuf patients (33 %) et huit patients (30 %). La SSP globale est de 14 mois [IC 95 % 6,71-21,29] (Figure 4), et celles des groupes GFI modifié A et B sont respectivement de 38 mois [IC 95 % 5,73-76,54] et neuf mois [IC 95 % 0-12,27] (p <0,001) (Figure 5).


Figure 4
Figure 4. 

Survie sans progression du sunitinib en première ligne.




Figure 5
Figure 5. 

Survie sans progression du sunitinib en première ligne selon les groupes « GFI modifiés A et B ».




L'association bévacizumab+IFN représente 20,5 % (16 patients) des traitements de première ligne. Une réponse partielle, une stabilisation de la maladie et une progression tumorale surviennent chez respectivement trois patients (18,8 %), neuf patients (56,2 %) et deux patients (12,5 %). La SSP globale est de 38 mois [IC 95 % 11,41-64,59] (Figure 6), et les SSP des groupes GFI modifié A et B sont respectivement de 45 mois et 38 mois (p =0,66).


Figure 6
Figure 6. 

Survie sans progression du bévacizumab + interféron en première ligne.




L'IFN représente également 20,5 % (16 patients) des traitements de première ligne. Une réponse partielle, une stabilisation de la maladie et une progression tumorale surviennent chez respectivement un patient (6 %), neuf patients (56,2 %) et six patients (37,5 %). La SSP globale est de neuf mois [IC 95 % 0-17,03] (Figure 7), et les SSP des groupes GFI modifié A et B sont respectivement de huit mois et six mois (p =0,5).


Figure 7
Figure 7. 

Survie sans progression de l'interféron en première ligne.




Résultats de la deuxième ligne


Une deuxième ligne de traitement a été réalisée chez 53 patients, majoritairement par sunitinib ou sorafénib. La SSP globale est de dix mois [IC 95 % 0-20,87]. Les SSP sont de neuf mois et 20 mois respectivement pour les groupes GFI modifiés A et B (p =0,65) (Tableau 2, Tableau 3).


Le sunitinib représente 37,8 % (20 patients) des traitements de deuxième ligne (Figure 8). Une réponse partielle, une stabilisation de la maladie et une progression tumorale surviennent chez respectivement sept patients (35 %), huit patients (40 %) et trois patients (15 %). La SSP globale est de 20 mois [IC 95 % 12-31]. Une deuxième ligne de traitement par sunitinib a été réalisée chez huit patients ayant reçu IFN seul en première ligne métastatique. Une réponse partielle et une stabilisation de la maladie surviennent dans 50 % et 50 % des cas.


Figure 8
Figure 8. 

Survie sans progression du sunitinib en deuxième ligne.




Le sorafénib représente 32 % (17 patients) des traitements de deuxième ligne. Une réponse partielle, une stabilisation de la maladie et une progression tumorale surviennent chez respectivement cinq patients (29,4 %), cinq patients (29,4 %) et sept patients (41,2 %). La SSP globale est de neuf mois [IC 95 % 7,46-10,54] (Figure 9). Une deuxième ligne de traitement par sorafénib a été réalisée chez cinq patients ayant reçu du sunitinib en première ligne métastatique, cinq après l'association bévacizumab+IFN et cinq après IFN seul. Tous les patients ont progressé sous sorafénib après sunitinib. Une réponse partielle, une stabilisation de la maladie et une progression tumorale surviennent respectivement dans 40 %, 40 % et 20 % des cas après l'association bévacizumab+IFN, et dans 20 %, 60 % et 20 % après IFN seul.


Figure 9
Figure 9. 

Survie sans progression du sorafénib en deuxième ligne.




Résultats de la troisième ligne


Une troisième ligne de traitement a été réalisée chez 33 patients, majoritairement par sorafénib ou temsirolimus.


Le sorafénib représente 36,4 % (12 patients) des traitements de troisième ligne. Une réponse partielle, une stabilisation de la maladie et une progression tumorale surviennent chez respectivement quatre patients (33,3 %), deux patients (16,6 %) et six patients (50 %).


Le temsirolimus représente 18,2 % (six patients) des traitements de troisième ligne. Une stabilisation de la maladie et une progression tumorale surviennent chez respectivement quatre patients et deux patients.


Survenue d'effets indésirables de grade III ou IV


Les effets indésirables de grade III ou IV ont été enregistrés 33 fois survenant chez 24 patients de la cohorte (32,8 %). Les plus observés sont le syndrome main-pied, l'asthénie, l'HTA, et à une moindre fréquence : mucite, diarrhée, troubles neurologiques ou hématologiques, syndrome néphrotique (Tableau 4, Tableau 5).


Durant la première ligne de traitement, 11 effets de grade III ou IV (14,1 %) ont été décrits. Ces événements sont apparus chez trois des 27 patients (11,1 %) sous sunitinib, chez trois des 16 patients (18,8 %) sous bévacizumab+IFN, et chez un seul des 16 patients (6,2 %) sous IFN seul.


La deuxième ligne de traitement, a provoqué 16 toxicités de grade III ou IV chez 15 des 53 patients (28,3 %). Cette toxicité a été notée chez six des 20 patients (31,6 %) sous sunitinib et sept des 17 patients (41,2 %) sous sorafénib.


La troisième ligne de traitement réalisée chez 33 patients, avait provoqué six effets de grade III ou IV chez six patients (18,2 %).


Discussion


Avant l'utilisation des thérapies ciblées dans le CRm, la médiane de survie globale était de dix mois [10]. Les survies en fonction des groupes de bon pronostic, pronostic intermédiaire et mauvais pronostic étaient respectivement de 42 mois, 15 mois et six mois pour la classification GFI et de 30 mois, 14 mois et de cinq mois pour la classification de Motzer 2002 [8, 9]. Depuis, il existe une augmentation de la survie avec l'utilisation des thérapies ciblées. La survie globale est estimée à 40 mois et la SSP à 27 mois [7]. Dans cette étude, la survie globale est légèrement inférieure avec une médiane de 36 mois, pouvant être expliquée par un nombre important de patients initialement traités par IFN. En étudiant la sous-population traitée par sunitinib en première ligne, il est constaté que 15 patients (55,6 %) étaient dans le groupe GFI modifié B. La SSP était de 14 mois, ce qui est comparable aux résultats de Motzer et al. qui retrouvaient une SSP de 11 mois vs cinq mois dans le groupe traité par placebo [11]. Les SSP des patients traités par sunitinib selon les groupes GFI modifiés, sont de 38 mois pour le groupe GFI modifié A, et de neuf mois pour le groupe GFI modifié B (p =0,019). Une réponse partielle est obtenue dans 26 % des cas avec le sunitinib en première ligne, alors que le taux de réponse du sunitinib vari entre 31 et 40 % selon Motzer et al. [11, 12]. Cette différence peut s'expliquer par l'emploi du sunitinib dans le traitement des CRm de mauvais pronostic, représentant la majorité des patients traités en première ligne, au début des anti-angiogéniques, lorsque le sunitinib était l'un des seuls antityrosines kinases et lorsque les recommandations n'étaient pas clairement établies.


Parmi les patients traités par l'association bévacizumab+IFN en première ligne d'un CRm, le taux de réponse objective est de 18,8 % et la SSP médiane est de 38 mois. Cette association bévacizumab+IFN a été comparée au placebo chez 649 patients par Escudier et al. [13]. La survie globale est de 23,3 mois versus 21,3 mois (p =0,1) et la SPP de 10,2 mois. Le taux de réponse objective est évalué à 30 %. Notre taux de réponse est inférieur, là encore, en raison de la proportion de patients de mauvais pronostic, qui ne relèveraient pas aujourd'hui d'un traitement par bévacizumab+IFN selon les dernières recommandations [14].


Dans la sous-population des patients traités par sorafénib en deuxième ligne, la SSP observée est de neuf mois, avec un taux de réponse objective de 29,4 %. Escudier et al. ont comparé le sorafénib versus placebo chez 903 patients [15]. La survie globale est de 17,8 mois et la SSP de 5,5 mois, avec un taux de réponse objective de 10 %. Dans cette étude, le taux de réponse semble supérieur, mais sur une population beaucoup plus restreinte. Les réponses partielles après sorafénib en deuxième ligne sont observées uniquement après IFN ou bévacizumab+IFN. Tous les patients ayant reçu du sorafénib en deuxième ligne d'un inhibiteur de la tyrosine-kinase (TKI) ont progressé. Bien qu'une deuxième ligne de TKI après TKI fasse parti de l'algorithme des séquences de traitement du CRm [16], dans cette cohorte, nous n'avons observé aucune réponse objective par sorafénib en deuxième ligne d'un autre TKI.


Dans cette étude, peu de patients ont reçu un traitement par inhibiteur des mTOR en raison de leur utilisation récente. Ces patients sont traités lors d'une troisième ligne métastatique majoritairement par temsirolimus pour six patients ou par everolimus pour quatre patients. Une stabilisation de la maladie est observée chez huit patients et une progression tumorale chez deux patients sous temsirolimus. Le taux de bénéfice clinique est de 32 % pour Hudes et al. dans leur étude comparant le temsirolimus versus IFN chez 626 patients de mauvais pronostic [17]. Une toxicité de grade III ou IV est observée dans 67 % des cas.


Les anti-angiogéniques sont mieux tolérés que les cytokines à fortes doses, mais ils ne sont pas dénués de toxicité. Dans cette étude, nous avons observé 32,8% d'effets secondaires de grade III ou IV, surtout lors de la deuxième ligne de traitement. Ces effets indésirables sont représentés majoritairement par les troubles cutanés (comprenant essentiellement le syndrome mains-pieds et des toxidermies), une asthénie, une HTA, des mucites et des diarrhées. Lors de la première ligne, 14,1 % des patients ont eu une toxicité liée au traitement, dont trois patients traités par sunitinib, trois patients sous bévacizumab+IFN et un patient par IFN seul. Ce dernier a eu une asthénie de grade III. La toxicité semblait plus importante lors de la deuxième ligne de traitement avec 28,3 % d'effets grade III ou IV. Le taux d'effets secondaires grade III ou IV lié aux traitements de deuxième ligne est de 31,6 % pour le sunitinib et de 41,2 % pour le sorafénib. Même s'il est difficile de connaître le taux global de toxicité grade III ou IV, Méjean et al. ont rapporté un taux de diminution de dose de 32 % et un arrêt dans 38 % des cas avec le sunitinib [18]. Pour le sorafénib, le bilan semble le même qu'avec le sunitinib. Une toxicité grade III ou IV est rapportée dans 34 % des cas avec le sorafénib [19].


Les caractéristiques de la population différaient des populations de CRm exposées dans la littérature. En effet, dans cette cohorte, le taux de patients métastatiques au diagnostic est de 58,9 %, alors qu'il est de 10 à 40 % dans la littérature [20, 21]. La localisation métastatique est cependant conforme aux données usuelles avec une localisation préférentiellement pulmonaire dans 50 à 80 % des cas [22]. En revanche, 89,7 % des patients ont eu une néphrectomie, ce qui supérieur aux taux habituellement observés [23].


Les limites de cette étude sont inhérentes à son caractère rétrospectif. Nous avons utilisé une classification pronostique française pour comparer les survies des patients ayant un CRm traités par anti-angiogénique. Cette classification a été décrite par Négrier et al. en 2002 à partir d'une étude de 782 patients traités par immunothérapie pour un cancer du rein métastatique [8]. L'utilisation de cette classification chez les patients traités par anti-angiogénique est utilisée en pratique clinique mais n'a pas été validée dans la littérature [24]. Dans cette étude nous n'avions pas constaté de différence de survie dans les groupes de pronostique bon et intermédiaire. Cela pouvait être lié au manque de puissance statistique de l'étude mais également au fait que cette classification n'était pas adaptée aux patients traités par anti-angiogénique. L'absence du dosage des LDH de façon systématique avant l'instauration des traitements n'avait également pas permis de classer les patients selon la classification de Motzer et al. qui est utilisée dans les recommandations internationales [14, 22].


L'utilisation des critères RECIST permet une évaluation standardisée de la réponse aux traitements des tumeurs solides, autorisant une comparaison entre différents traitements. Dans le cas de CRm traités par thérapies ciblées, il existe parfois des réponses dissociées, voire paradoxales avec les critères classiques qui s'appuient sur des mesures de lésions tumorales. Des remaniements vasculaires jusqu'à la nécrose surviennent avec ces traitements, alors que la réduction de taille tumorale survient de façon inconstante et plus tardive.


Une autre limite de cette étude est l'utilisation de nombreux schémas thérapeutiques, et l'inclusion des patients dans plusieurs protocoles en double insu, qui a compliqué le recueil de données ainsi que le regroupement des patients. Cette multiplication de schémas thérapeutiques et la présence de nombreux effets secondaires impliquent une formation spécifique qui ne peut se concevoir en urologie qu'au travers une formation complémentaire approfondie.


Cette étude a permis néanmoins d'obtenir une idée plus précise de l'évolution de la prise en charge des patients traités pour un cancer du rein métastatique à l'ère des thérapies ciblées.


Conclusion


L'utilisation des anti-angiogéniques a modifié le pronostic des CRm avec une augmentation significative des survies globale et sans progression. Dans cette étude ces survies globale et sans progression étaient respectivement de 36 mois et 18 mois (tous groupes pronostiques et toutes thérapies confondues). Une réponse partielle avait également pu être obtenue chez 19,2 % des patients. Ce bénéfice thérapeutique était cependant associé à une toxicité non négligeable avec 32,8 % d'effets secondaires de grade III ou IV toutes thérapies confondues. La découverte de marqueurs pronostiques de réponse aux traitements et de risque de toxicité, ainsi que la description des séquences thérapeutiques les plus efficaces seront nécessaires pour augmenter l'impact thérapeutique de ces nouveaux traitements.


Déclaration d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d'intérêts en relation avec cet article.



☆  Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Caractéristiques de la population.
Âge médian (années)   64,65 [43-86] 
 
Sexe    
Homme  55 (70,5 %) 
Femme  23 (29,5 %) 
 
Suivi médian (mois)   33 [5-236] 
 
Nombre de décès   41 (52,56 %) 
 
ECOG    
16 (20,5 %) 
35 (44,9 %) 
9 (11,5 %) 
18 (23,1 %) 
 
Néphrectomie    
Oui  70 (89,7 %) 
Non  8 (10,3 %) 
 
Taille tumorale   8,59 [3-18] 
 
Stade T    
T1  16 (20,5 %) 
T2  8 (10,3 %) 
T3  48 (61,5 %) 
T4  6 (7,7 %) 
 
Stade M au diagnostic    
M0  32 (41,1 %) 
M+  46 (58,9 %) 
 
Grade de Führman    
11 (14,1 %) 
37 (47,4 %) 
23 (29,5 %) 
7 (9 %) 
 
Nombre de site métastatique    
Unique  47 (60,3 %) 
24 (30,8 %) 
4 (5,1 %) 
2 (2,6 %) 
1 (1,3 %) 
 
Premier site métastatique    
Poumon  49 (62,8 %) 
Os  10 (12,8 %) 
Foie  5 (6,4 %) 
Cerveau  4 (5,2 %) 
Autres  10 (12,8 %) 
 
Groupes GFI modifiés    
GFI modifié A  39 (50 %) 
GFI modifié B  32 (41 %) 
7 (9 %) 



Légende :
GFI : groupe français d'immunothérapie ; ECOG : Eastern Cooperative Oncology Group.



Tableau 2 - Répartition des traitements des trois premières lignes.
  Première ligne  Deuxième ligne  Troisième ligne 
Sunitinib  27 (34,6 %)  20 (37,8 %)  5 (15,2 %) 
Bévacizumab+IFN  16 (20,5 %)  7 (13,2 %)  2 (6 %) 
IFN  16 (20,5 %) 
IL-2  3 (3,8 %) 
IFN+IL-2  6 (7,7 %) 
Sorafénib  4 (5,2 %)  17 (32,2 %)  12 (36,4 %) 
Temsirolimus  2 (2,6 %)  3 (5,6 %)  6 (18,2 %) 
Autres  4 (5,1 %)  6 (11,2 %)  8 (24,2 %) 
 
Total  78 (100 %)  53 (100 %)  33 (100 %) 



Légende :
IFN : interféron ; IL : interleukine ; IL-2 : interleukine-2.



Tableau 3 - Réponses globales des trois premières lignes.
  Première ligne  Deuxième ligne  Troisième ligne 
Réponse partielle  15 (19,2 %)  14 (26,4 %)  5 (15,15 %) 
Stabilité tumorale  37 (47,4 %)  19 (35,8 %)  15 (45,45 %) 
Progression tumorale  20 (25,6 %)  18 (34 %)  9 (27,27 %) 
6 (7,7 %)  2 (3,8 %)  4 (12,12 %) 
 
Total  78 (100 %)  53 (100 %)  33 (100 %) 





Tableau 4 - Résultats et effets secondaires des traitements principaux des deux premières lignes.
  Traitements en première ligne 
Traitements en second ligne 
  Sunitinib  Bévacizumab+IFN  IFN seul  Sunitinib  Sorafenib 
Âge (années)   66 [43-86]  69 [53-79]  67 [47-81]  57,5 [45-84]  67 [53-77] 
 
Sexe            
Homme  20 (74 %)  11 (69 %)  11 (69 %)  16 (80 %)  13 (76,5 %) 
Femme  7 (26 %)  5 (31 %)  5 (31 %)  4 (20 %)  4 (23,5 %) 
 
Stade T            
T1  3 (11,1 %)  5 (31 %)  5 (31 %)  3 (15 %)  3 (17,6 %) 
T2  5 (18,5 %)  1 (6 %)  1 (5 %)  3 (17,6 %) 
T3  16 (59,3 %)  9 (57 %)  11 (69 %)  16 (80 %)  11 (64,8 %) 
T4  3 (11,1 %)  1 (6 %) 
 
Führman            
Grade 2  2 (7,4 %)  4 (25 %)  2 (12,5 %)  1 (5 %)  1 (5,9 %) 
Grade 3  13 (48,1 %)  6 (37,5 %)  9 56,3 %)  13 (65 %)  8 (47,1 %) 
Grade 4  9 (33,3 %)  5 (31,2 %)  5 (31,2 %)  3 (15 %)  7 (41,2 %) 
-   3 (11,1 %)  1 (6,3 %)  3 (15 %)  1 (5,9 %) 
 
Réponse            
Réponse partielle  7 (26 %)  3 (18,8 %)  1 (6 %)  7 (35 %)  5 (29,4 %) 
Stabilité  9 (33 %)  9 (56,2 %)  9 (56,2 %)  8 (40 %)  5 (29,4 %) 
Progression tumorale  8 (30 %)  2 (12,5)  6 (37,5 %)  3 (15 %)  7 (41,2 %) 
3 (11 %)  2 (12,5 %)  2 (10 %) 
 
GFI modifié            
GFI modifié A  8 (29,6 %)  7 (43,8 %)  12 (75 %)  12 (60 %)  9 (52,9 %) 
GFI modifié B  15 (55,6 %)  8 (50 %)  3 (18,8 %)  6 (30 %)  6 (35,3 %) 
4 (14,8 %)  1 (6,3 %)  1 (6,3 %)  2 (10 %)  2 (11,8 %) 
 
Effets secondaires grade III - IV   3 (11,1 %)  3 (18,8 %)  1 (6,2 %)  6 (31,6 %)  8 (41,2 %) 
Troubles cutanées 
Asthénie 
Mucite 
HTA 
Diarrhée 
Troubles neuro 
Troubles hémato 
Syndrome néphrotique 
Autres ... 
 
Total   27  16  16  20  17 



Légende :
HTA : hypertension artérielle.



Tableau 5 - Types d'effets secondaires grade III ou IV des trois premières lignes.
  Première ligne  Deuxième ligne  Troisième ligne 
Troubles cutanées (Sd main-pied, toxidermie, ...) 
Asthénie 
Mucite 
HTA 
Diarrhée 
Troubles neurologiques 
Troubles hématologiques 
Syndrome néphrotique 
Autres... 
 
Total  11 (14,1 %)  16 (28,3 %)  6 (18,2 %) 




Références



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