Étude de dépistage du cancer de la prostate au sein d'une population d'employés d'une entreprise de Kinshasa en république démocratique du Congo. Taux de détection et facteurs de risques nutritionnels et géographiques

25 septembre 2008

Auteurs : A.M.-L. Punga-Maole, D.M. Moningo, P.K. Kayembe, M.L. Tshikuela, J.-M.M. Kabongo
Référence : Prog Urol, 2008, 8, 18, 512-518
Objectif

Détecter le cancer de la prostate (CaP) chez les employés d’une entreprise de Kinshasa, et identifier les caractères sociodémographiques et cliniques de la population atteinte.

Matériel et méthodes

De septembre 2004 à décembre 2005, une étude prospective transversale de dépistage du CaP, par le PSA, le toucher rectal et l’échographie transrectale a été menée chez 162 hommes de 40 à 70 ans. La limite supérieure normale du PSA était de 2,5ng/ml. Seuls les sujets suspects (n =38) ont subi une biopsie prostatique digitoguidée. L’analyse histologique a été réalisée au Department of defense of armed forces, institutes of pathology , à l’hôpital universitaire de Brugmann et aux cliniques universitaires de Kinshasa.

Résultats

Ont été découverts quatre adénocarcinomes, deux PIN II et deux PIN III, soit un taux de détection de CaP de 2,5 %. Le CaP n’était détecté que parmi les ressortissants de trois provinces sur huit. Parmi les hommes atteints de CaP, deux avaient un régime riche en graisses animales, deux un antécédent héréditaire de CaP. Dans ce lot, le taux moyen de PSA était élevé (17,37±8,56ng/ml) comparé à celui des hommes sans CaP (2,7±4,2ng/ml).

Discussion

Le taux de détection CaP de 2,5 %, sous-évalué, avoisine celui de 2,6 à 3,2 % des Caucasiens d’Europe et d’Amérique, mais est inférieur à celui de 5,1 % de la population noire américaine. Cette étude offre une base de données sur le CaP en République démocratique du Congo.




 




Introduction


Le cancer de la prostate (CaP) est l'un des cancers les plus fréquents de l'homme [11, 16]. Il se situe dans les études occidentales au second rang après le cancer du poumon, mais au premier rang avec le cancer du foie en Afrique de l'ouest selon un registre des cancers [13]. Cependant, des différences d'incidences sont observées entre les populations lors des études épidémiologiques [11]. Et d'après les études comparatives, européennes et américaines, la race noire constitue un haut risque [2, 15, 20, 23, 24, 26]. Ces études ont concerné les populations noires migrantes et donc des populations exposées à des facteurs environnementaux autres que ceux du continent. En Afrique, Khouadja et al. [19], en Tunisie, ont recherché la prévalence du CaP, dans une population de patients présentant un problème urologique. Heynes et al. [18], ont recherché l'incidence du CaP dans une population noire à Cape Town en Afrique du Sud. Ces deux études n'étaient pas randomisées et seule la dernière a concerné une population noire. En république démocratique du Congo (RD Congo), nous n'avons pas trouvé d'indicateurs épidémiologiques sur le CaP. Il nous a paru intéressant de mener une étude randomisée sur une population noire sédentaire en Afrique, étude basée sur le dosage de l'antigène spécifique de la prostate (PSA), le toucher rectal (TR) et l'échographie transrectale (ETR). Cette étude a ciblé une population d'employés d'une entreprise de Kinshasa, la Regideso (régie de distribution de l'eau).

Cette entreprise publique est chargée de la distribution d'eau potable sur l'ensemble du territoire national, en zone urbaine comme en zone rurale. Créée en 1933, elle regroupe les ressortissants de toutes les provinces de la RD Congo. La présente étude est donc représentative de la population congolaise. Elle avait comme objectif général de générer une base de données sur le CaP en RD Congo. Elle s'est assignée comme objectifs spécifiques de déterminer la fréquence du CaP au sein d'une population d'employés d'une entreprise et d'identifier les caractéristiques sociodémographiques et cliniques au sein de la population atteinte du CaP.


Matériel et méthodes


Matériel


Cette étude, prospective et transversale, a été menée à Kinshasa, dans trois centres médicaux de la société Regideso, du 13 septembre 2004 au 8 décembre 2005. La population visée par l'étude était constituée de 351 hommes âgés de 40 à 70 ans. Deux cents ont été tirés au sort, parmi lesquels 38 ont été exclus pour n'avoir répondu au rendez-vous d'ETR ou pour cause d'échec de biopsie prostatique. En définitive, 162 hommes ont participé à cette étude. Les critères de sélection ont été les suivants :

un consentement éclairé du participant ;
être tiré au sort ;
être de race noire et congolais ;
être agent ou cadre de la Regideso ;
subir les trois tests de l'étude.

Les critères d'exclusion ont été les suivants :

ne pas participer à un seul test d'étude ;
ne pas avoir été tiré au sort ;
l'échec de la biopsie prostatique.

Pour réaliser le dosage de PSA, nous disposions des tubes à essai (Vacutener®) ; un kit de PSA du laboratoire Biomérieux VIDAS-PSA pour le dosage de PSA total et de PSA libre ; des seringues et aiguilles stériles à usage unique. Pour réaliser le TR nous nous sommes servis de gants latex no 7,5 et 8 (latex India) ; de la gelée lubrifiante (tube de 82g) de la Firme Johnson (Johnson Consumer France) ; d'une table d'examen. L'ETR a été réalisée à l'aide d'un appareil d'échographie de marque Siemens, équipé d'une sonde d'ETR multifréquence de 7,5MHz, 6,5MHz, 5MHz. Pour la biopsie prostatique, nous avons disposé des aiguilles Tru-Cut stériles à usage unique de 15cm de longueur et de 20mm de diamètre de la firme Travenol (Laboratoires Inc, Illinois 60015, États-Unis). Les carottes biopsiques ont été fixées dans la solution de Bouin.

La collecte des données a été réalisée sous forme d'interview à l'aide d'un questionnaire intitulé « Fiche technique de dépistage du CaP ». L'enquête a été menée respectivement par un urologue et par un assistant senior en chirurgie avec le concours d'un radiologue, d'un médecin généraliste de la Regideso, de deux techniciens de laboratoire et de deux infirmières. Cette équipe était appuyée par l'École de santé publique de la faculté de médecine de l'université de Kinshasa.


Méthodes


Pour garantir une bonne représentativité, nous avons dressé une liste de 351 individus en ordre alphabétique avant de procéder au tirage au sort, chacun ayant présenté un risque non nul d'être tiré. La taille de l'échantillon a été déterminée par les formules de Kish, Leslie, Survey Samling, John Wiley et Sons. Pour un échantillon de 200 individus, nous attendions 95 % de bonnes décisions avec un seuil de signification de 5 % (p ≤0,05).

Pour rendre effective cette étude, nous avons organisé trois consultations. La première consultation a eu trois tâches : le recueil d'informations sur un questionnaire préétabli, le prélèvement d'un échantillon du sang pour le dosage de PSA, la réalisation d'un TR. La deuxième et la troisième consultations n'ont eu qu'une tâche, respectivement, la réalisation de l'ETR et la biopsie prostatique.

Nous avons relevé les données sociodémographiques, notamment, l'âge, la province d'origine, et le régime alimentaire. La RD Congo a compté 11 provinces selon l'organisation territoriale en vigueur depuis 1988 [1]. Cependant, nous avons introduit dans cette organisation quelques accommodations utiles à ce travail. Nous avons, en effet, remis ensemble les subdivisons actuelles des anciennes provinces du Kivu et du Kasaï comme dans l'organisation territoriale héritée de la colonisation belge. Ainsi, les actuels Kasaï occidental et Kasaï oriental ont été fusionnés en une seule entité : le Kasaï. De même, le Maniema, le Nord Kivu et le Sud Kivu actuels ont été unis en une seule autre entité : le Kivu. En outre, les résidents de Kinshasa inclus dans cette étude, étant identifiés selon les autres provinces dont ils sont originaires, Kinshasa n'a pas été considérée comme une province d'origine pour eux. Ce travail s'est basée en définitive sur huit provinces : le Bas-Congo, l'Équateur, la province orientale, le Kasaï, le Kivu, le Katanga, le Bandundu (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Les provinces de la RD Congo selon l'organisation territoriale de 1988.




Le régime alimentaire était subdivisé en trois types : riche en graisses animales ; pauvre en graisses animales, équilibré. Au plan clinique, nous avons relevé les antécédents héréditaires et collatéraux de CaP ; les symptômes du bas-appareil urinaire (SBAU), les donnés du TR. Au plan paraclinique, nous avons noté les résultats du dosage sanguin du PSA, les donnés de l'ETR et les résultats de la biopsie prostatique.

Le dosage de PSA avec le kit VIDAS-PSA a été réalisé sur 1ml de sérum obtenu de 2ml de sang prélevé sur tube sec sous-vide à l'aide des seringues de 5ml munies d'aiguilles de 21 G×1/2 stériles à usage unique. Les échantillons ont été directement amenés sur portoir au laboratoire. La moyenne de la valeur normale du PSA total (PSA-T) était de 2,5ng/ml. Les taux supérieurs à 10ng/ml étaient considérés comme pathologiques. Les taux situés entre 2,6 et 9,99ng/ml constituaient la zone grise. Le PSA libre (PSA-L) a été dosé pour tous les résultats se trouvant dans la zone grise. Le ratio était considéré comme pathologique en dessous de 15 %.

Lors du TR, l'état de la prostate a été cliniquement apprécié sur un homme en décubitus dorsal, les poings sous les fesses. Le volume, la surface et la consistance de la prostate étaient appréciés. Toute prostate de consistance ferme et/ou nodulaire était suspecte de CaP. L'ETR a été réalisé sur un homme en décubitus latéral, les jambes fléchies sur les cuisses. La sonde préalablement revêtue d'un préservatif avec gel de couplage ordinaire était introduite dans le canal anal guidé par le radiologue et la personne examinée. L'échostructure de la prostate a été étudiée sur des coupes transversale et frontale en suivant l'anatomie zonale de Mc Neal. Les nodules hypoéchogènes, et l'échostructure hétérogène ont été considérés comme étant suspects de CaP.

La biopsie prostatique était indiquée pour des anomalies prostatiques suspectes de CaP au TR, pour des taux de PSA-T supérieures ou égaux à 10ng/ml, un ratio inférieur à 15 % et les anomalies d'ETR. Faute de sonde endorectale dotée d'un dispositif pour l'aiguille de biopsie, nous avons prélevé les biopsies par guidage digital : deux prélèvements étaient pratiqués sur les lésions suspectes au TR ou dans chaque lobe en l'absence de lésions suspectes au TR. Un patient pris en charge à l'hôpital Brugmann de Bruxelles a subi une biopsie échoguidée.

Les flacons contenant les carottes biopsiques ont été préalablement étiquetés, conditionnés et expédiés pour l'analyse histologique au Departement of defense of armed forces, institute of pathology (AFIP) Washington, DC, 20306–600, États-Unis. Une biopsie a été analysée à l'hôpital universitaire de Brugmann de Bruxelles, deux aux cliniques universitaires de Kinshasa. Chaque échantillon était accompagné d'un formulaire AFIP dûment rempli. Au plan histologique, étaient considérées comme carcinome les lésions décrites comme telles. Les PIN de haut grade étaient signalés.

Les résultats ont été présentés en deux parties : une partie descriptive des données sociodémographiques, des résultats des trois tests, des données cliniques et des résultats anatomopathologiques ; une partie analytique où étaient comparées entre elles les données de la partie descriptive.

Les calculs statistiques ont été effectués à l'aide du logiciel EPI-INFO 6,04. L'analyse descriptive a été réalisée au moyen des calculs des proportions pour les variables qualitatives (fréquence, pourcentage), des moyennes et de l'écart-type pour les variables continues. Pour comparer les fréquences, nous nous sommes servis de test de Khi carré de Pearson. Le test de Student a permis de comparer les moyennes. Nous avons considéré comme seuil de signification, une probabilité d'erreur inférieure ou égale à 0,05 (p ≤0,05).


Résultats


Étude descriptive


L'âge moyen était de 53±5,3 ans, avec une médiane de 50,6 ans. Les extrêmes étaient de 40 et 69 ans. Quatre-vingt-sept hommes (54 %) étaient âgés de 50 à 59 ans, 52 (32 %) de 40 à 49 ans et 23 (14 %) de 60 à 69 ans. La durée de résidence moyenne à Kinshasa a été de 33,9 ans±11,1 pour 161 hommes (99,4 %). Un homme n'avait eu que deux mois à Kinshasa, venant de la province de l'Équateur (Figure 2). Les ressortissants de la province du Kasaï ont eu une proportion élevée avec 32 %, avant ceux du Bandundu et ceux du Bas-Congo, deux autres groupes importants (p <0,00001).


Figure 2
Figure 2. 

Répartition des hommes selon les provinces d'origine.




Sur l'ensemble de la population de l'étude, le régime alimentaire était pauvre en graisses animales pour la majorité des hommes, soit pour 120 d'entre eux (74,1 %) ; il était riche en graisses animales chez 17 hommes (10,5 %) (Tableau 1). En examinant le régime en fonction des provinces, nous avons observé, une proportion très élevé de régime riche en graisses animales, à 36,4 %, parmi les hommes de la province du Kivu et à 17 % parmi les ressortissants de la province du Kasaï.

Les antécédents familiaux de CaP ont été retrouvés chez 16 hommes (9,87 %) : il s'agissait dans neuf cas (5,5 %) d'un ascendant, dans sept cas (4,3 %) d'un membre de la fratrie. Cent quarante-six hommes (90,2 %) n'avaient pas ce type d'antécédent. Cent six hommes (64,4 %) avaient des SBAU. La pollakiurie nocturne était le symptôme le plus fréquent avec 52,4 % de cas. La tranche d'âge qui a présenté le plus ce symptôme était celle de 60 à 69 ans, avec une fréquence de 15 (65,2 %). Cinquante-six hommes (34,6 %) n'avaient pas de SBAU.

Le taux moyen de PSA-T était de 2,1ng/ml (±3,7), avec les extrêmes de 0,39 et de 29,03ng/ml. Cent cinquante et un hommes (93,3 %) avaient un PSA-T normal, 11 (6,7 %) un PSA anormal. Parmi ces 11 hommes ayant un PSA anormal, six (3,7 %) avaient un taux PSA-T supérieur à 10ng/ml et 5 (3,0 %) un ratio inférieur ou égal à 15 %.

Au TR, 102 hommes (63 %) avaient une prostate normale, 60 (37 %) une prostate pathologique. Dans ce dernier lot, 50 cas (30,8 %) d'anomalies prostatiques suggéraient une HBP et dix cas (6,2 %) des lésions suspectes de CaP : sept prostates (4,3 %) de consistance ferme et trois prostates (1,9 %) nodulaires.

À l'ETR, la prostate avait une structure homogène chez 118 hommes (72,8 %), non homogène chez les 44 autres (27,2 %). Parmi ces derniers, la prostate présentait une zone hypoéchogène dans 25 cas, une structure hétérogène dans sept cas, des calcifications dans 12 cas.

Au total, 38 hommes (23,4 %) étaient suspects de CaP à l'issue des trois tests de dépistage, sur base d'anomalies retrouvés sur un seul test, deux tests ou trois tests. Ces 38 hommes ont subi la biopsie prostatique. Quatre CaP ont été détectés comme suit : deux de grade 1 de Gleason, deux de grade 2 de Gleason (Tableau 2). Rapportés à l'échantillon total de 162 hommes, quatre CaP ont donné un taux de détection global de 2,5 %. Quatre PIN de haut grade et des lésions bénignes ont été découverts chez d'autres patients.


Étude analytique


Dans la tranche de 50 à 59 ans (n =87), deux CaP (2,3 %) étaient détectés et dans la tranche de 60 à 69 ans (n =23), deux autres CaP (9 %) étaient découverts. Quant aux PIN, trois étaient détectés dans la tranche de 50 à 59 ans et un dans la tranche de 60 à 69 ans. Le CaP était détecté parmi les ressortissants de trois provinces : Kasaï, Kivu, et Bas-Congo. Il est apparu une proportion nettement élevée, à 18,1 % des originaires du Kivu comparé au taux des ressortissant d'autres provinces (p =0,0296) (Tableau 3). Trois CaP sur les quatre qui ont été découverts (75 %) l'ont été chez les originaires du Kivu et du Kasaï.

Deux hommes atteints de CaP avaient un régime riche en graisses animales, les deux autres un régime équilibré. Parmi les hommes ayant un PIN, deux avaient un régime pauvre en graisses animales et deux un régime équilibré. Deux hommes atteints de CaP avaient un antécédent héréditaire de CaP, les deux autres n'en avaient pas. Tous les hommes avec CaP ou PIN présentaient des SBAU : une pollakiurie, une dysurie ou des mictions impérieuses. Le taux moyen de PSA chez les hommes atteints de CaP a été de 17,37±8,56ng/ml, avec les valeurs extrêmes de 10,93 à 29,03ng/ml. Chez les hommes ayant un PIN, le taux moyen de PSA a été de 5,64±5,4ng/ml, avec les valeurs extrêmes de 2,31 à 13,20ng/ml. Le taux moyen de PSA chez les hommes avec biopsies négatives a été de 2,7±4,2ng/ml, avec les valeurs extrêmes de 0,81 à 8,85ng/ml (Tableau 4). Les nodules prostatique au TR ont eu une proportion sensiblement élevée de CaP ou de PIN comparés aux autres lésions (p =0,0178) (Tableau 5). Nous avons confronté les résultats de la biopsie prostatique à ceux des trois tests de dépistage (Tableau 6). Le couple PSA et ETR avait la plus grande fréquence de diagnostic de CaP (42,9 %) comparé aux autres associations de tests ou aux tests isolés (p =0,0384)


Discussion


La présente étude a été menée sur une population d'hommes dont l'âge a oscillé de 40 à 69 ans avec une prédominance (54 %) d'hommes âgés de 50 à 59 ans. Ces hommes avaient une durée de résidence moyenne à Kinshasa de 33,9±11,1 ans dans 99,4 % des cas. Toutes les provinces de la RD Congo étaient représentées parmi eux. Il est apparu une proportion très élevé du régime riche en graisses parmi les ressortissants des provinces du Kivu (36,3 %) et du Kasaï (16,9 %). Les antécédents familiaux de CaP ont été retrouvés chez 16 hommes (9,87 %). Au total, 38 (23,4 %) étaient suspects de CaP et quatre CaP ont été détectés donnant un taux de détection de 2,5 % sur l'ensemble de la population de l'étude. Aucun CaP n'a été détecté en dessous de 50 ans. Le CaP n'était détecté que parmi les ressortissants de trois provinces : Kasaï, Kivu, et Bas-Congo avec une prédominance, à 18,1 %, des originaires du Kivu. Cependant, sur les quatre CaP découverts, 75 % l'étaient chez les ressortissants du Kasaï, et Kivu. Deux hommes sur quatre (50 %) atteints de CaP avaient un régime riche en graisses animales. Deux hommes sur quatre (50 %) atteints de CaP avaient un antécédent héréditaire de CaP. Le taux moyen de PSA chez les hommes atteints du CaP était élevé en moyenne : 17,37±8,56ng/ml. Les nodules prostatiques au TR ont eu une proportion sensiblement élevée de CaP et de PIN comparés aux autres lésions. La combinaison du PSA à l'ETR a eu une proportion significativement plus élevée de CaP que les deux tests pris séparément.

Cette étude de détection de CaP a été conduite sur base de trois tests : PSA, TR et ETR, bien que seuls les deux premiers tests soient les seuls recommandés dans le standard actuel [4, 20, 21, 22, 30]. Nous sommes restés attachés aux trois tests comme d'autres [32] et avons retenu comme limite supérieure des valeurs normales de PSA-T, le taux 2,5ng/ml à la suite de certains travaux [10, 12, 20]. Nous avons donc inclus dans la zone grise les valeurs de PSA-T supérieurs à 2,5ng/ml : entre 2,6 à 4ng/ml. En effet, l'incidence de CaP n'est pas négligeable dans cette zone [12, 27, 30]. Quant au ratio PSA-L/PSA-T, nous avons retenu le seuil de 15 % qui nous a paru intéressant, bien qu'en deçà du seuil de 20 % admis [27]. Egawa [12] a utilisé un seuil de 17 % avec une spécificité de 91,7 %. En incluant l'échographie dans notre stratégie, nous avons pu découvrir dans notre travail un cas de PIN qui n'avait des lésions suspectes qu'à l'ETR. Nous avons pratiqué la biopsie prostatique sans aide d'ETR, faute de matériel. Cette raison explique également le nombre de biopsie à quatre lorsque la prostate n'avait pas de lésion suspecte au TR. Nous sommes conscients d'une sous-détection de CaP lorsque les biopsies sont digitoguidées comparées aux biopsies multiples échoguidées, notamment le schéma à 12 prélèvements. Nous relevons quatre cas de PIN de haut grade (2,5 %) pour deux raisons. L'association synchrone ou asynchrone des deux lésions est connue [6, 7, 17, 28], d'une part et, d'autre part, il est affirmé que les PIN de haut grade surviennent une décade plutôt dans les populations noires des États-Unis et du Brésil comparées aux populations caucasiennes [3], ces populations noires caractérisée par une prévalence élevée de CaP.

La découpe territoriale adoptée dans ce travail nous a paru réaliste. En effet, les groupes ethniques selon cette configuration sont proches. De même, les habitudes socioculturelles et alimentaires y sont semblables. En outre, les populations établies à Kinshasa gardent les habitudes de leurs provinces d'origines et sont identifiées en fonction de celles-ci. Nous reconnaissons les limites méthodologiques de notre travail qui nous permet, cependant, de rendre disponibles les premières données épidémiologiques sur le CaP en RD Congo et en Afrique Noire.

Avec 2,5 % de biopsies positives dans notre série, le taux de détection de CaP, très probablement sous-évalué, avoisine celui de 2,6 à 3,2 % observée en Europe et en Amérique du Nord [23, 25, 29], mais est inférieur à celui de la population noire américaine qui est de 5,1 % [24, 29].

Notre étude offre un certain nombre de données sociodémographiques et cliniques dont nous ne faisons pas une affirmation, mais des suggestions étant donné la petitesse des fréquences. Il s'agit des données sur la répartition selon les provinces, le régime riche en graisse, les antécédents familiaux de CaP et les SBAU. Le CaP était détecté à 75 % parmi les ressortissants du Kasaï et du Kivu, deux provinces où le régime alimentaire riche en graisses animales est répandu. Dans cette étude, nous avons également relevé que les hommes de ces deux régions étaient les plus pratiquants des régimes riches en graisses animales. Ce même régime est retrouvé chez 50 % d'hommes atteints de CaP. Le régime alimentaire riche en graisses animales est cité parmi les facteurs de risque du CaP [3]. Deux hommes sur quatre atteints de CaP avaient un antécédent héréditaire de CaP. Cette fréquence de CaP familiaux est élevée comparée aux 15 à 25 % indiqués dans la littérature [5, 9, 14, 31].

Tous les hommes chez lesquels le CaP a été découvert présentaient des SBAU. Ces troubles, non évalué quantitativement constituent un facteur prédictif de biopsie positive. Brown et al. [8] et Porter et Kim [26] ont montré que les SBAU de score faible sont liés à un taux élevé de CaP lors d'une étude de dépistage. La présente étude a permis de constater que les taux élevés de PSA, les anomalies du TR et de l'ETR s'associent à une grande fréquence de détection de CaP : quatre CaP sur 38 hommes suspects ayant subi la biopsie, soit 10,5 %.


Conclusion


La présente étude fait état d'un taux de détection de CaP de 2,5 % dans une population d'hommes de Kinshasa. Ce taux, proche de celui des populations caucasiennes, est en dessous de celui des populations noires d'Amérique et d'Europe. En outre, la présente étude suggère que les antécédents familiaux de CaP constituent un facteur de haut risque et que le régime riche en graisse est un facteur prédisposant. Elle suggère encore que la distribution du CaP en RD Congo varie selon les provinces, avec une prédominance pour les anciennes provinces du Kasaï et du Kivu. Cette étude offre une première base de données épidémiologiques sur le CaP en RD Congo et en Afrique subsaharienne.



Remerciements


Nous remercions Monsieur le Professeur Lubunga Pene Shako, ancien administrateur délégué général de la Regideso pour avoir accepté que cette étude se déroule au sein de son entreprise et Madame Mary K. Klassen-Fisher MD, pour les analyses histopathologies réalisées par l'AFIP incluses dans cette étude.



 Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Le régime alimentaire selon les provinces.
Province  n   Riche en graisses animales n (%)  Pauvre en graisses animales n (%)  Régime équilibré n (%) 
Bas-Congo  38  2 (5,3 %)  29 (76,3 %)  7 (18,4 %) 
Bandundu  38  2 (5,3 %)  27 (71,1 %)  9 (23,7 %) 
Équateur  13  0 (0 %)  10 (76,9 %)  3 (23,1 %) 
Kasaï  53  9 (17 %)  24 (45,3 %)  20 (37,7 %) 
Katanga  0 (0 %)  5 (83,3 %)  1 (16,7 %) 
Kivu  11  4 (36,4 %)  4 (36,4 %)  3 (27,3 %) 
Orientale  0 (0 %)  3 (100 %)  0 (0 %) 
Total  162  17 (10,5 %)  120 (74,1 %)  43 (26,5 %) 





Tableau 2 - Résultats de la biopsie prostatique.
Tests  n   Pourcentage 
Hyperplasie bénigne  13,2 
Prostatite chronique  2,6 
Adénocarcinome prostatique  10,5 
PIN II  5,3 
PIN III  5,3 
Tissu prostatique normal  24  63,3 
Total  38  100,0 





Tableau 3 - Répartition des CaP et PIN en fonction des provinces.
Province  n   CaP n (%)  PIN n (%) 
Kasaï  53  1 (1,8 %)  3 (5,7 %) 
Kivu  11  2 (18,1 %)  1 (9,0 %) 
Bas-Congo  37  1 (2,7 %)  0 (0 %) 
Total  101  4 (4 %)  4 (4 %) 





Tableau 4 - Taux de PSA et résultats de la biopsie.
Drill PSA ng/ml  Normale n (%)  HBP n (%)  Prostatite chronique n (%)  CaP n (%)  PIN n (%) 
0,21–2,50  17 (70,8 %)  4 (80,0 %)  1 (100 %)  0 (0 %)  2 (50 %) 
2,51–9,99  7 (29,2 %)  1 (20,0 %)  0 (0,0 %)  0 (0 %)  1 (25 %) 
>10  0 (0,0 %)  0 (0,0 %)  0 (0,0 %)  4 (100 %)  1 (25 %) 
Total  24 





Tableau 5 - Anomalies du TR et résultats de la biopsie.
TR Biopsie  Normal n (%)  HBP n (%)  Ferme n (%)  Nodule n (%) 
Normale  12 (70,6 %)  6 (54,5 %)  5 (71,4 %)  1 (33,3 %) 
Hyperplasie glandulaire  4 (23,5 %)  0 (0,0 %)  1 (14,2 %)  0 (0,0 %) 
CaP  0 (0 %)  3 (36,5 %)  0 (0 %)  1 (33,3 %) 
PIN  1 (5,9 %)  1 (9,0 %)  1 (14,3 %)  1 (33,3 %) 
Total  17  11 





Tableau 6 - Comparaison des résultats de la biopsie prostatiques aux tests de dépistage.
Tests positifs  n   CaP n (%)  PIN n (%) 
TR seul  0 (0 %)  2 (40 %) 
PSA seul  0 (0 %)  0 (0 %) 
ETR seul  12  0 (0 %)  1 (8,3 %) 
TR+PSA  0 (0 %)  0 (0 %) 
TR+ETR  10  0 (0 %)  0 (0 %) 
PSA+ETR  3 (42,9 %)  1 (14,3 %) 
TR+PSA+ETR  1 (33,3 %)  0 (0 %) 
Total  38  4 (10,5 %)  4 (10,5 %) 




Références



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