Étiologie et prise en charge de la dysfonction érectile chez le patient diabétique

25 juin 2009

Auteurs : V. Phé, M. Rouprêt, K. Ferhi, O. Traxer, F. Haab, S. Beley
Référence : Prog Urol, 2009, 6, 19, 364-371




 




Introduction


La dysfonction érectile (DE) est définie comme l’impossibilité d’avoir ou de maintenir une érection suffisante pour avoir un rapport satisfaisant [1]. Les études épidémiologiques montrent que la DE a une incidence plus élevée chez le patient diabétique. De nombreux travaux s’intéressent à la DE chez le patient diabétique en raison de son lien étroit avec les maladies cardiovasculaires par le biais de la dysfonction endothéliale. D’importants progrès ont été réalisés dans le domaine de la prise en charge thérapeutique, avec la mise sur le marché des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (IPDE5). Les médecins qui prennent en charge des patients diabétiques sont de plus en plus nombreux à dépister la DE [2], confortés par l’existence de traitements efficaces et simples à utiliser et conscients du rôle que tient ce symptôme dans le dépistage de la dysfonction endothéliale [3, 4]. Par ailleurs, la DE est parfois responsable d’une altération de la qualité de vie [5, 6]. D’autres problèmes sexuels sont fréquemment ressentis par les patients diabétiques, comme les troubles de l’éjaculation ou la diminution de la satisfaction sexuelle [7].

Le but de ce travail a été d’effectuer une mise au point concernant la prise en charge spécifique de la DE chez les patients diabétiques, en accord avec les données récentes de la littérature scientifique.


Épidémiologie


La DE est une complication fréquente du diabète. Son incidence est fortement corrélée à celle du diabète. Environ 32 % des patients diabétiques de type 1 et 46 % des patients diabétiques de type 2 présentent une DE [8]. L’étude Massachusetts male aging stud (MMAS) rapporte une prévalence trois fois plus importante chez le patient diabétique traité que chez le patient non diabétique [9]. Par ailleurs, la DE est parfois le premier symptôme du diabète chez 12 % des patients pour lesquels un diagnostic de maladie endocrinienne est posé par la suite [10].

Par ailleurs, l’incidence de la DE est majorée dans la population de patients atteints de maladie cardiovasculaires et de diabète, puisqu’elle est de l’ordre de 20 à 70 % [11, 12, 13]. Les maladies cardiovasculaires, le tabagisme, l’hypertension, la dyslipidémie et la dépression sont autant de facteurs qui jouent un rôle dans la survenue d’une DE chez le patient diabétique [14].

Par ailleurs, la présence de maladies cardiovasculaires et de diabète augmente le risque de DE. Environ 50 % des patients diabétiques ont une DE après dix années d’évolution de leur maladie [15, 16]. Le risque semble être augmenté avec l’âge, le déséquilibre glycémique, la durée d’évolution de la maladie diabétique et la survenue de complications telles que la rétinopathie ou la néphropathie. De 30 à 34ans, la DE concerne 15 % des diabétiques. Ce chiffre s’élève à 60 % après 60ans [17]. La sévérité de la DE est directement corrélée au taux d’hémoglobine glyquée avec un taux de DE sévère de 9 % en cas de hémoglobine glyquée inférieure à 8 % et de 40 % pour une hémoglobine glyquée supérieure à 8 % [18].


Mécanismes physiopathologiques


L’origine de la DE est donc multifactorielle chez le patient diabétique et les mécanismes sont complexes. Les complications de la maladie diabétique, les comorbidités cardiovasculaires, les effets secondaires de certains médicaments (antihypertenseurs) ou encore les facteurs psychologiques sont autant d’éléments impliqués dans la genèse des troubles de l’érection chez le patient diabétique.


Lésions de l’endothélium vasculaire


La littérature actuelle est en faveur d’une association forte entre la dysfonction endothéliale, DE et maladies cardiovasculaires [19]. Les mécanismes moléculaires et cellulaires en cause impliquent une élévation des advanced glycation end-products (AGE), une élévation des radicaux libres, une diminution de la synthèse de monoxyde d’azote (NO), une diminution de la cyclic guanosine monophosphate (cGMP) et une modification des récepteurs à l’endothéline B [19].


Advanced glycation end-products


Il existe une production anormalement accrue des AGE chez le diabétique en conséquence de l’hyperglycémie. Cette production augmente également avec l’âge. Les AGE sont des produits de réactions non enzymatiques entre le glucose et les lipides, les protéines et les acides nucléiques [20]. Les AGE forment des liaisons covalentes avec le collagène, ce qui entraîne un épaississement de la paroi vasculaire, une diminution de son élasticité et de l’athérosclérose [21, 22]. Ainsi, la production anormale d’AGE conduit à une diminution de la compliance des corps caverneux et un trouble de la relaxation des fibres musculaires lisses en générant des radicaux libres qui interagissent avec le NO [23].


Monoxyde d’azote


Le NO est produit par l’endothélium des artères du pénis et des neurones non cholinergiques et non adrénergiques par l’intermédiaire de deux enzymes : le NO synthase endothéliale et le NO synthase neuronale [24]. Le NO est le médiateur de la relaxation du muscle lisse caverneux par l’intermédiaire du cGMP. Chez le patient diabétique, il existe une diminution de la production de ces enzymes. Une diminution de la production de NO et de sa molécule effectrice, le cGMP participe au développement de la DE chez le patient diabétique [24].


Cyclic guanosine monophosphate


La diminution de la production du NO et/ou de la réponse au NO conduit à une diminution de la stimulation de la guanylate cyclase. Cette dernière clive le GTP en cGMP, responsable de la relaxation du muscle lisse. En cas de défaut de la cGMP, le calcium reste dans les cellules, les muscles caverneux restent contractés et les vaisseaux sanguins caverneux ne se dilatent pas [25]. L’afflux sanguin ne peut engorger les sinusoïdes et comprimer les veinules, entraînant une absence ou une érection insuffisante.


Endothéline B


Il existe une élévation de l’endothéline B dans le plasma chez le patient diabétique. Les récepteurs de l’endothéline B sont majoritairement situés au niveau de l’endothélium vasculaire. L’élévation des récepteurs de l’endothéline B et de son ligand a tendance à provoquer une vasoconstriction par l’intermédiaire du NO [26]. Le traitement oral de la DE est fondé sur l’amplification de la réponse à la stimulation du NO. L’IPDE5 permet de retarder la dégradation du cGMP.


Neuropathie diabétique


Les études récentes explorent le lien entre la neuropathie diabétique et la neuropathie de la DE. Elles partageraient les mêmes voies de signalisation impliquant à nouveau le NO, un déficit de l’activité de la NO synthase neuronale et conduisant à une dégénérescence neuronale [27, 28].


Autres facteurs


Les complications du diabète associées à un risque accru de DE sont la neuropathie périphérique ou autonome, la néphropathie et la rétinopathie. Le tabagisme et l’hypertension artérielle sont autant de facteurs responsables de la DE.

Chez le patient diabétique, l’hypogonadisme responsable du déséquilibre de l’axe hypothalamohypophysaire peut également être impliqué dans les mécanismes de la DE. L’étude de Corona et al. a mis en évidence un risque d’hypogonadisme multiplié par deux après ajustement de l’âge et de l’indice de masse corporelle chez le diabétique de type 2. Il faut écarter chez le diabétique un éventuel hypogonadisme lors de la prise en charge initiale des troubles de l’érection, par un dosage de testostérone totale et biodisponible [29].

Outre le diabète, il est important de rechercher les antécédents ou les symptômes orientant vers une pathologie organique, mais aussi vers des problèmes psychologiques, susceptibles de déclencher ou d’aggraver la DE et pouvant bénéficier d’un traitement spécifique. Il faut insister sur les facteurs de risque cardiovasculaires : surcharge pondérale, sédentarité, tabagisme, HTA, angor, insuffisance cardiaque, dyslipidémie et surtout l’existence d’un syndrome métabolique. Le syndrome métabolique, également connu sous le nom de syndrome X, n’est pas une maladie spécifique, mais désigne plutôt une série de problèmes liés à un mauvais métabolisme corporel : hauts taux d’insuline et de cholestérol, hypertension et excès de poids. Il constitue un stade précoce de plusieurs maladies graves, comme le diabète de type 2, les troubles cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) [30].

Par ailleurs, l’implication de certains médicaments tels que les antihypertenseurs (ß-bloquants, inhibiteurs calciques) et les hypocholestérolémiants (fibrates, statines) a été évoqué dans la survenue de la DE. Des études plus récentes n’ont pas confirmé ces hypothèses [31, 32, 33]. Enfin, les facteurs psychologiques comme la dépression et l’angoisse de performance générée par les premiers signes de la DE, jouent un rôle important.


Maladies cardiovasculaires


La DE peut révéler une maladie cardiovasculaire en raison des facteurs de risques communs et des lésions endothéliales mises en cause [34, 35, 36]. Les travaux récents vont même jusqu’à recommander, chez un patient présentant une DE, asymptomatique et sans facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires, un dépistage des maladies cardiovasculaires avec une glycémie, un bilan lipidique, des mesures de la pression artérielle et la mesure du périmètre abdominal. Idéalement, tous les patients asymptomatiques mais à risque de maladie cardiovasculaire doivent avoir au moins un ECG d’effort [34, 35, 36]. Finalement, le concept établi qu’un homme avec une DE sans symptômes cardiovasculaires reste un patient à risque, jusqu’à preuve du contraire. Lorsque la DE est associée à un diabète, le patient est à risque d’accident et de mortalité cardiovasculaire supérieure à la population générale [37]. Selon certains auteurs, il existe une association forte et indépendante entre l’existence d’une DE et d’une ischémie myocardique silencieuse chez les patients ayant un diabète de type 2 sans complication apparente [38]. La DE pourrait être un marqueur potentiel de dépistage de l’ischémie myocardique chez les patients diabétiques. Il a été suggéré que le traitement précoce de la maladie coronarienne pourrait réduire le risque de survenue de DE.


Prise en charge thérapeutique


Elle a pour but d’améliorer la qualité de vie des patients et repose sur une approche multidisciplinaire impliquant plusieurs intervenants (médecin généraliste, diabétologue, urologue-andrologue, cardiologue et sexologue) tout en responsabilisant le patient. La prévention est essentielle et repose sur des éléments simples et une certaine hygiène de vie : activité physique régulière, régime, traitement des facteurs de risque et traitement spécifique.


Bilan initial


Malgré certaines particularités de la DE chez le patient diabétique, le bilan initial reste le même [2]. L’interrogatoire recherche des signes établis de neuropathie autonome.

Le bilan biologique doit systématiquement comporter :

un dosage de l’HbA1c (hémoglobine glyquée) ;
un bilan lipidique comprenant le dosage du cholestérol total, du HDL-c et des triglycérides ;
une numération formule sanguine, un ionogramme ;
une testostéronémie totale systématiquement à la recherche d’un déficit androgénique biologique.


Inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5


Les IPDE5 sont devenus le traitement de première ligne [1, 39]. Le sildénafil, le tadalafil et le vardénafil inhibent la phosphodiestérase 5, responsable de la dégradation du cGMP. Le traitement oral de la DE est fondé sur l’amplification de la réponse à la stimulation du NO. Selon le second consensus de Princeton, la mise en place d’un traitement oral par inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5 nécessite un avis cardiologique préalable lorsque les patients sont à haut risque cardiovasculaire [39]. Pour les patients à faible risque (moins de trois facteurs de risque cardiovasculaire majeurs concomitants dont le diabète), la prescription d’IPDE5 ne nécessite pas de recours à un avis cardiologique préalable [39]. Ces traitements restent contre-indiqués chez les patients prenant des dérivés nitrés.

Quelques études randomisées contrôlées en double insu ont démontré l’efficacité des IPDE5 chez les patients diabétiques (Tableau 1). Les principaux critères de jugement étaient les questions 3 (possibilité d’avoir une érection) et 4 (possibilité de maintenir une érection) du questionnaire international index of erectile dysfunction (IIEF), ou la question de l’efficacité globale (global assessment question ) ou enfin les questions 2 et 3 du sexual encounter profile (SEP) [40, 41, 42, 43].


Sildénafil


Le sildénafil est devenu le traitement de référence de première ligne des patients diabétiques ayant une DE. Des études randomisées ont prouvé l’efficacité de cette molécule avec notamment une amélioration des questions 3 et 4 de l’IIEF-5. L’efficacité globale du traitement dans cette population spécifique est de l’ordre de 56 à 66 % contre 84 % chez les patients non diabétiques avec une DE [40, 42, 43]. En comparaison avec d’autres pathologies ou avec la population générale, le sildénafil est moins efficace dans la population de diabétiques. Depuis sa mise sur le marché, le sildénafil a pourtant été largement utilisé chez les patients avec des maladies cardiovasculaires que l’atteinte soit macro- ou microangiopathique [40, 42, 43].


Vardénafil


Une amélioration de la qualité des érections a été observée dans 57 à 72 % des cas [41, 44]. Une étude randomisée contrôlée n’a pas mis en évidence l’infériorité du vardénafil dans cette indication. Il n’existe également pas de majoration des effets secondaires avec ce traitement [41, 44].


Tadalafil


Il existe peu d’études randomisées contrôlées en double insu sur l’efficacité du tadalafil dans la population spécifique des diabétiques. La majorité des études portent sur la population générale avec extraction de données en sous-groupes non appariés pour les patients diabétiques. Le tadalafil à la dose de 10 ou 20mg semble efficace moyennant peu d’effets indésirables, bien tolérés [45]. Le profil pharmacocinétique du tadalafil est différent avec une demi-vie prolongée (17,5heures) et une réponse prolongée (36heures) [46]. L’administration quotidienne de tadalafil à la dose de 2,5 ou 5mg est autorisée chez les patients répondeurs au tadalafil à la demande, elle permet d’éviter de devoir planifier les rapports sexuels avec une efficacité similaire, au prix d’effets indésirables moindres [45, 46]. Cette modalité d’administration peut être proposée aux patients diabétiques.

Les données rapportées d’efficacité moindre chez les diabétiques sont identiques pour tous les IPDE5. Les IPDE5 ne sont pas remboursées chez le patient diabétique.


Yohimbine


La yohimbine, antagoniste sélectif des récepteurs alpha 2 adrénergiques, a une action à la fois centrale et périphérique. Elle n’a pas fait la preuve de son efficacité par manque d’études de haut niveau de preuve, en dehors d’une DE légère d’origine psychologique prédominante. Chez le diabétique, quelques études montrent une efficacité relative, dans 30 % des cas seulement [47]. La yohimbine n’est donc proposée qu’en deuxième ligne de traitement (par exemple, à cause du coût des inhibiteurs de la PDE5 ou d’une peur irraisonnée de ces molécules) d’autant que les effets secondaires, tels que l’anxiété, les troubles gastro-intestinaux, les vertiges, la tachycardie, les céphalées, les rash cutanés, l’insomnie ou l’agitation peuvent survenir dans 3 à 30 % des cas. Enfin, elle est non remboursée en France dans cette indication.


Vacuum


Il n’existe pas à proprement parler de contre-indications, notamment médicamenteuses, spécifiques à l’utilisation du vacuum ou « érecteur à dépression ». Pour autant, cette alternative ne séduit pas toujours les patients pour des raisons d’utilisation ou simplement d’esthétisme. Les érections obtenues à l’aide de la pompe satisfont plus de 70 % des patients diabétiques. Cependant, plus de 30 % des patients l’utilisent de manière discontinue en raison des possibles douleurs péniennes, d’une rigidité inadéquate, de l’échec à l’éjaculation, de sensation d’érection à verge froide ou encore de l’apparence de la verge tumescente [48, 49]. L’utilisation du vacuum nécessite une bonne complicité dans le couple, ainsi qu’un minimum de dextérité.


Injections intracaverneuses


Les injections intracaverneuses ont montré leur efficacité au long cours pour le traitement de la DE du patient diabétique indépendamment de son type (1 ou 2). L’efficacité de ces injections est surtout indépendante de toute stimulation sexuelle [50]. En dépit du caractère contraignant des injections, la tolérance et la satisfaction des patients sont excellentes [51]. La prostaglandine E1 stimule l’adénylcyclase, augmentant ainsi le taux de cAMP, entraînant ainsi une relaxation du muscle lisse et une vasodilatation. Dans une étude, non randomisée, 99 % des érections induites par les injections étaient suffisamment rigides pour les rapports des patients diabétiques [52]. Le traitement au long cours requiert une augmentation des doses et parfois l’utilisation en combinaison avec d’autres thérapeutiques [53]. En outre, le traitement est parfois interrompu par les patients, en raison de l’appréhension d’une injection dans la verge ou des effets secondaires (fibrose pénienne, douleur) [54]. Toutefois, les diabétiques insulino-dépendants tolèrent mieux l’utilisation des seringues que la population générale puisqu’ils les manipulent au quotidien dans le cadre de leurs auto-injections d’insuline. La Sécurité sociale prend en charge les injections intracaverneuses à condition que les troubles érectiles soient en rapport avec une neuropathie diabétique avérée.


Gels intra-urétraux de prostaglandines (alprostadil)


Il s’agit d’un traitement en règle bien accepté par les patients, avec un taux d’environ 50 % d’efficacité chez le diabétique. L’administration est simple, par le biais d’un bâtonnet intra-urétral (Muse©, 1000μg). L’efficacité des gels est indépendante de l’étiologie de la DE [55]. Dans une étude randomisée open label study , 69 % des patients ayant utilisé des gels ont eu au moins un rapport pendant les trois mois de traitement versus 11 % pour les patients ayant reçu le placebo. Dix-huit pour cent du groupe ayant utilisé des gels avaient une DE d’origine diabétique et 46 % d’entre eux ont pu avoir un rapport dans les trois mois versus 1 % pour ceux du groupe placebo [56]. Toutefois, la moindre efficacité par rapport aux injections intracaverneuses, son coût supérieur (et non remboursé) et ses effets indésirables (douleurs urétrales surtout) lui font préférer les injections intracaverneuses, en cas d’inefficacité des IPDE5.


Implants péniens


Pour les patients diabétiques chez lesquels la prise en charge médicale de la DE est un échec, la pose d’un implant pénien représente une solution efficace et sûre. Une étude a été menée à propos de 372 hommes diabétiques ayant bénéficié d’un implant pénien gonflable à trois parties pour DE. Environ 86 % des patients rapportaient un implant fonctionnel à cinq ans postopératoire. Cette option est à réserver aux patients, en échec des traitements médicaux. Les études documentent une incidence d’infection d’implant chez les diabétiques entre 2 et 10 %. En outre, deux anciennes études portants sur les implants péniens chez les patients diabétiques n’avaient pas montré d’augmentation significative du taux d’infection chez les patients ayant une hémoglobine glyquée élevée [57, 58]. Pourtant, deux études plus récentes ont démontré le contraire et il est dorénavant établi que le diabète augmente le risque d’infection prothétique [59, 60].


Mesures associées


Elles sont indispensables à prendre en compte. Le contrôle de la glycémie est fondamental parallèlement à l’instauration du traitement spécifique de la DE [2]. L’arrêt des facteurs favorisants (médicaments en cause), lorsque cela est possible, peut aider à la prise en charge. De même, la prise en charge psychosomatique en considérant les troubles anxieux et dépressifs, et l’accompagnement du patient est indispensable. Une prise en charge sexologique spécifique du patient ou du couple est parfois nécessaire chez ces patients atteints d’une maladie chronique.


Conclusion


La DE a une prévalence plus élevée chez les patients diabétiques puisqu’elle concerne au moins 30 % d’entre eux. La physiopathologie est complexe et d’origine multifactorielle impliquant principalement les lésions de l’endothélium vasculaire, la neuropathie diabétique et les facteurs psychologiques. La DE est responsable d’une altération de la qualité de vie. La prise en charge thérapeutique repose sur des traitements spécifiques d’une part, la prévention et le traitement des complications de la maladie diabétique et l’accompagnement psychologique des patients, d’autre part. Les IPDE5 sont devenus le traitement de première ligne avec une sécurité et une efficacité d’utilisation prouvée. En seconde ligne, les traitements locaux tels que les injections intracaverneuses de prostaglandines ou le vacuum peuvent être envisagés. En dernier recours, les implants péniens sont également envisageables chez le patient diabétique, même si le risque d’infection sur la prothèse est majoré dans cette population.




Tableau 1 - Efficacité des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (IPDE5) chez les patients diabétiques.
Auteur  n   Diabète
type 1 (D1)
type 2 (D2) 
IPDE5
dose mg 
Critères de jugement
IIEF Q3 & Q4 ou amélioration de l’IIEF
SEP Q2 & Q3 
Amélioration globale de l’érection (%) 
Stuckey et al. [43 188 (placebo=93)  D1  Sildénafil
25–100 
IIEF
3,61 vs 2,71, p <0,001
3,25 vs 2,19, p <0,001 
66,6 vs 28,6 
 
Rendell et al. [42 268 (placebo=132)  D2
D1 
Sildénafil
25–100 
IIEF
3,2 vs 2,0, p <0,001
2,9 vs 1,6, p <0,001 
56 vs 10, p <0,001 
 
Boulton et al. [40 219 (placebo=109)  D2  Sildénafil
25–100 
IIEF
3,42 vs 1,86, p <0,0001
3,35 vs 1,84, p <0,0001 
65 vs 11, p <0,0001 
 
Goldstein et al. [41 430 (placebo=140)  D1
D2 
Vardénafil
10–20 
Amelioration IIEF 5,9–10,8 vs 1,4, p <0,0001  57–72 vs 13, p <0,0001 
        SEP Q2
61–64 % vs 36 %, p <0,0001 
 
        SEP Q3
49–54 % vs 23 %, p <0,0001 
 
 
Saenz de Tejada et al. [45 145 (placebo=71)  D1
D2 
Tadalafil
10–20 
Amélioration IIEF 6,4–7,3 vs 0,1, p <0,001  56–64 vs 25, p < 0,001 
        SEP Q2
22 % vs no response, p <0,001 
 
        SEP Q3
28–29 % vs 1,9 %, p <0,001 
 




Références



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