Épidémiologie et histopronostic du cancer de la prostate au Togo : à propos de 202 cas diagnostiqués au laboratoire d'anatomie pathologique du CHU Tokoin de Lomé

25 février 2009

Auteurs : K. Amégbor, T. Yao Seddoh, K. Tengué, B. Songne-Gnamkoulamba, G. Napo-Koura, K. James
Référence : Prog Urol, 2009, 2, 19, 112-115
Objectifs

Décrire les aspects épidémiologiques et histologiques du cancer de la prostate au Togo.

Méthodes

Il s’est agi d’une étude rétrospective et descriptive portant sur 202cas diagnostiqués entre 1984 et 2003 au laboratoire d’anatomie pathologique du CHU Tokoin de Lomé. Les paramètres étudiés étaient la fréquence, l’âge, les circonstances de découverte, la valeur du PSA et le type histologique.

Résultats

La fréquence du cancer prostatique était de dix cas en moyenne. L’âge moyen des patients était de 70ans (45 à 95 ans). Les circonstances de découverte étaient dominées par les troubles mictionnels observés dans 92 % des cas et le taux moyen du PSA était de 88,5ng/ml (7,8 à 560,4ng/ml). Au plan histologique, il s’agissait d’adénocarcinomes dans 97,5 % des cas et de carcinomes épidermoïdes dans 1,9 % des cas.

Conclusion

Le cancer de la prostate bien que peu fréquent au Togo reste un problème de santé publique en raison de la faible accessibilité de la population au diagnostic, d’où la nécessité d’un programme national de dépistage chez les sujets âgés.




 




Introduction


Le cancer de la prostate est une affection du sujet âgé et constitue un problème de santé publique dans les pays développés. Il représente le cancer le plus fréquent chez l'homme de plus de 50ans. Sa fréquence a considérablement augmenté ces dernières années, due en partie à l'élévation de l'espérance de vie des populations, ajoutée à l'adoption par les pays en voie de développement d'un mode de vie occidental caractérisé par une alimentation riche en calories et une absence d'exercice physique [1, 2]. Au Togo comme dans la plupart des pays en développement, il est difficile d'évaluer son ampleur par manque de données statistiques suffisantes. Le but de ce travail était de décrire les aspects épidémiologiques et histologiques du cancer prostatique au Togo.


Matériels et méthodes


Il s'est agi d'une étude rétrospective et descriptive portant sur 202cas de cancers prostatiques diagnostiqués entre janvier 1984 et décembre 2003 (20ans) au laboratoire d'anatomie pathologique (LAP) du CHU Tokoin de Lomé. Ces cas ont été colligés à partir des registres dudit laboratoire et du service d'urologie du CHU Tokoin de Lomé. Les prélèvements étaient constitués de biopsies et de pièces opératoires fixées dans du formol à 10 %, et provenaient des différentes structures sanitaires du Togo. Ces prélèvements étaient traités selon les techniques d'histologie conventionnelle. Les paramètres étudiés étaient la fréquence, la provenance du prélèvement, l'âge, les circonstances de découverte, la valeur du PSA et les aspects histologiques.


Résultats


Fréquence


Au cours de notre période d'étude, nous avons colligé 202cas de cancers prostatiques représentant 23,7 % de l'ensemble des tumeurs de la prostate diagnostiquées pendant la même période. Ces cancers avaient été régulièrement diagnostiqués durant notre période d'étude et leur fréquence annuelle était de dix cas en moyenne avec des extrêmes de trois et 26cas observés respectivement en 1999 et en 2002 (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Répartition des cancers de la prostate selon l'année.




Provenance des prélèvements


Les prélèvements provenaient du CHU Tokoin de Lomé qui avait adressé 134prélèvements réprésentant 66,3 % des cas, des hôpitaux et cliniques privées de Lomé (62cas ; 30,7 %) et des hôpitaux régionaux qui n'ont adressé que six prélèvements représentant 3 % des cas.


Âge


L'âge de nos patients variait entre 45 et 95ans avec un âge moyen de 70ans ; 72 % des patients avaient un âge compris entre 60 et 80ans (Tableau 1).


Circonstances de découverte


Les signes révélateurs du cancer étaient dominés par les troubles mictionnels présentés par 186patients représentant 92 % des cas. Le reste des patients avait consulté pour lombalgie (quatre cas ; 2 %) ou pour bilan de santé (12cas, 6 %) avec un toucher rectal suspect.


Valeurs du PSA


Le PSA total a été dosé chez 99 de nos patients représentant 49 % des cas, avec un taux moyen de 88,5ng/ml et des extrêmes de 7,8 et 560,4ng/ml. Le Tableau 2 montre la répartition des patients selon le taux du PSA total.


Aspects histologiques


Les prélèvements parvenus au LAP étaient constitués de 115biopsies et de 87pièces opératoires représentant respectivement 56,9 et 43,1 % des cas. Au plan histologique, les cancers de la prostate étaient essentiellement des adénocarcinomes observés dans 197cas représentant 97,5 % de la série, suivis des carcinomes épidermoïdes (quatre cas ; 1,9 %) et du sarcome (un cas). La répartition des adénocarcinomes, selon le score pronostique de Gleason, est présentée dans le Tableau 3. Les carcinomes épidermoïdes étaient observés chez des patients ayant un âge moyen de 78ans et chez lesquels il existait un carcinome vésical du même type histologique, sans antécédent d'infestation bilharzienne. Le sarcome était observé chez un patient âgé de 48ans dans un contexte d'altération de l'état général.


Discussion


Les 202cas de cancer de la prostate qui ont permis d'étudier les aspects épidémiologiques et histopronostiques de ces cancers au Togo ne sauraient être considérés comme la totalité des cancers prostatiques au Togo car il n'a été tenu compte que des pièces anatomopathologiques parvenues au LAP. De plus, la grande partie des prélèvements provenaient du CHU Tokoin où se trouve le LAP. Les populations vivant donc hors de la capitale sont très peu représentées. D'où la nécessité de la mise en place d'autres laboratoires d'anatomie pathologique dans les centres hospitaliers universitaires et régionaux de l'intérieur du pays. Au plan anatomopathologique, seules les techniques standard avaient été utilisées, le LAP du pays n'étant pas doté de techniques immunohistochimiques, devenues aujourd'hui indispensables en pratique anatomopathologique. Ces techniques pourraient, si elles étaient disponibles, améliorer la qualité du travail effectué dans le LAP.

Le cancer de la prostate constitue une affection peu diagnostiquée au Togo. En moyenne, dix cas ont été observés par an. Ce faible taux serait en rapport avec l'espérance de vie faible au Togo comme dans la plupart des pays en développement.

L'âge moyen de nos patients est comparable à ceux rapportés dans la littérature africaine notamment celui observé au Congo-Brazzaville par Peko et al. ou au Sénégal par Gueye et al., qui est de 69ans [3, 4]. Dans les études statistiques de Brawley et al., l'âge moyen de survenue du cancer prostatique est de 71ans [5]. Tous confirment que le cancer de la prostate est une affection du sujet âgé. Selon Boyle, c'est le cancer le plus fréquent chez l'homme de plus de 50ans [2]. De plus, la fréquence du cancer de la prostate augmente avec l'âge [6]. Dans notre étude, exceptionnel avant 50ans, 99 % des patients avaient 50ans et plus.

Les circonstances révélatrices du cancer de la prostate sont très variables. Les symptômes sont représentés par des troubles mictionnels banals : mictions impérieuses, pollakiurie, dysurie, rétention aiguë des urines, ou plus rarement, hématurie initiale. On découvre alors que la prostate est le siège d'un cancer. Souvent, les patients sont vus pour des symptômes sans rapport apparent avec l'appareil urinaire : œdème unilatéral d'un membre inférieur, douleurs rhumatismales, paraplégie, fracture pathologique, altération inexpliquée de l'état général. Actuellement, le diagnostic est évoqué à l'occasion d'un dosage d'antigène spécifique de la prostate, ou à l'occasion d'un examen systématique comportant un toucher rectal et, dans ces cas, la maladie est souvent reconnue à une phase plus précoce alors qu'il n'y a pas de troubles mictionnels. Le dosage du PSA est important dans la démarche diagnostique bien qu'il ne soit pas un marqueur spécifique du cancer prostatique [7, 8, 9].

Quand on considère les types histologiques, la grande fréquence des adénocarcinomes de notre échantillon est en accord avec les données de la littérature [2, 4, 10, 11]. Les sarcomes sont, en revanche, plus rares dans la prostate. Ils représentent moins de 1 % des tumeurs prostatiques et surviennent chez les sujets de moins de 50ans [12]. Les carcinomes épidermoïdes sont des diagnostics exceptionnels. Leur histogénèse est mal connue ; ils seraient une forme métaplasique de carcinomes urothéliaux ou glandulaires ou induits par une schistosomiase prostatique ou encore surviendraient après radiothérapie pour adénocarcinomes prostatiques [13]. Dans notre étude, il est probable que ces carcinomes épidermoïdes soient une invasion par contiguïté à partir d'un site vésical dans la mesure où il existait un carcinome vésical du même type histologique associé chez les patients concernés.

Au plan architectural, les adénocarcinomes prostatiques forment un spectre de lésions, allant des formes très bien différenciées, à des formes peu ou pas différenciées ne présentant ni la morphologie ni les fonctions sécrétoires habituelles. Cette différenciation est l'élément primordial à prendre en compte dans la détermination du score du carcinome prostatique [14]. Le système de grading de Gleason est un outil de communication indispensable entre pathologistes et urologues qui permet de donner, en termes chiffrés, un score permettant de préjuger de l'agressivité et de l'évolutivité des adénocarcinomes prostatiques. Il permet, associé au PSA préopératoire et au stade pTNM, de déterminer l'indication thérapeutique [14]. Dans notre étude, près de la moitié des patients avaient un carcinome de faible grade comme dans l'étude de Prost et al. en France [15]. Ces carcinomes de faible grade ont une évolution très lente, contrairement aux carcinomes de haut grade qui ont une évolution rapide avec métastases précoces.


Conclusion


Le cancer de la prostate constitue une affection peu diagnostiquée au Togo, survenant à un âge moyen de 70ans. Les signes révélateurs de la tumeur sont dominés par les troubles urinaires, avec un taux de PSA élevé lors du diagnostic. Ces cancers sont dominés par les adénocarcinomes le plus souvent de faible grade de malignité. Le cancer prostatique bien que peu fréquent au Togo reste un problème de santé publique en raison de la faible accessibilité de la population au diagnostic. D'où la nécessité d'un programme national de dépistage chez les sujets âgés.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Répartition des cancers de la prostate selon l'âge.
Tranches d'âge (ans)  Effectif (202)  Pourcentage (100 %) 
40–49  0,99 
50–59  26  12,87 
60–69  68  33,66 
70–79  77  38,12 
80–89  23  11,38 
90 et plus  2,98 





Tableau 2 - Répartition des patients selon le taux du PSA total.
Taux du PSA (ng/ml)  Effectif (99)  Pourcentage (100 %) 
<10  9,1 
[10–50[  14  14,1 
[50–100[  23  23,2 
100 et plus  53  53,6 





Tableau 3 - Répartition des adénocarcinomes selon le score de Gleason.
Score de Gleason  Effectif (197)  Pourcentage (100 %) 
15  7,6 
24  12,2 
60  30,5 
58  29,4 
25  12,7 
12  6,1 
10  1,5 




Références



Fournier G., Valerie A., Mangin P., Cassenot O. Cancer de la prostate : épidémiologie, facteurs de risque, anatomopathologie Ann Urol 2004 ;  38 : 187-206 [inter-ref]
Boyle P., Maisonneuve P., Napalkof P. Geographical and temporal pattern of incidence and mortality from prostate cancer Urology 1995 ;  46 : 47-55 [cross-ref]
Peko J.F., Bouya P., Kokolo J., Ngolet A. Cancers de la prostate au CHU de Brazzaville : épidémiologie et histopronostic Med Afr Noire 2003 ;  50 : 8-9
Gueye S.M., Jalloh M., Labou I., Niang L., Kane R., Ndoye M. Profil clinique du cancer de la prostate au Sénégal Afr J Urol 2004 ;  10 : 203-207
Brawlay O., Knopf K., Merill R. The epidemiology of prostate cancer, part 1: descriptive epidemiology Semin Urol Oncol 1998 ;  16 : 187-192
Meikle A.W., Smith J.A. Epidemiology of prostate cancer: early detection and treatment of localized carcinoma of the prostate Urol Clin North Am 1990 ;  17 : 709-718
Stoffel F., Gasser T.C. General features and strategy in the diagnosis of prostatic carcinoma Ann Ital Chir 1999 ;  70 : 657-663
Fournier G., Valeri A., Mangin P., Cussenot O. Cancer de la prostate. Diagnostic et bilan d'extension Ann Urol 2004 ;  38 : 207-224 [inter-ref]
Villers A., Grosclaude P. Épidémiologie du cancer de la prostate : article de revue Med Nucl 2007 ;  32 : 2-4 [inter-ref]
Khouaja K., Ben Sorba N., Bouslama A., Youssef A., Taher Mosbah A. Une expérience de diagnostic individuel et précoce du cancer de la prostate dans le centre de la Tunisie Prog Urol 2005 ;  15 : 255-259
Haas G.P., Sakr W.A. Epidemiology of prostate cancer CA Cancer J Clin 1997 ;  47 : 273-287 [cross-ref]
Colombeau P., Marcou A.P. Sarcomes de la prostate Encycl Med Chir 1983 ;  18500A10 : 11
Cabanne F., Pages A., Billerey C.L., Oppermann A., Carbillet J.P. Pathologie génitale masculine, uropathologie  Paris: Masson (1993). p. 171-2.
Humphrey P.A. Gleason grading and prognostic factors in carcinoma of the prostate Mod Pathol 2004 ;  17 : 292-306 [cross-ref]
Prost J., Gros N., Bastide C., Bladou F., Serment G., Rossi D. Corrélation entre le score de Gleason des biopsies prostatiques et celui de la pièce de prostatectomie radicale Prog Urol 2001 ;  11 : 45-48






© 2008 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.