Epidémiologie de la dysfonction érectile : derrière les chiffres, des hommes ...

29 juin 2004

Mots clés : impuissance
Auteurs : Pierre Costa
Référence : Prog Urol, 2004, 1401, 7-9



Il est aujourd'hui admis que la dysfonction érectile est une grande fonction, aussi important sur le fond que la fonction cardio-vasculaire, respiratoire , digestive ou urinaire. Toutefois, la fonction sexuelle a une grande particularité : on ne meurt pas de son interruption. Cela permet très certainement à beaucoup de ne pas s'en préoccuper à temps ou du moins en temps voulu. Les médecins pourront en faire abstraction dans leur interrogatoire et leur prise en charge. Les patients pourront aussi ne pas en parler à leur médecin. Mais, cela, pour combien de temps avant que la qualité de vie de ces personnes ne soit altérée ?

Le concept de santé sexuelle a été définie une première fois par l'OMS en 1972 :

Capacité de jouir et de contrôler le comportement sexuel et de reproduction en accord avec l'éthique personnelle et sociale

Délivrance de la peur, de la honte, de la culpabilité, des fausses croyances et des autres facteurs psychologiques pouvant inhiber la réponse sexuelle et interférer sur les relations sexuelles

Absence de troubles, de dysfonctions organiques, de maladies ou d'insuffisances interférant avec la fonction sexuelle et de reproduction.

Mais c'était une définition très médicale et un peu éloignée de la dimension émotionnelle et relationnelle de la sexualité. Plus appréciée donc fut la mise au point de 1974 qui précisa que:

"la santé sexuelle est l'intégration des aspects somatiques, affectifs, intellectuels et sociaux de l'être sexué, de façon à parvenir à un enrichissement et un épanouissement de la personnalité humaine, de la communication et de l'amour."

Toutes les études passées sur la sexualité ont montré la persistance de rapports sexuels chez l'homme avec l'âge ( Spira et Bajos 1993). Très récemment, une grande étude de cohorte (Rosen 2002) a confirmé cette notion et montré que les patients de 70 à 80 ans ont encore environ 3 rapports sexuels par mois (Figure 1).

La dysfonction ou mieux l'insuffisance érectile se définit comme l'ncapacité persistante ou récurrente à obtenir ou maintenir une érection permettant un rapport sexuel (Jardin 2000). La prévalence de l'insuffisance érectile est de mieux en mieux connue. L'une des études les mieux cosntruite est certainement la Massachusetts Male Ageing Study (Feldman 1994) qui précise (Figure 2) que globalement 52% des hommes âgés de 40 à 70 ans présentent une dysérection, dont 37% significative. Ces chiffres sont retrouvés dans la population française (Giuliano 2002) avec 31,6% de troubles érectiles en moyenne et 66,7% après 70 ans (Figure 3). Il faut savoir que l'ancienneté du trouble ne favorise pas forcément sa prise en charge et que 40, 5% des personnes interrogées avaient un trouble de l'érection depuis plus de 6 ans (Figure 4).

Sur le plan étiologique, les patients actuellement traités en France par sildénafil (Figure 5) ont des pathologies récurrentes comme l'HTA et les maladies cardio-vasculaires, une dépression, un diabète et une pathologie prostatique. Il semble intéressant aujourd'hui d'insister particulièrement sur 2 items : la dépression et les pathologies prostatiques.

Les manifestations anxieuses ou dépressives (Figure 6) sont particulièrement fréquentes chez le spatients vus par les urologues et effectivement classés par eux comme psychogènes (Chevret-Measson 2002). Il semble clairement exister une corrélation entre l'importance des troubles mictionnels liés à l'existence d'une HBP et les troubles sexuels ( Richard 2000, Rosen 2002). Plus le score IPPS est altéré, plus le pourcentage d'hommes sexuellement inactifs augmente (Figure 7) et plus le nombre moyen mensuel de rapports sexuels diminue (Figure 8).

Toute cette problématique doit aujourd'hui être analysée au travers d'une autre donnée extrèmement importante : peu de patients souffrant d'une insuffisance érectile consultent (Leriche 2001) et seulement 25% d'entre eux environ bénéficient d'une prise en charge (Figure 9) alors que les 2/3 d'entre-eux souhaitent être traités (Figure 10) et attendent que leur médecin leur en parle en premier.

Il nous reste donc encore un grand pas à franchir, celui de donner aux médecins la capacité d'aborder le problème de la sexualité avec leurs patients. Ce n'est qu'ensuite que ceux-ci pourront bénéficier d'un traitement. Les progrès récents en matière de thérapeutique et l'arrivée sur le marché de nouvelles molécules doit nous encourager à développer la relation entre médecins et patients.

Références

Rosen et al Int.J.Impot.Res.2002, 14, Suppl 3 # C3.8

Feldman HA., Goldstein I., Hatzichristou DG., Krane RJ., McKinlay JB. Impotence and its medical and psychosocial correlates l : results of the Massachusetts Male Aging Study. J Urol 1994 ; 151 : 54-61.

Giuliano F et al Eur Urol 2002; 42:382.

Chevret-Méasson M. et al AFU 2002

Richard F et al., J Urol 2000; 163:249A

Leriche A., et al. Enquête sur la prévalence des troubles de l'érection et leur prise en charge chez les patients à risque suivis en consultation de médecine générale. AFU, Paris, 15-19 Novembre 2000, résumé 03.