Enquête observationnelle du Comité de cancérologie de l’association française d’urologie (CCAFU) sur la pratique des instillations postopératoires précoces (IPOP) de mitomycine C pour le traitement des tumeurs de vessie n’infiltrant pas le ...

25 mars 2016

Auteurs : Y. Neuzillet, P. Colin, E. Comperat, F. Dubosq, N. Houede, S. Larre, A. Masson-Lecomte, G. Pignot, P. Puech, M. Roumiguie, E. Xylinas, A. Mejean, M. Roupret
Référence : Prog Urol, 2016, 3, 26, 181-190
Objectif

Évaluer la pratique des instillations postopératoires précoces (IPOP) de mitomycine C pour le traitement des tumeurs de vessie n’infiltrant pas le muscle (TVNIM) par les urologues membres de l’Association Française d’urologie (AFU).

Matériel et méthode

Enquêtes observationnelles portant sur les indications et les modalités de pratique des IPOP dans le traitement des TVNIM réalisée chez 915 urologues interrogés par questionnaire en mai 2014.

Résultats

Deux cent quatre-vingt-dix-huit urologues ont participé à l’enquête (taux de réponse : 32,6 %) et 57 % prescrivaient l’IPOP. La fréquence médiane de prescription d’IPOP était de 3,3 % et était supérieure dans le secteur d’exercice public universitaire. Les recommandations du CCAFU étaient auto-évaluées comme connues ou bien connues dans 67 % des cas. Les critères de sélections de l’IPOP étaient correctement identifiés par 62 % des urologues, sans différence selon le secteur d’activité. Les modalités de prescription de l’IPOP étaient déclarées comme un obstacle à la prescription pour 41,9 % des urologues et ce plus fréquemment dans le secteur privé. Les délais de réalisation de l’IPOP étaient déclarés <24h dans 91 % des cas. On voit que 28,5 % des urologues prescrivaient une alcalinisation urinaire. La fréquence moyenne des complications de l’IPOP était 0,91 par urologue.

Conclusions

La fréquence de prescription de l’IPOP était supérieure chez les urologues exerçant dans le secteur public universitaire. Ni le niveau des connaissances des recommandations ni la fréquence des complications de l’IPOP n’expliquaient cette différence. En revanche, les modalités de prescriptions étaient plus fréquemment déclarées comme un obstacle à leur réalisation dans le secteur privé.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


Le Comité de cancérologie de l'association française d'urologie (CCAFU) recommande la réalisation d'une instillation postopératoire précoce (IPOP) de mitomycine C en fonction du groupe de risque de récidive et de progression auquel appartient la tumeur de vessie n'infiltrant pas le muscle (TVNIM) selon la classification de l'EORTC [1]. Une IPOP est recommandée dans les situations de TVNIM de faible risque (niveau de preuves 1, grade A), est optionnelle pour les TVNIM de risque intermédiaire (niveau de preuves 2, grade B) et non indiquée pour les TVNIM à haut risque. Outre la stérilité des urines également nécessaire pour la résection transurétrale de vessie (RTUV), la bonne pratique d'une IPOP requiert que l'instillation soit réalisée si possible dans les six premières heures ou, au plus tard, dans les 24heures qui suivent la RTUV. La mitomycine C étant inactive dans un milieu dont le pH est inférieur à 6, une alcalinisation urinaire doit être prescrite avant la réalisation de l'IPOP [2]. De fait, le suivi de ces recommandations nécessite une organisation spécifique de la prise en charge des patients. Plusieurs études de pratique nord-américaines et européennes ont ainsi rapporté une faible adhérence des praticiens aux recommandations concernant l'IPOP aboutissant à une sous-utilisation de ce traitement [3, 4, 5]. L'objectif de cette étude a été de déterminer la fréquence d'utilisation de IPOP et les conditions de sa réalisation chez les urologues membres de l'Association française d'urologie.


Matériel et méthode


Un questionnaire électronique comportant 16 questions sous forme de questions à réponse ouverte courte et de questions à choix multiples a été adressé par courrier électronique à 915 urologues membres de l'Association française d'urologie (Annexe 1). Les données démographiques de profil médecin, des modalités de prescription, des conditions de réalisation et des complications du traitement ont été recueillies. La connaissance des recommandations en onco-urologie émises par le CCAFU (2010 [6] et 2013 [1]), l'Association européenne d'urologie (EAU 2013 [7]) et l'Association américaine d'urologie (AUA 2007 [8]) a été évaluée : la question no 14 concernait l'auto-évaluation de la connaissance de ces recommandations et la question no 3 évaluait la conséquence sur la décision de prescription d'une IPOP des différents critères définissant les groupes de risques de TVNIM. Les réponses à cette question ont été jugées semi-quantitativement en adéquation ou en inadéquation par rapport aux recommandations CCAFU 2013. L'étude de l'adéquation a été faite selon la méthode des tests de concordance de script [9]. Les indications de l'IPOP retenues dans les recommandations émises en 2013 par le CCAFU ont été considérées comme réponse exacte. Ainsi, le primodiagnostic a été estimé comme un élément « fortement en faveur » de la prescription d'une IPOP. Les réponses « fortement en faveur » ont été notées +2 et les réponses « plutôt en faveur », « sans conséquence », « plutôt en défaveur » et « fortement en défaveur » ont été notées respectivement +1, 0, -1 et -2. De la même façon, la récidive après pTa bas grade était jugée être un élément « fortement en faveur », la récidive après pTa haut grade être « plutôt en défaveur », la récidive après pT1 haut grade « fortement en défaveur », la précédente RTUV<1 an « plutôt en défaveur », la tumeur unique « fortement en faveur », la tumeur<3cm « fortement en faveur », l'atypie cytologique de haut grade « plutôt en défaveur » et l'aspect de carcinome in situ « fortement en défaveur ». L'enquête a été réalisée entre les mois de mai 2014 et juillet 2014.


Les variables quantitatives ont été exprimées par leur moyenne et leur écart-type. Les variables qualitatives ont été décrites par leur effectif et leur fréquence en pourcentage. Les variables quantitatives ont été comparées par le test-t de Student. Les variables qualitatives ont été comparées par le test du Chi2. Tous les tests statistiques ont été bilatéraux, les variances des groupes comparés ont été considérées comme égales, le seuil de significativité était fixé à 5 %. Les analyses statistiques ont été réalisées à l'aide du logiciel Microsoft Excel.


Résultats


Profil des urologues


Deux cent quatre-vingt-dix-huit réponses complètes ont été obtenues, soit un taux de réponse de 32,6 %. La distribution en fonction du secteur d'activité des urologues ayant répondu est rapportée sur la Figure 1. Cent cinquante-quatre urologues exerçaient dans le secteur privé à but lucratif (PBL), 32 dans le secteur privé à but non lucratif (PBNL), 53 dans le secteur public non universitaire (PNU) et 42 dans le secteur public universitaire (PU). Le nombre moyen d'années d'exercice des urologues ayant répondu était de 19,4±1,5ans et n'était pas différent en fonction de leur secteur d'activité.


Figure 1
Figure 1. 

Répartition des urologues ayant répondu à l'enquête en fonction de leur secteur d'activité.




Fréquence et indication de prescription de l'IPOP


Cent soixante-neuf urologues (57 %) déclaraient pratiquer l'IPOP. L'analyse de la fréquence de la réalisation de l'IPOP par urologue est rapportée sur la Figure 2A. Le nombre moyen de RTUV réalisées annuellement était de 68±40 et n'était pas différent en fonction de leur secteur d'activité. Le nombre moyen d'IPOP réalisées annuellement était de 8±14, soit une réalisation d'IPOP après RTUV dans 11 % des cas en moyenne, avec un taux médian d'utilisation de 3,3 %. Cent vingt-neuf urologues (43 %) ont déclaré ne jamais prescrire d'IPOP. À l'opposé, 15 urologues (5 %) ont déclaré prescrire une IPOP dans plus de 50 % des cas après RTUV. La fréquence de réalisation d'une IPOP différait en fonction du secteur d'activité des urologues (Figure 2B), avec une prescription moins fréquente de l'IPOP parmi les urologues du secteur privé (PBL ou PBNL) comparativement au secteur public (PU et PNU) et une utilisation plus fréquente de l'IPOP parmi les urologues du secteur PU comparativement au secteur PNU. En revanche, il n'y avait pas de corrélation entre la fréquence de prescription de l'IPOP déclarée et nombre de RTUV réalisées annuellement, ni avec le nombre d'années d'exercice des urologues.


Figure 2
Figure 2. 

Fréquences de la réalisation d'IPOP rapportées par l'ensemble des urologues (A) et en fonction de leur secteur d'activité (B).




Les différentes situations clinico-pathologiques présentées aux urologues ont influencé leur décision de prescription d'une IPOP (Figure 3A). L'adéquation de la décision de prescription d'IPOP vis-à-vis des recommandations CCAFU 2013 a été rapportée sur la Figure 3B. Les situations « primodiagnostic » ont été jugées dans 52 % comme en défaveur de la pratique d'une IPOP, en inadéquation par rapport aux recommandations. Inversement, les situations « la cytologie urinaire montre des atypies de haut grade » et « la cystoscopie montre un aspect de carcinome in situ » ont été jugées comme en défaveur de la pratique d'une IPOP dans 63 % et 78 % respectivement, en adéquation par rapport aux recommandations. La décision de prescription d'une IPOP a été évaluée comme étant globalement en adéquation avec les recommandations CCAFU 2013, avec une moyenne de 62 % de prescriptions adéquates (Figure 3C). L'adéquation de la décision de prescription d'une IPOP aux recommandations CCAFU 2013 a été ≥75 % pour 90 urologues (30 %), ≥50 % pour 244 urologues (82 %) et<25 % pour 17 urologues (6 %). L'adéquation de la décision de prescription d'une IPOP aux recommandations CCAFU 2013 était comparable en fonction du secteur d'activité des urologues (Figure 3D).


Figure 3
Figure 3. 

Influences sur la décision de réaliser une IPOP de différentes situations clinico-pathologiques en rapport avec les critères de sélection des patients selon les recommandations CCAFU 2013 (A) et adéquation de la prescription d'IPOP par les urologues vis-à-vis des recommandations CCAFU 2013 en fonction de différentes situations clinico-pathologiques (B). Adéquation moyenne globale (C) et en fonction du secteur d'activité (D) de la prescription d'IPOP par les urologues vis-à-vis des recommandations CCAFU 2013.




L'auto-évaluation des connaissances des recommandations CCAFU 2010, CCAFU 2013, EAU 2013 et AUA 2007 a été décrite sur la Figure 4. Les recommandations du CCAFU 2010 et 2013 étaient plus fréquemment déclarées comme étant connues ou bien connues comparativement aux recommandations de l'EAU et l'AUA (p =0,003). Les urologues travaillant dans le secteur PU déclaraient plus fréquemment connaître les recommandations que les urologues du secteur PBL.


Figure 4
Figure 4. 

Auto-évaluation des connaissances des recommandations CCAFU 2010 (en exergue), CCAFU 2013, EAU 2013 et AUA 2007.




Modalités pratiques de prescription et de réalisation de l'IPOP


Pour 59,4 % des urologues, la mitomycine C était obligatoirement préparée au sein de la pharmacie centrale. Un logiciel spécifique pour la prescription des cytostatiques devait être utilisé par 34,2 % des urologues. Ces modalités de préparation et de prescription constituaient un obstacle à l'utilisation de l'IPOP pour 41,9 % des urologues. L'analyse par secteur d'activité (Figure 5) a montré que ces contraintes étaient plus fréquentes dans le secteur PU que dans le secteur privé, mais étaient considérées comme un obstacle à la prescription de façon plus fréquente dans le secteur PBL que dans le secteur PU.


Figure 5
Figure 5. 

Taux de réponses positives aux questions « L'amétycine est elle obligatoirement préparée pour l'IPOP au sein de la pharmacie centrale de votre établissement ? » (pharmacie centrale), « Dans votre établissement, devez-vous utiliser un logiciel spécifique pour la prescription des cytostatiques afin que l'amétycine vous soit délivrée ? » (logiciel spécifique) et « Globalement, le mode de préparation de l'amétycine (pharmacie centralisée, modalités de prescription et de délivrance du produit) représente-t-il pour vous un obstacle à votre prescription d'IPOP » (obstacle à la prescription) en fonction du secteur d'activité des urologues.




Le site de réalisation de l'IPOP était majoritairement la chambre du patient (Figure 6) et le délai de réalisation de l'IPOP rapporté par les urologues était inférieur à 6heures, de six à 12heures, de 12 à 24heures et de plus de 24heures dans respectivement 37,9 %, 13,0 %, 21,8 % et 8,7 % des cas. Il n'a pas été observé de différence significative dans la répartition des délais de réalisation de l'IPOP en fonction du secteur d'activité (Figure 7).


Figure 6
Figure 6. 

Distribution des réponses des urologues quant au lieu où l'IPOP est réalisée. Cent cinquante sur 155 urologues réalisant des IPOP ont répondu.




Figure 7
Figure 7. 

Délai de réalisation de l'IPOP en fonction du secteur d'activité des urologues.




Dans 61,1 % des cas, les urologues ont déclaré ne pas utiliser de protocole pour l'alcalinisation des urines des patients. Le protocole le plus fréquemment utilisé consistait en la prescription de 500mL d'eau de Vichy à boire la veille de l'intervention suivi d'une restriction hydrique (Figure 8A). Il n'a pas été observé de différence significative dans la fréquence de l'utilisation d'un protocole d'alcalinisation des urines en fonction du secteur d'activité.


Figure 8
Figure 8. 

Distribution des réponses des urologues quant au protocole d'alcalinisation des urines prescrit dans le cadre de la réalisation de l'IPOP.




Complications déclarées comme rapportées à la pratique de l'IPOP


Au total, 273 complications liées à l'IPOP ont été rapportées, soit 0,91 par urologue (Tableau 1). Les plus fréquentes étaient les cystites chimiques (56 % des complications rapportées). La fréquence des complications, toutes confondues, rapportée au nombre d'IPOP réalisées était inférieure dans le secteur PU comparativement aux autres secteurs et était supérieure dans le secteur PBNL comparativement aux autres secteurs.


Discussion


L'enquête dont nous rapportons les résultats est, à notre connaissance, celle réalisée sur la plus importante cohorte d'urologues en France. Selon ces résultats, la fréquence moyenne de réalisation d'une IPOP était de 11 %, avec 43 % des urologues qui déclaraient ne pas en prescrire. Une étude comparable réalisée auprès de 259 urologues aux États-Unis d'Amérique en 2012 a rapporté une fréquence moyenne de réalisation de l'IPOP de 16,9 %, avec 66 % des urologues interrogés qui déclaraient ne jamais prescrire d'IPOP [4]. Palou-Redorta et al. ont également rapporté une étude similaire réalisée parmi 324 urologues européens en 2013, avec une fréquence de réalisation de l'IPOP de 43 % et 28 % des urologues interrogés qui déclaraient ne jamais prescrire d'IPOP [5]. Il existe donc de fortes disparités dans la pratique de l'IPOP par les urologues. Trois principaux facteurs peuvent être proposés pour expliquer ces disparités : la connaissance hétérogène des indications d'IPOP recommandées par les sociétés savantes, la complexité de la réalisation du traitement dans des conditions optimales et la crainte de survenue d'effets indésirables sévères. L'originalité de notre étude a été d'étudier ces trois facteurs en fonction du secteur d'activité des urologues.


Les recommandations du CCAFU [1, 6], de l'EAU [7] et de l'AUA [8] concernant l'IPOP s'appuient sur les résultats d'études prospectives randomisées et de méta-analyses. Les résultats de ces études ne sont pas concordants et l'analyse chronologique des publications montre un affinement progressif des indications de l'IPOP [10, 11, 12, 13, 14]. Ainsi, la dernière actualisation de la méta-analyse faite par Sylvester et al. a montré que le risque de récidive n'est pas diminué par l'IPOP chez les patients ayant une fréquence de récidive de la TVNIM inférieure à un an ou ayant une TVNIM dont les caractéristiques aboutissent à un score de l'EORTC supérieur ou égal à 5 [13]. La réalisation d'une IPOP, n'est ainsi recommandée que pour les tumeurs de faible risque (première tumeur unifocale, de moins de 3cm, de stade Ta et de faible grade (grade 1), sans carcinome in situ associé), ou de risque intermédiaire en raison d'un nombre de tumeurs compris entre 2 et 7, ou d'une tumeur unique supérieure à 3cm, ou d'une tumeur unique de moins de 3cm récidivant à plus d'un an de la précédente RTUV. Les prévalences respectives des TVNIM de risques faible, intermédiaire et élevé ne sont pas précisément déterminées. Vedder et al. ont rapporté la description d'une cohorte multicentrique cumulant 1892 patients ayant eu une première résection endoscopique pour une TVNIM [15]. Les TVNIM ont été de risques faible, intermédiaire et élevé dans respectivement 20,2 %, 58,1 % et 21,7 % des cas. Cependant, la proportion de RTUV faites pour un primodiagnostic ou pour le traitement d'une récidive de tumeur de vessie n'était pas précisée. Par conséquent, il n'est pas possible de déterminer si les fréquences de prescription d'IPOP rapportées dans les études, correspondent à celles des cas de TVNIM où l'IPOP est recommandée. En revanche, notre étude a montré que les indications recommandées de l'IPOP sont connues des urologues qui ont répondu au questionnaire, et ce quel que soit le secteur d'activité où ils exercent. Le biais de sélection des urologues qui ont accepté de participer à cette enquête doit être pris en compte dans l'interprétation des résultats car il est probable que leur implication en onco-urologie soit supérieure à celle de l'ensemble des urologues membre de l'AFU. Sous cette réserve, l'adéquation de la décision de prescription d'IPOP vis-à-vis des recommandations CCAFU 2013 était en moyenne de 62 % et l'auto-évaluation de la connaissance des recommandations par les urologues de notre étude a été concordante, avec 67 % des urologues interrogés estimant connaître ou bien connaître les recommandations émises par le CCAFU. Un effort de communication doit être poursuivi pour parfaire ce résultat, notamment sur les critères de primodiagnostic, de tumeur de bas grade et de délai de récidive>1 an.


Le respect des conditions optimales de réalisation de l'IPOP comprend un délai de réalisation de l'instillation dans les 24 premières heures suivant la RTUV et une alcalinisation des urines au moment de l'IPOP. Le rationnel soutenant un délai court pour la réalisation de l'IPOP serait une moindre efficacité de la chimiothérapie endovésicale après que les cellules cancéreuses mises en suspension lors de la RTUV aient eu le temps d'adhérer à la paroi vésicale [16]. Notre étude a montré que le délai de réalisation de l'IPOP est déclaré comme étant inférieure à 24heures dans 91 % des cas. L'enquête de pratique nord-américaine a rapporté un résultat comparable, avec 90,4 % des patients recevant l'instillation dans les 12 premières heures suivant la RTUV [4]. La pratique de l'IPOP dans le délai recommandé a donc été très majoritairement réalisée. En revanche, les résultats de notre étude montrent une sous-utilisation de l'optimisation de l'efficacité de l'IPOP par une alcalinisation préalable des urines. La prescription d'un protocole d'alcalinisation n'a été déclarée que par 28,5 % des urologues. L'induction de l'apoptose par l'accumulation d'altération génomique causée par la mitomycine C nécessite une bonne intercalation de cette molécule au sein de l'ADN. La configuration tridimensionnelle de la mitomycine C est modifiée par le pH, avec une diminution de l'efficacité de la substance lorsque le pH est inférieur à 6 [17]. Notre étude était la première à évaluer la prescription d'une alcalinisation urinaire lors de la pratique de l'IPOP. En l'absence de comparaison possible avec d'autres publications, il semble que l'information des urologues sur l'intérêt de l'alcalinisation des urines pour optimiser l'effet de la mitomycine C [18] mérite d'être accentuée.


La survenue d'effets indésirables sévères de l'IPOP a fait l'objet de cas cliniques rapportant principalement des cystites chimiques et des nécroses de la paroi vésicale [20, 19]. La fréquence de ces effets indésirables sévères peut-être évaluée au moyen des déclarations qui en sont faites auprès de l'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). En 2013, 34 événements indésirables sévères ont été déclarés à l'ANSM, consistant en 15 cas de cystite chimique, 9 cas de nécrose de la paroi vésicale, 6 cas de toxicité cutanée, 3 cas de toxicité hématopoïétique et 1 cas de rétraction vésicale secondaire (données non publiées). Comparativement, les urologues ayant répondu au questionnaire de notre étude ont déclaré avoir connu 273 cas d'effets indésirables sévères dans leur pratique personnelle. La méthodologie employée ne permettait pas de s'assurer qu'un cas de complication, survenu dans un centre, n'ait pas été rapporté par plusieurs urologues de ce centre. L'hypothèse d'une sous-déclaration des événements indésirables sévères liés à l'IPOP est, de plus, limitée par le caractère déclaratif et rétrospectif des informations recueillies.


En résumé, cette enquête observationnelle a montré une fréquence de prescription de l'IPOP différente en fonction du secteur d'activité, avec une fréquence supérieure chez les urologues exerçant dans le secteur public, notamment PU, comparativement à ceux exerçant dans le secteur privé. Les explications de cette différence que les résultats de l'enquête permettaient de proposer sont :

un niveau d'auto-évaluation de la connaissance des recommandations supérieur chez les urologues exerçant dans le secteur PU comparativement à ceux exerçant dans le secteur PBL. Cependant, l'évaluation de la connaissance des recommandations par l'adéquation de la prescription d'IPOP par les urologues vis-à-vis des recommandations CCAFU 2013 en fonction de différentes situations clinico-pathologiques n'était pas différente en fonction du secteur d'activité ;
les contraintes liées aux modalités de prescriptions de l'IPOP, requérant la préparation par la pharmacie centrale et l'utilisation de logiciel spécifique. Ces contraintes ont été rapportées comme étant un obstacle à la prescription de l'IPOP plus fréquemment par les urologues exerçant dans le secteur PBL comparativement à ceux exerçant dans le secteur PU. Cependant, ces contraintes ont été plus fréquemment déclarées par les urologues exerçant dans le secteur public comparativement à ceux exerçant dans le secteur privé ;
la crainte de survenue d'effets indésirables sévères liés à l'IPOP. Cependant la fréquence déclarée de ces effets indésirables était supérieure chez les urologues exerçant dans le secteur PU comparativement à ceux exerçant dans le secteur PBL.


Une hétérogénéité des patients pris en charge en fonction du secteur d'activité pourrait également expliquer cette différence mais n'a pas été étudiée par cette enquête. La limite de cette étude résidait également dans le caractère déclaratif et rétrospectif des données recueillies.


Conclusions


La fréquence de prescription de l'IPOP rapportée dans cette enquête de pratique avait une valeur médiane de 3,3 % et était supérieure pour les urologues du secteur public, notamment PU, comparativement à ceux exerçant dans le secteur privé. La connaissance des recommandations du CCAFU concernant l'IPOP était perfectible. Les effets indésirables sévères déclarés dans cette enquête ont été plus nombreux que ceux déclarés auprès de l'ANSM. Cependant, les différences de pratique de l'IPOP n'ont pas été associées à une hétérogénéité des connaissances des indications de l'IPOP en fonction du secteur d'activité ni à la survenue plus fréquente d'effets indésirables sévères chez les urologues exerçant dans le secteur privé. En revanche, les modalités de prescriptions de l'IPOP étaient plus fréquemment déclarées comme constituant un obstacle à leur réalisation pour les urologues du secteur privé.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.



Annexe 1. Matériel complémentaire


(138 Ko)
  




Tableau 1 - Nombre de complications déclarées comme rapportées à la pratique de l'IPOP en fonction du secteur d'activité privé à but lucratif (PBL), privé à but non lucratif (PBNL), public non universitaire (PNU) et public universitaire (PU) des urologues.
Complications  Secteurs d'activité (nombre d'urologues) 
Total 
  PBL (n =154)  PBNL (n =32)  PNU (n =53)  PU (n =42)   
Nombre d'IPOP réalisées  833  141  391  758   
Cystite chimique<48heures  43  12  18  15  88 
Cystite chimique≥48heures  31  10  10  14  65 
Rétraction vésicale secondaire  28 
Nécrose de la paroi vésicale traitée par drainage urétral  10  23 
Nécrose de la paroi vésicale traitée par chirurgie  20 
Toxicité hématopoïétique  11 
Toxicité cutanée  14  12  38 
Total (taux par rapport au nombre d'IPOP réalisées)  117 (14 %)†,*  40 (28 %)†,§,@  50 (13 %)§,#  66 (9 %)*,@,#  273 (0,91) 



Légende :
† : p <0,0001 ; * : p =0,0009 ; § : p <0,0001 ; @ : p <0,0001 ; # : p =0,03.


Références



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