Enquête CAPURO sur la qualité de vie des urologues en 2009

25 février 2012

Auteurs : J.-L. Moreau, X. Rébillard, P. Coloby
Référence : Prog Urol, 2012, 2, 22, 120-126




 




Introduction


Le bien-être au travail de l’urologue a peu été étudié alors qu’il y a de plus en plus de publications sur les facteurs qui conduisent au stress et à l’épuisement professionnel des acteurs de santé. L’Association française d’urologie (AFU) a souhaité connaître les motifs de satisfaction et d’insatisfaction des urologues français dans leur exercice et leur organisation professionnelle au travers d’une enquête qui s’est déroulée en 2009 : « Le baromètre social est en pleine ébullition, les enquêtes sur la qualité de vie des patients se multiplient, l’éducation thérapeutique devient obligatoire, mais qu’en est-il du bien-être des urologues dans leur activité professionnelle, de leur niveau de confiance dans l’évolution de leur spécialité, de l’impact au quotidien des mesures administratives, des processus d’évaluation des pratiques, des mesures sécuritaires ? » [1].


L’enquête CAPURO [1] initiée par l’AFU s’est intéressée à toutes ces questions et a ainsi permis de recueillir le vécu des urologues dans leur vie professionnelle.


Matériel


Cette enquête anonyme a été menée auprès des membres de l’AFU à l’aide d’un questionnaire mis à leur disposition lors du congrès français d’urologie en novembre 2009 et directement accessible sur le site Internet « www.cap-uro.com/ ».


Elle a été réalisée sur une période d’un mois, fin 2009. Le questionnaire comprenait 25 questions réparties en trois grandes parties concernant l’activité professionnelle, l’avenir de la profession et les activités pratiquées en dehors de l’urologie.


Résultats


Caractéristiques générales des urologues ayant répondu à l’enquête


Deux cent quatre-vingt seize urologues ont répondu à l’enquête : la moitié (n =148) avaient une activité libérale, 114 (38,5 %) une activité hospitalière (54 en CHU, 49 en hôpital non universitaire et 11 en PSPH) et 34 (11,5 %) une activité mixte :

peu d’urologues (16,7 %) travaillaient seuls ; la majorité exerçait en association (38,9 %) ou au sein d’une équipe (44,5 %) ;
presque tous les urologues (n =293 ; 99 %) pratiquaient l’urologie générale avec, pour environ un tiers d’entre eux, une « surspécialité » identifiée. En particulier, les urologues âgés de moins de 30ans ont déclaré avoir une surspécialité dans trois cas sur quatre ;
la durée moyenne du travail hebdomadaire variait selon le type d’activité de 57heures à 66heures. Les activités non directement liées aux soins, apparaissaient très consommatrices de temps, mais étaient reconnues souvent utiles pour la qualité des soins et l’évaluation des pratiques.


Satisfaction globale de l’activité professionnelle


Parmi les 296 participants, plus de deux urologues sur trois (68,3 %) ont déclaré être très satisfaits ou satisfaits de leur mode d’exercice :

le degré de satisfaction variait en fonction du mode d’exercice : 54,5 % pour les médecins PSPH, 63 % exerçant en CHU, 73,6 % des libéraux se déclaraient très satisfaits ou satisfaits (Figure 1) ;
le niveau de satisfaction était plus élevé pour les urologues en association (73,9 %) ou en équipe (67,5 %) que pour les médecins exerçant seuls (59,1 %).


Figure 1
Figure 1. 

Satisfaction vis-à-vis du mode d’exercice en fonction du type d’activité.




Retentissement de la T2A en fonction du type d’activité


Les données indiquaient un retentissement de la T2A très variable selon le type d’activité, moins important pour les urologues libéraux ou ayant une activité mixte que pour les urologues d’établissements PSPH et dans une moindre mesure de CHU ou d’hôpitaux non universitaires (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Retentissement de la T2A en fonction du type d’activité.




Accès aux nouvelles techniques


Plus de 90 % des urologues ont déclaré ne pas avoir accès ou un accès seulement partiel à l’évolution des techniques urologiques, les obstacles le plus souvent invoqués étant l’absence ou l’insuffisance de valorisation de l’acte et le refus d’investir de l’établissement (Figure 3). Les autres motifs avancés étaient le coût de l’acte, le manque de temps et l’insuffisance de formation.


Figure 3
Figure 3. 

Principaux obstacles à l’accès aux nouvelles techniques en fonction du mode d’exercice.




Activité de recherche clinique


60,8 % des urologues souhaitaient participer à des activités de recherche clinique, volonté plus souvent affirmée par les médecins hospitaliers (CHU, hôpital non universitaire, établissement PSPH) que par les médecins libéraux ou ayant une activité mixte.


En revanche, parmi les 180 urologues intéressés par la recherche clinique, 83,8 % d’entre eux déclaraient ne pas disposer de moyens suffisants pour développer cette activité.


Formation médicale continue (FMC), évaluation des pratiques professionnelles (EPP) et accréditation


Alors que plus de trois urologues sur quatre déclaraient être satisfaits des moyens mis à leur disposition pour la FMC, 48,3 %, 63,5 % et 60,4 % d’entre eux estimaient avoir trop peu de temps à consacrer à la FMC, à l’EPP et à l’accréditation.


Les différents supports de FMC étaient considérés comme intéressants : programmes de formation universitaire et ceux proposés par l’AFU, congrès… Pour l’EPP, les programmes de l’AFU étaient les plus suivis.


Types de chirurgie pratiquée


Les types de chirurgie :

en 2009, les technologies complexes (2–6 %) et la chirurgie robot-assistée (0–7 %) restaient peu souvent pratiquées de même que le traitement par HIFU (0–2 %) ;
les données en fonction du mode d’exercice (exercice seul, en association ou en équipe) étaient comparables sauf pour la chirurgie cœlio-laparoscopique plus souvent pratiquée par les urologues en association ou en équipe que par les urologues seuls ;
les urologues exerçant une surspécialité pratiquaient plus souvent la chirurgie cœlio-laparoscopique. La chirurgie endoscopique était plus souvent réalisée en urologie générale (Tableau 1).


Surspécialités les plus pratiquées par les urologues


Leur pratique était variable, mais une majorité d’urologues déclarait avoir une activité de cancérologie (92,5 % des cas), de traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) (72 % des cas), de la lithiase (67,5 % des cas). Ils étaient moins nombreux à prendre en charge l’incontinence urinaire et la neuro-urologie (47 %), l’andrologie (16,9 %) et la transplantation rénale (6,4 %).


Des différences ont été observées selon le mode d’exercice de l’urologie (Figure 4).


Figure 4
Figure 4. 

Spécialités les plus pratiquées en fonction du type d’activité.




Satisfaction vis-à-vis de l’Association française d’urologie


De 75 à 88,2 % des urologues disaient être satisfaits ou très satisfaits de l’AFU.


Avenir de l’urologie


L’avenir de l’urologie :

61,1 % des urologues étaient inquiets face aux réformes hospitalières : les urologues de CHU (72,2 %), d’hôpitaux non universitaires (75,5 %) ou ayant une activité mixte (61,7 %) étaient les plus nombreux à exprimer cette opinion. Cette inquiétude était ressentie par 59,6 % à 65,4 % des urologues de 30 à 60ans, 100 % des jeunes urologues de moins de 30ans et 47,6 % des urologues de plus de 60ans ;
seulement 2 % de réactions positives ont été rapportées face à ces réformes ;
pour les réformes de la médecine libérale : 79 % des médecins étaient inquiets, les urologues libéraux ou ayant une activité mixte étant particulièrement concernés (89,1 % et 88,2 %). Seulement, 2 % des urologues étaient en accord avec ces réformes. L’âge des urologues a eu peu d’impact sur ce sentiment d’inquiétude ;
pour la FMC et l’EPP, 61,4 % des urologues libéraux et 61,7 % des urologues ayant une activité mixte ont aussi manifesté leur inquiétude. Les sentiments exprimés par les urologues hospitaliers étaient plus nuancés (Figure 5). En revanche, les jeunes urologues (ceux de moins de 30ans et de 30 à 40ans) étaient plus souvent sereins par rapport à cette problématique que les urologues âgés de plus de 40ans ;
l’accréditation des médecins était aussi source d’inquiétude, plus particulièrement pour les urologues libéraux (60,1 %) ou les urologues ayant une activité mixte ;(70,5 %) ;
83,4 % des urologues ne considéraient pas la spécialité urologique en danger.


Figure 5
Figure 5. 

Évolution de la formation médicale continue et de l’évaluation des pratiques professionnelles/sentiments des urologues en fonction de leur type d’activité.




Activités extraprofessionnelles


Parmi les urologues, peu pratiquaient des activités en dehors de l’urologie et près de deux médecins sur trois considéraient y consacrer trop peu de temps. Les activités extraprofessionnelles les plus souvent pratiquées étaient les activités sportives dans 25,7 % des cas et les activités associatives dans 19,7 % des cas (Figure 6).


Figure 6
Figure 6. 

Activités pratiquées en dehors de la chirurgie urologique.





Discussion


De plus en plus d’enquêtes étudient le bien-être du médecin et des soignants au travail, ainsi que le risque d’épuisement professionnel, dit burn out lié à ces professions. Une enquête canadienne auprès de 54 médecins a identifié les facteurs positifs et négatifs associés au bien-être au travail. Elle a souligné le bénéfice du travail en équipe par le soutien et la communication interne qu’il procure, ainsi que le stress émotionnel lié à la relation médecin-patient [2]. Des publications récentes ont porté sur les causes du stress et de l’épuisement professionnel en chirurgie [3] et chez les internes en médecine [4]. Des stratégies organisationnelles et individuelles pour éviter le burn out ont été proposées [3]. L’AFU et le Collège français des urologues (CFU) ont rédigé le référentiel Métier pour l’urologie , listant les différentes ressources en connaissances et compétences requises pour la spécialité, dont par exemple, les savoir-faires en communication et coopération. [5]. L’enquête originale CAPURO conduite en 2009 auprès de 296 urologues sur 1080, soit plus d’un quart des urologues membres de l’AFU, a permis de dresser un rapide état des lieux sur la perception des urologues vis-à-vis de leur activité professionnelle Un taux de participation élevé a aussi été obtenu dans l’enquête de médecine du travail « l’urologue au travail est-il heureux ? » [6], réalisée dans le même temps pour l’AFU auprès de 339 urologues à l’aide de la réglette EVA-BT [7], représentant une échelle visuelle analogique. Des enquêtes sur le vécu de l’urologue ont encore été menées auprès d’urologues français en formation [8] ou européens [9].


L’enquête CAPURO a indiqué qu’un tiers des urologues ayant participé à l’enquête pratiquait une « surspécialité ». L’enquête de Bigot et al., menée en 2009 auprès des urologues en formation souhaitant faire de la neuro-urologie, montre que la tendance à la surspécialisation devrait s’amplifier [10]. Globalement, dans l’enquête CAPURO, près de trois quarts des urologues du secteur libéral ont déclaré être satisfaits ou très satisfaits de leur activité professionnelle, ce qui peut expliquer que les urologues en formation souhaitaient d’abord se diriger vers une activité libérale [8]. Pour l’évaluation du bien-être avec la réglette EVA-BT [6], les meilleurs scores ont été obtenus pour les urologues de moins de 50ans, exerçant dans une ville de plus de 250 000 habitants avec un statut d’universitaire ou libéral ; les praticiens hospitaliers et les urologues de villes moins importantes reconnaissaient un certain mal être.


Le rythme moyen de travail hebdomadaire des urologues se situait dans l’enquête CAPURO entre 57 et 66heures, très supérieure à la durée hebdomadaire du travail fixée à 48heures en moyenne. Ces contraintes de temps expliquent qu’une majorité des urologues ont déclaré manquer de temps pour la FMC, l’EPP et l’accréditation des médecins [11].


Le temps professionnel laisse peu de place aux activités extra-urologiques, d’abord sportives [1, 6], mais 85 % des urologues déclarent avoir un hobby [6].


Les résultats de l’enquête CAPURO et d’autres enquêtes [7, 8, 9] font apparaître trois sujets d’inquiétude :

le manque de moyens pour la recherche clinique, alors que l’enquête montre une réelle motivation des urologues pour participer à des essais cliniques. Bien que le plan cancer préconise 15 % d’inclusions de patients atteints de cancer dans des essais, la France quelle que soit la spécialité a une mauvaise réputation de recrutement. Une politique volontariste en faveur de la recherche clinique doit impérativement être engagée par les tutelles, les sociétés savantes, dont l’AFU, et d’autres partenaires ;
pour les nouvelles technologies, leur accès devrait être plus encadré avec une évaluation prospective mieux faite et une ouverture à tous les centres volontaires s’engageant sur le respect d’une charte et le remplissage d’un registre ;
le dernier point concerne la répartition du temps entre le soin direct et les activités non directement liées au soin, non rémunérées et de plus en plus prégnantes.


Une réflexion commune entre les professionnels de santé et les tutelles s’impose pour ne pas aggraver le déséquilibre lié notamment à l’augmentation des contraintes administratives.


Conclusion


Les résultats de l’enquête CAPURO menée auprès de 296 urologues ont montré que les urologues interrogés étaient majoritairement satisfaits de leur activité professionnelle même s’ils regrettaient de disposer de moyens insuffisants pour avoir accès aux nouvelles techniques, participer à des programmes de recherche clinique et mieux répondre aux programmes d’accréditation. Les différentes réformes en cours leur inspiraient une grande inquiétude. La prise en compte de ces motifs d’insatisfaction des urologues justifiait une véritable concertation entre les tutelles et les professionnels de santé.


Déclaration d’intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.



 Niveau de preuve : 3.





Tableau 1 - Répartition de l’activité chirurgicale en fonction du type de branche.
  Urologie générale (%)  Urologie générale avec surspécialité (%)  Surspécialité exclusive (%) 
Chirurgie ouverte  28  29  23 
Chirurgie endoscopique  47  36  10 
Chirurgie cœlio-laparoscopique  16  21  25 
Technologies complexes  10 
HIFU 
LEC 
Chirurgie robot-assistée  30 




Références



Enquête AFU CAPURO. index.php.
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Balch C.M., Shanafelt T. Combating stress and burnout in surgical practice: a review Thorac Surg Clin 2011 ;  21 : 417-430 [inter-ref]
Grebot E., et al. Schémas précoces inadaptés, activisme professionnel et épuisement professionnel chez des internes en médecine J Ther Comport Cogn 2011 ;  21 : 43-52 [inter-ref]
Doré B., Chartier-Kastler E., Sibert L., Rousselot F. E- mémoires de l’Académie nationale de chirurgie. Référentiel métier/Compétences du chirurgien en urologie 2009;8:63–67
Charlery A., Delmas C. Congrès français d’urologie 2010. Le quotidien du Congrès no 2, 2010.
Delmas C., Plu Bureau.G. Évaluation du bien-être au travail : comparaison de 2 instruments de mesure Arch Mal Prof 2007 ; 566-571 [inter-ref]
Bigot P., et al. Formation et avenir des internes et chefs de clinique d’urologie en France : résultats d’une enquête nationale auprès de 154 urologues en formation Prog Urol 2011 ;  21 : 139-145 [cross-ref]
The future of urology in question: new survey reveals the top concerns facing specialists today. Market research conducted by Ismar Healthcare. March 2011.
Caremel R., et al. Résultat d’une enquête par questionnaire sur l’intérêt porté à la neuro-urologie Prog Urol 2010 ;  20 : 458-464 [inter-ref]
www .urofrance.org–accréditation des médecins.






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