Discours inaugural du 100ème Congrès Français d'Urologie

11 janvier 2008

Mots clés : 100eme congrès, discours inaugural
Auteurs : François RICHARD (Paris)
Référence : Prog Urol, 2007, 17, 7, 1388-1393

Vanité des éloges

Pr. François Richard Président du 100ème congrès.

Messieurs les représentants des Académies Nationales de Médecine et de Chirurgie,

Monsieur le Directeur Général de la Santé,

Monsieur le Président de l'Association Française d'Urologie,

Chers Collègues et Amis,

Mesdames et Messieurs,

Les circonstances qui nous réunissent aujourd'hui sont de celles ... Non, rassurez-vous, je ne vous déclamerai pas mon discours favori, et pour débuter je resterai classique. Je mesure en effet l'honneur que m'a fait le conseil d'administration de l'Association Française d'Urologie en me nommant Président de son 100ème congrès. Contrairement à ce qu'ont dit souvent mes trop modestes prédécesseurs à ce poste, je me doutais bien, qu'une année ou l'autre, voire au bénéfice de l'âge, je finirais par être président d'un congrès, mais je n'imaginais pas avoir le redoutable privilège d'être celui du premier congrès à trois chiffres, 110 ans après celui qui fut présidé par son fondateur : Félix Guyon. Je remercie donc très sincèrement les membres du conseil présidé alors par Ph. Mangin de m'avoir élu et ceux du conseil suivant présidé par Ch. Coulange non seulement de ne pas avoir changé d'avis, mais aussi d'avoir donné encore plus d'éclat à ce congrès en invitant le Bureau de l'American Urological Association à participer à nos travaux. Je m'efforcerai donc d'être digne de votre confiance pour ne pas risquer, succédant à Jean Michel Dubernard, de perdre la face, on ne sait jamais !

Lorsqu'il m'a fallu commencer la rédaction de ce discours, s'est imposée à moi la nécessité de définir combien de chapitres rythmeraient son équilibre ; beaucoup d'entre vous connaissent mon penchant pour les jeux de sociétés et l'idée d'en choisir un comme fil conducteur m'est venue mais, connaissant ma tendance à parler peut-être trop longuement, j'ai rapidement éliminé le Mah-Jong et ses 144 tuiles ou le jeu de l'Oie et ses 63 cases.

J'ai retenu le jeu de Lindor, plus connu sous le vocable du Nain Jaune, que tout le monde connaît et qui comporte 5 cases. Il y aurait donc cinq chapitres dont les thèmes correspondent à la symbolique des cartes :

- Le Roi de Coeur marque le sommet de la hiérarchie et permettra d'évoquer mes maîtres.

- Le Nain Jaune, symbole du gardien du trésor, case bénéfique, nous amènera à revenir sur la transformation et le rôle devenu indispensable de l'AFU.

- La Dame de Pique jouit d'un statut ambigu et passe souvent pour être de mauvais augure, ce qui renverra aux interrogations que doit se poser notre spécialité.

- Le Dix de Carreau témoigne des valeurs matérielles et sera l'occasion de réfléchir sur notre métier.

- Le Valet de Trèfle, à l'époque ou naît ce jeu, vers 1760, est une carte importante puisque dans le jeu en vogue, le Pamphile, "il l'emporte sur le roi", comme les jeunes urologues qui doivent dépasser leurs maîtres, ce sera donc traiter de l'avenir de l'urologie.

Novembre 1965, bâtiment Husson Mourier à l'hopital de la Pitié, l'escalier de bois vient d'être lavé par un agent hospitalier, l'odeur du bois mouillé masquant celle de l'éther est flagrante, un bruit de pas résonne, l'externe de garde, sa première garde, descend vers les urgences ; il est inquiet, timide, il a demandé au téléphone des renseignements sur cette première urgence pour relire rapidement ses notes, il veut être chirurgien, peut-être urologue, en sera-t-il capable ?

Novembre 2006, bâtiment Husson Mourier, l'escalier de bois est toujours là, il n'a pas été lavé, grève oblige, mais la même odeur persiste ; un bruit de pas, un peu lourd peut-être, résonne, un chef de pôle descend après une visite des travaux de rénovation d'une partie de ce bâtiment, il n'est plus inquiet, il a peut-être tort, il n'est plus timide mais brutalement il est projeté 41 ans en arrière par l'odeur et l'ambiance de cet escalier resté intact.

1) Il se souvient, je me souviens ... mais point de nostalgie et un survol rapide : 5 ans d'internat et d'économat de salle de garde, 7 ans chef de clinique de René Kûss, 4 ans assistant de Maurice Camey à Foch, 10 ans adjoint de Christian Chatelain puis sa succession à la Pitié-Salpétrière. J'ai eu ainsi l'incroyable chance de côtoyer, d'être l'élève puis de devenir l'ami de 3 des plus prestigieux urologues français des cinquante dernières années.

Des restes de mes humanités grecques et de logique aristotélicienne m'ont fait hésiter à écrire l'éloge de mes Maîtres : en effet s'il n'y a pas d'élèves il n'y a pas de maîtres, et si les élèves sont mauvais il n'y a pas de bons maîtres. Donc si les maîtres sont bons voire exceptionnels, c'est parce que les élèves le sont d'abord, et pourquoi donc devraient-ils les remercier. Mais j'ai l'impression que ce syllogisme paradoxal dont la gravité ne peut échapper qu'aux incultes a des failles, et vous me permettrez de commencer cet éloge.

J'aurais aimé pouvoir, après tant d'autres, dire devant vous à René Kûss toute l'admiration que j'avais pour lui et la gratitude d'avoir été son élève. Je ne rappellerai pas ici tout ce qu'il a apporté à l'urologie mais ce qu'il nous a appris par surcroît : l'esprit critique, l'audace et la réflexion, le dynamisme et l'innovation, la confiance à donner aux plus jeunes, le tout avec un humour parfois féroce. Une autre de ses qualités a été sa capacité à créer autour de lui une véritable équipe, malgré les fortes personnalités de ceux qui la composaient, équipe qui sera toujours très proche de lui, même après son départ à la retraite.

René Kûss restera toujours un modèle et un homme phare de l'urologie française et internationale et pour nous, ses élèves proches, un maître admiré et le fondateur d'une vraie famille d'esprit et de coeur.

Maurice Camey a été celui dont l'exemple m'a convaincu de choisir l'urologie. Sa patience, sa rigueur intellectuelle aussi bien que la légèreté et la précision du geste opératoire, sa mentalité de pionnier dans la chirurgie de l'urètre, de la lithiase coralliforme et surtout dans la mise au point de la cystoprostatectomie avec remplacement intestinal ont fait progresser la qualité et la notoriété de l'urologie française, même si parfois il lui a fallu passer par les USA pour vaincre l'incompréhension de certains de ses collègues hexagonaux.

Mon cher Maurice, tu as eu d'autre part l'extrême élégance et l'altruisme de me conseiller de répondre favorablement aux propositions de promotion universitaire qui m'étaient faites alors que tu comptais sur moi pour ta succession et je t'en serai toujours reconnaissant.

Si Maurice Camey est le responsable de ma vocation d'urologue, Christian Chatelain est celui de ma carrière universitaire, qu'il m'a proposée le soir d'une fête fastueuse organisée à l'hôtel Miramion en l'honneur de la retraite de René Kûss. Christian Chatelain, c'était une expérience urologique impressionnante, une très grande qualité chirurgicale, une capacité d'écoute étonnante, une proximité quotidienne avec le personnel infirmier ; pour les internes c'était l'urologue épicurien : tel un gourmet qu'il est toujours, appréciant à la fois l'ordonnance de la table dressée et la succulence des mets, il plaçait ses champs opératoires suivant un cérémonial digne d'un 3 étoiles et on le sentait savourer à l'avance l'acte opératoire programmé. Mon cher Christian, je n'ai pas vu passer ces années heureuses auprès de toi, mais j'ai pu m'imprégner de ton expérience, apprécier tes qualités chirurgicales, humaines et musicales, et j'ai bénéficié au plus haut point non seulement de la liberté que tu m'as laissée mais aussi de l'amitié que tu m'as témoignée sans aucune jalousie de la notoriété progressive que j'acquérais dans mes différentes fonctions successives. Tu sais que tu peux compter sur nous tous, tes élèves, dans le malheur qui t'a frappé récemment.

A ce trio de maîtres, brelan devrais-je dire, s'ajoute un carré gagnant de la génération suivante dont j'ai été également brièvement l'élève, rapidement le collègue et toujours l'ami : Michel Le Guillou qui m'a guidé pour mes premières communications à la SFU et qui m'a appris qu'on pouvait toujours innover, Alain Jardin qui a dirigé ma thèse et a toujours su me conseiller à l'hôpital et dans mes fonctions administratives, Philippe Thibault qui m'a aidé sur ma première intervention en tant que Chef de clinique et qui m'a appris ensuite "la politique", Alain Le Duc qui m'a peaufiné sur le plan chirurgical en fin d'internat et qui a été ensuite un Président de l'AFU totalement en phase avec son vice-président turbulent. Je ne peux oublier non plus Saad Khoury, connu dès l'externat à Foch, déjà porté par un dynamisme exceptionnel, Bruno Compagnon, Didier Lambert, Jean-Pierre Mignard et Benoît Vignes qui constituent un conglomérat de complices avides de faire vivre un syndicalisme urologique efficace.

En dehors des élèves de René Kûss, un urologue tient une place particulière et est devenu un ami proche, Jean Marie Buzelin, connu dans le cadre de la SIFUD pour combattre l'ignorance de l'urodynamique et qui m'enrôla pour démarrer avec lui le premier module de l'une des actions dont les urologues peuvent être les plus fiers et que nous voulons croire pérennes et toujours indépendants : les ECU du Collège Français des Urologues, auquel sont aussi attachés les noms d' Alain Le Duc, Philippe Thibault et Yves Lanson. Permettez-moi enfin d'avoir une pensée pour Jacques Michon qui par deux fois , bien que je n'étais pas son élève, était prêt à favoriser ma carrière, de remercier Adolphe Steg et Laurent Boccon-Gibod qui m'ont demandé de leur succéder au secrétariat général de la Société Française d'Urologie, source d'un juste sentiment de fierté pour le jeune Chef de clinique que j'étais, mais aussi Christian Richaud, ami comme moi passionné de collections, Pierre Léger, Etienne Cuenant qui avec Alain Jardin ont fait un travail historique tout à fait exceptionnel, soulignant l'exemple glorieux de ceux qui nous ont précédés dans le passé sur une série de cent posters qui doit être sûrement unanimement suivi par ceux qui participent à ce Congrès.

Pour terminer ce premier chapitre, je ne saurais oublier ceux qui continueront dans un proche et lumineux avenir, avec le même dynamisme et talent que leurs prédécesseurs à La Pitié, un présent chargé de promesses : je veux parler de mes collaborateurs et amis dont les fortes personnalités, les travaux ou les qualités professionnelles sont connus de tous : Alain Haertig, Marc-Olivier Bitker, Pierre Conort, Emmanuel Chartier-Kastler, Benoit Barrou, Florence Cour et Christophe Vaessen, tous m'ont déjà dépassé, ce qui devrait être l'objectif de tout chef de service soucieux de l'avenir. Si l'équipe de la Pitié a ainsi pu obtenir une certaine notoriété, c'est aussi grâce à la qualité et au dévouement de l'ensemble du personnel para-médical et de son encadrement que je suis heureux de remercier aujourd'hui publiquement. Je n'oublie pas non plus tous les anciens Chefs de cliniques du service et les deux équipes de Tenon avec François Haab, et de Foch avec Henry Botto et Thierry Lebret avec qui nous travaillons régulièrement.

2) Carte suivante, le Nain Jaune ou Lindor, la carte bénéfique source de succès, c'est la transformation du Congrès Français d'Urologie et l'élargissement des actions de l'AFU.

En effet, malgré les qualités de nos maîtres et celles d'ailleurs également remarquables d'autres leaders parisiens ou provinciaux, l'intérêt du Congrès Français d'Urologie périclitait dans le début des années quatre-vingts ; le rôle de l'AFU était inexistant car ses statuts freinaient le renouvellement des membres du Conseil d'Administration souvent élus à l'aube de leur retraite, le secrétaire général se retrouvait isolé pour assurer l'organisation du Congrès, seule activité visible de l'association ; tout allait changer en 1986.

Quelques années plus tôt, quatre Chefs de clinique d'un même service, trouvant dénuées de sens les obscures querelles d'écoles, notamment parisiennes, qui s'exprimaient régulièrement à la SFU et au Congrès, avaient décidé de créer un club regroupant des Chefs de clinique en activité ou récemment installés, originaires de la plupart des services universitaires français. Ce club avait pour but de briser l'étanchéité des écoles urologiques en comparant positivement les vrais résultats de chacun des services. Ces 4 Chefs de clinique étaient Richard-Olivier Fourcade qui en avait eu l'idée, Guy Vallancien, Alain Haertig et votre serviteur. L'enthousiasme de ceux qui furent contactés, leur esprit créatif, la répartition équilibrée entre universitaires, hospitaliers et libéraux, la confiance partagée et un esprit collectif assez innovant ont fait que très rapidement ce club a aussi réfléchi à l'avenir et à la structuration de notre spécialité.

Je tiens, ici, à remercier publiquement tous les membres du Club d'Urologie Pratique pour leurs idées novatrices, leur implication dans la communauté urologique et bien sûr la solidité de leur amitié ainsi que celle de leurs épouses.

L'une des premières idées de ce club fut de suggérer la création d'un journal unique d'urologie. A l'époque il y en avait deux, farouchement concurrents, pour seulement 400 urologues. Cette proposition présentée en Assemblée Générale de l'AFU par Guy Vallancien et moi-même déclencha un débat houleux, la démission de Roger Couvelaire du Conseil d'Administration, des négociations sans fin qu'auront en pure perte les comités de rédaction des deux journaux. Ce projet mit six ans pour aboutir avec la création, en se passant des éditeurs institutionnels et avec l'aide de Saad Khoury, de Progrès en Urologie qui devint rapidement le Journal des Urologues Français puis de ceux du Québec puis des Belges sous les directions successives de Pierre Teillac, Bernard Gattegno puis Vincent Delmas.

Cette bataille, autour des journaux scientifiques, allait cristalliser l'inquiétude de la génération des urologues trentenaires devant l'absence d'organisation de la spécialité et certains blocages malthusiens. L'analyse de l'état des lieux nous conforta dans le projet d'organiser la spécialité à l'intérieur des structures existantes mais en modifiant radicalement les règles : plus de nomination indirecte et de durée indéterminée au Conseil d'Administration mais des élections ouvertes tous les 3 ans sans cumul de mandats présidentiels, plus de représentation quasi exclusive des hospitalo-universitaires mais une répartition sans quota des trois modes d'exercice de la spécialité, plus de secrétaire général isolé mais un bureau responsable devant le Conseil d'Administration, assisté d'un comité d'organisation du Congrès, plus d'action saisonnière limitée à l'organisation du Congrès mais la création de comités pour impliquer les membres de l'AFU sur le long terme, enfin création de partenariat officiel avec l'industrie, contrôlé par le Conseil d'Administration.

Mettre en oeuvre ce programme imposait un changement de statuts de l'Association. Lors du Congrès de 1985, devant une impatience certaine des jeunes générations, avec le soutien de Maurice Camey, Président du Congrès, après avoir convaincu René Kûss, Président en exercice de l'AFU, et fait une visite au ministère de l'Intérieur pour cadrer les nouveaux statuts, nous avons essayé et réussi à proposer une motion permettant ces changements, déclenchant là encore un débat tendu. Je dois remercier le secrétaire général de l'époque, Christian Richaud, qui était dans son rôle en défendant la politique du Conseil d'Administration en place, mais qui a permis un débat démocratique ; celui-ci aboutit finalement au vote de la motion qui entraîna la transformation de l'AFU réalisée durant l'année 1986. Guy Vallancien, premier secrétaire général de l'AFU rénovée, et moi-même avons été honorés en recevant en commun la médaille Félix Guyon pour ces transformations. Mon cher Guy, de cette époque est née une longue et fructueuse amitié, notre tandem a toujours été réactif aux idées nouvelles voire iconoclastes, cela a pu en irriter certains mais n'empêchera pas de te voir accéder bientôt à cette place car je sais que nous avons toujours besoin de ta créativité. Mais la communauté urologique doit se souvenir aussi des autres présidents qui ont donné de leur temps et n'ont pas ménagé leur énergie pour renforcer cette politique depuis 20 ans : Adolphe Steg et Alain Le Duc, Etienne Mazeman et Jean-Marie Buzelin, puis Philippe Mangin qui m'a succédé ainsi que Pierre Teillac et Patrick Coloby secrétaires et Richard O. Fourcade et Philippe Grise trésoriers, sans oublier Jean Chailley, François Rousselot et Jean-Paul Allègre, qui malgré leur activité professionnelle libérale se sont fortement impliqués dans les différents bureaux ; grâce à eux l'AFU a poursuivi son expansion, servant souvent d'exemple pour d'autres spécialités, et a acquis vis-à-vis des tutelles une crédibilité certaine en raison de sa représentativité exceptionnelle et de la qualité de ses dossiers, actions poursuivies par le bureau actuel mené par Christian Coulange, Emmanuel Chartier-Kastler et Jean-Pierre Mignard.

3) Après le Roi de Coeur et le Nain Jaune c'est le tour de la Dame de Pique d'être jouée, tourne-t-elle la tête de profil pour regarder les spécialités concurrentes ? Mais ne risque-t-elle pas de méconnaître ainsi d'autres dangers situés devant elle, tels les mauvais bergers que la constance et la foi du peuple en ses destinées rendront vaines et illusoires. Je ne voudrais pas, en les évoquant rapidement, jouer au donneur de leçon, mais profiter de l'audience exceptionnelle de cette séance pour que nous partagions tous ces interrogations.

Le danger principal serait de perdre notre implication collective dans l'AFU et d'avoir des raisonnements catégoriels, j'en donnerai deux exemples : les trois modes d'exercice de l'urologie sont représentés sans quota ni collège électoral bien que les libéraux représentent environ 65% des urologues : c'est ce qui a fait notre unité et notre force et ceci a toujours abouti à une représentation relative quasi constante et équilibrée au Conseil d'Administration. C'est pourquoi je me suis toujours battu pour cette représentativité des libéraux et c'est ce qui m'autorise à dire, amicalement mais fermement, à ceux qui lors de la dernière élection ont utilisé un vote mono-catégoriel qu'ils font fausse route : cela ne pourrait qu'affaiblir l'association qui deviendrait le champ de manoeuvres politiciennes ou qui exploserait en une multitude de sociétés mono-catégorielles, ce qui s'est passé dans d'autres spécialités qui envient actuellement l'unité de l'AFU. Le deuxième danger serait le manque d'implication forte d'un nombre significatif d'universitaires : l'absence actuelle de participation collective de certains PUPH et la difficulté de renouvellement de certains modules de l'ECU alors qu'à sa création plusieurs universitaires étaient souvent en compétition sont pour l'instant des phénomènes marginaux mais nous devons rester vigilants.

Un autre challenge à résoudre est celui de notre attitude vis-à-vis des médias.

Depuis quelques années nous assistons à la promotion de nouvelles thérapeutiques auprès des médias grand public, défendues par des urologues publics ou privés. Quelles que soient les intentions, individualistes ou plus collectives, pour montrer le dynamisme de la spécialité, ces actions de médiatisation en dehors de la presse médicale sont souvent mal ressenties par beaucoup de collègues qui craignent, parfois à juste titre, un détournement de clientèle. Ce phénomène est amplifié par l'accélération de la diffusion des nouvelles techniques, parfois non encore totalement validées, par l'apparition d'un marketing de firmes, aggravé par la confusion entretenue entre efficacité et norme CE, enfin par un effet de mode auquel succombent parfois les patients mais aussi les praticiens.

Comment distinguer l'information de la publicité ? Certes l'IFP, ou impact factor promotionnel, de Match ou de Nice Matin est plus élevé mais plus discutable que celui du Journal of Urology, et pourtant nous devons informer le public des nouveautés validées en urologie, montrer notre dynamisme vis-à-vis d'autres spécialités frontières, en cancérologie notamment où l'efficacité des traitements chirurgicaux isolés ou associés est trop souvent occultée. Ceci passe obligatoirement par une action planifiée au niveau des médias, les actions déjà engagées comme "la semaine de l'incontinence" ou la "journée prostate" impliquant à la fois les urologues et l'association sont une première réponse, le développement de l'accès du grand public à des informations médicales validées et vulgarisées intelligemment sur Urofrance en est une autre. Enfin la poursuite d'une activité scientifique de haut niveau lors du Congrès est indispensable car il s'agit d'un rendez-vous et d'une caisse de résonance bien identifiés par les journalistes grand public.

Les spécialités frontières, vers lesquelles se tournait la Dame de Pique, sont-elles un risque pour notre spécialité ? Oui si nous les méprisons en nous contentant de penser que nous sommes les meilleurs, non si nous formons des jeunes urologues, notamment universitaires, sur ces créneaux, si nous publions des séries multicentriques contrôlées, si nous mettons aux points des études de suivi et de matério-vigilance méthodologiquement valables, si nous continuons de nous intéresser aussi aux traitements médicaux et pas simplement à la chirurgie, si nous acceptons les premiers une évaluation de nos résultats, tout en continuant d'accueillir dans nos comités les meilleurs de ces spécialités concurrentes.

4) Avec le Dix de Carreau nous évoquerons des sujets sensibles actuellement car touchant aux conditions matérielles de nos activités.

Nous vivons une époque inquiétante mais passionnante : inquiétante car nos interlocuteurs ne sont plus seulement des patients confiants et reconnaissants, mais se sont invités autour du colloque singulier le financier, le juge et le patient devenu savant grâce à Internet ; ceci doit stimuler notre efficience et notre rigueur ; mais époque passionnante car la redistribution des cartes sur le plan de l'organisation des activités médicales peut redonner la main aux professionnels si l'action syndicale est nourrie de la réflexion de la société savante.

Nous devons nous impliquer dans la nouvelle gouvernance, nous créer des outils d'informations et partager nos expériences organisationnelles. Nous devons établir des référentiels avec les comités de l'AFU, ce qui permettra des négociations argumentées non seulement dans le public mais aussi avec les opérateurs de santé de plus en plus présents dans le privé ; nous devons organiser nos procédures diagnostiques et thérapeutiques pour convaincre les assureurs de notre faible iatrogénie, nous devons exiger la réintégration des Sociétés Savantes dans le suivi de la CCAM. Nous devons enfin réfléchir plus largement aux modes et au niveau de nos rémunérations et travailler à plus long terme sur l'évolution du paiement à l'acte.

Une autre révolution est en cours, dont Alain Jardin fut le chantre précurseur et longtemps solitaire : les femmes choisissent l'urologie et cette tendance sera pérenne compte tenu des 60% d'étudiantes en 1ère année de médecine et de leur taux élevé de succès au concours. La féminisation de l'urologie ne doit pas être envisagée seulement sur le plan démographique et de temps de travail, mais être considérée comme une source d'enrichissement pour la spécialité compte tenu de leurs qualités propres.

5) La dernière carte, Mesdames, Messieurs, c'est la jeunesse de l'urologie. Permettez que je lève mon verre en formant le souhait sincère et légitime de voir bientôt se lever le froment de la bonne graine urologique, enfouie au plus profond de la terre hospitalière nourricière, c'est le Valet de Trèfle, reflet intégral d'un jeune urologue, c'est l'avenir de l'urologie.

Notre responsabilité est de bien le former, d'adapter les flux aux besoins, de lui prévoir une organisation de la profession efficace et attractive et de commencer à penser à nous effacer progressivement, qui a dit trop progressivement ?

La formation chirurgicale idéale* doit-elle être universitaire ou professionnelle par des Ecoles de chirurgie ? Les deux sont indispensables : aux tenants de la formation purement universitaire je rappellerai que celle-ci est très hétérogène selon les CHU et les sur-spécialités des services comme le montre l'étude des Cahiers de l'interne, aux tenants des écoles de chirurgie je soulignerai qu'elles privilégient certains types de formation, par structure elles sont déconnectées des malades et de la discussion pratique des indications. A l'évidence il faut intégrer ces deux systèmes dans l'emploi du temps des internes et chefs mais aussi des enseignants, les Ecoles devant permettre l'apprentissage, la répétition des gestes des techniques standardisées, la simulation et la résolution des complications per-opératoires, les services universitaires poursuivant l'apprentissage dans les conditions réelles, affinant les techniques, discutant les indications, apprenant les suites opératoires mais aussi l'information et la gestion humaine des patients dont la formation manque encore cruellement. Dans ces deux structures les urologues non universitaires qui ont le goût de l'enseignement de la chirurgie devraient trouver leur place avec une coordination par la spécialité des centres de formations qui doivent être agrées car l'offre anarchique de formations non validées par des firmes sponsors ne doit pas perdurer. Ce système associé à l'augmentation des possibilités de stages interCHU devrait permettre d'améliorer encore la qualité de notre formation chirurgicale initiale avec une raisonnable liberté de choix et l'égalité d'accès pour tous.

La maîtrise des flux démographiques est un enjeu important, même si le dynamisme des coordonnateurs interrégionaux et de l'AFUF, crée avec succès par Jean-Charles Mikaelian et Olivier Haillot, a permis à l'urologie d'être moins touchée par la pénurie que d'autres spécialités chirurgicales. Cependant même si le nombre d'urologues continue d'augmenter actuellement, nous ne devons pas oublier que le flux des départs à la retraite va s 'accroître dans 5 ans, et que la demande de soins va augmenter avec le vieillissement de la population : nous devons recenser mieux les capacités de formations et continuer d'explorer les possibilités d'adaptation du nombre des postes formateurs que sont les stages de "post-internat".

Nous devons poursuivre la réflexion sur la réorganisation de la spécialité avec la multiplication des centres d'urologie entre les quatre points cardinaux du territoire regroupant plusieurs urologues en face d'un plateau technique performant ; dans l'avenir le niveau requis de qualité, de continuité et de permanence des soins rendra non viable l'exercice solitaire. Nous devons aussi tester avec le personnel para-médical la délégation de tâches qui me paraît nettement préférable au transfert de compétence et à la création d'urologues médicaux.

Avant de terminer ce discours, je voudrais remercier Joëlle qui m'accompagne, me soutient, me supporte depuis 36 ans, et si je suis arrivé jusqu'ici c'est aussi grâce à elle, à sa générosité et à son amour ainsi qu'à celui de nos enfants Sabine et Alexis.

Rendu au terme de l'éloge de mes maîtres et de notre association j'en mesure cependant toute la vanité : malgré un labeur considérable d'écriture, de corrections, de coupes pour rester dans le temps imparti, voire d'autocensure, un discours de président de Congrès a une durée de vie courte et laisse souvent peu de souvenir sauf s'il est très mauvais ou pour ceux qui n'ont pas été cités. Son intérêt principal est de servir, s'il est publié, à ceux qui s'intéressent à l'histoire de la médecine ou d'une spécialité, en étant le reflet d'une époque ; j'espère que celui-ci sera ainsi le témoin de l'unité et du dynamisme des urologues des années 2000 et de leur conviviale fraternité, dont on pourra dire, parodiant un discours célèbre, qu'elle fut massive, indéfectible, imputrescible et légendaire.

Post-Face

Je voudrais vous faire une confidence : les plus attentifs d'entre vous ont peut-être noté, dans mon allocution, quelques phrases décalées ou surprenantes. Je tiens à en remercier leur auteur, l'humoriste défunt Pierre Dac, dont j'avais découvert à 20 ans un discours utilisable en toutes circonstances. Je le lui ai emprunté en de multiples occasions et j'avais fait le pari de le glisser en totalité dans mon texte aujourd'hui. Si vous voulez découvrir ce discours humoristique, vous n'aurez qu'à relire le mien. Que ne ferait-on pas pour pérenniser ses écrits !

Est-ce de la vanité de ma part ? peut-être, mais je l'ai traitée préventivement puisque Bergson a écrit que "la seule cure contre la vanité, c'est le rire".

J'ai caché un discours humoristique dans un discours officiel : Vanité des éloges.

D'autres ont caché des symboles philosophiques dans des oeuvres d'art, n'y voyez aucune ressemblance mais permettez-moi de vous présenter pour traiter ce sujet, Eloge des vanités, Monsieur Serge Legat, Professeur d'Histoire de l'art et Conférencier des Musées Nationaux.

Discours du 100ème Congrès Français d'Urologie

Par le Pr. François RICHARD

Président du Congrès

Messieurs les représentants des Académies Nationales de Médecine et de Chirurgie

Monsieur le Directeur Général de la Santé

Monsieur le Président de l'Association Française d'Urologie

Chers Collègues et Amis

Mesdames et Messieurs

Les circonstances qui nous réunissent aujourd'hui sont de celles ... Non, rassurez-vous, je ne vous déclamerai pas mon discours favori, et pour débuter je resterai classique. Je mesure en effet l'honneur que m'a fait le conseil d'administration de l'Association Française d'Urologie en me nommant Président de son 100ème congrès. Contrairement à ce qu'ont dit souvent mes trop modestes prédécesseurs à ce poste, je me doutais bien, qu'une année ou l'autre, voire au bénéfice de l'âge, je finirais par être président d'un congrès mais je n'imaginais pas avoir le redoutable privilège d'être celui du premier congrès à trois chiffres, 110 ans après celui qui fut présidé par son fondateur : Félix Guyon ...

Des restes de mes humanités grecques et de logique aristotélicienne m'ont fait hésiter à écrire l'éloge de mes Maîtres : en effet s'il n'y a pas d'élèves il n'y a pas de maîtres, et si les élèves sont mauvais il n'y a pas de bons maîtres. Donc si les maîtres sont bons voire exceptionnels, c'est parce que les élèves le sont d'abord, et pourquoi donc devraient-ils les remercier. Mais j'ai l'impression que ce syllogisme paradoxal dont la gravité ne peut échapper qu'aux incultes, a des failles et vous me permettrez de commencer cet éloge ...

J'aurais aimé pouvoir, après tant d'autres, dire devant vous à René Kûss toute l'admiration que j'avais pour lui et la gratitude d'avoir été son élève. Je ne rappellerai pas ici tout ce qu'il a apporté à l'urologie mais ce qu'il nous a appris par surcroît : l'esprit critique, l'audace et la réflexion, le dynamisme et l'innovation, la confiance à donner aux plus jeunes, le tout avec un humour parfois féroce. Une autre de ses qualités a été sa capacité à créer autour de lui une véritable équipe, malgré les fortes personnalités de ceux qui la composaient, équipe qui sera toujours très proche de lui, même après son départ à la retraite ...

Maurice Camey a été celui dont l'exemple m'a convaincu de choisir l'urologie. Sa patience, sa rigueur intellectuelle aussi bien que la légèreté et la précision du geste opératoire, sa mentalité de pionnier dans la chirurgie de l'urètre, de la lithiase coralliforme et surtout dans la mise au point de la cystoprostatectomie avec remplacement intestinal ont fait progresser la qualité et la notoriété de l'urologie française, même si parfois il lui a fallu passer par les USA pour vaincre l'incompréhension de certains de ses collègues hexagonaux.

Mon cher Maurice, tu as eu d'autre part l'extrême élégance et l'altruisme de me conseiller de répondre favorablement aux propositions de promotion universitaire qui m'étaient faites alors que tu comptais sur moi pour ta succession et je t'en serai toujours reconnaissant ...

Si Maurice Camey est le responsable de ma vocation d'urologue, Christian Chatelain est celui de ma carrière universitaire ...

Je ne peux oublier non plus Saad Khoury, connu dès l'externat à Foch, déjà porté par un dynamisme exceptionnel, Bruno Compagnon, Didier Lambert, Jean-Pierre Mignard et Benoît Vignes qui constituent un conglomérat de complices avides de faire vivre un syndicalisme urologique efficace.

En dehors des élèves de René Kûss, un urologue tient une place particulière et est devenu un ami proche, Jean Marie Buzelin, connu dans le cadre de la SIFUD pour combattre l'ignorance de l'urodynamique et qui m'enrôla pour démarrer avec lui le premier module de l'une des actions dont les urologues peuvent être les plus fiers et que nous voulons croire pérennes et toujours indépendants : les ECU du Collège Français des Urologues, auquel sont aussi attachés les noms d'Alain Le Duc, Philippe Thibault et Yves Lanson. Permettez-moi enfin d'avoir une pensée pour Jacques Michon qui par deux fois, bien que je n'étais pas son élève, était prêt à favoriser ma carrière, de remercier Adolphe Steg et Laurent Boccon-Gibod qui m'ont demandé de leur succéder au secrétariat général de la Société Française d'Urologie, source d'un juste sentiment de fierté pour le jeune Chef de clinique que j'étais, mais aussi Christian Richaud, ami comme moi passionné de collections, Pierre Léger, Etienne Cuenant qui avec Alain Jardin ont fait un travail historique tout à fait exceptionnel, soulignant l'exemple glorieux de ceux qui nous ont précédés dans le passé sur une série de cent posters qui doit être sûrement unanimement suivi par ceux qui participent à ce Congrès.

Pour terminer ce premier chapitre, je ne saurais oublié ceux qui continueront dans un proche et lumineux avenir, avec le même dynamisme et talent que leurs prédécesseurs à La Pitié, un présent chargé de promesses : je veux parler de mes collaborateurs et amis ...

2) Carte suivante, le Nain Jaune ou Lindor, la carte bénéfique source de succès, c'est la transformation du Congrès Français d'Urologie et l'élargissement des actions de l'AFU.

En effet, malgré les qualités de nos maîtres et celles d'ailleurs également remarquables d'autres leaders parisiens ou provinciaux, l'intérêt du Congrès Français d'Urologie périclitait dans le début des années quatre-vingts ; le rôle de l'AFU était inexistant car ses statuts freinaient le renouvellement des membres du CA souvent élus à l'aube de leur retraite, le secrétaire général se retrouvait isolé pour assurer l'organisation du Congrès, seule activité visible de l'association ; tout allait changer en 1986.

Quelques années plus tôt, 4 Chefs de clinique d'un même service, trouvant dénuées de sens les obscures querelles d'écoles, notamment parisiennes, qui s'exprimaient régulièrement à la SFU et au Congrès, avaient décidé de créer un club regroupant des Chefs de clinique en activité ou récemment installés, originaires de la plupart des services universitaires français ...

L'une des premières idées de ce club fut de suggérer la création d'un journal unique d'urologie. à l'époque il y en avait deux, farouchement concurrents, pour seulement 400 urologues. Cette proposition présentée en AG de l'AFU par Guy Vallancien et moi-même déclencha un débat houleux, la démission de Roger Couvelaire du CA, des négociations sans fin qu'auront en pure perte les comités de rédaction des deux journaux. Ce projet mit six ans pour aboutir avec la création, en se passant des éditeurs institutionnels et avec l'aide de Saad Khoury, de Progrès en Urologie qui devint rapidement le Journal des Urologues ...

Mettre en oeuvre ce programme imposait un changement de statuts de l'Association. Lors du Congrès de 1985, devant une impatience certaine des jeunes générations, avec le soutien de Maurice Camey, Président du Congrès, après avoir convaincu René Kûss, président en exercice de l'AFU, et fait une visite au ministère de l'Intérieur pour cadrer les nouveaux statuts, nous avons essayé et réussi à proposer une motion permettant ces changements, déclenchant là encore un débat tendu. Je dois remercier le secrétaire général de l'époque, Christian Richaud, qui était dans son rôle en défendant la politique du CA en place, mais qui a permis un débat démocratique ; celui-ci aboutit finalement au vote de la motion qui entraîna la transformation de l'AFU réalisée durant l'année 1986. Guy Vallancien, premier secrétaire général de l'AFU rénovée et moi-même avons été honorés en recevant en commun la médaille Félix Guyon pour ces transformations. Mon cher Guy, de cette époque est née une longue et fructueuse amitié, notre tandem a toujours été réactif aux idées nouvelles voire iconoclastes, cela a pu en irriter certains mais n'empêchera pas de te voir accéder bientôt à cette place car je sais que nous avons toujours besoin de ta créativité. Mais la communauté urologique doit se souvenir aussi des autres présidents qui ont donné de leur temps et n'ont pas ménagé leur énergie pour renforcer cette politique depuis 20 ans ...

3) Après le Roi de Coeur et le Nain Jaune c'est le tour de la Dame de Pique d'être jouée, tourne-t-elle la tête de profil pour regarder les spécialités concurrentes ? mais ne risque-t-elle pas de méconnaître ainsi d'autres dangers situés devant elle, tels les mauvais bergers que la constance et la foi du peuple en ses destinées rendront vaines et illusoires. Je ne voudrais pas, en les évoquant rapidement, jouer au donneur de leçon, mais profiter de l'audience exceptionnelle de cette séance pour que nous partagions tous ces interrogations.

Le danger principal serait de perdre notre implication collective dans l'AFU et d'avoir des raisonnements catégoriels, j'en donnerai deux exemples : les trois modes d'exercice de l'urologie sont représentés sans quota ni collège électoral bien que les libéraux représentent environ 65% des urologues : c'est ce qui a fait notre unité et notre force et ceci a toujours abouti à une représentation relative quasi constante et équilibrée au CA. C'est pourquoi je me suis toujours battu pour cette représentativité des libéraux ...

4) Avec le Dix de Carreau nous évoquerons des sujets sensibles actuellement car touchant aux conditions matérielles de nos activités ...

5) La dernière carte, Mesdames, Messieurs, c'est la jeunesse de l'urologie. Permettez que je lève mon verre en formant le souhait sincère et légitime de voir bientôt se lever le froment de la bonne graine urologique, enfouie au plus profond de la terre hospitalière nourricière, c'est le Valet de Trèfle, reflet intégral d'un jeune urologue, c'est l'avenir de l'urologie.

Notre responsabilité est de bien le former, d'adapter les flux aux besoins, de lui prévoir une organisation de la profession efficace et attractive et de commencer à penser à nous effacer progressivement, qui a dit trop progressivement ?

La formation chirurgicale idéal* doit-elle être universitaire ou professionnelle par des Ecoles de chirurgie ? Les deux sont indispensables, aux tenants de la formation purement universitaire je rappellerai que celle-ci est très hétérogène selon les CHU et les sur-spécialités des services comme le montre l'étude des Cahiers de l'interne, aux tenants des écoles de chirurgie je soulignerai qu'elles privilégient certains types de formation, par structure elles sont déconnectées des malades et de la discussion pratique des indications. à l'évidence il faut intégrer ces deux systèmes dans l'emploi du temps des internes et chefs mais aussi des enseignants, les écoles devant permettre l'apprentissage, la répétition des gestes des techniques standardisées, la simulation et la résolution des complications per-opératoires, les services universitaires poursuivant l'apprentissage dans les conditions réelles, affinant les techniques, discutant les indications, apprenant les suites opératoires mais aussi l'information et la gestion humaine des patients dont la formation manque encore cruellement. Dans ces deux structures les urologues non universitaires qui ont le goût de l'enseignement de la chirurgie devraient trouver leur place avec une coordination par la spécialité des centres de formations qui doivent être agrées car l'offre anarchique de formations non validées par des firmes sponsors ne doit pas perdurer. Ce système associé à l'augmentation des possibilités de stages interCHU devrait permettre d'améliorer encore la qualité de notre formation chirurgicale initiale avec une raisonnable liberté de choix et l'égalité d'accès pour tous.

La maîtrise des flux démographiques est un enjeu important, même si le dynamisme des coordonnateurs interrégionaux et de l'AFUF, crée avec succès par Jean-Charle Mikaelian et Olivier Haillot, a permis à l'urologie d'être moins touchée par la pénurie que d'autres spécialités chirurgicales. Cependant même si le nombre d'urologues continue d'augmenter actuellement, nous ne devons pas oublier que le flux des départs à la retraite va s'accroître dans 5 ans, et que la demande de soins va augmenter avec le vieillissement de la population : nous devons recenser mieux les capacités de formations et continuer d'explorer les possibilités d'adaptation du nombre des postes formateurs que sont les stages de "post-internat".

Nous devons poursuivre la réflexion sur la réorganisation de la spécialité avec la multiplication des centres d'urologie entre les quatre points cardinaux du territoire regroupant plusieurs urologues en face d'un plateau technique performant, dans l'avenir le niveau requis de qualité, de continuité et de permanence des soins rendra non viable l'exercice solitaire. Nous devons aussi tester avec le personnel para-médical la délégation de taches qui me paraît nettement préférable au transfert de compétence et à la création d'urologues médicaux ...

Rendu au terme de l'éloge de mes maîtres et de notre association j'en mesure cependant toute la vanité : malgré un labeur considérable d'écriture, de corrections , de coupes pour rester dans le temps imparti, voire d'autocensure, un discours de président de Congrès a une durée de vie courte et laisse souvent peu de souvenir sauf s'il est très mauvais ou pour ceux qui n'ont pas été cités. Son intérêt principal est de servir, si il est publié, à ceux qui s'intéressent à l'histoire de la médecine ou d'une spécialité, en étant le reflet d'une époque ; j'espère que celui-ci sera ainsi le témoin de l'unité et du dynamisme des urologues des années 2000 et de leur conviviale fraternité, dont on pourra dire, parodiant un discours célèbre, qu'elle fut massive, indéfectible, imputrescible et légendaire.

*et d'une mystique