Discours inaugural au 96ème Congrès Français d'Urologie

22 mai 2003

Mots clés : discours, inauguration, congrès français d'urologie
Auteurs : SARRAMON J.P.
Référence : Prog Urol, 2003, 13, 175-179
DISCOURS INAUGURAL AU 96ème CONGRÈS FRANCAIS D'UROLOGIE, par le Professeur JEAN-PIERRE SARRAMON.
Le Professeur Jean-Pierre Sarramon, Président du 96ème congrès

Lorsque le Conseil d'Administration de l'AFU m'a désigné comme Président du 96ème Congrès Français d'Urologie, j'ai éprouvé une vive émotion, une réelle satisfaction mais également une certaine inquiétude, celle de vous lasser par des lieux communs.

En raison de mon optimisme naturel, à une époque où les plaintes se font plus entendre que les satisfactions, les craintes se sont très vite transformées en une grande joie et pour contredire les raisons présentes d'inquiétude et d'insatisfaction, j'ai pensé qu'il serait opportun de discourir du bonheur que procure l'Urologie et d'appartenir à cette superbe spécialité.

Le bonheur est une belle idée, il est insaisissable et induit une notion d'absolu. L'a-t-on tiré de l'expérience ou de l'imagination? Est-il le fruit de notre imagination ou de nos illusions? On le définit plus prosaïquement comme un état de plénitude, de satisfaction, de chance ou de félicité. Pour moi cette part de bonheur est un concours de circonstances favorables rencontrées au cours de mon exercice professionnel. Ma mémoire a su effacer les mauvais moments pour ne retenir que les bons.

Aussi, suivant la tradition, je vais retracer les principales étapes de ma vie professionnelle. D'abord élève des jésuites, puis des frères des écoles chrétiennes, ma filiation n'était pas médicale. L'aîné de trois frères, je fus le seul à m'orienter vers les études médicales, mes deux frères ont étudié le droit et les sciences politiques. Nous avons acquis de notre mère, au caractère fort, le sens du devoir, de la ténacité courageuse, le goût des beaux objets. De notre père, féru de lettres, d'histoire, de géographie et de droit, le goût des arts, du travail et le sens des autres. Leur exemple, leur soutien et leur affection furent pour nous un merveilleux viatique.

En fait dès l'adolescence, je voulais devenir médecin. Pendant les vacances d'été dans la propriété familiale de Saint Bertrand de Comminges, j'avais remarqué combien le médecin de campagne était utile. Capable de suturer un front, de réduire une fracture ou de soulager mes frères lorsqu'ils ont eu les oreillons. Ses capacités, son humanité, sa polyvalence m'ont fascinées.

Je rencontrai en terminale Yves Lazorthes et fus rapidement pris en affection par son père le Doyen Guy Lazorthes, Professeur d'anatomie et neurochirurgien des hôpitaux de Toulouse. J'ai été séduit par sa grande culture, son enseignement exceptionnel de l'anatomie et sa hauteur scientifique qui lui valurent très tôt d'être membre de l'Académie de Médecine et de l'Institut. Je lui rends ici un hommage très affectueux car c'est lui qui a guidé mes premiers pas en médecine et par la suite m'engagea avec ses fils dans la préparation des concours.

Dès la fin de la deuxième année de médecine, je fus reçu au concours de l'Externat des Hôpitaux. Très tôt mon goût pour la chirurgie et l'anatomie se révéla. Il fallait obligatoirement passer la rude épreuve du Concours de l'Internat, les candidats étaient nombreux et bien préparés, les postes rares. Je m'y préparai donc avec ardeur et détermination et fus nommé en début de 5ème année. Aide d'Anatomie pendant 3 ans, je devenais sur Concours Prosecteur d'Anatomie. J'effectuai mes stages de chirurgie au CHU de Toulouse et, pendant mon service national, à l'hôpital d'Instruction des armées Robert Picqué de Bordeaux où j'ai eu la chance de travailler sous les ordres du Médecin Commandant Guy Lagrave, devenu par la suite Général et Médecin Chef des Invalides. Je le remercie pour tout ce qu'il m'a appris en chirurgie ainsi que pour son amitié. Sur les conseils du Professeur André Lhez, titulaire de la chaire d'urologie de Toulouse, je décidais de devenir urologue. La chance a voulu qu'on me propose un clinicat en chirurgie digestive pour remplacer un assistant qui devait partir aux U.S.A. J'acceptai alors avec enthousiasme le poste car au cours de mon stage d'Interne, j'avais observé que les urologues utilisaient déjà l'intestin pour les dérivations. En fait l'assistant ne partit pas, c'est moi qui partis à sa place, avec pour mission de rapporter les derniers progrès en matière de chirurgie pancréatique, mais aussi avec la volonté à peine avouée de me former en urologie.

Je m'envolai donc pour New York avec quelques travellers chèques en poche et quelques dollars dans les chaussettes car c'était la période du contrôle des changes initié par Valéry Giscard d'Estaing, Ministre des Finances. Ma vraie richesse était une lettre de recommandation du Professeur Michel Pascal Bitker pour le Docteur Willet Whitmore, chef de service au Memorial Sloan Kettering Cancer. Celui ci m'accueillit avec une grande complaisance, malgré mon anglais rudimentaire et mes connaissances limitées en urologie. Je fus ébloui par l'esprit didactique et l'élégance chirurgicale de ce maître qui pratiquait déjà les grands évidements ganglionnaires, les cystectomies totales avec remplacement et les néphrectomies élargies avec une exceptionnelle aisance. Whitmore m'a beaucoup impressionné et par la suite il m'a beaucoup aidé. Je lui dois mon goût pour la grande chirurgie oncologique. Il m'a ouvert les portes d'autres services en particulier celui du New York hospital où le Professeur Marshall me fit découvrir sa fameuse technique pour traiter l'incontinence féminine puis celui du New York Medical College au Metropolitan Hospital, où je fis ma première présentation lors d'un staff chez le Professeur Nagamatsu. Je quittai New York au bout de trois mois avec la nostalgie de prendre congé de celui que je n'oublierai jamais et qui reste pour moi un exemple d'exception. C'est lui qui m'avait conseillé d'aller à Los Angeles et m'avait confié une lettre de recommandation pour son grand ami Joe Kaufman, chef du département d'urologie de U.C.L.A. Mon émerveillement fut total lorsque je découvris ce magnifique hôpital dans le quartier privilégié de Westwood village. J'appris et compris à Los Angeles l'organisation d'un service moderne d'urologie, avec déjà définies les sous spécialités : transplantation, chirurgie vasculo-rénale, pathologie prostatique, pathologie vésico-sphinctérienne, uro-oncologie et chirurgie reconstructrice.

Chaque après-midi je préparais des questions et écrivais ce que j'avais vu au bloc opératoire en profitant de la bibliothèque de l'Université de Californie. Je participais aussi aux réunions de néphro-uro-radiologie de l'hôpital. Ainsi en quelques mois je commençai à appréhender l'étendue et la richesse de notre spécialité. Joe Kaufman avait une épreuve de titres étonnante, il m'invitait aux réunions de l'Association Californienne d'Urologie dont il était Président qui réunissait déjà quelques 3000 membres. Il était aussi réalisateur de films techniques qu'il commentait avec sa voie grave d'acteur. Il me demandait de l'accompagner régulièrement au studio de montage. Je me rappelle encore mon embarras lorsqu'il me demandait de faire la critique. C'était un grand patron, très communicatif, qui avait des doigts de fée. Il adorait autant l'urologie que la musique et parlait couramment l'espagnol, ce qui facilitait ma compréhension et préservait notre connivence. Avec Goodwin, il partageait la direction du grand département d'urologie d'adultes et d'enfants. Protagonistes de la grande école d'urologie outre-atlantique, ils avaient pour élèves les futurs leaders de l'urologie américaine. J'ai beaucoup vu et aussi beaucoup appris à son contact, qu'il me soit permis ici d'honorer très chaleureusement sa mémoire. J'achevai ce long séjour en compagnie de Mifa ma jeune épouse qui était venue me retrouver le dernier mois. Elle m'a toujours compris, encouragé et conseillé. Elle m'a surtout donné deux jolies filles, Christine et Bénédicte. Aujourd'hui nous avons la joie partagée de profiter de nos petites filles, Clara et Lauren.

De retour dans ma ville rose, je prenais mes fonctions de chef de clinique dans le service de chirurgie urologique du Professeur André Lhez. Je lui dois de m'avoir décidé à devenir urologue et de m'avoir considéré comme un fils. Ma reconnaissance ne sera jamais assez grande pour cet homme d'exception qui m'a tant marqué et auquel je pense souvent dans mon exercice. Ma formation aurait été incomplète sans un stage à La Pitié dans le service du Professeur René Küss, maître réputé de l'urologie française. Je fus immédiatement sous le charme du patron à la jeunesse de caractère, au sens de la répartie, à la maîtrise chirurgicale et au rayonnement unanimement reconnu. Je voudrais lui dire mon admiration et ma gratitude. Dans son service j'ai eu la chance de faire la connaissance de ses collaborateurs qui sont devenus mes amis : Maurice Camey, Christian Chatelain, Alain Jardin, Alain Le Duc, Michel Le Guillou, Philippe Thibaut, François Richard, Richard Fourcade et Saad Khoury. J'ai beaucoup d'autres amis en urologie, ils me pardonneront de ne pas tous les citer. Je voudrais dire au Professeur Adolphe Steg mon profond attachement, mon estime, ma fidèle et respectueuse amitié, au regretté Gilbert Faure avec qui j'ai partagé le rapport sur la lithiase coralliforme en 1982, à Jean Michel Dubernard, à Lester Klein, l'américain, et à Rémi Vela Navarette, ma profonde affection. Je n'ai pas besoin de vous présenter le Professeur Navarette, mon invité, titulaire de la chaire d'urologie de l'Université Autonome de Madrid. A travers lui, je désire dire toute mon estime pour l'urologie espagnole qui m'a si souvent invité.

Mais venons à l'essentiel.

Tout ce bonheur personnel est en fait le fruit d'avoir trouvé ce que j'ai cherché.

Le bonheur c'est aussi de devenir leader, comme l'écrit Charles Handy. Il faut pour diriger, la confiance, la curiosité, la volonté, le contrôle de soi et la capacité de communiquer et de déléguer. Certes je n'aurais pas la prétention de posséder ces qualités que l'on échafaude dès l'enfance à partir des parents, des éducateurs et ensuite des amis. Pour moi le chef d'équipe doit faire sienne cette pensée de Bergson, "partout où il y a joie, il y a création".

Je n'ai pas été dirigé par le désir de puissance, mais par la chance de pouvoir créer une équipe avec une volonté de partage, de confiance réciproque et de coopération en m'appuyant sur le passé pour peser plus puissamment sur l'avenir.

Je remercie ici très profondément tous ceux qui m'ont aidé à construire, en particulier mes maîtres, mes aînés et tous mes collaborateurs internes, chefs de clinique, praticiens hospitaliers, vacataires, surveillantes, corps infirmiers (Roger Couat, Anita Hirribaren, Ginette Dupin), la Direction des Hôpitaux de Toulouse. Plus précisément j'exprime ma gratitude et mon affection à Pascal Rischmann pour tout ce que nous avons construit ensemble, il est devenu le nouveau leader du service, à Bernard Malavaud, homme de réflexion, qui stimule et dirige la recherche du service, à Christophe Vaessen qui n'a pas hésité à quitter Bruxelles pour faire bénéficier l'équipe de sa rigueur et de ses qualités chirurgicales, à Marc Mouzin, notre Chef de Clinique actuel. Mon attachement à Josiane Fècherolle, ma chère secrétaire, pour sa compétence discrète, sa disponibilité à toute épreuve et son caractère en or.

Il y a aussi les nombreux voyages scientifiques, les enseignements pratiques et théoriques dispensés à l'étranger, les congrès aux quatre coins du globe qui m'ont apporté bien des récompenses : dépaysements, découverte de modes de vie différents, visites de lieux originaux et avant tout, rencontres enrichissantes au plan professionnel mais aussi amicales avec les confrères étrangers ainsi qu'avec les urologues nationaux. Bien des souvenirs joyeux que certains d'entre nous pourront revivre à travers ces quelques illustrations.

Une autre chance, c'est d'avoir été pendant treize années membre du Conseil National des Universités. J'ai rencontré au sein de la sous section d'urologie à la fois une grande liberté de pensée mais aussi une unité décisionnelle et une totale continuité ainsi qu'une rigueur dans les règles édictées. Au fil des années j'ai pu apprécier la qualité des épreuves de titres et travaux et les capacités des candidats aux postes de PU-PH. Parmi les initiatives les plus marquantes, je retiendrais les galops d'essai que nous avons proposé aux candidats afin de les guider pour le Concours ainsi que l'initiation de la mobilité des futurs professeurs dans le but d'aider les universités en difficulté.

Une autre raison de contentement c'est de faire partie de l'AFU et de m'y être investi pendant toute ma carrière. Notre association, créée en 1896 par Félix Guyon est devenue l'organe fédérateur et de progrès de l'urologie française enviée par d'autres disciplines. Nous sommes heureux, tous, de nous retrouver à Paris chaque année pour le Congrès National qui n'a cessé d'être très attractif. Je voudrais aussi évoquer les principales activités de l'AFU que nous devons au dévouement et au zèle des différents conseils d'administration et en particulier aux Présidents et Secrétaires Généraux que je tiens ici à remercier solennellement. Créations des comités de spécialité qui font la synthèse des connaissances actualisés, d'Uro-France avec sa banque de données Basafu. Création d'Uro-Jonction, notre organe de presse intérieure, reflet de la dynamique de notre Association. Préoccupation des nouvelles exigences légales d'information des patients bien avant la loi du 4 mars 2002 en éditant une série de fiches explicatives pour le consentement éclairé des patients. Nous connaissons tous l'évolution des mentalités en particulier la confiance aveugle qui a disparu. Aujourd'hui on demande réparation même pour un aléas thérapeutique!

Issu également en partie de l'AFU, le Collège des Urologues qui a pour mission principale l'enseignement que ce soit pour les plus jeunes Internes et Chefs de Clinique avec l'ECU qui dispense à l'échelle nationale une formation de haut niveau, ainsi que la création plus récente du SUC pour les confrères en activité. Il faut également remercier l'industrie pharmaceutique qui soutient financièrement toutes ces activités et sans lesquelles rien de comparable n'aurait été possible. Ainsi l'AFU a le grand mérite d'avoir rassemblé notre communauté nationale dans un esprit libéral et productif mais aussi d'attirer de plus en plus de membres correspondants étrangers et de participer ainsi à la francophonie.

En définitive le plus grand bonheur que m'a procuré l'urologie c'est d'avoir écouté, conseillé malgré le doute, traité malgré le risque, d'avoir eu cette relation privilégiée et extraordinaire avec le patient et avec mes confrères qui donne toute la dimension à notre profession de médecin.

Notre génération, je me fais un devoir et une joie de le souligner, a été celle des grandes avancées de la discipline. Transplantations rénales et pancréatiques, chirurgie vasculo-rénale, endo-urologie dès l'apparition des fibres optiques et des sources de lumière froide, révolution dans le traitement des lithiases urinaires avec le développement des voies endoscopiques mais surtout des lithotripteurs. Découverte des prothèses de toutes sortes, urétrales, péniennes, sondes double J et sphincters artificiels. Prise en charge de toute l'onco-urologie avec ses aspects médicaux et surtout chirurgicaux, en particulier chirurgie conservatrice du rein, mise au point des remplacements de vessie et développement de la prostatectomie radicale. Progrès en matière de pathologie vésico-sphinctérienne, avec une multitude de techniques variées pour le traitement de l'incontinence d'effort et plus récemment neuromodulation des racines sacrées. La dysfonction érectile pour laquelle nous sommes particulièrement investis en développant la micro-revascularisation des corps érectiles. L'andrologie avec les avancées en hypofertilité avec en particulier création des Cecos et développement de la fécondation in vitro.

Toutes ces innovations paraissent aujourd'hui évidentes et bien ordinaires elles n'auraient pas été possibles sans l'imagination, l'esprit créatif et l'implication des urologues au cours de ces trente dernières années.

Une autre raison de se réjouir, ce sont aussi les progrès techniques de ces dix dernières années : l'utilisation des ultras-sons focalisés de haute énergie avec l'Ablatherm pour le traitement des cancers de prostate localisés. La chirurgie mini-invasive, la chirurgie coelioscopique qui ne cesse pas de nous enthousiasmer et qui est devenue un des fleurons de l'urologie française outre-Atlantique. Cette nouvelle vision de la chirurgie demande un apprentissage long et rigoureux qui s'organise progressivement dans tous nos centres. Récemment la téléchirurgie robotisée qui permet déjà une transmission du son et de l'image à de grandes distances en moins de soixante dix millisecondes. Ainsi plusieurs experts aux quatre coins du monde ont la possibilité de se connecter pour donner leur assistance en cas de difficultés. Elle va autoriser l'apprentissage de débutants à partir de modèles d'images correspondant par les quatre dimensions à la réalité du patient. Nous sommes très proches de l'enseignement des jeunes pilotes par simulations au cours de vols virtuels. Un clin d'oeil à Monsieur Pierre Baud, Pilote et Directeur des Centres de Formation d'Airbus qui s'excuse de ne pas être parmi nous car il reçoit une décoration à Shangaï. Je remercie très vivement Monsieur Bernard Ziegler qui a bien voulu le remplacer. Il va nous faire vivre la grande épopée d'Airbus Industrie qui naquit à Toulouse.

La recherche, autre facette de la discipline est source de satisfactions et de progrès. Bonheur de la nouveauté par la recherche en chirurgie expérimentale. Pouvoir démontrer chez l'animal qu'une anse intestinale longue en remplacement de l'uretère prévenait le reflux et protégeait le parenchyme rénal de l'infection. Qu'une prothèse vasculaire placée dans l'urètre, d'abord du chien, ensuite de l'homme pouvait traiter efficacement des sténoses récidivantes. Que le microscope opératoire permettait des dissections atraumatiques et des sutures vasculaires impossible sans cette magnification oculaire indispensable. Ecole de précision, de maîtrise des gestes tellement nécessaire dans la chirurgie de demain. Bénéfice aussi de nouvelles molécules pour évaluation avant leur mise sur le marché au cours d'études multicentriques. Partenariat avec des entreprises privées, nouvelles pistes qui pourront nous permettre dans l'avenir de ne plus dépendre totalement de la fonction publique. Plus récemment, les DEA et les bourses de l'AFU qui produisent et qui soutiennent chaque année des projets ambitieux. Ainsi nos jeunes collaborateurs peuvent être accueillis dans des laboratoires étrangers pour effectuer leurs recherches dans des conditions optimales. Ils pourront pratiquer l'anglais qui est devenu la langue internationale indispensable pour acquérir et échanger les connaissances.

Il me serait agréable de faire partager ces plaisirs aux plus jeunes d'entre nous et de leur démontrer que l'urologie est une des plus belles spécialités au passé glorieux et sans nul doute au futur prometteur. Ceci malgré un désenchantement général au sein des hôpitaux en raison d'une part à trop de lourdeur administrative dont la réelle utilité reste à démontrer ainsi qu'aux trente cinq heures qui désorganisent notre fonctionnement.

Notre spécialité a de l'avenir.

En effet le nombre de français de plus de soixante ans sera multiplié par deux dans les dix prochaines années. L'obsession des industriels est de séduire le troisième et aussi le quatrième âge en utilisant les données du Centre de Recherche pour l'Etude de l'Observation des conditions de vie.

Celle des urologues sera de réduire le temps passé à l'hôpital, de traiter de plus en plus en hospitalisation de jour, de recherche d'une part des techniques de moins en moins invasives et de développer les traitements médicamenteux. N'oublions que nous avons la chance d'être les plus médicaux de tous les chirurgiens. L'augmentation de l'espérance de vie ne doit pas avoir pour corollaire la dépendance, mais, au contraire l'autonomie et la qualité d'existence. Oui comme l'écrit Georges Charpak, la science fait peur, car elle provoque des inquiétudes mais elle est source de joie. L'urologie est devenue une spécialité très vaste, elle exige dès maintenant un changement de nos mentalités. Le secteur santé doit être complètement repensé, il pèse de plus en plus sur le budget de l'Etat, ce d'autant plus que les ressources augmentent moins que prévu. Nous observons les effets délétères de la RTT confronté dans l'immédiat aux problèmes de démographie des soignants. Nos mentalités doivent changer afin de maintenir notre système de santé considéré encore par l'OMS comme le premier au monde. Il faut promouvoir les restructurations, la création de réseaux dans le secteur public comme dans le secteur privé, une complémentarité entre les secteurs, des structures beaucoup moins rigides. L'urologue ne sera plus en mesure de tout traiter, après sa formation, il devra faire des choix d'orientation pour devenir référent et incontournable dans l'exercice de la profession au sein de l'équipe avec laquelle il travaillera. Cet esprit nouveau d'estime et de réciprocité, sera à mon avis, le vecteur des plus grandes avancées de la profession. Il faudra tout de même garder à l'esprit que l'expérience et l'esprit critique seront toujours le contrepoids de la connaissance livresque. Il ne faudra jamais perdre de vue que ce juste équilibre doit être régi par la modestie. On ne doit pas oublier également combien de traitements et de techniques chirurgicales sont devenues éphémères après un temps de vogue. Cette relativité doit freiner notre orgueil et guider notre discernement. Notre discipline, j'en suis pleinement persuadé, a un magnifique avenir et j'en veux pour preuve la qualité renouvelée de nos jeunes collègues et leur volonté de réussir. Le passé mais d'avantage l'avenir sont les deux refuges du bonheur. Pour moi les rêves l'emporteront toujours sur les regrets.

Je voudrais conclure en empruntant quelques mots à Jean d'Ormesson dans une allocution récente prononcée à Madrid où il recevait le Prix Luca De Tena qui récompensait sa rigueur littéraire et son indépendance intellectuelle "j'ai essayé d'être fidèle au passé et ouvert à l'avenir, je suis un des rares en ce temps à croire au bonheur, à l'espérance malgré les drames du temps et peut être à la liberté et à la découverte".

Je vous remercie pour votre attention et déclare ouvert le 96ème Congrès français d'urologie.

Permettez-moi de vous présenter Monsieur Bernard Ziegler, personnalité internationale de l'aéronautique, ancien polytechnicien, pilote de chasse, leader des pilotes d'essai de l'aérospatiale et d'Airbus. Il a effectué les premiers vols de l'A300, 310, 320, 340 avec 9000 heures de vol sur 48 modèles différents.

Je lui passe les commandes...

Le Professeur Jean-Pierre Sarramon avec son invité, Monsieur Bernard Ziegler.