Dépistage du cancer de la prostate (I) : Evolution des connaissances et des pratiques depuis la conférence de consensus de 1989

16 juillet 2001

Mots clés : prostate, Tumeur, dépistage
Auteurs : Villers A, Grosclaude P, Haillot O, Abbou CC, Richard F, Boccon-Gibod L
Référence : Prog Urol, 1997, 7, 508-515
La politique de dépistage du cancer prostatique en France est définie par les recommandations établies lors d'une conférence de consensus en 1989. Le dépistage de masse ou individuel par le dosage sérique de l'antigène prostatique spécifique (PSA) n'est pas recommandé. Le Comité de Cancérologie de l'Association Française d'Urologie a actualisé les connaissances sur le dépistage du cancer prostatique depuis 1989. Les résultats sont publiés sous la forme d'un ensemble d'articles se référant aux critères utilisés comme pré-requis aux programmes de dépistage des cancers. Cet article décrit : 1) les recommandations actuelles de dépistage et de traitement en France et dans les autres pays, 2) 'évolution des connaissances concernant le pronostic, le diagnostic et la thérapeutique du cancer justifiant une réévaluation de la politique de dépistage, 3) la méthodologie et les résultats des études prospectives de dépistage et les projections de ces résultats sur la base de la population française. Malgré les recommandations de 1989, on observe une large pratique du dépistage individuel par dosage sérique du PSA à la fois du fait des caractéristiques du test (simplicité de la prise de sang, coût faible, valeur prédictive positive élevée) et d'une information du public par les média du risque de morbidité et de mortalité par cancer de prostate. Les données actuelles de la littérature ne permettent pas de connaître l'impact d'un dépistage par le PSA sur la morbidité et la mortalité par cancer prostatique. Des études prospectives randomisées sont en cours. L'absence de preuve d'un impact favorable du dépistage par le PSA n'est qu'une des causes de la controverse sur ce dépistage, l'autre cause étant l'importance des troubles iatrogénes induits par le dépistage. En cas d'élévation du PSA, les examens diagnostiques (biopsie) et les traitements curatifs (chirurgie ou radiothérapie) proposés sont invasifs, responsables d'une morbidité importante et d'une mortalité non négligeable. Enfin le coût d'un dépistage n'est pas connu. Les recommandations à venir doivent adapter leurs conclusions pour changer la situation actuelle où le cancer prostatique est à la fois considéré comme une maladie peu grave ne nécessitant pas d'être dépistée et une maladie grave dés lors qu'elle est connue justifiant, pour 95 % des urologues, chez un homme ayant plus de 10 ans d'espérance de vie, un traitement invasif et mutilant.