Démonstration neurophysiologique d’un réflexe périnéo-vésico-sensitif inhibiteur

25 septembre 2018

Auteurs : F. Charoenwong, A. Charlanes, C. Chesnel, D. Menoux, D. Motavasseli, E. Tan, F. Le Breton, G. Amarenco
Référence : Prog Urol, 2018, 10, 28, 502-508
Introduction

L’intensité du besoin mictionnel dépend de deux paramètres essentiels, le volume vésical et l’attention. S’il est bien connu que la contraction volontaire maximale des muscles périnéaux peut inhiber transitoirement le réflexe mictionnel lui-même, aucun travail ne démontre l’effet de cette contraction sur l’intensité du besoin lui-même.

Méthodes

Une étude expérimentale, prospective, ouverte, monocentrique a été menée entre mars et avril 2017. Au total, 15 sujets sans antécédent neurologique ni troubles neuro-périnéaux consultant pour constipation fonctionnelle étaient inclus. L’intensité de besoin mictionnel était évaluée via un urgentomètre électronique. Une consigne de contraction contrôle des muscles thénariens de la main dominante était comparée à une contraction volontaire du sphincter anal externe lors d’un besoin urgent (B3), contractions vérifiées électromyographiquement. Le critère d’évaluation principal était la comparaison entre la différence de score d’échelle visuelle analogique intensité du besoin avant (EVA-base) et après effort de contraction contrôle (EVA-pouce) lors d’un B3 versus le même index (EVA-base puis EVA-anal après contraction du sphincter anal externe) lors d’un nouveau B3. La comparaison des capacités vésicales fonctionnelles (CVF) mesurées après chaque enregistrement était le critère d’évaluation secondaire. L’analyse statistique était faite par un test des rangs signés de Wilcoxon.

Résultats

L’EVA intensité du besoin était significativement diminuée (−13,14±12 vs −1,5±6 ; p =0,03) et la CVF significativement augmentée (502,43±96,71mL vs 435,78±125,54mL ; p =0,02) après une contraction périnéale comparativement à la contraction contrôle des muscles de la main.

Conclusion

Cette étude suggère l’existence d’une inhibition des voies sensitives mictionnelles par la contraction périnéale via un réflexe périnéo-vésico-sensitif inhibiteur.

Niveau de preuve

3.




 




Introduction


Le besoin d'uriner devenant pressant nécessite un effort de retenue volontaire imposé par des contraintes sociales. La possibilité de différer ainsi le réflexe mictionnel peut être le fait d'une augmentation du gradient urétro-vésical par l'augmentation des pressions sphinctériennes mais aussi une diminution de l'activité détrusorienne comme suggéré par les travaux de Denny-Brown et Robertson [1]. L'effet inhibiteur de ce « réflexe périnéo-détrusorien inhibiteur » [1] a été démontré à la fois chez l'animal [2] mais également chez l'homme. Il a été ainsi démontré qu'une stimulation électrique du muscle pubo-rectal [3] tout comme des efforts de contraction volontaire des muscles périnéaux pouvaient diminuer les pressions détrusoriennes [4]. Ces données expérimentales sont corroborées par les effets cliniques de la rééducation périnéale. Le bénéfice d'une telle thérapeutique dans la prise en charge du syndrome d'hyperactivité vésicale, avec ou sans incontinence urinaire par impériosité, est en effet démontré dans la littérature [5] et constituant un traitement de première ligne en alternative aux anticholinergiques. Toutefois, le mécanisme physiologique de cette inhibition mictionnelle induite par la contraction volontaire reste mal connu. Les données d'imagerie fonctionnelle chez l'homme montrent que l'aire motrice supplémentaire est activée lors d'une contraction périnéale mais les études ne sont pas toutes concordantes sur les autres aires mises en jeu [6, 7, 8, 9, 10, 11]. Si l'action de la contraction volontaire induit une inhibition de la volée efférente motrice du réflexe, à notre connaissance, il n'existe pas de données démontrant que la contraction volontaire de muscles périnéaux pourrait déprimer les afférences sensitives ascendantes chez l'homme.


L'objectif de cette étude a été d'évaluer l'effet d'une contraction périnéale volontaire sur l'intensité du besoin mictionnel, l'hypothèse de départ étant qu'une contraction des muscles périnéaux pourrait diminuer l'intensité du besoin.


Méthodes


Une étude expérimentale, prospective, ouverte, monocentrique comparant l'effet sur le besoin mictionnel urgent d'une contraction périnéale versus une contraction contrôle a été menée entre mars et avril 2017. Le critère d'inclusion était : adultes consultant pour constipation fonctionnelle. Les critères d'exclusion étaient : antécédent de pathologie neurologique ou urologique, lithiase vésicale ou infection urinaire en cours, antécédent de chirurgie urologique, troubles cognitifs sévères ou barrière linguistique empêchant la compréhension des consignes, traitement interférant avec la fonction vésico-sphinctérienne, incapacité à contracter le sphincter anal externe (SAE). Les données démographiques et les critères d'exclusion étaient recueillis par interrogatoire.


Les patients scoraient l'intensité du besoin mictionnel avec un urgentomètre électronique correspondant à une échelle visuelle analogique (EVA) avec mentionnés respectivement « absence de besoin » et « besoin irrépressible d'uriner » aux extrémités de la règle. Un électromyogramme du muscle thénarien de la main dominante et du SAE étaient réalisés simultanément via des électrodes de surface. Le bon positionnement des électrodes et la normalité des potentiels d'unité motrice étaient vérifiés avant le début de l'étude. Le signal électromyographique était stable et une activité électrique normale était détectée lors d'une contraction volontaire du muscle thénarien et du SAE. Les données de l'urgentomètre et des électromyogrammes étaient enregistrées grâce au système Biopac (Biopac Systems Goleta, CA 93117, États-Unis) relié à un ordinateur Apple Mac Intosh Mac Book Pro et au logiciel Acqknowledge 4. Deux enregistrements par patient étaient réalisés. Les patients recevaient des apports hydriques itératifs afin d'assurer une réplétion vésicale permettant d'obtenir les habituelles sensations de besoin d'uriner. Le B3 était défini comme une sensation de besoin urgent et le B1 comme une première sensation de besoin.


Lors de la première mesure, il était demandé de ne pas contracter le SAE. Un effort de pince pouce-index était réalisé avec la main dominante au moment d'un B3 pendant 30s puis une réévaluation de l'intensité du besoin était faite. Si cette intensité était stable ou augmentait, il était demandé d'aller uriner sur un débitmètre. Si l'intensité diminuait, les patients buvaient toujours au même rythme puis urinaient sur le débitmètre lors d'un nouveau B3.


Lors du second enregistrement les sujets réalisaient un effort de contraction du SAE lors du B3 pendant 30s puis réévaluaient l'intensité du besoin mictionnel. Similairement, si l'intensité était stable ou augmentait, il était demandé d'aller uriner sur le débitmètre. Si l'intensité diminuait, les patients buvaient au même rythme puis urinaient sur un débitmètre lors d'un nouveau B3. Après chaque miction, le résidu post-mictionnel (RPM) était mesuré par bladder-scan.


Le critère de jugement principal de l'étude était la comparaison entre la différence de score d'échelle visuelle analogique intensité du besoin avant (EVA-base) et après effort de contraction pince pouce-index termino-terminale (EVA-pouce) lors du B3 versus le même index (EVA-base puis EVA-anal après contraction volontaire du SAE) lors du B3. La contraction de la pince pouce-index était considérée comme contrôle. La modification de la CVF évaluée par le volume uriné selon la présence d'un effort de pince pouce-index termino-terminale versus un effort de contraction du SAE était choisie comme critère de jugement secondaire. Tous les participants ont donné leur consentement éclairé. Cette étude a été approuvée par un comité d'éthique local (CPP IdF II, EudraCT/ID-RCB : 2015-A00125-44). L'analyse statistique était faite par des tests des rangs signés de Wilcoxon pour les comparaisons des différences de score d'EVA et des CVF en considérant p <0,05 comme seuil de significativité.


Résultats


Au total, 15 sujets ont participé à l'étude. Le sex-ratio était de 0,5, l'âge moyen de 31±7,76 ans et l'indice de masse corporelle moyen de 21,79±3,05kg/m2 (Tableau 1). Un patient a été exclu de l'analyse finale à cause de problèmes techniques d'enregistrement.


L'évaluation du critère de jugement principal montrait une modification significative entre la différence de score d'EVA après et avant un effort de pince pouce-index versus la différence de score d'EVA après et avant un effort de contraction du SAE avec des diminutions respectives de −1,5±6 et de −13,14±12 (p =0,03 ; Tableau 2).


La comparaison de la CVF après la contraction contrôle pouce-index et après celle du SAE montrait une augmentation significative de la CVF après la contraction périnéale par rapport à la contraction contrôle (502,43±96,71mL versus 435,78±125,54mL ; p =0,02 ; Tableau 3).


Au début des enregistrements, l'EVA intensité du besoin était de 0/100 dans chaque groupe. Les EVA moyens intensité du besoin avant effort de pince pouce-index au B3 et au B1 étaient respectivement à 82,36±14,64 et 9,54±4,96. Les EVA moyens intensité du besoin avant effort de contraction du SAE au B3 et au B1 étaient respectivement à 78,86±11,77 et à 14,27±11,26. Les EVA intensité du besoin moyens après 30s de pince pouce-index et après 30s de contraction du SAE étaient respectivement à 80,86±17,29 et à 65,71±17,06 (Tableau 2). Le nombre total de B3 enregistrés dans le groupe contraction contrôle et SAE était respectivement de 16 et 20.


La CVF moyenne après effort de pince pouce-index était de 435,78±125,54mL Les RPM et débit maximal moyens correspondants étaient respectivement de 90,31±121,91mL et de 32,94±9,73ml/s.


La CVF moyenne après effort de contraction périnéale était de 502,43±96,71mL Les RPM et débit maximal moyens correspondants étaient respectivement de 64,23±69,93mL et 29,09±9,69ml/s.


Discussion


À notre connaissance, il s'agit de la première étude démontrant l'existence d'une diminution significative de l'intensité du besoin après un effort de contraction du périnée par rapport à une contraction contrôle lors d'un fort besoin d'uriner (B3).


L'effet inhibiteur de la contraction périnéale volontaire sur les voies afférentes sensitives complète l'effet inhibiteur de cette même contraction sur les voies motrices. L'action inhibitrice motrice a fait l'objet de plusieurs travaux. Denny-Brown et Robertson ont ainsi démontré cette inhibition au cours d'une contraction périnéale effectuée lors d'un effort de retenue volontaire [12]. Les études menées chez l'animal retrouvent aussi un effet inhibiteur d'une contraction périnéale sur le détrusor. Ainsi, la stimulation électrique du muscle pubo-coccygien de rats mâles entraîne une inhibition transitoire de l'activité détrusorienne réapparaissant après la levée de la stimulation [2]. Ce modèle animal n'est néanmoins pas complètement superposable à l'homme car une activité dyssynergique du muscle pubo-coccygien est observée en phase mictionnelle. Chez des hommes volontaires, la stimulation électrique du muscle pubo-rectal lors d'un besoin urgent détermine une diminution significative des pressions détrusoriennes et une disparition de l'impériosité mictionnelle [3]. Toutefois, dans cette étude, la douleur provoquée par l'utilisation d'une électrode à aiguille, pourrait provoquer un détournement attentionnel dont les effets sur la suppression des impériosités sont connus. Shafik a également évalué les effets cystomanométriques d'exercices de renforcement périnéal chez des sujets sains et atteints d'hyperactivité détrusorienne neurologique lors d'un besoin urgent ou d'une fuite. La contraction périnéale permettait une diminution significative des pressions détrusoriennes dans les deux populations étudiées [4].


Mais le réflexe mictionnel n'est pas fait que d'une volée efférente motrice avec en particulier la contraction détrusorienne. La volée afférente sensitive est tout aussi indispensable pour le déclenchement du réflexe et donc probablement pour sa modulation. C'est d'ailleurs une des raisons de l'efficacité des neuromodulations qu'elles soient périphériques (neurostimulation du nerf tibial postérieur) que centrales (neuromodulation des racines sacrées) dans le traitement de l'hyperactivité vésicale.


Cette évaluation de la sensibilité vésicale au cours des troubles fonctionnels du bas appareil urinaire est d'ailleurs recommandée par l'ICS (International Continence Society) [13]. Dans notre étude, la sensibilité vésicale était scoré par un urgentomètre électronique. Plusieurs moyens d'évaluation existent et c'est ainsi que l'EVA intensité de l'urgence mictionnelle a été utilisée de manière similaire à notre travail dans une autre étude [14]. Lowenstein a informatisé l'évaluation sensitive. Au total, 51 patientes scoraient l'EVA intensité du besoin avec un urgentomètre lors d'une cystomanométrie tout en signalant les sensations de premier besoin, de besoin urgent et de CMC. Tous les sujets utilisaient correctement l'appareil. Une corrélation significative était retrouvée entre le niveau d'EVA à 50 % de la CMC et les scores de questionnaires validés pour l'incontinence urinaire d'effort ou par impériosités. Les auteurs concluaient à la validité et faisabilité de l'urgentomètre pour l'évaluation sensitive. La fiabilité test-retest n'était pas évaluée [15].


Nous avons choisi cette technique d'urgentomètre électronique en raison de son caractère pratique et ergonomique, et de la possibilité de digitaliser les informations et de les analyser en parallèle aux données électromyographiques qualitatives et quantitatives.


Les applications cliniques de ce réflexe périnéo-vésical inhibiteur sont nombreuses. Les mécanismes usuels de suppression du besoin pourraient être perturbés dans le syndrome d'hyperactivité vésicale sans ou avec incontinence urinaire. Dans ces pathologies, la rééducation périnéale et le biofeedback ont montré un bénéfice. Ainsi, la restauration d'une contraction périnéale par ces méthodes pourrait activer ce réflexe inhibiteur sensitif vésical permettant de retarder la miction. Kafri a ainsi comparé les effets d'une intervention comparant la rééducation périnéale à un traitement par oxybutynine chez 44 patientes adultes atteintes d'incontinence urinaire sur urgence sous-tendue par une hyperactivité détrusorienne. Une évaluation était réalisée à l'issue du traitement puis 3 mois après la fin de l'intervention. Après 3 mois, la diminution du nombre de mictions diurnes était significativement plus importante dans le groupe rééducation (p =0,01). Cette décroissance se poursuivait dans le temps jusqu'à l'analyse finale alors que dans le groupe oxybutyine, ce critère s'est réaggravé à l'arrêt de l'intervention. Le nombre moyen de mictions nocturnes était également significativement diminué dans le groupe rééducation lors de l'analyse post-intervention (p <0,001) [16]. Arruda a mené une étude randomisée, en 3 bras parallèles chez 77 patientes adultes présentant une incontinence urinaire sur urgence ou mixte. Les traitements consistaient soit en un renforcement musculaire périnéal, soit une électrostimulation périnéale, soit un traitement oral par oxybutynine. Aucune différence significative n'était constatée entre les groupes évalués après 12 semaines d'intervention sur les impériosités mictionnelles, la fréquence des mictions diurnes, la nycturie ou sur les paramètres urodynamiques (volume au B1, pression détrusorienne maximale, RPM, CMC) [17]. Une autre étude évaluait les effets sur les paramètres urodynamiques d'une rééducation périnéale. Environ 59 femmes ayant des symptômes d'hyperactivité vésicale ont été inclues dans une étude prospective, non contrôlée avec un programme de renforcement musculaire périnéal pendant 6 semaines. Au total, 38 des participantes présentaient une incontinence urinaire exclusivement sur impériosités. Un auto-questionnaire évaluant les symptômes d'hyperactivité vésicale (questionnaire SEAPI [18]) ainsi qu'une mesure du débit maximal, du débit moyen et de la CVF étaient réalisés avant et après l'intervention. Seuls les scores SEAPI et la CVF étaient significativement améliorés (p <0,05).


La rééducation périnéale en renforçant ainsi, tout à la fois, le versant moteur (réflexe périnéo-détrusorien inhibiteur) et sensitif (réflexe périnéo-vésico-sensitif inhibiteur) est une solution thérapeutique dans l'hyperactivité vésicale. Son absence d'effet secondaire pourrait la faire proposer comme une alternative aux traitements anticholinergiques parfois mal tolérés notamment chez les personnes âgées. Burgio avait mené un essai randomisé, en 3 bras parallèles comparant rééducation périnéale versus oxybutynine versus placebo. Les patientes inclues étaient âgées de plus de 55 ans (moyenne 67,7 ans) et présentaient une incontinence urinaire sur impériosités. Une diminution du nombre d'incontinence urinaire sur urgences était retrouvée dans le groupe rééducation de 80,7 % et significative par rapport à l'oxybutynine (p =0,04) et au placebo (p <0,001) [5]. Dans un essai contrôlé non randomisé, Dugan avait étudié l'efficacité d'une rééducation périnéale chez des femmes de plus de 65 ans (moyenne 83 ans) présentant soit une incontinence urinaire, soit des symptômes d'hyperactivité vésicale. Il existait une amélioration significative après 6 semaines dans le groupe rééducation périnéale sur des auto-questionnaires évaluant la gravité de la symptomatologie vésico-sphinctérienne (UDI-6 ; p <0,0001), l'impact sur la qualité de vie (IIQ-7 ; p =0,0036) et la gêne subjective (p =0,0058) [19]. Burgio évaluait l'effet d'une thérapie comportementale chez des hommes présentant un syndrome d'hyperactivité vésicale ou une pollakiurie sans obstacle sous-vésical. 143 patients (âge moyen 67,7 ans) étaient randomisés en deux groupes : thérapie comportementale (rééducation périnéale, apprentissage de techniques de suppression des urgences, reprogrammation mictionnelle, monitoring par un catalogue mictionnel) versus anticholinergique. Après 8 semaines, il n'y avait aucune différence significative sur le nombre quotidien de miction entre les deux groupes faisant conclure aux auteurs à une efficacité équivalente des traitements [20].


La rééducation périnéale et le biofeedback ont également été évalué au cours de pathologies neurologiques et notamment dans la sclérose en plaques (SEP) [21, 22, 23]. À notre connaissance, ces thérapeutiques n'ont pas été évaluées dans la prise en charge d'impériosités mictionnelles avec ou sans incontinence chez des patients blessés médullaires. Le mécanisme neurologique sous-tendant l'efficacité de la rééducation périnéale est mal connu. Plusieurs études d'imagerie fonctionnelle ont recherché les aires cérébrales impliquées lors d'une contraction périnéale. Celles-ci n'étaient pas toutes concordantes. L'aire motrice supplémentaire apparaissait toutefois comme une région encéphalique mise en jeu de manière habituelle [6, 8, 9, 10]. Toutefois, son implication n'est pas retrouvée constamment, comme dans l'étude de Seseke où l'alternance de contraction puis relaxation périnéale mettait en jeu le cortex pré-moteur, le cortex cingulaire antérieur, le cortex insulaire, le cervelet, le putamen, le thalamus, la substance grise péri-acqueducale et le centre pontique M [7]. Le centre pontique L se projette dans le noyau d'Onuf contenant des motoneurones à destinée périnéale [24]. Blok avait décrit une augmentation significative de l'activité de ce centre chez des patients ayant un ordre de miction qu'ils n'ont pas pu exécuter malgré l'absence de consigne de contraction périnéale [25]. L'hypothèse d'une activation de ce centre lors d'une contraction périnéale n'a jamais été démontrée à notre connaissance. Les voies inhibitrices de la contraction volontaire périnéale agissent probablement par des mécanismes différents du « guarding reflex » [26]. En effet, les aires cérébrales impliquées différaient dans l'étude de Krhut sur les IRM fonctionnelles lors d'un effort de contraction volontaire et lors d'un remplissage vésical passif où il n'a pas été observé une implication de l'aire motrice supplémentaire. Un remplissage continu activait de manière significative des zones corticales du lobe frontal du gyrus pariétal gauche et du gyrus post-central tandis qu'un cycle de vidange-remplissage rapide induisait une activité thalamique, du tronc cérébral ainsi que de l'insula droite [11].


Notre étude semble donc bien démontrer qu'une contraction volontaire périnéale par une action directe sur l'afférent sensitif, permet d'inhiber le besoin mictionnel et retarde ainsi la miction. Certaines limites de cette étude sont cependant à souligner : (1) le caractère ouvert de cette étude entraînait un biais d'évaluation ; (2) l'échantillon était de petite taille ne permettant pas une équidistribution des valeurs basales des EVA avant contraction contrôle et contraction périnéale ; (3) la séquence des épreuves n'était pas randomisée. L'efficacité de la contraction périnéale était mesurée après la contraction contrôle dans le schéma expérimental ; (4) L'évaluation de l'EVA étant subjective, le score du B3 était variable d'un individu à l'autre. La contraction périnéale pourrait être moins efficace chez ces individus, minorant ainsi les effets observés ; (5) Un facteur d'habituation pourrait modifier la perception du besoin.


Une contraction périnéale isolée ne semble pas être un moyen pérenne de retarder la miction. L'utilisation d'autres mécanismes tel le détournement attentionnel ou la sollicitation itérative d'un réflexe périnéo-vésico-sensitif inhibiteur est nécessaire au quotidien pour maintenir la sensation de besoin à un niveau acceptable jusqu'à la miction.


Conclusion


Cette étude a permis de démontrer expérimentalement une diminution de la sensation du besoin urgent après un effort de contraction du périnée par rapport à une contraction contrôle. L'inhibition de voies sensitives ascendantes, via l'existence d'un réflexe périnéo-vésico-sensitif inhibiteur évident cliniquement est suggérée expérimentalement dans cette étude. Des recherches ultérieures devront être réalisées afin de : 1) pouvoir généraliser ces conclusions en incluant un plus grand nombre de patients ; 2) mieux comprendre le mécanisme physiologique sous-tendant ce réflexe.


Déclaration de liens d'intérêts


Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.




Tableau 1 - Caractéristiques de l'échantillon.
Patient  Âge  Sexe  IMC 
28  19,23 
32  25,89 
28  18,73 
24  22,58 
30  24,77 
49  19,57 
29  29,26 
50  19,98 
29  20,2 
10  27  19,38 
11  27  21,3 
12  28  24,72 
13  29  20,75 
14  30  21,03 
15  25  19,49 
Moyennes  31    21,79 
Écart-types  7,76    3,05 



Légende :
H : homme ; F : femme ; IMC : indice de masse corporelle.



Tableau 2 - EVA intensité du besoin groupe contrôle et groupe sphincter anal.
Patient  EVA_30_C  EVA_B3_C  EVA_30_S  EVA_B3_S  DIFF_C  DIFF_S 
63  59  39  61  −22 
88  88  65  88  −23 
97  97  80  80 
100  100  99  99 
79  79  64  64 
85  85  60  81  −21 
54  69  55  69  −15  −14 
40  53  58  69  −13  −11 
95  95  78  78 
10  86  86  86  86 
11  82  82  57  78  −21 
12  80  72  37  69  −32 
13  88  88  75  83  −8 
14  95  100  67  99  −5  −32 
Moyennes  80,86  82,36  65,71  78,86  −1,5  13,14 
Écart-types  17,23  14,64  17,07  11,77  12,11 



Légende :
EVA_30_C : EVA intensité du besoin après 30 secondes de contraction pouce-index dans le groupe contrôle ; EVA_B3_C : EVA intensité du besoin au B3 dans le groupe contrôle ; EVA_30_S : EVA intensité du besoin après 30 secondes de contraction du sphincter anal externe dans le groupe sphincter anal ; EVA_B3_S : EVA intensité du besoin au B3 dans le groupe contraction sphincter anal ; DIFF_C : (EVA_B3_C) - (EVA_30_C) : différence d'EVA avant et après contraction pouce-index dans le groupe contrôle ; DIFF_S : (EVA_B3_S) - (EVA_30_S) : différence d'EVA avant et après contraction sphincter anal externe dans le groupe sphincter anal.



Tableau 3 - Capacité vésicale fonctionnelle groupe contrôle et sphincter anal.
Patient  CVF_C  CVF_S  DIFF_CVF 
439  392  −47 
310  329  19 
188  526  338 
522  631  109 
424  459  35 
745  721  −24 
435  526  91 
431  526  95 
439  471  32 
10  341  533  192 
11  388  415  27 
12  435  486  51 
13  549  482  −67 
14  455  537  82 
Moyennes  435,79  502,43  66,64 
Écart-types  125,54  96,71  103,05 



Légende :
CVF_C : capacité vésicale fonctionnelle groupe contrôle ; CVF_S : capacité vésicale fonctionnelle groupe sphincter anal ; DIFF_CVF : (CVF_S) - (CVF_C) : différence entre capacité vésicale fonctionnelle groupe sphincter anal et groupe contrôle.


Références



Mahony D.T., Laferte R.O., Blais D.J. Integral storage and voiding reflexes: neurophysiologic concept of continence and micturition Urology 1977 ;  9 : 95-106 [cross-ref]
Manzo J., Esquivel A., Hernandez M.E., Carrillo P., Martinez-Gomez M., Pacheco P. The role of pubococcygeus muscle in urinary continence in the male rat J Urol 1997 ;  157 : 2402-2406 [cross-ref]
Shafik A., El-Sibai O. Effect of pelvic floor muscle contraction on vesical and rectal function with identification of puborectalis-rectovesical inhibitory reflex and levator-rectovesical excitatory reflex World J Urol 2001 ;  19 : 278-284 [cross-ref]
Shafik A.Shafik I.A. Overactive bladder inhibition in response to pelvic floor muscle exercises World J Urol 2003 ;  20 : 374-377
Burgio K.L., Locher J.L., Goode P.S., Hardin J.M., McDowell B.J., Dombrowski M., et al. Behavioral vs drug treatment for urge urinary incontinence in older women: a randomized controlled trial JAMA 1998 ;  280 : 1995-2000 [cross-ref]
Zhang H., Reitz A., Kollias S., Summers P., Curt A., Schurch B. An fMRI study of the role of suprapontine brain structures in the voluntary voiding control induced by pelvic floor contraction Neuroimage 2005 ;  24 : 174-180 [cross-ref]
Seseke S., Baudewig J., Kallenberg K., Ringert R.-H., Seseke F., Dechent P. Voluntary pelvic floor muscle control - an fMRI study Neuromage 2006 ;  31 : 1399-1407 [cross-ref]
Kuhtz-Buschbeck J.P., van der Horst C., Wolff S., Filippow N., Nabavi A., Jansen O., et al. Activation of the supplementary motor area (SMA) during voluntary pelvic floor muscle contractions - An fMRI study Neuroimage 2007 ;  35 : 449-457 [cross-ref]
Schrum A., Wolff S., van der Horst C., Kuhtz-Buschbeck J.P. Motor cortical representation of the pelvic floor muscles J Urol 2011 ;  186 : 185-190 [cross-ref]
Asavasopon S., Rana M., Kirages D.J., Yani M.S., Fisher B.E., Hwang D.H., et al. Cortical activation associated with muscle synergies of the human male pelvic floor J Neurosci Off J Soc Neurosci 2014 ;  34 : 13811-13818 [cross-ref]
Krhut J., Holy P., Tintera J., Zachoval R., Zvara P. Brain activity during bladder filling and pelvic floor muscle contractions: a study using functional magnetic resonance imaging and synchronous urodynamics Int J Urol 2014 ;  21 : 169-174 [cross-ref]
Vilensky J.A., Bell D.R., Gilman S. On the physiology of micturition by Denny-Brown and Robertson: a classic paper revisited Urology 2004 ;  64 : 182-186 [inter-ref]
Abrams P., Cardozo L., Fall M., Griffiths D., Rosier P., Ulmsten U., et al. The standardisation of terminology in lower urinary tract function: report from the standardisation sub-committee of the International Continence Society Urology 2003 ;  61 : 37-49 [inter-ref]
Stav K., Leibovici D., Yoram S.I., Ronny O., Zisman A. Self-induced plantar-flexion objectively reduces wave amplitude of detrusor overactivity and subjectively improve urinary urgency: a pilot study: plantarflexion reduces detrusor overactivity Neurourol Urodyn 2014 ;  33 : 1247-1250 [cross-ref]
Lowenstein L., FitzGerald M.P., Kenton K., Brubaker L., Gruenwald I., Papier I., et al. Validation of a real-time urodynamic measure of urinary sensation Am J Obstet Gynecol 2008 ;  198 : 661.e1-661.e5
Kafri R., Langer R., Dvir Z., Katz-Leurer M. Rehabilitation vs drug therapy for urge urinary incontinence: short-term outcome Int Urogynecol J Pelvic Floor Dysfunct 2007 ;  18 : 407-411 [cross-ref]
Arruda R.M., Castro R.A., Sousa G.C., Sartori M.G.F., Baracat E.C., Girão M.J.B.C. Prospective randomized comparison of oxybutynin, functional electrostimulation, and pelvic floor training for treatment of detrusor overactivity in women Int Urogynecol J Pelvic Floor Dysfunct 2008 ;  19 : 1055-1061 [cross-ref]
Tarcan T., Akbal C., Tinay Ä°., Genç Y., Ä°lker Y. Definition of success with SEAPI-QMM quality of life index after tension free vaginal tape procedure: does validation of score sheet in patient's own language effect the outcome Turk J Urol 2008 ;  34 : 209-214
Dugan S.A., Lavender M.D., Hebert-Beirne J., Brubaker L. A pelvic floor fitness program for older women with urinary symptoms: a feasibility study PM R 2013 ;  5 : 672-676 [cross-ref]
Burgio K.L., Goode P.S., Johnson T.M., Hammontree L., Ouslander J.G., Markland A.D., et al. Behavioral versus drug treatment for overactive bladder in men: the Male Overactive Bladder Treatment in Veterans (MOTIVE) trial J Am Geriatr Soc 2011 ;  59 : 2209-2216 [cross-ref]
McClurg D., Ashe R.G., Marshall K., Lowe-Strong A.S. Comparison of pelvic floor muscle training, electromyography biofeedback, and neuromuscular electrical stimulation for bladder dysfunction in people with multiple sclerosis: a randomized pilot study Neurourol Urodyn 2006 ;  25 : 337-348 [cross-ref]
Vahtera T., Haaranen M., Viramo-Koskela A.L., Ruutiainen J. Pelvic floor rehabilitation is effective in patients with multiple sclerosis Clin Rehabil 1997 ;  11 : 211-219 [cross-ref]
Lucio A.C., Perissinoto M.C., Natalin R.A., Prudente A., Damasceno B.P., D'ancona C.A.L. A comparative study of pelvic floor muscle training in women with multiple sclerosis: its impact on lower urinary tract symptoms and quality of life Clinics 2011 ;  66 : 1563-1568 [cross-ref]
Holstege G., Griffiths D., De Wall H., Dalm E. Anatomical and physiological observations on suprapinal control of bladder and urethral sphincter muscles in the cat J Comp Neurol 1986 ;  250 : 449-461 [cross-ref]
Blok B.F., Willemsen A.T., Holstege G. A PET study on brain control of micturition in humans Brain J Neurol 1997 ;  120 (Pt 1) : 111-121 [cross-ref]
Park J.M., Bloom D.A., McGuire E.J. The guarding reflex revisited Br J Urol 1997 ;  80 : 940-945






© 2018 
Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.