Cystostomies continentes : expérience monocentrique

25 juin 2012

Auteurs : L. Rouache, R. Caremel, A. Liard, F. Beuret-Blanquart, P. Grise
Référence : Prog Urol, 2012, 7, 22, 415-423




 




Introduction


L’objectif de la dérivation urinaire continente auto-sondée est multiple. Il est de restaurer la continence, de préserver le haut appareil, et d’apporter une ré-autonomisation. Il permet d’améliorer le schéma corporel, la qualité de vie, notamment pour ceux refusant le port constant d’une poche collectrice d’urine [1, 2].


Initialement réalisée par Mitrofanoff pour offrir un site adapté de cathétérisme intermittent aux enfants neurologiques, les cystostomies continentes (CC) ont permis le traitement de patients ayant un comportement vésical excluant des conditions normales de continence et de vidange vésicale. Elle consistait à créer un néo-urètre abdominal, en abouchant l’appendice ou un uretère à la peau [3].


De nombreux montages ont été décrits. Monti a décrit un procédé afin de constituer un tube idéal de calibre proche de l’appendice et utilisable pour une CC [4].


Les CC apportent une solution aux patients ayant une incontinence urinaire complexe, multi-opérée. Elles restaurent la possibilité de réalisation des auto-sondages intermittents propres (ASPI) dans certaines situations cliniques, et handicap moteur rendant l’accès urétral impossible.


Plus largement proposées dans une population pédiatrique, les objectifs de notre étude ont été d’évaluer dans une population adulte la faisabilité, les résultats et l’efficacité des CC.


Patients et méthodes


De 1987 à 2009, 43 patients ont été opérés d’une CC. Il s’agissait d’une étude monocentrique rétrospective. Tous les patients de la série n’avaient pas d’accessibilité urétrale, ou une accessibilité urétrale limitée en raison d’un handicap moteur ou intellectuel, sauf deux patients qui avaient des douleurs urétrales intenses lors des ASPI.


Nous avons rapporté les critères suivants :

sur le plan clinique : âge, sexe, indice de masse corporel (IMC), apprentissage des auto-sondages, évaluation de la dextérité, et du handicap moteur ; et paracliniques (imagerie, bilan uro-dynamique [BUD]), le type de symptomatologie incontinence, rétention urinaire, symptomatologie mixte (rétention et incontinence urinaire associées) ; l’handicap moteur des patients ;
les techniques : les types de conduit réalisés (appendicovésicostomie type Mitrofanoff [3] ; simple et double tube de Monti [4], et le segment digestif utilisé (iléon ou côlon) ; cystostomie composite (association d’un Monti [4] et d’un Mitrofanoff [3]) ; l’association d’une collerette cæcale aux appendicovésicostomies en prévention des sténoses ou allonger le tube ; le type de trajet anti-reflux ; la localisation et le type d’incision cutanée de la stomie ; le calibre des CC réalisé. L’étude exhaustive du comportement vésical et de l’appareil urinaire a permis d’adapter la réalisation de gestes complémentaires associés : une entérocystoplastie d’agrandissement en cas d’hyperactivité détrusorienne réfractaire au traitement médical, et/ou d’hypocompliance ; une cystectomie sus-trigonale, ou totale en fonction des données du BUD et des constatations peropératoires ; un procédé d’occlusion urétral à type de fermeture du col ou de bandelette sous-urétrale en cas d’incontinence urinaire d’effort (IUE) respectivement rebelle, ou minime à modérée.


Le site des stomies a été repéré en préopératoire en fonction des capacités de préhension du patient lors d’une simulation du sondage, de sa position lors des ASPI, à distance des plis et reliefs osseux. Un rectangle était dessiné autour du site idéal afin de permettre de s’adapter en peropératoire à la longueur des conduits confectionnés. L’utilisation de l’appendice, dès lors qu’il était utilisable, a été préférée au Monti. Le site de la stomie en iliaque a été préféré au site ombilical.


L’objectif principal a été d’évaluer la continence postopératoire des patients.


La continence totale a été définie, comme l’absence de toute fuite (col et stomie compris) entre chaque auto-sondage. L’incontinence a été définie comme la perte d’urine, entre les auto-sondages, durant la journée ou la nuit, et évaluée subjectivement par le patient lors d’une consultation de contrôle. Les fuites par la stomie et celles par le méat urétral ont été différenciées.


Les objectifs secondaires ont été de rapporter la fonctionnalité, les complications, et de comparer les montages. La fonctionnalité des CC a été définie comme leur utilisation dans le but pour lequel elles ont été confectionnées, c’est-à-dire d’être continente, et de réaliser des ASPI. Les complications, le nombre, le délai de survenue, et les gestes pour pallier ont été relevés. La réalisation d’une dérivation non continente a été rapportée.


Afin de tenter de répondre à la supériorité d’une cystostomie par rapport à l’autre, les appendicovésicostomies et les cystostomies type Monti (simple et double) ont été comparées en termes de continence et de complication à type de sténose cutanée à l’aide des tests de Fisher, et de Kaplan-Meier. Les montages composites ont été exclus de cette analyse.


Tous les patients ont été évalués lors d’une consultation associant un médecin urologue, une infirmière stomathérapeute afin de juger le mode d’utilisation (réalisation des ASPI) et la fonctionnalité de la stomie.


La durée de fonctionnalité de la stomie a été calculée en fonction de la date de la chirurgie jusqu’au dernier contact réalisé auprès du patient (consultation et/ou appels téléphoniques).


Une courbe de survie a été réalisée afin d’attester de la fonctionnalité à long terme des cystostomies.


Le suivi a été basé sur le rythme d’une consultation et d’une échographie annuelles.


Les résultats


De juillet 1994 à juin 2009, 43 patients ont été opérés d’une cystostomie continente (13 hommes, 30 femmes) avec un âge moyen à la constitution de la cystostomie de 53,4ans±14,6ans (22–80). L’IMC moyen était de 25kg/m2 (15,4–38,5). Aucun décès en rapport avec la cystostomie n’a été rapporté.


La durée de fonctionnalité moyenne a été de 47,6±29 mois (1–127).


Les indications et caractéristiques de la population ont été résumées dans le Tableau 1.


Avant la confection de la cystostomie, les modes mictionnelles étaient : les ASPI (16 patients) des hétérosondages (dix), la sonde vésicale à demeure (16), un cathéter sus-pubien (deux), des mictions spontanées avec garnitures (cinq).


Douze patients (27,9 %) étaient rétentionnistes, 17 (39,5 %) incontinents, et 14 (32,6 %) avaient une symptomatologie mixte. Quinze patients (34,9 %) étaient dépendants d’une tierce personne.


En préopératoire, un pencil paper test (PP Test) [5] a été effectué et réussi pour 40 patients (93 %) afin juger des possibilités de préhension des patients. Une évaluation de la dextérité, des capacités de préhension ont été réalisées pour tous les patients de façon pluridisciplinaire (avec selon les cas des médecins de médecine physique et de réédaptation, des neuro-physiologues, des neurologues, des chirurgiens orthopédistes et des plasticiens).


L’apprentissage des ASPI a été réalisé en postopératoire pour trois (7 %) d’entre eux et enseigné à l’entourage. Une patiente avait des hétérosondages en attente d’une chirurgie de réhabilitation des membres supérieurs (transposition tendineuse).


Tous les patients ont eu une analyse de l’appareil urinaire (endoscopie et/ou urographie intraveineuse et/ou échographie et/ou uroscanner) ainsi qu’un BUD lorsque celui-ci était réalisable (39 patients).


La technique opératoire


Les types de conduits réalisés ont été résumés dans le Tableau 2.


Une collerette cæcale a été prélevée pour 14 des 19 Mitrofanoff réalisés (73,7 %).


La taille de la sonde de cystostomie a été respectivement une Ch12 pour deux patients (4,7 %), Ch14 pour 40 patients (93 %), 16 pour un patient (2,3 %).


Trajet d’implantation vésicale


La cystostomie a été implantée au niveau vésical pour 42 des patients et sur le patch iléal pour un patient, et a été réalisée en postérosupérieur avec un procédé anti-reflux sous-muqueux.


Implantation cutanée du conduit


Elle a été réalisée au niveau ombilical pour neuf patients (20,9 %), pour 12 en fosse iliaque droite (27,9 %), pour 16 en para-ombilical droit (37,3 %), et pour six en paramédian droit ou gauche (13,9 %).


Les gestes associés


Une entérocystoplastie d’agrandissement


Une entérocystoplastie d’agrandissement a été réalisée chez 17 patients. Toutes étaient des iléocystoplasties détubulées.


Une cystectomie


Une cystectomie sus-trigonale a été effectuée pour deux patients (4,7 %) devant l’association d’une hypocompliance et la constatation d’une vessie scléreuse et épaissie en peropératoire.


Les plasties cutanées stomiales


Une incision cutanée en « V » a été réalisée pour tous les patients en prévention de sténose cutanée postopératoire.


Une fermeture du col


Une fermeture du col a été effectuée pour neuf patients (20,9 %), toutes de façon concomitante par voie haute.


Une bandelette sous-urétrale


Une bandelette sous-uréthrale (BSU) a été associée pour 11 patientes (25,6 %) lorsqu’une IUE était constatée en préopératoire.


La continence


Au terme du suivi, 37 patients (86 %) ont été continents aussi bien par la stomie que par le col.


Au terme du suivi, six patients (14 %) ont été incontinents par la stomie et ou par les voies naturelles.


Parmi ces six patients, trois patients ont été continents par la stomie mais avaient des fuites par l’urètre en raison d’une reperméation du col, deux patients ont eu des fuites par la stomie et cervico-uréthrales et un par la stomie uniquement.


Une mauvaise observance thérapeutique associée à une évolution de la maladie neurologique causale ont été incriminées pour l’un d’entre eux.


Au cours du suivi, dix patients (23,2 %) ont eu une fuite avec un délai moyen de survenue de 10,1 mois (±11,5). Elle a été était transitoire, postopératoire précoce pour quatre cas.


La fonctionnalité


Au terme du suivi, des ASPI étaient effectués par 30 patients, des hétérosondages par quatre, et trois n’utilisaient pas leur stomie bien que fonctionnelle du fait de l’évolution de leur pathologie causale ou d’une pathologie intercurrente (Tableau 3).


La dépendance à une tierce personne a été abaissée de 34,9 à 11,6 %.


Les complications


Les sténoses


Une sténose cutanée a été rapportée chez huit patients (18,6 %), avec un délai de survenue moyen de 16,1±20,4 mois (2–63). Le délai de survenue a été pour cinq patients avant 12 mois, 75 % des sténoses ont été rapportées avant 24 mois (Tableau 4).


Une sténose du tube a été observée pour cinq patients (11,6 %). Les montages en cause ont été deux Mitrofanoff, deux Monti, un montage composite. Aucune sténose du trajet anti-reflux n’a été rapportée. Au terme du suivi, 17 patients avaient eu des difficultés aux auto-sondages (39,5 %).


Incontinence cervico-urétrale


Les fuites par le col sans fermeture du col concomitante associée à la constitution de la stomie


Six patients (6 femmes) ont eu des fuites par les voies naturelles en postopératoire (Tableau 5). La prise en charge a consisté en la réalisation d’une urétrectomie.


Les reperméations après fermeture du col


Sur les dix patients ayant eu une fermeture du col associée à la constitution de la cystostomie, deux patients (20 %) ont eu une reperméation du col.


Deux patients ont présenté une reperméation du col après une fermeture du col réalisée en postopératoire de la constitution de la cystostomie.


Les dérivations non continentes


Une urétérostomie trans-iléale type Bricker a été effectuée pour deux patients avec un délai moyen de 17,5±0,7 mois.


Malgré l’ensemble des traitements entrepris, une incontinence par les voies naturelles a été observée par développement d’une fistule vésicovaginale pour l’une et de la persistance de fuites importantes par la stomie et par le col pour l’autre.


Les patients sondés à demeure


Une sonde à demeure a été posée pour sept patients (16,3 %), trois du fait de l’évolution de la maladie causale (sclérose en plaques, maladie de Parkinson) ou d’une pathologie intercurrente (escarres sacrées), malgré une stomie fonctionnelle.


Les difficultés rencontrées


Les difficultés rencontrées empêchant la compliance au programme thérapeutique ont été des difficultés psychosociales ; un retard à la consultation, une non compliance au régime des auto-sondages. Elles ont été responsables d’une incontinence, d’une sténose stomiale d’évolution favorable après prise en charge pour deux patients. Un Bricker a été réalisé pour le dernier.


Comparaison des montages


Dix-neuf appendicovésicostomies et 21 cystostomies type Monti ont été constituées.


Aucune différence significative n’a été mise en évidence entre les deux montages en termes (test de Fisher) d’incontinence par la stomie (0,17) et de sténose cutanée (1).


Nous avons tenté de savoir si les sténoses survenaient plus tôt ou pas pour une cystostomie par rapport à l’autre. Pour cette variable, aucune différence statistiquement significative n’a été retrouvée (Log rank  : 0,74) (Figure 1).


Figure 1
Figure 1. 

Courbes de survies (Kaplan-Meier) comparant les deux montages en terme de survenue d’une sténose stomiale.




Une courbe de survie des CC a été réalisée prouvant la fonctionnalité à long terme de certains montages jusqu’à 127 mois pour l’une d’entre elles. Cette courbe a évalué la durée de fonctionnalité de tous les montages réalisés, avec des biais possibles concernant la cassure précoce de la courbe de survie (les patients décédés, les patients incontinents, dérivés ont été inclus). (Figure 2).


Figure 2
Figure 2. 

Courbes de survies (Kaplan-Meier) des cystostomies continentes de notre étude.





Discussion


Au terme du suivi, 37 patients ont été continents (86 %), tout type de cystostomie confondue.


Cela a été équivalent aux résultats de la littérature rapportant des taux de continence variant de 78 à 98 % [6, 7, 8, 9, 10, 11].


Les résultats ont été durables, avec des cystostomies fonctionnelles plus de dix ans après leur constitution.


L’âge médian de notre population adulte à la création de la cystostomie était de 53,6ans±14,6ans (22–80). Quelques articles ont rapporté chez l’adulte des chiffres de continence proche [12, 13, 14, 15]. L’ensemble de la revue de la littérature traite essentiellement d’une population pédiatrique, ou d’adolescents [6, 7, 8, 16, 17, 18].


La pathologie sous-jacente à l’indication de la cystostomie était pour 74 % des patients d’origine neurologique. Comme pour les populations pédiatriques, elles auraient un impact négatif sur les résultats postopératoires [20]. Pour le cas spécifique de la sclérose en plaques, il faut évoquer la progression de la maladie qui doit rendre prudente l’indication des cystostomies dans cette pathologie. Pour trois de nos patients, la mise en place d’une sonde à demeure a été nécessaire (bien que la cystostomie ait été fonctionnelle) du fait de l’évolution de la maladie causale, d’une impossibilité d’utiliser leurs membres supérieurs.


Barqawi et al. ont étudié les facteurs explicatifs des complications stomiales chez l’enfant, et ont observé une augmentation des complications avec l’âge [19]. Ils insistaient sur l’importance de la supervision parentale. L’âge évoluant, la surveillance diminuait au profit du désir d’indépendance qu’accompagnait l’adolescence. Une amélioration de nos résultats en terme de continence a été observée au cours du suivi. Une disparition de l’incontinence stomiale initialement observée, a été rapportée dans les six mois à un an pour quatre de nos patients. Outre la surveillance, cela a pu être dû à une amélioration progressive du réservoir vésical s’étant refonctionnalisé, modifié par l’entérocystoplastie. Le manque de suivi, la non compliance aux règles de bon fonctionnement de ces montages (régime d’auto-sondage) a été sanctionnée d’une complication. Les dysfonctionnements de la stomie et leurs aggravations ont été le fait d’un retard à la consultation, d’une non compliance au cathétérisme, de difficultés socio-psychologiques. Trois de nos patients ont été concernés, et pour l’un d’entre eux une dérivation non continente a été réalisée. Pour les autres, une fois le suivi mis en place, la cystostomie a été fonctionnelle. L’organisation de la prise en charge doit les repérer, et établir une surveillance plus stricte adaptée à ces patients.


Les taux de continence ont été grevés dans notre étude par les reperméations du col. Des fuites invalidantes par les voies naturelles ont été observées pour quatre patients malgré les tentatives de thérapeutiques conservatrices. Trois d’entre eux étaient porteurs d’urètres détruits et pour la plupart multi-opérés au niveau urétral en préopératoire.


Deux ont été traités par une dédérivation type Bricker, les autres par la mise en place d’une sonde à demeure. La fermeture du col associée à une cystostomie continente avait permis de restaurer une continence urinaire complète dans 80 % des cas dans notre série. Ce taux est équivalent à ceux de la littérature décrivant des pourcentages d’échecs allant jusqu’à 40 %.


Les indications des fermetures du col sont représentées par l’échec des thérapeutiques conservatrices, les urètres détruits.


Le taux de sténoses cutanées a été de 18,6 % avec un délai de survenue moyen de 16,1±20,4 mois (2–63). Plus de la moitié se sont développées avant les 12 mois postopératoires. Dans la littérature, il s’agit d’une complication de survenue précoce [21]. La première année postopératoire est décisive dans la gestion, l’apprentissage des auto-sondages. Elle justifie une surveillance rapprochée des patients. Cela améliorerait leur capacité d’apprentissage, diminuerait leur appréhension, par la même les complications. La capacité de réaliser un auto-sondage peut être évaluée par le PP Test [5] qui explore les capacités physiques et la dextérité, toutefois il importe de l’adapter aux CC en simulant le sondage au niveau d’un repérage cutané de la stomie.


Ces résultats satisfaisants ont été expliqués par le respect des règles de prévention des sténoses stomiales. Tous les segments utilisés étaient bien vascularisés, aucune anastomose n’a été effectuée sous tension. Une incision cutanée en V avec un angle de plus de 60 % pour assurer une bonne vitalité de la pointe a été réalisée chez tous nos patients. Une collerette cæcale a été associée dans plus de 70 % des appendicovésicotomies. Ce geste permettait d’allonger la longueur du tube, venant ainsi plus facilement à la peau.


L’algorithme thérapeutique a été de proposer en cas de sténose mineure une application de corticoïdes. En cas de persistance, une dilatation à l’aide de dilatateurs urétéraux était réalisée, puis un calibrage de la sténose à l’aide de l’augmentation du nombre d’auto-sondages [10].


Dans la majorité des cas, ces mesures ont été suffisantes. En cas d’échec, une réfection chirurgicale était proposée.


De nombreux procédés de plasties stomiales ont été décrits [22, 23, 24]. La plastie YV est un procédé simple applicable en première intention. Quatre de nos patients en avaient bénéficié, avec une évolution favorable pour tous. En cas d’échec de la plastie YV, la plastie VV peut être proposée [26].


Dans notre étude, le type de segment digestif utilisé a été comparé (appendice versus iléon). Nous avions confectionné 19 Mitrofanoff, et 21 cystostomies type Monti. Aucune différence significative en termes de complication à type d’incontinence et de sténose cutanée n’a été retrouvée. La supériorité d’un montage par rapport à l’autre n’a pu être établie dans notre série et cela est en concordance avec les données de la littérature. Lemelle n’avait pas retrouvé de différence significative entre les deux types de tubes [25], comme cela a été observé dans d’autres séries [10, 21]. Parfois, l’avantage a été donné à un type de conduit par rapport à un autre [7, 20, 22]. À l’exception d’autres conduits d’utilisation plus anecdotique, chaque type de cystostomie a fait ses preuves [10, 18, 25, 27]. Lors de la constitution de la CC, l’épaisseur de la paroi en cas d’obésité peut ne pas être compatible avec l’appendice, cela impose d’utiliser un double Monti, ou un montage composite.


Conclusion


L’expérience rapportée dans les séries pédiatriques a montré que les CC constituaient une solution durable sur le long terme.


Notre série a rapporté les résultats de ces montages urinaires dans une population adulte.


Les CC ont prouvé leur efficacité au long cours avec une durée de fonctionnalité moyenne de 47,6 mois jusqu’à 127 mois pour l’une d’entre elles. Cette étude a prouvé leur faisabilité dans une population adulte toute étiologie confondue. Avec un taux de continence supérieur à 80 %, elles ont représenté des techniques de dérivation efficaces dans le but d’offrir un site de cathétérisme intermittent.



 Niveau de preuve : 5.





Tableau 1 - Les étiologies.
Neurologiques  Nombre de patients sur 32 (%)  Handicap moteur 
Les patients neurologiques  
Blessés médullaires  18 (56,3)  11 paraplégiques
6 tétraplégiques
1 triplégique 
SEP  7 (21,9)  Spaticité 
CLE  2 (6,3)  Aucun 
AVC  1 (3,1)  Hémiplégie 
Parkinson  1 (3,1)  Syndrome parkinsonien 
Diabète  1 (3,1)  Aucun
(douleurs urétrales) 
Trauma crânien  1 (3,1)  Aucun mais déficit intellectuel 
Ischémie néo-natale  1 (3,1)  Triplégique 
Non neurologiques  Nombre de patients sur 11 (%) 
Cystite interstitielle  1 (9,1) 
Sténose urétrale récidivante  7 (63,7) 
Incontinence urinaire  3 (27,3) 



Légende :
SEP : sclérose en plaques ; CLE : canal lombaire étroit ; AVC : accident vasculaire cérébral ; Parkinson : maladie de Parkinson ; spasticité : spasticité des membres inférieurs rendant les auto-sondages intermittents propres (ASPI) impossibles ou difficiles par le méat urétral, avec un syndrome tétra-pyramidal pour un patient.



Tableau 2 - Types de conduits.
Type  Nombre de patients (%) 
Appendice  19 (44,2) 
Monti  21 (48,8) 
Simple Monti  6 (14) 
Double Monti  15 (34,9) 
Compositea  3 (5,9) 



[a] 
Associant Monti et Mitrofanoff.


Tableau 3 - Fonctionnalité.
Neurologiques  Nombre de patients sur 32 (%) 
ASPI   30 
Hétérosondages  
Nombre de sondages par 24h   6,7±
Charrière utilisée    
12 
14  32 
Nombre de sondages nocturnes   1±1,2 



Légende :
ASPI : auto-sondages intermittents propres.



Tableau 4 - Les sténoses stomiales.
Patients  Montage  Collerette cæcale  FID ou FIG  Ombilic  Para-ombilical  Paramédian  Plastie  Sténose 
Mitrofanoff  Non  Oui        Oui à 2 mois
Échec de la pommade corticoïde, reprise à 3 mois par une plastie YV, bonne évolution ensuite 
 
Mitrofanoff  Oui      Oui    Oui à 13 mois
Peu compliante, diminution des auto-sondages
Plastie YV au 28e mois, bonne évolution ensuite 
 
Monti          Oui  Oui à 63 mois.
Échec des corticoïdes et auto-dilatation,
Plastie YV, bonne évolution ensuite 
 
Mitrofanoff  Non    Oui      Oui
Récidive à 27 mois, traitée comme à 3 mois par une dilatation aux dilatateurs urétéraux.
Bonne évolution ensuite 
 
Monti        Oui    Oui à 10 mois.
Bonne évolution grâce à l’application de corticoïdes 
 
Mitrofanoff  Oui      Oui    Oui à 7 mois. Tentative de calibrage par ↑des auto-sondages
Plastie YV à 11 mois, bonne évolution ensuite 
 
Double Monti          Oui  Oui à 26 mois
Non compliance aux auto-sondages, consultation retardée, évolution péjorative de la pathologie causale 
 
Double Monti    Oui        Oui à 5 mois
Échec des corticoïdes
Bonne évolution grâce à la dilatation aux dilatateurs urétéraux 



Légende :
FID : localisation de la stomie en fosse iliaque droite ; FIG : localisation de la stomie en fosse iliaque gauche ; Ombilic : localisation de la stomie au niveau ombilical ; Para-ombilical : localisation de la stomie au niveau para-ombilical ; Paramédian : localisation de la stomie au niveau para-médian.



Tableau 5 - Incontinence cervico-urétrale.
N°  ATCD  Fdc per-op  Fdc post-op (mois)  Uret (mois)  Reperméation (mois)  Continence 
Tétraplégie incomplète C4-C5 C5-C6  Oui      Continente 
Paraplégie D12  Oui        Continent 
SEP      41    Continente 
Cystite interstitielle      47    Continente 
Paraplégie         
Paraplégie L1  Oui        SAD pour escarres sacrées 
Maladie du col
IU rebelle 
Oui      SAD car maladie intercurrente et évolution de la maladie 
Paraplégie T7  Oui      37  Continent 
IUE rebelle  Oui        Continente 
10  IUE rebelle  Oui    Dédérivation 
11  Paraplégie/hémiplégie  Oui        Continente 
12  IUE rebelle        Continente 
13  SEP        Continente 
14  SEP      13  Incontinence cervico-urétrale (SAD) 
15  Paraplégie L1    14      Reperméation
Dédérivation 
16  Sténose de l’anastomose urethro-vésicale  Oui        Continent 
17  IU rebelle post-RTUP  Oui      Incontinent
(SAD dans la cystostomie) 



Légende :
ATCD : antécédents ; Fdc ; fermeture du col ; Per-op : peropératoire ; Post-op : postopératoire ; SEP : sclérose en plaques ; IU : incontinence urinaire ; IUE : incontinence urinaire d’effort ; Uret : urétrectomie ; SAD : sonde à demeure ; RTUP : résection trans-urétrale de prostate.


Références



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